Nicolas Acciajoli
DE LÉVÉQUE DE BÉRVTE. 59
l'acceptai avec dautant plus de plaisir que j'étais déjà en relation avec tous les membres de la Propagande où les affaires des missions se traitent.
Le P. Jean-Antoine de Florence, nouvellement élu procureur général et depuis général de l'Ordre, homme d'esprit et de mérite, instruit des intentions du Pape et de tout ce qui s'était passé, vint m'embrasser avec mille démonstrations d'amitié. « Je ne vous le dissimule pas, me dit-il, que le premier projet du Pape eût mortifié toute la nation italienne; ce démembrement est sans exemple et il aurait infiniment diminué l'emploi du Procureur : votre modération nous a charmés ; vous avez plus de droit que jamais sur tous nos cœurs que vous possédiez déjà; ce trait de générosité ne sera jamais oublié parmi nous ; gouvernez en chef toutes les missions françaises et dans tout le reste des affaires quoique toujours membres de la Procure à l'ordinaire, je ne vous regarderai plus que comme un confrère dont je suivrai en tout les avis, »
Le P. Provincial de Bretagne ' voulut baiser les pieds au Pape avant que de partir; je lui ménageai une audience. Sa Sainteté y affecta pour moi des bontés singulières. « Je vous félicite, lui dit-il, et toute votre Province, d'avoir élevé un sujet de ce mérite qui en fait la gloire ; c'est un ange que le ciel m'a envoyé pour m'aider de ses conseils ; un apôtre qui travaille pour la religion avec un soin infatigable, et un succès infini. » Le Provincial, surpris de tant d'éloges, répondit : « Notre Province est trop heureuse d'avoir un de ses enfants honoré des bontés de Votre Sainleté; j'en ferai un fidèle rapport à nos Pères qui en seront comblés de joie. » Cependant le Pape me tenait la main sur la tète et je ne savais que répondre. Sa Sainteté congédia le Provincial, mais elle me retint : « Etes-vous content, me dit-elle, de l'accueil que j'ai fait au P. Provincial"? Je l'ai fait pour l'amour de vous. Je compte que cela l'engagera à vous mettre dans les charges. »