‹ Mémoires et lettres inédits du chevalier de GentzChapitre 5 sur 20 · DU 14 AOUT · texte numérisé non relu

DU 14 AOUT

L'aiticle scandaleox que le Moniteur du 14 Août à publié contre Sa Majesté le Roi de Suéde parait avoir été lu dans toutes les parties de l'Europe avec les sentimens qu'il devait produire partout D a ex* cité Findlgnatioii de quiconque est encore susceptible d'une impression forte et profonde ; il a jQrappé d'éton* nement ceux mêmes qui ne sindignent plus de rien ; il a éclairé d'une lumière (effrayante Tabime au bord duquel les nations et les souverains s'avancent vers le dernier terme de la dégradation et de la servitude politique; il nous a indiqué le degré de confiance que méritent ces vaines consolations dont des esprits superficiels ou des sophistes perfides nous bercent sur l'avenir, en . présentant les derniers événemens de France comme la garantie finale de la paix, de l'ordre, de la stabilité de tous les gouvememens.

Cependant les cours ont gardé Jusqu'ici un si* lence qui ne peut être que celui de la consternation; et, à l'exception de quelques feuilles de Londres, aucun des écrivains publics n'a osé relever un scandale inouï dans les annales des peuples civilisés. Le seul hommage que ces écrivains aient rendu dans cette occasion à la décence publique, est celui de n'avoir pas voulu contribuer à répandre une publication aussi

révoltante; et c'est un fait qui. mérite d'être remarqué et consigné, que notamment parmi tous ces gazetiers d'Allemagne habitués et condamnés depuis si long-tems à copier chaque jour de poste les injures que le gouvernement Français ne cesse de vomir contre tout ce qui résiste encore à un avilissement presque universel, il ne s'en soit pas trouvé un seul qui ait eu le courage de réimprimer cette pièce.

Ce serait une entreprise très facile, mais aussi très peu convenable, et dç plus parfaitement inutile, que celle de défendre S. M. le Roi de Suède contre les attaques insensées du Moniteur. Qn peut soutenir hardiment que quel que soit l'aveuglement actuel sur certains personnages, et quelle que soit parmi nos contemporains là dépravation de l'esprit public, il est impossible qu'il existe un homme en Europe qui ne soit plus ou moins pénétré de l'injustice et de l'atro* cité de l'article dont il s'agit. Il est même plus que vraisemblable que, matgré le joug de £er que le gouvernement Français fait peser sur l'opinion publique, cet article, bien loin d'avoir été approuvé par qui que ce soit en France,, aura fajt rougir et gémir en secret jusques aux partisans les plus décidés de celui qui l'a lancé dans le monde. - .

Mais ce qui, dans )es circonstances où nous nous trouvons, peut avoir plus d'intérêt et devenir réellement utile, c'est d'examiner cette étrange production sous le rapport dé son mérite intrinsèque, *et'de mettre au grand jour tout ce qu'indépendammei^ de son in-, décence choquante,^ elle renferme de mauvaise logique, de[ moyens pitoyables, d'extravagance et d'absurdité; car lorsqu'on voit l'admiration aveugle (on

* est . souyetit tenté de dire stnpide) dont Tanteur de cette rapsodie est l'objet, lorsqu'on entend tous les coins dé TEurope retentir des éloges prodigués à son vaste génie, à la grandeur de son caractère, à ses lumières presque surnaturelles, il doit être assez piquant d'observer combien ce même homme, devant lequel l'Europe se prosterne comme devant un être supérîeur ^ est sujet à tomber d'un moment à l'autre dans des écarts qui ne s'expliquent que par un délire complet, soit que ce délire se trouve momentanément -produit par les passions furieuses qui le dominent, soit qu'il tienne à un orgueil effréné et gigantesque qui lui ait fait perdre sans^ retour la mesure de tout ce qui existe autour de lui.

Une isimple analyse de l'article du 14 Août fournira une ample matière au développement de cette observation.

Jusqu'ici les paragraphes sanglans par lesquels le Journs^l officiel de France insulte périodiquement les souverains de* l'Europe , ne présentaient à l'ordinaire que^des déclamations vagues et hasardées, ou des accusations tellement arbitraires que l'on ne se donnait pas même la peine de les appuyer d'adtres preuves que de l'autorité de celui' qui en avait ordonné l^nsertion. Mais la diatribe contre S. M. le Roi de Suède se distingue de toutes les autres en ce qu'elle annonce la prétention de prouver formellement ce qu'elle avance;, elle fournit les pièces soidisant justificatives de l'accusation ; elle les place à la tête de l'apostrophe insolente «adressée à ce souverain. Elle met donc le public dans le cas de prononcer entre . l'accusateur et Taccusé; elle nous

invite à exa&iliier et à juger nous-mêmes si le Roi est effectivement coupable de ce que le Moniteur lui reproche, ou si celui qui lui a fait porter le coup, est un calomniateur insensé, qui fournit lui-même les preuves de son impuissance et de sa perversité.

Consultons les prétendues pièces-justificatives!

La première Cdont par de très-bonnes riUsons te Moniteur s'est gardé de donner le texte) est la note du 18 Bfai 1801 , par laqudle S. M. le Roi de Suède proposait à la diète, de Ratisbonne de témoigner sa reconnaissaiice envers S. Â. R. l'Archiduc Charl.es en

lui fesant élever une statue.

