François d'Argouges mourut en mars
3. Cf. Correspondance du C. de Noailles. Arch. nat. Paris, L. 21, p. 186. Lettre du 30 mars 1716.
Le testament m'avait été remis. J'en fis l'ouverture en présence des Grands Vicaires, du chapitre et des magistrats. La douleur et le travail me rendirent malade. Quand je fus rétabli, M. le comte de Lannion, gouverneur de Vannes, me prit dans son hôtel.
L'abbé de Robien, un des Grands Vicaires du chapitre, sede i>acante, pour faire sa cour au cardinal de Noailles, se déclara contre moi, et me fit tout le mal qu'il put, d'abord sourdement pour sauver les apparences, et bientôt ouvertement. Tantôt il me traversait dans mes fonctions ; tantôt il se faisait écrire des lettres désobligeantes contre moi par le nouvel évéque nommé \ qu'il affectait de rendre publiques, et sur lesquelles il me disait que je ferais bien de quitter le diocèse. 11 fit venir l'évêque de Quimper donner les ordres sous mes yeux. Par ses instigations, M™® de Lannion qui, comme son mari, m'avait désiré dans son hôtel, prit des prétextes pour m'en déloger. M"'" la comtesse de Tournemine me reçut chez ejle. Force fut de prendre patience et d'attendre un débouché, cependant de vivre tranquille dans la retraite sans me mêler de rien et toujours sur le qui- vive.
Les retraites publiques établies en Bretagne, et singulièrement à Vannes depuis plus de quatre-vingts ans, sont le fruit des travaux des vertus et des miracles du célèbre M. le Nobletz et de son successeur le P. Maunoir, jésuite. Cette œuvre tient du prodige. Il y a des maisons pour les deux sexes. Des trois ou quatre cents personnes, à la fois de tout état, font les exercices avec une piété surprenante ; des paroisses presque entières y viennent de bien loin, leur pasteur à la tête, pour en profiter. Une suite continuelle d'instructions et de méditations remplit tout ce saint temps, et toutes les années il s'y fait des conversions éclatantes. M. d'Argouges en était charmé; il avait dessein de m'y
1. Louis de la Vergne de Tressan, qui régna de mai 1716 à septembre 1717. — Le 14 mai 1716, le P. Timothée bénit une cloche à la chapelle Saint-Mandé ( Arch. Morbihan, H. Fonds des cap.). En janvier 1716, il reçoit à la profession des Filles du Père élenicl.
mener faire avec lui la retraite, afin que l'exemple des deux évèques lui donnât plus de poids. Je voulus exécuter ce projet, et j'allai faire la retraite chez les jésuites. C'en fut assez pour déplaire au cardinal de Noailles. M. de Robien, avec une amitié feinte, vint m'en donner de charitables avis.
« Ce n'est guère vous ménager, me dit-il, la protection du cardinal de Noailles à qui vous savez que le commerce avec les jésuites ne plaît pas ; vous devriez, dans les circonstances où vous êtes, faire céder votre zèle à votre intérêt. Une retraite chez les capucins dont vous avez porté l'habit, eût été moins suspecte et aussi édifiante. » Je lui répondis que mon respect pour la mémoire de M. d'Argouges m'avait fait exécuter un projet qu'il avait formé, mais que Tannée prochaine j'irais aux capucins.
Cependant le cardinal de Polignac, qui avait sourdement travaillé, quoique sans effet pendant la vie duRoi, pour m'envoyer en Perse, fit agir de nouveaux ressorts contre moi par les intrigues de ses amis. Le préfet et le secrétaire de la Propagande représentèrent au Pape que le gouvernement étant changé en F'rance, j'étais sans espérance d'être jamais pourvu. L'évêque de Vannes était mort, j'étais inutile et exposé à mille désagréments, dans un pays où le parti était dominant. Ce serait me rendre service de m'envoyer à Babylone, où j'étais très nécessaire, attendu la maladie de l'évêque. Le Pape n'avait pas oublié l'odieuse manœuvre qui s'était faite, ni les assurances qu'il m'avait données; il fut indigné de cette nouvelle tentative, et ne répondit point au placet. Ce silence fut regardé comme un acquiescement, et sans autre forme de procès, on m'envoya ordre de me rendre en Perse. Cet ordre fut adressé au cardinal de Polignac qui en triompha, et le remit au nouvel évêque de Vannes qui me le fit signifier.
