Les pourparlers sur la restitution du Ha
Yarmouth par Talleyrand, doivent avoir eu lieu avant le 23 Mai, jour du départ de L. Y. de Paris. II arriva à Londres le 4, fit ses communications à M. Fox le 7 ou le 8: et on les mit ensuite par écrit (le 13), lorsqu'il fut résolu de le renvoyer à Paris. [Notez que la dernière lettre de Talleyrand à M. Fox, fut écrite le 2 de Juin, par conséquent après les ouvertures qu'il avait faites à L. Yarmouth)
novre. Lord Yarmouth annonça que, sans avoir quelque assurance sur ce point, il ne pouvait pas même se charger de la moindre ouverture. Trois jours après Talleyrand lui déclara que le Hanovre ne ferait pas de difficultés.
4. L'affaire de la Sicile. Lord Yarmouth s'informe si la France la demanderait. Talleyrand répond : „Vous lavez, nous ne Vous la demandons pas. Si nous la possédions, elle pourrait augmenter de beaucoup les difficultés." Lord Y. ajoute : Considering this to be very positive — I conceived it improper to make further questions. „Nous ne Vous demandons rien" amounting to an admission of the Uti possidetis as applicable to His Ma), cont/uests.u — Ici se présente pour la première fois ce terme, qui a donné lieu à tant et tant de débats. * Sa première apparition n'est certainement pas favorable au ministère Anglais; on ne conçoit même pas comment M. Fox a pu, je ne dis pas considérer comme
* Quand on lit ce que L. Yarmouth a dit à ce sujet au parlement ( le 30 Décembre) , on est tenté de croire que Talleyrand avait effectivement admis le principe de Uti possidetis. Mais il n'en est pas moins sûr, 1. que la manière dont Lord Yarmouth s'énonçait dans cette communication était insuffle santé, inconveuable, et ridicule au dernier degré; 2. que M. Fox n'a pas agi en Ministre, en se contentant d'une explication aussi chétive; et 3. qu'il a mérité, par son extrême négligence, le démenti formel que les Français lui ont donné sur ce point. et tous les inconvéniens qui en sont résultés.
Il est certainement fort extraordinaire (comme l'a très bien observé The Courier, 1 Janvier) que Talleyrand, dans sa lettre du 2 Juin, écrite après ses premières conversations avec L. Y., ne dise pas tin mot de VJJti possidetis; et plus extraordinaire encore, que M. Fox, dans sa première lettre du 14, ne î élève pas seulement ce point.
une base, mais seulement admettre comme observation, le texte très irréfléchi de ce Mémorandum de Lord Yarmouth. » Nous ne Vous la demandons pas," n'était nullement synonyme avec „nous ne Vous demandons rien." La première de ces phrases ne s'appliquait manifestement qu'à la Sicile: et il y avait une légèreté inconcevable à en induire „l'admission de rUti possidetis, comme applicable aux conquêtes de Sa Majesté."
5. A la question , si le gouvernement Français garantirait l'intégrité de V Empire Ottoman, Talleyrand répond: „Oui, si cela peut se faire bientôt; beaucoup se prépare , mais rien nest fait. " La perfidie de cette sourde menace est d'autant plus révoltante, que le même homme avait dit, dans sa lettre à Fox du 1 Avril: «L'intégrité, l'indépendance entière , absolue, de l'Empire Ottoman, sont, non seulement le désir le plus vrai de l'Empereur, mais le point le plus constant de sa politique."
No. XIII.
Lettre de M. Fox à M. Talleyrand.
Du 14 Juin.
Ce billet est de la même date que la lettre 2de M. Fox que nous avons analysée plus haut. (V. No. XI.)
Ce qui rend ce billet „de deux mots" remarquable, c'est encore l'empressement singulier qu'il montre pour la négociation. „L. Y. a toute ma confiance; tout ce qu'il Vous dira, Vous pouvez croire que c'est moi-même qui Vous le dis." — Et cela, en envoyant un homme choisi par le gouvernement
Français ! et qui , quels que fussent d'ailleurs ses principes et ses qualités , n'avait certainement pas donné une preuve bien brillante de ses talens diplomatiques, par la note que nous venons d'examiner!