On a beau lire et relire, examiner et réexamina cette note , on n'y découvrira jamais , ni la plus légère intention d'offenser la France, ni la mmndre expression, tournure, ou nuance, qui ait pu compromettre les intérêts ou l'honneur de ce pays, ou seulement blesser la personne de celui qui alors comme aujourd'hui se trouvait à la tête de ses affaires. Bien loin de là , cette pièce contient même un passage qui devait manifester de la manière la moins équivoque l'empresseinent de S. M^ le Roi de Suède d'éviter tout ce qui aurait pu f«re naître dans cette occasion lldée d'une démarche tant soit peu hostile contre le chef du gouvernement français. Il y est dit „qne l 'Archiduc arracha deux fois l'AUemagne méridionale à la dévastation et à la ruine dont la menaçait un ennemi gui n*étaU point encore conduit par les principes de modératiàn qui, animent son gouvernement actueV^ La seule phrase de cette note applicable d'une manière quelconque au gouvernement actuel de la Fmnce est donc celle qui fait

réloge de ce gouvernement dans les termes lee plus positifs.

Ici pourrait finir rexamen de la première pièce ; il est, évident qu'elle ne présente pas l'ombre d'un grief contre le Roi de Suède; il est évident qu'ette prouve exactement le contraire de ce qu'elle avait dû prouver. Mais comment se taire sur les incroyables réflexions qui accompatgnent cette pièce ! Le Roi ne doit pas avoir eu le droit -de proposer une statue en l'honneur de l'ArcIiiduc Charles, puisque J'esttme que l'AUemagne accorde à ce prince n'a pas été acquise avec les troupes suédoises?^ Il doit avoir perdu celui d'adresser des conseils a la diète ^puisqu'on n'a point entendu parler de lui pendant la guerre, et qu'il a fait sa paix, avant que l'Empire d'Allemagne eût fait la sienne!^ — n'est pas nécessaire de s'arrêter à la première de ces réflexions; elle tombe par sa propre absurdité; mais il vaut la peine de dire un mot sur la seconde. D'abord, sans entrer ici dans la recherche de toutes ces circonstances affligeantes qui ont empêché l'illustre père de S. M. le Roi de Suède d'exécuter les nobles projets quil avait conçus pour sauver la France et l'Europe, et qui, iqprès sa mort à jamais déplorable, ont mis la Suède dans l'impossibilité de coopérer directement au salut commun, il est très-essentiel d 'observer que dans aucune époque il n'y a eu guerre proprement dite entre la France et la Suède, que le Roi actuellement régnant trouva, lorsqu'il prit les rênes, du gouvernement, les relations de paix établies entre les deux pays, qu'il n'a donc pas fait, et qu'il n'a pas pu faire sa paix avec la France, ni avant ni après que l'Empire d'Allemagne

eût fait la sienne. Et quant aux affaires et aux Intérêts de rAUemagne, il est impossible de ne pas se rappeler que le Roi de Suède, quoiquen paix avec le gouvernement français comme puissance indépendante , n'a Jamais négligé aucun de ses devoirs comme Etat de PEmpire Germanique y quMl a constamment servi d'exemple par la fidélité avec laquelle il a rempli et plus que rempli ces devoirs, que de plus il n'a cessé pendant tout le cours de la guerre d^adresser à ses co- états les invitations et les exhortationiâ les plus pressantes, quMl s'est invariablement distingué par le langage constitutionnel, loyal et noble qu'il a tenu à la diète, et qu'il n'y a que la plus honteuse ignorance, ou la plus insigne mauvaise-foi, qui puisse faire dire à un homme ^gue dans toutes ces crises VEmpire Germanique n*avait pas entendu parler de Lui /«

La seconde pièce citée par le Moniteur est la déclaration que S. M. le Roi de Suède fit remettre le 26 Janvier 1804 k la diète, pour le maintien de l'existence politique de la noblesse immédiate de l'Empire.

Si la conduite que Si M. le Roi de Suède a tenue dans cette occasion pouvait jamais être oubliée ou méconnue, le Moniteur-rLui aui*ait rendu un véritable service en réimprimant cette déclaration. Elle respire d'un bout à l'autre les principes les plus justes et les plus honorables, les sentimens les plus purs et les plus élevés, le désir sincère de maintenir intact ce qui est resté encore de l'ancienne constitution Germanique, de cimenter les liens entre les niembres de l'Empire et son Chef, et de substituer les voies

légales aux entreprises arbitraires et iBConstltatleii- DeDes qui menaçaient d'anéantir les droits récemiiient sanctionnés de Tétat le moins puissant de la confé* dération. Quiconque lira nu Jour cette pièce respee* table, et plusieurs autres du même caractère q«l l'ont précédée et suivie, sera irrésistiblement conduit à se dire que, si le Roi de Suède avait été secondé dans ses effoii», s'il ne s'était pas trop souvent trouvé dans le cas d'énoncer seul ou presque seul des sen- * tiînens aussi conformes aux vrais intérêts de l'Ailemagne, l'Empire Germanique ne serait pas réduit à la position critique dans laquelle nous le voyons placé aujourd'hui, ni livré à la triste perspective qui le menace dans l'avenir.

