‹ Mémoires et journaux du général Decaen. Publiés avec introd., notes et cartesChapitre 96 sur 184 · ENTRETIEN SUR HOHENLINDEN · texte numérisé non relu

ENTRETIEN SUR HOHENLINDEN

tai que le général en chef avait prescrit, dans les ordres à ses généraux pour marcher à l'ennemi, qui n'avait alors que des postes en avant de l'Inn et dont on ignorait les points de rassemblement de ses principales forces, de ne pas engager avec lui d'affaires sérieuses si on le rencontrait supérieur, parce qu'en ce cas, il voulait le combattre avec toute l'armée; qu'en conséquence, l'aile gauche, commandée par le lieutenant général Grenier, s'était avancée par la vallée d'Isen et par la route de Haag, et que le 10 frimaire (Ier décembre 1800), elle avait rencontré l'armée ennemie qui avait débouché presque en entier par Miihldorf; qu'alors, un combat opiniâtre s'était engagé, et que le général Moreau, qui avait suivi cette affaire, ayant jugé les intentions de l'ennemi, avait ordonné un mouvement rétrograde à son aile gauche, ainsi qu'aux trois divisions du centre qui s'étaient aussi avancées vers l'Inn et qui agissaient immédiatement sous les ordres du général en chef; que je m'étais porté, avec l'avant-garde de ma division, jusqu'à l'abbaye de Rott, sur le bord de l'Inn, pour y chercher dans ses environs si on pourrait entreprendre d'y passer ce fleuve; que le général Lccourbe, commandant l'aile droite, avait aussi fait faire des reconnaissances sur plusieurs autres points pour le même objet; que, n'étant arrivé qu'à la fin du jour, j'avais été obligé de remettre au lendemain matin pour faire ma reconnaissance, de laquelle je m'occupais, lorsqu'un officier, que j'avais envoyé avec un parti pour communiquer avec la division du général Richepance qui avait marché sur Wasserburg, me lit le rapport vers midi (j'étais alors à deux heures de Rott) que les troupes de cette division avaient fait leur retraite à minuit; et qu'aussitôt cette nouvelle, j'étais retourné à l'abbaye, espérant y trouver des ordres, ayant recommandé à mon chef d'état-major, que j'avais laissé à Beiharting avec la division, de m'envoyer toutes les lettres qui arriveraient pour moi ; qu'en arrivant, on m'en avait remis une qui venait d'être apportée, datée de Haag, et que, dans cette lettre, il m'était prescrit d'aller prendre position à Zorneding avec ma division; qu'on m'y annonçait que, le mouvement de l'ennemi donnant à supposer au général en chef que l'archiduc Jean était disposé à combattre entre l'Inn et l'Isar, il se décidait à rassembler l'armée pour lui livrer bataille; que, selon cet ordre, j'aurais dû commencer mon mouvement pendant la nuit;

qu'après avoir ordonné la marche de mes troupes et recommandé la plus grande célérité, j'étais allé de suite à Zorneding, pour informer, de là, où je serais plus à la proximité du quaitier général de l'armée, de ce qui avait donné lieu au retard de mon mouvement; qu'en route, j'avais reçu une lettre encore datée de Haag, par laquelle j'étais prévenu qu'une partie de l'armée devait se rassembler près d'Anzing; qu'alors je n'avais pas perdu de temps pour me rendre dans ce village, comptant y trouver le général en chef afin de le prévenir que mes troupes n'arriveraient que fort tard à leur position, ce qui pourrait peut-être faire changer les dispositions que l'on me chargerait d'exécuter le lendemain; que le général Moreau m'avait témoigné sa satisfaction de me voir en disant : «Ah! voilà Decaen ! La bataille sera gagnée demain m (En s'exprimant ainsi, le général Moreau pensait aux J0000 hommes que je rapprochais de lui; néanmoins, je fus très flatté de ce bon accueil et très content d'être venu moi-même rendre compte) ; qu'ayant demandé au général Moreau, avec lequel étaient les généraux Grenier, Dessolle et Grouchy, ce que j'aurais à faire pour contribuer au gain de la bataille, il m'avait dit : « Votre division passe sous les ordres du général Grenier n ; qu'alors je demandai à ce général sur quel point je devais arriver et à quelle heure ; mais que, d'après sa réponse qu'il fallait être rendu le lendemain, à 11 heures du malin, à la gauche du village de Hohenlindcn, j'avais fait l'observation que cela m'était impossible, en raison de la distance que j'avais à parcourir et de l'état des chemins; et que c'était tout au plus si, à 2 heures après midi, la tête de ma colonne pouvait être arrivée sur le terrain qui m'était indiqué, et dans le moment où l'on serait sans doute le plus fortement aux prises; que ce n'était certainement pas cela qu'il fallait, mais bien toute la division, pour pouvoir, au besoin, contribuer à porter le coup décisif; que le général Moreau, entendant mes observations, m'avait fait cette question : et Mais vous pourrez bien suivre le mouvement de Richepance? — Sur quel point, mon général, le dirigez-vous? — Mais, je le fais partir d'Ebersberg pour se porter par Cliristoph sur Maitenbeth. — Je suis on ne peut pas mieux placé pour suivre ce mouvement, mes troupes les plus éloignées n'étant qu'à trois lieues d'Ebersberg, et j'ai la chaussée pour m'y rendre, ce qui me facilitera de mar-

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