Ici il se trouve , dans les papiers publiés par le gouvernement Français, une lacune très considérable. De toutes les négociations avec Lord Yarmouth , on n'y trouve que ses pleins - pouvoirs ; ce qui fait aussi que les pièces suivantes, relatives cà la mission de Lord Lauderdale, sont tout-à-fait inintelligibles, ou du inoins ne présentent qu'un sens louche et peu satisfaisant. Le gouvernement Français excusera probablement ce procédé par le manque de toute communication par écrit, qui (malheureusement!) a caractérisé la négociation entière de Lord Yarmouth. Mais l'insigne mauvaise foi de cette réticence n'en frappera pas moins tous les lecteurs; et lorsqu'on voit, dans un des offices subséquens (Note du Général Clarke du 8 Août), „que la négociation était déjà conduite à sa maturité" (avant l'arrivée de Lord Lauderdale), on a droit de se scandaliser que le gouvernement Français n'ait pas seulement communiqué au public la moindre notion historique sur la marche et les résultats de cette négociation.
Nous verrons bientôt quelle était la cause de cette conduite.
No. XIV.
Lord Yarmouth à M. Fox.
Paris, du 19 Juin.
Cette première dépêche de Lord Yarmouth contient plusieurs articles qui méritent toute notre attention.
1. Lord Yarmouth dit qu'après sa première entrevue avec Talleyrand, „il tâcha de voir M. Oubril, au cas qu'il fût à Paris, de conférer avec lui, avant de revoir Talleyrand , ou, dans tous les cas, d'obtenir des notions sûres par rapport à ses mouvcmens." Ce passage prouve, ce qui est confirmé par une quantité d'autres circonstances, que le gouvernement Anglais était peu ou point au fait des instructions avec lesquelles Oubril devait arriver à Paris. *
2. Dans sa première conférence avec Talleyrand, celui-ci lui annonce „que, d'après des rapports que l'Empereur avait reçus de son frère et de ses généraux, Naples ne pouvait pas être maintenu sans la Sicile ; et il était probable qu'ils parviendraient à s'emparer de cette île."
Voilcà donc une première rétractation de cette phrase qui avait fait légèrement supposer à Lord Yarmouth (et à M. Fox!) que les Français avaient accordé le Uti possidetis. — Sur cela Lord Yarmouth répond: „ qu'étant chargé de demander la restitution de Naples au Roi de Sicile , comme un article indispensable de la paix, il ne s'agirait point de la séparation de ces deux pays." Mais Talleyrand, ajoute -t-il, a déclaré que „ l'Empereur est positivement déterminé à ne pas accéder à nos demandes relativement à Naples, Venise, VIstrie et la Dalmatie, et à n'aliéner aucune part de ses possessions
* Ce que Lord Howick a dit sur ce point dans la séance du 30 Septembre, est assez clair: „It was thought advisable to send back Lord Yarmouth to Paris, upon receiving an accotait (il ne dit pas: une communication) of the intention of the Russian Cabinet, to send a Minister to tbat city, in order to hâve an opportunity of communicating with Mr. Oubril."
en Italie, en faveur d'un établissement pour le Roi de Sardaigne." — Il est, à la vérité, fort extraordinaire que le premier usage, que le plénipotentiaire Anglais fait de son principe de VUti possidetis , soit d'articuler une quantité de demandes tout- à- fait incompatibles avec ce principe. *
3. «J'ai protesté solennellement contre des cessions aux Indes Occidentales ou ailleurs ; et je ne crois pas qu'ils se soucient assez de ces objets, pour les échanger contre des possessions continentales." (Confirmation heureuse de ce que j'avais dit dans mon mémoire sur la pacification.) **
4. Talleyrand a répété souvent que les Ministres Anglais avaient des motifs suffisans pour faire la paix , en recevant „le Hanovre pour l'honneur de la couronne, Malte pour l'honneur de la marine, et le Cap pour l'honneur du commerce Britannique."
No. XV.
M. Fox à Lord Yarmouth,
Dn 26 Juin.
Dans cette dépêche:
1. M. Fox relève le démenti formel donné par son ami Talleyrand à ses propres déclarations précédentes, par rapport à la Sicile. — En cela il a parfaitement raison; mais lorsqu'il ajoute, que c'est en comptant sur la base de VUti possidetis, que
* Cette observation a été faite aussi au parlement.
** M. de Gentz se réfère à un grand Mémoire: sur les moyens d}une pacification générale, qu'il avait rédigé pendant l'été de l'année 1806, mais qui jusqu'ici n'a pas encore été publié Note de l'Editeur.