Et quel est le reproche que le Gouvernement Français ait pu faire à cette déclaration? Le seul passage par lequel elle touche la France , est celuici: ),Sa Majesté est convaincue que la délibération ),qul pourra être ouverte sur cet objet entre l'Erope- »reur et l'Empire, aura lieu avec l'harmonie et la uboniie intelligence réciproques si nécessaires au bien )»génëral, et qu'en conséquence la médiation des puisnSances étrangères dans une affaire qui regarde exuclusivement les rapports intérieurs de l'Empire sera ndéelinée; puisque cette médiation serait contraire à yf indépendance et à la dignité de FEmpire, et pour- „rait faire naître l'idée que l'Empereur et l'Empire nSont deux puissances différentes, tandis qu'en effet »ils ne forment qu'une et la même puissance, qu'ils „8ont unis par les plus saints et inviolables devoirs, net n'ont conséquemment besoin d'autre médiateur que nde la constitution et des lois de TEmpire,'^ -* Tout

fientz, Mémoirts. 4

le monde aara remarqué la aageaae et la modiératidn avee laquelle ce passage est écrit; il ne s'y trouve pas un mot qui ait pu irriter ou choquer la France. C'est donc la chose en elle-même , c'est l'esprit et le but du paragraphe, qui constituent le tort impardonnable de S. M. le Roi de Suède ! l^lais ,cette protestation indirecte, cette protestation si calme et si mesurée contre le concours d^ puissances étrangères, n'est point exclusi^'cment applicable à la France; celleci n'y est pas iuéme nommée; il est clair, il est indubitable que d'autres puissances étrangères y étaient également comprises, et auraient donc égidement eu le droit de porter leur plainte contre la déclaration. Mais une plainte pareille ne pouvait absolument naître que sous la plume extravagante du rédacteur de cet article inouï. A-t-on jamais vu depuis qu'il existe des états d'un côté, et des libellistes de l'autre, injurier un Prince, membre d'une confédération indépendante, pour avoir exhorté ses co-intéressés à soumettre leurs querelles domestiques à la décision des lois et des tribunaux, plutôt que d'appeler les étrangers à leur secours? Etait-ce un crime, et était-ce un crime contre la France, de dire que l'Empeteur et l'Empire, n'étant qu^une et la même pmêsmnce^ riiont pas besoin de médiateur dans une affaire qui ne regarde que leur propre constitution? Le Roi de Suède devait-il donc faire des voeux pour que l'affaire de la noblesse immédiate fît intervenir de nouveau les puissances étrangères dans les arrangemens intérieurs de l'Allemagne ? Ce que l'on appelle l'affaire des indemnités nous a-t-il donc laissé des souvenirs si doux, que nous nous rendrions coupables en désirant que

iL^

le cas d'une isterventiaii pareille ne se reproduisit pas une seconde fois ? Et le Roi de Suède Urt-il mérité d'être cité devant le tribunal du Moniteur pour avoir nourri un sentiment que tout Prince d'Empire n'ayant pas complètement abjuré les premiers intérêts de ,sa patrie, et le souvenir de son ancienne di^tté, doit nécessairement partager avec lui ?

Le troisième chef d'accusation est enfin la note du. 14 Mlû 1804 , par laquelle le Roi de Suède a fait expliquer à la diète „ pourquoi 11- ria pas cru nécessaire d'énoncer ses sentimens dans une affaire ,sur laquelle S. M. l'Empereur de Russie venait de manifester les siens à l'Empire."

Si Sa Majesté le Roi de Suède s'était livré au premier mouvement qirî devait avoir saisi son ame, consternée .par Thorrible attentat commis presque sous ses yeux sur la personne de Msr. le Duc d'Enghien; si la douleur de se. trouver dans la résidence d'un Prince dont le territoire venait d*étre si atrocement violé, éloignant de la pensée du Monarque toute considéication étrangère et toute idée de ménagement politique, lui avait arraché le cri d'une juste fndlgiiatioix^ pii est l'homme qui eût osé l'en blâmer? Aucun Fri^çais,. nous aimons à le croire, aucun Françids quelles. qu'eussent été d^ailleurs ses relations ou ces opinions politiques, ne l'aurait accusé de dispositions hostiles contre la France, pour avoir, au risque même de compromettre ses intérêts particuliers, plaidé eu Prince et en homme la cause sacrée de l'innocence et du malheur! Non! Il ne se serait trouvé dans toute l'étendue de la France qu'un seul individu capable de calomnier la conduite de Sa Ma*

jesté! Il fallait avoir coannaÉdé le forfait pour s'élever contre celui qui osait défendre la victime.

U est assez connu que le Roi de Suède a effec* tivement réclamé, et réclamé avec une noble énergie, contre cette vaste complication d'attentats qui, tout en faisant frémir les amis de la justice et de l'humanité, avertissaient encore les puissances limitrophes de la France des dangers incalculables qui les assiègent dans chaque moment. Mais soit que l'on n'ait pas eu le courage de publier ces réclamatioiis, soit que ce même esprit de vertige et de démeiice qui a produit Fensemble de la . diatribe que nous analysons, ait influé sur chacun de ses détails, on a exactement choisi, pour faire le procès à Sa Majesté, une pièce qui, loin de déployer tonte l'étendue et toute la force de Ses sentimens, n'annonce pas même l'intention directe de discuter la grande question. La note du 14 Mai n'est qu'une espèce de supplément à la déclaration bien autrement positive et vigoureuse, que S. M. l'Empereur de Russie avait fait remettre à la diète. Le Roi de Suède y rappelle seulement son titre incontestable de garant de l'ancienne constitution de l'Empire; il déclare qu'en vertu de ce titre, il aurait pu émettre son opinion sur un événement que, par une modération très remarquable, il ne fait pas même tant que d'indiquer, et il ajoute quil s'en abstient, „ croyant que le chef de l'Empire ferait connaître sa manière de penser et d'agir." — Où est ici Je désir dimuUer chaque jour à la France f^"^ On est celui ^dH exciter le Corps Germanique ,** et » de le pousser à la guerre contre la France f^'