Je me soumis à cette nouvelle épreuve, et je me retirai dans la Chartreuse d'Auray, qui en est proche, pour délibérer sur le parti que j'avais à prendre. De là j'écrivis au Pape, et après lui avoir rappelé ce qui s'était passé, et représenté qu'à mon âge je ne pouvais faire un voyage si difïi-
cile, je le priai de recevoir ma démission de la coadjutorerie de Babylone. La lettre fut adressée à M. ]Massei qui la présenta au Pape. J'écrivis sur le même ton au cardinal-secrétaire d'Etat et je fis écrire les cardinaux de Rohan et de Bissy. Le Pape, surpris d'un ordre donné sans son agrément, reçut ma démission, et me fit écrire d'être tranquille, que je lui étais toujours très cher.
Peu de temps après, on nomma coadjuteur de Babylone le sieur Varlet, sujet très mince et dévoué au parti '. Après avoir parcouru le Canada et le Mississipi, où il s'était fait haïr et mépriser, il était revenu en France, et attendait l'occasion de servir le jansénisme. A peine celui-ci fut-il sacré sous le titre de coadjuteur de Babylone, qu'il se déclara ouvertement contre le Saint-Siège et passa en Hollande, oîi il eut une entière liberté. C'est là qu'abusant du caractère épiscopal, il eut la témérité d'ordonner des prêtres et de sacrer des évêques pour soutenir la petite église janséniste. Le Pape et la Congrégation le citèrent à Rome pour rendre compte de sa conduite. Sur son refus, Clément XI l'interdit de toutes ses fonctions épiscopales, le déclara intrus et l'excommunia solennellement avec tous ceux qu'il avait osé sacrer, excommunication et interdit qui ont été renouvelés par Innocent XIII et Benoît Xlll. Tout a été inutile, le sieur Varlet a persisté dans son schisme et n'a cessé jusqu'à la mort d'infecter le petit troupeau qu'il s'était fait et qui s'est augmenté de quelques chartreux apostats et des autres réfugiés qui sont allés chercher un asile parmi les hérétiques. Telle est la vie de ce schismatique, plus célèbre par ses attentats que par son mérite ; tel a été le centre d'unité de la nouvelle église.
Depuis ce temps-là je fus assez tranquille, à quelque hauteur près que j'eus à essuyer du nouvel évèque; mais ayant
1. Dominique -Marie Varlet fut nommé coadjuteur de Pidou le 17 septembre 1718. Il apprit la mort de ce prélat le jour même de son sacre à Paris, le 19 tcvripr1719. — Le ms. 1787 de, la Maz. ajoute ici : « Présente par MM. Biivaire cl Tiberyc, supérieurs; de la maison ».
été transféré à Nantes, j'en fus débarrassé. M. de Caumartin, son successeur, en usa bien, me rendit tous mes pouvoirs et me fît faire toutes les fonctions épiscopales. L'abbé de Robien en fui très mortifié; mais c'était un esprit souple qui dissimula son chagrin et me fit plus d'honnêtetés que personne. Ce calme ne dura pas longtemps, le prélat fut transféré à Blois, et l'abbé Fagon, son successeur, me fit plus de mal que tous les autres ' .