Lord Yarmouth a été renvoyé à Paris, on est surpris d'une supposition aussi gratuite, à laquelle rien n'autorisait le gouvernement Anglais. Il prétend que tes mêmes paroles : „Nous ne Vous demandons rien" (nous avons vu que Talleyrand avait seulement dit à L. Y. : „Nous ne Vous la demandons pas"), se trouvaient déjà dans une des lettres que Talleyrand lui avait écrites lui-même. Mais en examinant soigneusement toutes ces lettres, on n'y trouve qu'une seule phrase susceptible d'être interprétée dans ce sens. Dans sa lettre du 1 Avril, Talleyrand avait dit: „ l'Empereur n'a rien à désirer de ce que possède l'Angleterre." Mais cette déclaration générale, très vague, admettant plus d'une explication (p. e. qu'il n'était question que des anciennes possessions de l'Angleterre), pouvait -elle justifier M. Fox, en supposant que le gouvernement Français ne redemanderait aucune des conquêtes de l'Angleterre? Pouvait -elle l'autoriser à la regarder comme l'équivalent de VUti possidetis? *
2. Bonaparte ayant demandé plusieurs fois si Lord Yarmouth avait des pleins -pouvoirs, M. Fox lui en expédia avec cette dépêche. Mais „il doit franchement annoncer à Talleyrand qu'il ne peut pas en faire un usage formel, avant qu'il ne soit revenu à ses premières ouvertures sur la Sicile, article qu'il regarde comme sine qua non."
* Lord Howick a prétendu (dans la séance du 5 Janvier,) que M. Fox se référait à une lettre particulière de Talleyrand, qui avait accompagné celle du 1 Avril. — Mais si une allégation pareille pouvait même avoir la moindre autorité, la phrase que Lord Howick a citée de cette lettre, est tout aussi peu concluante, que celle de la lettre officielle.
3. Si ce préalable est accordé, Lord Yarmouth peut rentier en négociation séparée, bien entendu que rien ne doit être finalement conclu, sans l'aveu et le consentement de la Russie. — En voilà assez pour la fidélité envers son allié; mais beaucoup trop peu pour les grands intérêts de la Russie, de l'Angleterre et de l'Europe. Il ne suffisait pas que l'une ou l'autre de ces puissances ne signât rien sans le consentement préalable de son allié; il fallait encore que tout fût préparé, que tout fût concerté entre elles. La marche suggérée ici pouvait tout au plus produire deux traités de paix réciproquement approuvés par les deux puissances; mais point une paix commune, et beaucoup moins encore une pair générale, telle que l'exigeait la conservation de l'Europe.
No. XVI.
Lord Yarmouth à M. Fox.
Du 1 Juillet.
Efforts inutiles pour ramener Talleyrand à ses premières déclarations, par rapport à la Sicile. >,Les circonstances ont changé. La Sicile est nécessaire*;» la conservation de Naples. Trois mois plus tôt, il y aurait eu moyen de satisfaire le gouvernement Anglais. Maintenant tout est arrangé ; et l'Empereur regarderait toute mesure rétrograde comme équivalente à V abdication." Après beaucoup de pourparlers, il propose de „ dispenser l'Angleterre d'une reconnaissance formelle des nouveaux états" (proposition que d'autres ministres que ceux qui présidaient à cette négociation, auraient prise en grande considération, et qui prouve, par parenthèse, que la
base de mon projet de paix n'était pas absolument impraticable) „et alors, (toute concession purement honoraire cessant des deux côtés) de regarder simplement la Sicile comme l'équivalent du Hanovre;" celui-ci, Malte et le Cap, toujours traités comme des objets réglés. — Lord Yarmouth, comme de raison, se refuse à tous ces projets.
No. XVII.
Lord Yarmouth à M. Fox.
Du 1 Juillet.
Supplément à la dépêche précédente. Talleyrand propose à Lord Yarmouth de donner au Roi de Naples les villes ansèatiques ; et Lord Yarmouth ajoute : „ Après quelque conversation à ce sujet , il m est resté peu de doute que, si on pouvait trouver un autre arrangement pour le Roi de Naples, le Roi d'Angleterre pourrait réunir les villes ansèatiques et leur territoire, en toute Souveraineté, à ses possessions d'Allemagne," observation qui ne fait que fournir une nouvelle preuve de l'extrême légèreté et crédulité de Lord Yarmouth.
No. XVIII.
M. Fox à Lord Yarmouth.
Du 5 Juillet.
M. Fox rejette la proposition relativement aux villes ansèatiques,- et Lord Yarmouth doit faire poliment sentir à Talleyrand que, s'il ne veut pas revenir à ses premières propositions sur la Sicile, la négociation ne peut pas continuer.
No. XIX.
Lord Yarmouth à M. Fox.
Du 9 Juillet.
Talleyrand propose la Dalmatie, l'Albanie et Raguse comme indemnité pour la Sicile.