Tout homme qui ne partage pas les fureurs aveugles de l'auteur de l'article du 14 Aoftt, doit bien reconnaître avec nous que , loin d'avoir justifié, par les trois notes citées dans cette pièce , la plus légère des accusations qu'elle contient, ou la moins atroce des injures dont elle est hérissée, c'était plutôt le comble de l'extravagam^ et un véritable acte de folie d'invoquer comme des preuves ce qu'on défenseur zélé de S. M. le Roi de Suède aurait pu trouver de plus concluant pour réfuter et pulvériser les déclamations du Moniteur. Cependant nous pouvons ajouter sans crainte que, si on avait fouillé toutes les archives de Ratidbonne et en outre celles de tous les Cabinets de l'Europe, pour trouver de quoi bâtir les accusations contre Sa Majesté sur nue base {dus solide, ou seulement ^us qpédeuse, on n'aurait jamais réussi. Les déclarations publiques et cimfidentielies de ce monarque portent tontes sans exception le même caractère, qui, à la honte et à la confusion de son accusateur, distingue les pièces que Ton a voulu fidre valoir contre lui. Partout, à côté des principes les plus reqiectables, à côté de la plus vive sôUidtade pour le maintien de Tordre, de la justice , de tous les grands intérêts de la sodété, à côté de l'aversion la plus prononcée pour un système de violence et d'oppression qui doit finir par replonger l'Europe dans la barbarie, on y trouve, dans les choses comme dans les termes, la modération, la mesure, la décence, la dignité, qui conviennent à une bonne cause, et qui doivent toujours caractériser les démarches d'un Souverain légitime.

Nous ne nous abaisserons pas jusqu'à entrer

dans tôus' l€s détails de ce libelle odJeox. U y en a qtté roii ne pourrait pas seulement reproduire avee' décence. U snffira de relever quelques passages particulièrement infectés de cette frénésie aTeiig;le qui a présidé à toute Ja composition.

II n*est guère possible de concevoir une méprise plus éHàxkg^ et plus ridicule, que celle de reprodier au 'Roi d'avoir ekoisi Pépoque de ses voyages en Allemagne, pour faire écrira et publier les notes par nq^ort auxquelles on l'accable de tant d'outrages. Ces note» ont été puésentéeà à la diète de l'Empire Germanique-; c'est comme Etat de cet Empire que Sa Majesté les a fait rédiger; elles sont essentielle* ment et exclusivement consacrées à des objets qui cencement cet Empire ; elles se lient à ses plus grands intérêts. Quel mal y avait -il donc de les dater et de les expédier de tel on tel endroit du territoire allennand ? Si les Princes chez lesquels Sa Majesté a sé/outné pendant quelque tems, n'ont pas jugé de leur intérêt, ou ont été empêchés par leur position, de partager ses principies et ses dénuirches, on peut lés bl&mer ou les plaindre selon les circcmstances ovi ils se trouvent Mais le Roi de Suède étant dans une situation plus libre et plus heureuse, il n'y a que ceux qui voudraient voir tout l'univers aux pieds de Napoléon Bonaparte, qui puissent prétendre que le Souverain d'un Empire indépendant ait dû se renfermer dans les limites étroites d'un Electeur voisin de la France, parce qu'il lui est arrivé de passer un hiver en Allemagne! Nous savons bien, au reste, que les nobles efforts de S. M. le Roi de Suède pour le maintien de la constitution Germa-

5ft

nique n'ont pas tonjours été reconnus eottune ils anraiçitfk mérité/de Fétrej mais il est pemis, il est juste de èroire qne l^ftccueil qu'on leur a fait, d^t être attiibiië plutdt au malheur des tems, à la si* tnation critique de l'AUeuiagne , au boideverseuieut déplorable dû q^stéme politique, qu'à l'indiffëreiice ou. à l'ingratitude des eo- états du Roi. Et s'il en était autrement, ce ne serait pas à cdni, qui a glorieuse* ment rempli ses devoirs, ce seiralt à cettx qui an* raient lâciiement repoussé ses conseils, que s'attache* raient un jqur les r^roches de la postérité. Malheur an Corps Germanique, si les démarches du Soi de Suède avaient jamais pu lui être ^^êmp^ numÊ l^ Malheur. anx Princes dé rÂPeinag^ne, si on pou* vait jamais leur persuader, que les intérêts prédeux et sacrés pour lesquels ce monarque a réclamé leur attention et leur zèle, ne' sont que »des intérêts fisintastiques ! <*

On s'eitt encore avisé de mettre en contraste la conduite de 8. M. le Roi de Suède avec celle que Gustave Adolphe à tenue à Fépbquè de' la guerre de trente ans. 11 est difficile de dire ce que Gustave Â^iolphe aurait entrepris, si la Providence l'kvalt fuit naître et régner dans un siècle tel que nêtre^ tout aussi riche en calamités, ikiais infitriment moins en ressources, que le sien. Mais avec des droonstanêes extrêmement différentes, le principe des actions de ce grand ^honnae était certainement le même que les calomniateurs du Roi iégnmrt ne rougissent pas de traiter de »»t?aà»a et fiaMasfue passiam.*^ Gustave Adolphe a eimplo^é et sacrifié sa vie à combattre ce que^ d'après les (pliions et les besoins de son tems.