J'en reçus d'abord quelques politesses à la sollicitation de M. d'Argenson, garde des sceaux, mais cela ne dura guère. L'abbé Fagon était dévoué au parti; c'en était assez pour n'aimer ni moi, ni les Jésuites. Les biens infinis qu'ils font à Vannes par les retraites, les y ont mis dans la plus haute considération. C'est par là qu'il voulut les mortifier. Il fit à son arrivée un règlement en deux articles. 1° Il défendait à tous les ecclésiastiques qui voudraient faire la retraite d'aller ailleurs que dans son séminaire ; celait attaquer la retraite des Jésuites où ils allaient tous. 2° Il défendait aux confesseurs d'interroger les pénitents sur les affaires de la Constitution ; cela retombait encore sur les Jésuites qui étaient très exacts à le faire. Pour me chercher querelle si je m'y opposais, ou s'appuyer de mon suffrage si je l'approuvais, il m'en fit parler par son homme de confiance. Celui-ci s'annonça par les plus belles protestations et me confia en général que M. l'évêque méditait un règlement fort utile pour son diocèse. Je répondis sur le même ton que je connaissais trop sa prudence pour en douter. On en demeura là. L'évêque pour ménager de loin mon approbation augmenta ses politesses, m'offrit des lettres de Grand Vicaire et me fit faire l'ordination. Toutes ces avances me surprirent. Je connaissais trop le terrain pour m'y fier. En effet je découvris bientôt le mystère de ses politesses. On me fit part du règlement. Je le blâmai
1. Jean-Paul Lefèvre de Caumartin occupa le siège épiscopal de septembre 1717 à août 1719; Antoine Fagon de novembre 1719 au 16 février 1742.
extrêmement. Je fis deux espèces de dissertations dogmatiques pour le combattre et justifier la conduite des Jésuites. M. Fagon en fut piqué. M. d'Argenson, mon protecteur, mourut et on ne garda plus de mesures avec moi. L'abbé de Robien mourut aussi, mais entre mes bras, rétractant tout ce qu'il avait dit et fait contre la Constitution et contre moi. Le détail de cette mort est trop édifiant pour ne pas y entrer.
M. de Caumartin, étant évèque de Vannes, partagea sa confiance entre deux Grands Vicaires : l'abbé de Robien et l'abbé de l'Angle ; ou plutôt il la donna toute à celui-ci. L'abbé de Robien, qui jusque-là n'avait pas encore eu de concurrent, en fut mortifié ; sa santé en souffrit, il tomba dans la langueur, il ne vit plus personne, l'hydropisie s'y mêla; il mourut enfin. Pendant sa maladie, M. de Vannes était aux Etats, et j'étais en retraite aux Jésuites; j'entendis recommander M. de Robien aux prières de l'assemblée. Dès après la retraite, je courus chez lui. Il ne voyait que sa famille et ceux qui le servaient. On répondit qu'il n'était pas visible. Je chargeai le domestique de lui dire que j'étais venu le voir, et que je l'aurais fait plus tôt si je l'avais su malade, et que j'avais dit la messe pour lui. Le laquais eut ordre de me faire entrer si je revenais.
Je parus le lendemain et je fus introduit. Il était mieux. Dès qu'il m'aperçut il me tendit la main et baisa la mienne : « Ah ! Monseigneur, dit-il, quelle charité vous avez pour moi! ai-je dû m'y attendre après les chagrins que je vous ai causés sans sujet? Que cette démarche prouve bien votre religion. » Ses larmes l'interrompirent, je ne pus retenir les miennes. Je l'embrassai tendrement. 11 ne cessait de me demander pardon et de me rappeler dans les termes les plus vifs l'injustice de sa conduite. Je l'assurai que j'oubliais tout et que j'avais pour lui l'amitié la plus parfaite. Le mal augmenta et à l'entrée de la nuit il me demanda. Mais comme je logeais fort loin, on diiféra de m'avertir jusqu au lendemain. J'y vins aussitôt et le trouvai très mal.
Le malade, en me voyant, reprit ses esprits et renouvela ses protestations. « Depuis hier au soir, dit-il, je n'ai cessé de soupirer après vous. Ma dernière heure approche ; faites-moi la grâce de m'aider à profiter du peu de vie qui me reste : j'ai reçu les derniers sacrements, accordez-moi avec votre bénédiction l'indulgence que le Pape vous a donné le pouvoir d'accorder à l'article de la mort. » Jetais fort embarrassé, parce que l'abbé avait toujours favorisé le jansénisme, et j'allais profiter de la circonstance pour lui faire faire la rétractation.
