‹ Mémoires et lettres du P. Timothée de La Flèche, évêque de Béryte, sur les affaires ecclésiastiques de son temps 1703-1730Chapitre 28 sur 46 · François Sanguin de Livry, mort le 15 février · texte numérisé non relu

François Sanguin de Livry, mort le 15 février

2. Louis-Marie Pidou de Saint-Olon, théalin, né à Paris en 1637. mort à Ispahan le 20 novembre 1717. Il avait eu, en 1708, Gatien do Galiczon pour coadjuteui', mais ce dernier était mort à Ispahan le 27 septembre 1712. Fisquel. l.a France ijon/i/icalc , Paris. I. IL p. 726 el s.

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Polignac crut y trouver un prétexte pour envoyer en Perse l'évêque capucin. Il fit agir ses amis à Rome, la Congrégation de la Propagande représenta au Pape qu'il était de bon ordre que les Religieux faits évèques en faveur des missions, se rendissent au lieu de leur destination ; que les églises étaient abandonnées, et que souvent des religieux prenaient le prétexte des missions pour se faire faire évêques, et se plaçaient en Europe. Le Pape goûta ces réflexions, et j'eus ordre de partir incessamment pour Babylone. Mais le Pape s'étant souvenu de ses premières vues sur moi, envoya le courrier suivant un ordre contraire, et fit écrire aux cardinaux de Rohan, de Bissy et au Nonce, de presser Sa Majesté pour me placer en France. En eff'et, je fus mis sur la feuille pour Tévéché de Clermont; mais le Roi étant mort avant que de l'avoir signé, maPrélature s'en alla en fumée '. Le cardinal de Polignac se croyant débarrassé, après la mort du Roi, des ménagements qu'il avait gardés jusqu'alors, me fît un affront sensible. Le cardinal de Bissy, ayant fait faire un service solennel pour Sa Majesté dans l'abbaye de Saint-Germain, donna à dîner à tous les cardinaux et évêques qui étaient à Paris, à l'exception du cardinal de Noailles. Rien de plus naturel que de m'y admettre, puisque je logeais à l'abbaye et n'avais point d'autre table. Le cardinal de Polignac m'ayant vu entrer dans la salle avec M. Massei, se leva brusquement et tira iNL Massei à l'écart; il lui demanda si je serais du repas. Ayant appris que oui : « Je vais donc m'en retourner, dit-il, je ne puis me résoudre à voir cet homme, à plus forte raison à manger avec lui ». Surpris de cette brusque incartade, M. Massei lui représenta le tort qu'il allait faire dans le monde par un éclat si déplacé, que n'ayant point d'autre maison, j'étais dans la nécessité d'être à la cérémonie à laquelle, d'ailleurs, la bienséance et mon attachement pour le feu Roi ne me permettaient pas de manquer. Tout fut inutile, l'Eminence

1. Ce fut Massillon qui fui uuuinié à Clei'mont à lu place du P. Timolhée.

tint ferme ; lantiv ne aniinis cœleslihns irse. Le cardinal de Polignac prit le chemin de la porte, le cardinal de Bissy courut après lui pour en savoir la raison; et l'ayant apprise, il ne put revenir de sa surprise. Toutes ses remontrances furent sans effet. Enfin il eut la faiblesse de sacrifier févêque au cardinal; il vint me dire à l'oreille d'une voix tremblante et me faisant mille excuses-, qu'il me priait d'agréer qu'on me servît à manger dans une autre chambre. On peut juger de ma douleur de cet affront sanglant. J'en fis à Dieu le sacrifice. L'affaire fut aussitôt sue des prélats assemblés qui en témoignèrent beaucoup de peine. M. de Polignac la répandit dans la ville, sous des couleurs bien différentes; elle vint aux oreilles de jNI. le Régent qui dit tout naturellement : « Le cardinal de Polignac est un fou de n'avoir su dissimuler son ressentiment pendant une heure en si bonne compagnie, et le cardinal de Bissy bien faible d'avoir donné dans son caprice. »

Quand le cardinal de Bissy et sa famille m'en firent des excuses, je tournai tout du côté du christianisme, et tout Paris me rendit justice aux dépens des deux Eminences '.

1. Sur cel incident voir les Anecdotes ou mémoires secrets de Villefore. Utrecht, 1732. loin. II, p. 3 et 4.

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