il regardait comme essentiellement dangereux pour ^indépendance des états, et pour les intérêts de, l'Iia* manité* S'il reparaissait anjonrd*lrai sur la terre , il y trouverait une tyrannie tout autrement réelle, tout autrement vaste , tout autrement n^nstmeuse , que celle contre laquelle il a lutté avec tant de gloire; Il s'armeriût contre cette tyrannie, si, comme alors^ il se voyait entouré de forces suffisantes, d'alliés puissans, et de partisans zélés; si rien de tout cela ne se présentait pour le seconder, il préserverait an moins l'élévation et la dignité de son caractère de la funeste contagion de son siècle; et, au milieu de l'inactivité à laquelle il se verrait réduit, il ferait probablement entendre de tems en tems le même langage, qui a valu au possesseur actuel de son tr&ne l'honorable disgrâce que le Blaniteur vient de proclamer à la face de l'univers.

Rien n'était plus digne de finir et de couronner cette diatribe, que l'artifice grossier et méprisable par lequel on affecte de séparer de son Souverain un peuple qui n'avait point mérité de devenir l'objet d'une tentative pareille. Il faut absolument avoir été, comme l'a si bien exprimé le premier orateur de notre tems, „l'élève et le champion du Jacobinisme,** pour imaginer que c'était là un moyen d'insulter le Raij et pour ne pas sentir que c'est sur la mUian Suédoise, que se dirige proprement tout ce qu'il y a d'odieux et de choquant dans ce procédé. C'est eHe, c'est cette nation aussi brave que loyale, qui doit en ressentir l'injure ; et H faut espérer que nous verrons le jour où elle sera en état de la venger.

En attendant, comment est-il possible de se dé*

fendre des réflexioM les plm désolantes, lonfn'on pense que Phomme qni a fait pnbHer, qui a peut* être composé lui •même cet assemblage Inoni d'atro* cités et d^extravagances, est le même qn! tient entre ses mains, non seulement les destinées de phis de trente millions d'hommes, directement soumis à son autorité, mais encore celles de tant d'antres nations jadis indépendantes, maintenant prosternées devant ses volontés, ses caprices, ses fantaisies et ses em* portemens! Et comment ces réflexions ne deviendraient- elles pas infiniment plus amères et plus a^ câblantes encore, si l'Europe entière dévorait en sOence l'affront qu'elle vient d'essuyer dans la per-> sonne d'un de ses souverains! Ce serait une erreur bien déplorable que celle de regarder le Roi de Suède comme exclusivement attaqué par l'insolente rapsodie du Moniteur. Cest contre Sa Majesté qu'elle affecte d'exhaler toute sa rage; mais ses traits em» poisonnés portent beaucoup plus loin. Elle s'adresse à la Russie, en feignant lâchement dimputer au Roi de Suède tout le prétendu tort d'une démarche dans laquelle il n'avait fait que suivre Pimpulsion, que S. M. l'Empereur de Russie avait si noblement donnée. Elle s'adresse au Coips Germanique, en traitant de crimes des déclarations pour lesquelles le chef et tous les membres de ce Corps auraient dû voter des remercîmens à S. M. le Roi de Suède. Elle s'adresse enfin à tous les gouvememens, et même à tous les individus qu'un vil égoisme n*a pas rendus indifférons sur l'honneur, llndépendance, et la conservation des pays auxquels ils appartiennent Car tant qull existera une puissance qui osera im-

ss

puifément se livrer à des excès pareils contre ce qu'il y a de phs respectable et de plus sacré dans l'ordre, social, il n*y aura ni droit public, ni morale publique, ni institution stable, ni sûreté quelconque, ni paix durable en Europe.

HEIIOIRE

SUR LA RÉIINION DE GÈVES.

JLDKSQSt A K3A« bB OOUn D^ 90BSIJin&«

YISMlifi , LE 15 JUILLET idO».

Je viens de lire 1» note par laquelle le Blioiatre de Sa Majesté à Gènes a répondu à celle du Sénat, qui lui annonçait la réunion de cette république à la France. N'apprenant les événemeDS politiques que par les gazettes, c'est-à-dire lorsqu'ib sont passés, je ne puis exercer ma critique que sur ce qui est fait; mais quelque stériles que puissent paraître des réflexions qui arrivent après-coup, je crois cependant que la gravité du cas, et mon zèle pour la gloire et pour la prospérité de cette monarchie, Justifieront ce que Je veux prendre la liberté de dirê sur une pièce qui m'a particulièrement consterné et affligé.

Je n'ai pas besoin de m'étendre ni sur la nature de cet événement, ni sur la manière dont il a été amené, ni sur les effets funestes qui en résulteront pour les intérêts de S. BL l'Empereur, et pour ceux de l'Europe entière. 11 ne peut pas y avoir deux chinions sur ces objets; et Votre Excellence est trop éclairée pour ne pas les envisager sons leur vrai point de vue. Je n'examinerai pas non plus si on aurait pu prévoir et prévenir cette nouvelle catastrophe. Je me bornerai à un seul point Je soutiens que la conduite de Mr. de Giusti dans cette occasion mémorable n'a pas été ce qu'elle aurait du être. Je soutiens qu'an lieu d'approuver d'une manière indirecte la mesure illégale du Sénat de Gènes, comme il l'a fait en disant »que ce corps était le

meilleur juge de ce qui convenait à la prospérité des Génois/' il aurait dû Texposer dans toute sa nullité; qu'au lieu de se déclarer incompétent pour prononcer sur un acte que les principes les plus clairs du droit public condamnident bautenoient, il aurait dû l'invalider par sa protestation ; et que, par son silence sur le point capital, et .par le ton &ibie, aeoommodant, prévenant, et doucereux de sa note, il a coaipiH>mi8 la dignité , les droits, et les Intérêts de son Soavendn.