Il s'aperçut de mon embarras, et en devina la cause ; et d'un ton de^zèle que le désir de réparer ses égarements est seul capable d'inspirer : « Je ne suis plus, dit-il, ce que vous m'avez connu; je veux mourir catholique, apostolique et romain, parfaitement soumis à toutes les décisions de l'Eglise, et en particulier à la Constitution Unigenitus. L'ambition et le respect humain m'ont fait tenir un autre langage pour ménager certains protecteurs ; dans le fond du cœur pourtant, j'y ai toujours été sincèrement soumis: le moment de la mort lève un grand voile ; je sens que les intérêts de mon salut doivent l'emporter sur ces vaines considérations. Je regarde comme un des coups les plus singuliers de la grâce que j'aie encore le temps et l'occasion de rendre hommage à la vérité; aidez-moi à en remercier la bonté divine ; daignez avoir pitié d'un pécheur véritablement converti ; je n'ai qu'un souffle de vie : ne me refusez pas l'indulgence que je désire. » Cette déclaration était sans doute suffisante. Cependant pour l'édification de ceux qui étaient présents et du public qui devait en être instruit, je voulus le faire expliquer plus en détail.
Je lui demandai donc avec son agrément : 1° Comment recevez-vous la Constitution Unigenitus? Réponse : « Je m'y soumets de cœur et d'esprit ; je la regarde comme une bulle dogmatique et une règle de foi ; je déteste le scandale que j'ai donné en paraissant la rejeter, et tout ce que j'ai pu faire pour favoriser le parti de Jansénius et de Quesnel, à qui je dis anathème ; je demande très humble-
ment pardon à Dieu, à l'Eglise et à ceux que j'ai scandalisés, ou que j'ai persécutés, chagrinés, décriés, .parce qu'ils pensaient autrement. » 2° Si vous reveniez en santé, ne rendriez-vous pas public tout ce que vous venez de me dire ? et si Dieu dispose de vous, me permettez-vous de le faire à votre place? Réponse : « Oui, je vous supplie de tout mon cœur de le faire, car je sens bien que je touche à ma fin; si jamais je revenais en santé, je le publierais sur les toits; je le ferais afticher dans toutes les places publiques pour réparer le scandale que j'ai donné. — J'aurais pu faire les mêmes déclarations devant le Chapitre, avant que de recevoir les sacrements, mais je n'y ai pas pensé; je vous prie d"y suppléer, je vous en aurai une éternelle obligation; et si Dieu me fait miséricorde, je ne cesserai de le prier de vous en tenir compte. » Le rftalade mourut peu de temps après, je lui conférai l'indulgence, l'exhortai le crucifix à la main, et lui fis les prières des agonisants.
C'était un des mois de rigueur réservé au Pape en Bretagne pour conférer les bénéfices vacants. Le défunt était pourvu de la trésorerie, seconde dignité du Chapitre, et d'un canonicat. Ces deux étaient fort à ma bienséance. A la tête du Chapitre avec un revenu considérable, j'eusse été en état de soutenir ma dignité. 11 m'était aisé de les obtenir du Pape. Cependant je préférai deux ecclésiastiques très zélés pour la Constitution. J'écrivis en leur faveur au cardinal Paulucci. Ils en furent pourvus. Ce désintéressement édifia toute la ville; mais il déplut à M. lÉvéque qui n'aimait pas ces deux sujets. 11 était d'ailleurs choqué des déclarations publiques que j'avais fait faire à l'abbé de Robien et de mes dissertations dogmatiques. Il éclata donc enfin. Il était à Paris. Il ('crivit à son Grand Vicaire et le chargea de révoquer tous mes pouvoirs et de me défendre d'aller dans les communautés religieuses. Je répondis au Grand Vicaire que INI, de Vannes s'oubliait extrêmement de me faire pareille défense puisqu'il n'avait aucune autorité sur moi, qu'il pouvait bien défendre à ses Religieuses de me recevoir, mais non pas à moi d'y aller. L'abbé de
L'Angle, qui ne s'était chargé de la commission qu'à regret, sentit la méprise et m'en fit excuse ; mais bientôt dégoûté des manières et des sentiments de l'évêque, il lui rendit ses lettres de Grand Vicaire. J'étais estimé dans le diocèse. Cette démarche y fît un grand éclat; mais le diocèse fut encore plus à plaindre. L'évêque mit en place tant de personnes suspectes, et y favorisa si fort l'erreur qu'il l'eut bientôt gâté.
