‹ Mémoires et lettres inédits du chevalier de GentzChapitre 14 sur 20 · SOS · texte numérisé non relu

SOS

de troupes ;. c'était une partie des rég;imeiis rerenant de Gotha et Eisenach. Le Roi était à cheval; Gœtzen, derrière lui, s'est approclié de moi, et m'a dit: „ExceHeDte nouvelle! Les Français ont attaqué Tauentzieny et il les a bravement . repousses.^* — Un autre officier que j'ai rencontré, m'a dit qu'un courrier était arrivé de Vietme avec la nouvelle que l'Empereur avait déclaré sa neutralité. — * Je me suis rendu cliez le Comte HaugwUz pour vérifier tous ce^ récits.

Je l'ai trouvé avec le Marquis Lucchesim. On m'a montré d'abord le rapport du Général Tauentzien. U y était dit que les Français s'étaient avancés sur lui le 7 et le 8, et avaient fait mine He l'attaquer; mais que le trouvant prêt à les recevoir, ils avaient abandonné leur projet, après avoir perdu quelques hommes; qu'après cela il avait fait sa retraite de Mof à Schleitz dans le meilleur ordre possible, telle qu^^lle lui avait été prescrite. La seule chose quHI ajoutait à ce rapport était l'observation, sans doute un peu prématurée, „que l'ennemi avait montré dans cette tentative une certaine timidUé qu'on ne lui connaissait pas habituellement.*^ Quoique très content du Général Tauentzien', très content surtout de ce que je croyais sa jonction avec le corps du Prince de Hohenlahe opérée sans perte et accident (car alors nous ne pouvions pas savoir ce qui se passait ce moment même à Sùhleitz')^ je ne pouvais cependant point accorder à cet événement le titre d'une affaire, bien moins encore d^un succès, attendu qu'il n'y avait eu aucun engagement, quelconque. Je fas donc extrêmement étonné, lorsque j'appris que le Comte Haugwitz avait l'intention d'en faire le sujet

d'im bulletin imprimé, qui serait envoyé par des courriers à Berlin^ Dresde, Vienne , je crois même à St. Pétersbourg et Londres. Je Tentendis dire sur cela les choses les plus extraordinaires, pour ne pas dire, les plus extravagantes. Je ne dissimulai point mon opinion ; d'autant moins qne je m'aperçus bientôt que le Marquis la partageait absolument; nous réunîmes nos efforts pour combattre l'idée de ce bulletin, qui, ne pouvant offrir aucun détail, par la bonne raison qu'il n^ en avait aucun dans le rapport, aurait commencé l'histoire de cette guerre par celle de la retraite paisible dHm corps avancé. Le Comte Haugtvitz insista toujours. — Dans les intervalles de cette discussion reparut d'un moment à Tautre Pétrange et ridicule affaire de Mr. Laforêt; il n'était pas parti; on avait encore tenu un conseil, rien n'était décidé; cet objet, je le vis bien, l'emportait pour le coup sur tous les autres. — ^ En revenant à celui du bulletin, il fut enfin résolu, après de longs débats, qu^il n^y en aurait point d'imprimé, mais qu'un courrier serait expédié à Dresde avec la nouvelle de l'événement; Je Comte Haugtvitz allidt s'enfermer pour trois lieures , cherchant une rédaction qui ne donnât ni trop ni trop peu d'espérance à TElecteur de Saxe. J'avoue que je n^avais jamais été plus frappé de la modicité des moyens du Comte Haugtvitz y et du peu de proportion entre sa tâche et sa tête; le Marquis Lucchesini me jeta de tems en tems des regards qui me prouvaient quHl lisait dans mon ame. Enfin, les incidens de cette matinée, joints à une quantité d'autres données que j'avais recueillies les jours précédens, me confirmaient définitivement dans Tc^inion que ce Ministre, que presque

tous ses contemporains regardaient comme un artiste consommé en fait de ruses et de profondeur politique, n!étaît au fond qu'un homme faible et borné/ dont les fautes nombreuses et cruelles résultaient bien moins d'une volonté déterminée au mal, que d*une incapacité peipétuelle àe mieux faire.

11 fut aussi question du dernier courrier de Vienne. On m'assura qu'aucune déclaration n'avait été faite sur la neutralité, qu'au contraire il avait été dit au Comte lînkenstein que l'Empereur fie s'engagerait à rien, qu'il n'y aurait qu^une neutralité de fait, et que cette mesure n'empêcherait pas même qu'on envoyât un officier au quartier-général Prussien. Tout cela devait avoir été dît avant le retour de l'Empereur à Vienne; on ajouta que le Roi en était extrêmement satisfait. Oh ne me montra cependant pas la dépêche, comme on l'avait fait quelques jours auparavant à l'arrivée du dernier courrier; et cette circonstance me fit sbupçonner qu'il y avait des choses dont on n'était pas absolument content, et qu'on aimait mieux me cacher. Ce qui vint à l'appui de ce soupçon, c'étaient les nouvelles instances qu'on me fit dans ce même moment pour m'eiigager à écrire à Vienne, instances dans lesquelles cette foisci Mr. de Lucchesini se joignit à Mr. de Haugivitz. Mon parti était pris à cet égard; mais je sentais bien que les objections légères par lesquelles j'avais combattu la^ première proposition de ce genre, ne me tireraient pas d'affaire contre la seconde. Je me décidai donc à alléguer, avec les modifications que la politesse pouvait exiger , le rérîtable motif de mon refus; je déclarai franchement que je ne voulais pas écrire, parce qu'une lettre datée

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