Pour expliquer de la manière la plus sucelnete et la plus précise ce que, selon mes Idées, le Ministre de Sa Majesté TËmperenr aurait dû faire dans cette occasion, je joins à ce mémoire un projet de réponse, tel que je l'aurais rédigé si je m'étais trouvé à la place de Mr. Giusti. duel qu'eut été le dénouement final de cette malheureuse affaire , j'aurais cru, en donnant cette réponse, avoir complètement rempli mon devoir, et je me serais présenté devant Votre Excellence et devant Sk M. l'Empereur avec la conviction la plus parfaite que ma conduite ne serait ni désavouée ni désapprouvée.

La seule objection spécieuse par laquelle on aurait peut-être attaqué ma réponse du côté des princ^es sur lesquels elle est fondée, aurait pu être déduite de quelques exemples récens, qui paraissent ^u premier coup -d'oeil offrir une espèce d'analogie avec ce qui s'est passé à Gènes. Parmi ees exemples ie sort de la république de Venise aurait vraisemblablement paru le plus embarrassant

Je suis loin d'approuver la destrUellon de l'état de Venise; je ne l'ai jamais regardée que eomme une mesure dictée par une triste et impérieuse nécessité, qui avait mis la Cour de Vienne dans l'alter-

native, on de M voir absolument exclue de ritaBe, ou d'adopter nue propet^tioa que, daaa toute antre circonstance, elle aurait repoussée arec indignatioa. Mais la diiFëre«ce entre le changement que Yeniae éprouva alors, et celui que Von vient de déeiéler pour Gènes, est immense. Le gouTeraêneat Vénitien avait été dissous par la force des armetf; et Yenifle se trouvait à l'époque de la paix de Campo-Formlo dans Tanarchie complèfté, Taneien Souveraia ayant disparu, et ceux qui en exerçaient provisoirement les fonctions, n'ayant été recoomm par auoine puissance légitime. Lorsque, dans une situatièn pareille, on dispose d'un état par des traités de pidx, auxquels toutes les puissances donnent leur sauctfao, c'est, pour ainsi dire, le corps politique de TEwrepe entière qui se charge de la respensabilité du changement, et qui supplée par son assentimeiit à oe qull pouvait y avoir de défectueux dans le titre primitif de -celui qui devient le maitif« du pays. Une révo* lution politique, qui était l'ouvrage de la force, se trouve afaisi légitimée, autant qu'elle peut l'être, par la sanction suprême du droit des gens; et tandis que riliatorien et le fublidste se déclareront, et doivent toujours se déclarer contre le premier principe sur lequel ces sorteni d^acquisitions sont fondées, leur effet légal est incontestable, et ancun- gouvernement ne peut plus le révoquer en doute.

Mais qu'au mfliea de la paix^ el sans aucune nécessité aj^arente, les Chefs, et ce qui est plus fort, les Chefs simplement temporaires d^un état, s'avisent d'en transférer la souveraineté à un état voisin, et disposent d'un dépdt sacré qid leur est confié, comme si c'était une propriété aliénable; qu'une

révolntloii ée cette nature ae consomoie sans qu'auciine des puissances les plus intéressées à maintenir le sytéme politique établi, ait été consultée ou seulement ayertie: — voilà une entreprise tout autrement insuj^ortaUe. Le principe * de cette entreprise une fols admis, il est clair, que l'équilibre de l'Europe devient, nàéme en théorie, iln mot vide de sens. Avec ce principe -là Bonaparte pourrait conquârir demain TEspagfne sans tirer un coup de canon. U n'aurait qu'à engag^er le Roi d'Eapagne à lui transmettre sa couronne sous le même prétexte dont on s'est servi pour Gènes: ^quMl ne pouvait plus se dâendre par terre contre les Français, ni par mer contre les Angolais et les Barbaresques.*^ Avec ce même principe l'Electeur de Wuitemberg ou de Bade peuvent dédarer dans l'assemblée de leura états, que leur liaison avec TEmpIre tSermariique cessera, et que leur pays sera mis a^x pieds de l'Empereur des Français. H p'y aurait pas jusqu'au gouverneur d'une province — car le Sénat de Gènes n'avait pas beaucoup plus de pouvoir -^ qui ne se croirait autorisé à détacher son gouvernement de l'état au-^ quel il appartient, pour en faire présent à quelque puissance voisine; et quelques „ coffres rempUs de votes" ne hii manqueraient pas pour légaliser so9 attentat. Enfin, c'est la résurrection du fameux décret du 19 Novembre 1792, par lequel la convention nationale invitait à la réunion tous les peuples de la terre. Car, tout comme on disait alors, que la nation Française accorderait secours et fraternité à chaque peuple qui déclarerait sa volonté d'être libre, de même aujourd'hui les pays qui seront dégoûtés de leurs anciens Souverains, ou — ce qui pourridt de*

venir plus sérieux — qui crainAront 4*«?oir les Fnuiçftîs pour eDnemis et pour Toisias, n'awont qu'à »p«rtager les destinées de la grande nation vieiarieiêêe H àmwMmtd^ (comme le Sénat de Gènes a en rbnpndenee de s'exprimer), et àtse soumettre à l'homme immoftel qui, M sans consulter d'autre principe ^ne celui de Ttiitèrêt et delà éRgnité de ThanuM^ (conme' il a dit luimême), aura soin de »les réunir & son grand penj^e.*