Le cardinal de Gesvres, archevêque de Bourges, était depuis longtemps par ses infirmités hors d'état de faire les fonctions *. Il demeurait à Paris d'où par ses lettres il gouvernait son diocèse. Il cherchait un suiïragant. Je l'avais connu avant qu'il fût cardinal, et à Rome où il avait longtemps séjourné en qualité de protonotaire apostolique, et à Paris dans mon premier voyage où se ménageant des amis pour lui frayer les voies à la pourpre, il m'avait comblé de politesses. Mais il n'eut pas besoin de moi, puisqu'il fut fait cardinal à la nomination du roi de Pologne. J'allai à Paris pour me faire payer de ma pension. Je ne manquai pas" de le voir, j'y fus même invité par ses amis. La première visite fut courte, l'Eminence allait sortir. On se donna rendezvous pour le lendemain aux Tuileries. Là après mille politesses même embarrassantes et un lono: entretien sur ma situation, il me répéta par trois fois en me serrant la main : « Si j'osais, je vous ferais une proposition, mais non, elle ne convient pas à votre caractère. » Plus le cardinal faisait le mystérieux, plus j'étais empressé à découvrir le mystère. Enfin après s'être fait bien prier, il médit : « Mon cher Seigneur, je me sens porté, pour adoucir votre état, de vous offrir une pension de quinze cents livres, bien fâché de ne pouvoir faire davantage : mais qu'est-ce pour un évêque ? »
Une générosité si peu attendue me surprit fort ; j'y soupçonnai des vues secrètes. « On ne peut être plus sensible,
1. Léon Potier, cardinal tlo Gesvres, fui à Bourges de mai 169'i :ï janvier 1729.
DE L'EVKQUE DE BERYTE. IVi
lui répondis-je simplement, à la bienveillance dont Votre Eminence m'honore ; me jugerait-elle capable de quelque chose pour son service? » « Oui, cher Prélat, répéta-t-il en m'embrassant, c'est d'aller à Bourges faire les fonctions épiscopales que mes infirmités me mettent hors d'état de remplir. )> J'acceptai la proposition avec joie. Son Eminence me mit au fait des affaires et m'assura que tout était tranquille dans son diocèse sur les affaires du temps ; qu'il n'avait d'appellant que le doyen de la cathédrale et cinq chanoines, mais qu'on avait pris de justes mesures pour leur imposer silence. Il voulait me faire partir incessamment; mais je lui représentai qu'ayant contracté des dettes à Vannes, je ne voulais pas quitter sans y faire honneur. Il y eut quelques difficultés sur le logement. Je voulais un appartement dans son palais, ce qu'il refusa. Mais il me promit une maison en ville. Je demandai des lettres dé Grand Vicaire et lui citai des exemples de plusieurs évêques suffragants qui tous en avaient. Il y fit d'abord difficulté; mais enfin il me promit quej 'en trouverais à Bourges à mon arrivée. J'exigeai qu'il payât les frais du voyage, puisque je ne me déplaçais que pour son service. Il le refusa absolument. Ces difficultés suspendirent quelque temps ma résolution, et pensèrent tout rompre. Mais j'étais trop mal à Vannes pour ne pas en sortir à quelque prix que ce fût. Quinze cents livres de pension, l'honneur de travailler dans un grand diocèse, appelé par un cardinal, la crainte de piquer M. de Gesvres alors fort accrédité, me déterminèrent. M. Masseimon ancien ami, depuis revenu nonce en France à la prière de M. le Régent, me conseilla d'en faire le sacrifice. Je pris mon parti, j'arrangeai mes affaires à Vannes, et au milieu des regrets de tout ce qu'il y avait de distingué dans la ville, je partis pour Bourges, où j'arrivai le 3 novembre 1722.
Dans le cours de la négociation j'allai à la cour et je vis le Roi. L'évêque de Fréjus, depuis cardinal et premier ministre \ avait promis de me présenter; mais ne l'ayant pu