‹ Mémoires et lettres du P. Timothée de La Flèche, évêque de Béryte, sur les affaires ecclésiastiques de son temps 1703-1730Chapitre 17 sur 46 · Xavier de Belzunco · texte numérisé non relu

Xavier de Belzunco

un homme qu'on savait avoir Foreille du Saint-Père; tels furent en particulier Messieurs de Grillon, famille très distinguée dans le Comtat ; l'un était alors évêque de Vence, depuis archevêque de Vienne ; son neveu évêque de Saint- Pons, depuis archevêque de Toulouse, enfin de Narbonne. Le vice-légat Salviati se signala. Le neveu du Pape lui écrivit en ma faveur, et il avait intérêt à le ménager, on l'avait mis mal dans l'esprit du Pape; il avait manqué la nonciature de France qu'il briguait et qui l'aurait mené à la pourpre; il se voyait éloigné de faire son chemin, si on n'effaçait les impressions qu'on avait données conti-e lui; il me retint quelques jours, me parla à cœur ouvert, et me pria d'écrire à Sa Sainteté en sa faveur, ce que je fis.

Peu de personnes avaient donné dans les prétextes apparents de mes voyages, chacun en imaginait à son gré des raisons, les uns voulaient qu'en qualité de consulteur des Rites, je fusse cliargé de faire dos informations secrètes sur la vie de S. Vincent de Paul, dont la canonisation souffrait alors de grandes difficultés ; les jansénistes soupçonnaient qu'il s'agissait des affaires de la Constitution que le Roi faisait demander; mais personne ne fut plus intrigué que les Capucins de Paris ^. Ils s'imaginèrent que le Définiteur général venait en qualité de Commissaire pour visiter la Province qui avait besoin de quelque réforme. En effet, cette visite avait été demandée par les zélateurs ; on m'avait proposé pour la faire comme plus propre qu'un Italien qui ne connaît ni notre langue, ni nos usages; on m'en avait fort pressé, et je l'aurais accepté si le cardinal Cassini ne m'en eût détourné, me représentant que cet emploi prolongerait mon voyage, ferait diversion aux autres affaires, et me rendrait odieux à pure perte. Dès le lendemain de mon arrivée, le Provincial - et les Supérieurs de la maison de Saint-Honoré vinrent me chercher au Marais pour me mener à leur couvent, séjour ordinaire des Su-

1. Voir le Journal des (lapncLns du Marais, iiouv. acq. f. fiJSô, fol. 257. On dit le P. Timothée « l'homiiie et la boiic-he du Pape ». ■J. T.c P. I^oberl de Rethel.

périeurs généraux. Les premières démarches furent obligeantes; mais à peine y fus-je rendu, que sous prétexte d'une assemblée provinciale qui se tenait alors, tout le monde, morne, pensif et consterné, me quitte et me laisse seul toute la journée; mes amis mêmes tenaient la même conduite pour ne pas se commettre et faire croire par leur assiduité qu'ils avaient part à la députation ; mais ils m'écrivaient confidemment, et venaient pendant la nuit dans ma chambre pour me découvrir leurs chagrins. Je voyais en riant tous ces mouvements monastiques; mais ce manège, qui dura quelques nuits, fatiguait beaucoup le prétendu visiteur qui n'avait pas le temps de dormir. Je sus même que le Provincial et le Gardien', prenaient des mesures pour arrêter ma commission au Parlement; mais je leur déclarai à tous qu'il n'était point question de visite, que le P. Général viendrait la faire en personne, ce qu'il fît en effet la même année, et que s'il y avait quelque réforme à faire, il la ferait avec une autorité qui n'aurait à essuyer ni contestation ni résistance. Le calme revint alors dans les esprits et la sénérité sur les visages.

Cependant le cardinal de Noailles, instruit de tout par ses émissaires, savait déjà mon arrivée et même une légère maladie que j'avais eue en chemin. Tout mortifié qu'il était d'un voyage où il soupçonnait du mystère, il prit son parti en bon politique et, dès le lendemain, il envoya un de ses gentilshommes s'informer de ma santé. Heureusement je le prévins, et je trouvai en chemin celui qui venait de sa part. C'était un jour d'audience, la foule était grande, je me glissai près d'une porte où passait son Eminence en accompagnant les personnes de distinction; dès qu'elle parut, je me jetai à ses pieds, et la priai d'agréer qu'un pauvre capucin nouvellement venu de Rome lui offrît son très humble respect. Le cardinal, naturellement affable, me releva avec bonté, et ayant su que j'étais le P. Timothée : « Eh, mon père, dit-il, pourquoi étes-vous

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