Ces concAdéralions sont teHement évidentes, quil n'est presque pas possible qu'elles ne se strient pas présentées à 9fr. de Ginsd; et s'il les a senties, il a manqué à son devoir en ne pas les adoptant pour règle de sa conduite. Sa protestation ne pouvait jamais faire de mal, et elle pouvait produire des avantages du premier ordre. Etant parfaitement convaincu que, datée ce nmment-eiy Bonaparte ne désire pas fat guerre continentale, je ne crains pas d'avancer que si cette protestation é^ait arrivée à MHan avec la prétendue déBbérution du Sénat, elle aundt pu très bien le déterminer 'à remettre la consommation de cette mesure pemiciense. Dans tous les cas, une démarche telle qu'elle aurait dâ être faite, fournissait une base pour les résolutions ultérieures que pourra ex^er l'événement dont 11 s'agit. Elle aurait annoncé une réiristance ferme et soutenue; elle nous aurait constitués en o|^osltion ouverte à une entreprise, à laquelle 8. M. l'Enqierenr ne peut jamais consentir.

On m'accuse souvent de prêcher la guerre, tandis que mon système politique est de tous ceux que l'on peut suivre dans les circonstances actuelles le plus propre à maintenir la paix , sans sacrifier Honneur et le salut de l'état. Ce qui arrive depuis trois mois eu est une démonstration. L'Empereur a aug-

Gente, MémoiMi. '5 '

menié s4s forces, en faisant réorgaiiflttr son amëe; une partie oanaidérablé de cette armée a été transportée wv les poiaiÉa les plus expesés; en a ptis une infiaité de mesures qui ont placé la Monarchie dans sae attitude de dâfevse très respectable. Qu'en estil résulté ? Les^ Français se sont tàs, et ne nous ont ppipt attaqués, Si, appuyé snr une force disponible dé 80 ou 100|000 hommes^ et sur de l'assistance ^caee de lit Russie, on avait saisi une occasion aussi nuirquante que celle que présentait le projet audacieux de la réunion de Gènes, pour déclarer hnutepent qu'on ne se soumettrait pins k de neu» veaux envabissemens, sous quelque titre et soùa quelque déguisement qulk se présentassent — nous n'aurions point eu la guerre, et l'Autriche anrait fait un pas décisif v^s un meilleur ordre de choses; Mais si,, malgré l'améllortatiov de notre système militaire, on continue d'agir comme on s'était crn obligé de le faire dans une époque de dénuement et de dési^fganisation ; si les agens du gouvernement; placés aux postes avancés, comme létait celui de Gènes, veulent toujours se retirer au premier coup de canon , fak au lieu de ccniflybattre , et garder le silence au lieu de déconcerter l'ennemi par un lAngage vigoureux; en un mot, si le plus ambitieux et le plus insatiable des hommes peut exécuter avec quelques plurases insolentes et avec quelques vaines cérémonies des acquisitions qui aurairât eoèté autrefoifii un demi -siècle de guerres -«^ il est clair qu^ faudrait des miracles pour nous sauver, et que nous n'avons qu'à nous fanûliariser peu - à « peu avec le sort qui nous est irrévocablement ^-éparé.

Votre Excellence ne me méodunaîtra pas assob^ pour croire qu'un vain désir de critiquer les opéra-

tfons àû |^oiiveni«iiient , éu vm prétentiiNi hnpertinente^ me mggèrent des obÉienrfttioiis pareilles. Je pois me tromper ; mais je crefs m'aeqvitter dliii devoir sacré enTers eettx qai m'ont accueilli ici avec tant de bonté, en leur présentant mes vues et mes craintes dans un moment ausri intéressant, anssi décisif et aussi terrible que celui-ci. Et si je devais même avoir le malheur de- me rendre momentanément désagréable à Votre Excellence^ je n'en serais pas moins persuadé que j'ai choisi le raieilleur moyen pour mériter, pour obtenir, et pour conserver son estime. Je suis, etc. etc.

P. Af, Ceux qui ne peuvent raisonner que sur des faits notoires et sur des données plus on moins à la portée de tout le monde, sont souvent accusés de se livter à des déclamations et à des lieux communs, npuisque'*, dtt-on, „lls ne peuvent pas être Instruits de ce qui se passe dans le secret des communications politiques;" et il m'est arrivé plus d'une fois qu'on m'a fermé la bouche avec cette exception préalable. 1( est vrai qu'elle peut, dans certaines occasions, être regardée comme péremptoîre ; car je ne puis pas argumenter contre celui qui se référé à des argumens secrets, dans lesquels il ne me permet pas de le 8ijdvre«r Mais 11 y a aussi des cas ob ces sortes d'obj«etloBS perdent absolument leur valeur; ce sont ceux oà un homme, gébéraiement au fait de l'état des choses, peut prouver qu'une certaine mesure est benne, ou qu'une autre est mauvaise, dans toutes les hgpothèseê possibles. Je crois que la question que j'ai pris la liberté de traiter Ici, appartient à cette catégorie. Je sais, comme tout le monde, qu'il a été question depuis quelque tens d'pn grand projet

de paeification générale , dont la Russie devait faire les honneurs. Je ne puis pas savoir, à la vérité, et (ne m'étant jamais promis aueun avantage réel de toute cette négociation) j'attaclie même assez peu d'intérêt à savoir jusqu'à quel point ce projet s'est développé , quels objets Jl doit embrasser y et qv^e espèce de part la Cour de Vienne doit y prefidre. Mais, quelle que soit la situation actueUe et future des affaires , que le projet soit -«xécuté ou abandonné, qu'il i^mplisse son objet , ou qu'il soit déjoué par la France; qu'ayant manqué son but, la Russie se retire , ou qu'elle fasse la gueiTC , et que dans ce caslà l'Autriche la seconde ou reste en paix, — j'ose soutenir , et je , me fais fort de prouver que , éUins toutes les swpposUias^ imagmablesj c'était une faute majeure que de ne pas avoir protesté sur-le-champ contre la réunion de Gènes. £t c^mme ce qui est secret dans ce moment-ci, ne restera pas tel éternellement; qu'il est même assez vraisemblable que dans peu de mois tout doit s'éclaîrdr, je m'engage à suppléer alors à tout ce qui peut manquer encore à mon raisonnement pour qu'il tienne tête à toutes les objections possibles.

Projet de Note.

Le Soussigné etc. a vu avec la phis grande surprise par la note que Mr. .le Sénateur Ro|;^gieri a bien voulu lui adresser^ et par uqe pièce qar accompagnait cette note, que le Sénat de Gènes s'est cru autorisé à délibérer sur le projetr de réunir la république de Gènes à la France, et que le résultat de cette délibération a été favorable à ce projet.

Le Soussigné n'ig^pre pas qu'en sa qualité de Ministre d'une puissance étrai^ère, il n'a pas le droit

de se prononcer sur le» eâiangenien» qvl peuvent avoir lieu dana l'adiniDiatratioa, dana la lëgIriâtioD, et joaqn'à un certain point dana la eonatitation de.I*ëtat auprès duquel it est accrédité. Mais H sait anaai quH y a upi terme au-delà .duquel le silence que lui inpose sa situation dans des cas pareils, ne peut et ne doit point s'étendre. 11 est persuadé que le corps qui, dans un état r^ublicain ou aristocratique, ezeroe la souveraineté pour un certain tems, n'a point et ne peut jamais acquérir le pouvoir d'abolir lea kia fondaf^ntales, de jdétmire la constitution, de dissoudre et d'anéantir l'état, et d'en soumettre les débris i une puissance étrangère. Il est persuadé que la mesure par laquelle le Sénat de Gènes a prétendu opérer une révolution pareille, est non seulement illégale, mais nulle et de toute nullité ; que si elle n'était pas telle par sa nature, elle le deviendrait par la forme qu'on lui a donnée, -par .les moyens que Ton a employés pour y parvenir, et par les drconstanoea qui l'ont fait naître. . U est de plus persuadé que cette mesure ne peut pas même produire l'effet que l'on paraît s'en promettre, vu que rEmpeteur des. Français a solennellement aimoncé que le territèire de la France ne sera plus agrandi par aucune incorporation quelconque. *

* Discours, prononcé par rEmperenr Napoléon à Touverftire dû corps lég^'slatif de France le 27 Décembre 1804: ^Je ne Ténx pas accroître le territoire de la France; — — je n'aî point rambition d'exerceic nae plus grande inHnenee; — — AUcHn état ne sera incorporé dans PBminrt/' — Réponse d» la députation du tribunat. „ Cette déclaration soiennelle sera pour l'Europe le gage assuré des sentimens de modération et de paix qui Vous ont constamment animé/' — L'Empereur, en répliquant à ce discours, a ajouté: „Ce8 senti$nens seront la régie de mon gouvernement"

Le SoQSs^pié doit nécessairement se trouver sans Instmctton sur un cas qui ne pouvait pas être prévu, et dont on ne dévatt: pas même admettre la possibilité; tanak il est eonvaincn d'avare que 8a Majesté Impériale ne reconnaîtra point la validflé d'un acte par lequel le Sénat a manifestement outre-passé ses pouvoinr, et qui tendrait d'ailleurs à retrancher du nombre des puissances indépendantes un état dont l'existence est très esisentielle pour la balance politique de ritalie et de l'Europe. Le Soussigné ne ((uittera pas son poste avant d'en avoir reçu l'orrdre de la part de son Souverain ; il se flatte que les sentiniens personndte que {rfusieurs membres de ce gouvernement lui ont témoignés jusqu'à présent, suffiront pour le garantir de tout ce qui pourrait poréeratteiiite à l'inviolabilité de son caractère ; s'il en était autrement, il ne lui resterait que d'en rendre responsables ceux qui auraient pu méconnaître ce caractère; mais, dans 1^ et l'autre cas, il ne cessera pas de protester jusqu'au dernier moment , . comme il croit <Ie son devoir de protester aujourd'hui, ^contre tout ce qui s'est fait , i^ contre tout ce qui peut se iafre encore, pour détruire un des plus anciens et un des plus intéressans états de l'Europe, et pour priver de son indépendance , de son existence politique , et même de son nom, une nation qui, après avoir tant perdn pendant les derniers bouleversemens, pouvait du moins se flatter de conserver ce qui lui était resté sous la sauve -garde de ces traités de paix, par lesquels le sort de l'Italie avait dâ être irrévocablement fixé, etc.* etc. etc.

msiioniE

ADRESSE A NR. LE CONTE DE COBENTZL

Page 1