Lord Yarmouth, en lui réitérant qu'autant que la France demanderait la Sicile, on ne pouvait pas en venir à un accommodement, ajoute „que, d'après les bruits publics, l'Empereur était loin de témoigner des dispositions pacifiques, puisque chaque jour il créait de nouveaux obstacles à la paix." Il cita les changemens en Allemagne. Talleyrand lui dit «qu'ils étaient décidés; mais qu'ils ne seraient pas exécutés, si la pair pouvait se faire." Il répéta la même chose à M. d'Oubril et à Lord Yarmouth, en disant que, „si la paix avait lieu, l Allemagne resterait dans son état actuel."
Ce fait est de la plus haute importance. Nous savons bien que rien n'était plus précaire et plus futile que les promesses du gouvernement Français. Cependant l'objet auquel se rapportait cette ouverture, était d'un intérêt si majeur, qu'il fallait au moins s'en occuper sérieusement, et tâcher de prendre Talleyrand au mot. Sa déclaration, quelque peu sincère qu'elle pût être, prouvait toujours (et voilà une grande réflexion!) que l'Angleterre et la Russie n'étaient pas absolument hors d'état de prendre connaissance des affaires de l'Allemagne, et d'en faire un article de négociation. Qui peut calculer à quoi on serait parvenu, si, en se concertant sur un plan raisonnable, et en se déterminant même à quelques sacrifices, on eût abordé ces grandes questions, et
Gentz, Mémoires. 10
placé la cause de l'Allemagne au rang qui lui était dû dans ces négociations ! — Au lieu de cela , on est presque honteux de voir que ce récit passager de Lord Yarmouth , et quelques plaintes stériles sur la fausseté connue des protestations du Cabinet Français, sont tout ce qu'on a accordé à cet objet, bien autrement intéressant que toutes les discussions sur la Sicile !
No. XX.
M. Fox à Lord Yarmouth.
Du 18 Juillet.
Cette dépêche est une des plus sages, des plus fermes et des plus respectables qui aient paru dans tout le cours de la négociation.
M. Fox expose d'abord parfaitement les difficultés qui s'opposeraient au projet de donner la Dalmatie, T Albanie et Raguse en indemnité pour la Sicile. (Quant à T Albanie , je crois que Talleyrand n'avait pas en vue T Albanie Turque, comme Fox le suppose; mais qu'il parlait seulement de cette petite partie de l'Albanie, Cattaro, etc., qui appartenait à la Dalmatie Vénitienne.)
Ensuite il dit que M. Oubrïl avait communiqué au Comte Strogonoff les propositions qu'on lui avait faites pour une paix séparée, et les motifs qui (selon M. Oubril) devaient engager le Roi d'Angleterre à regarder un arrangement pareil comme convenable à l'intérêt général de l'Europe. Sur cela M. Fox s'explique d'une manière aussi noble qu'éclairée, en chargeant Lord Yarmouth de représenter à M. Oubril le danger extrême qui résulterait, pour
tous les grands intérêts du monde, dune mesure comme celle qu'il paraissait méditer.
No. XXI.
Lord Yarmouth à M. Fox*
Du 19 Juillet.
Conduite de M. Oubril à Paris. Le 10, le Général Ctarke avait été nommé plénipotentiaire pour traiter avec lui. Le 17, il avoua à Lord Yarmouth que, «voyant le danger immédiat de l'Autriche, s'il pouvait la sauver, il croirait de son devoir de le faire, même par une paix particulière." Lord Y. fit tout pour l'en détourner. „Mais, dit -il, dès la première fois que je le rencontrai, je craignis qu'il ne fût venu déterminé à faire une paix bonne ou mauvaise, avec ou sans l'Angleterre." — Le 17, le nouvel arrangement de l'Allemagne avait été définitivement réglé. Les Princes et les Ministres qui ont signé l'instrument, ont à peine eu le tems de le lire.
No. XXII.
Idem ad Eundem.
Du 20 Juillet.
La paix de M. Oubril signée. — Les Isles Baléares devant servir d'indemnité pour la Sicile, etc.
No. XXIII.
Lord Yarmouth à M. Fox.
Du 21 Juillet.
Il avait vu Talleyrand ; il s'était bien aperçu que les conditions de la France seraient haussées, cepen-
dant pas autant que la défection brusque de la Russie aurait dû le faire craindre. ^Hanovre, Malte, le Cap et VInde restent toujours purs et sans tache." Talleyrand lui demande ses pleins -pouvoirs. Dans les circonstances du moment, il ne se crut pas autorisé à les refuser. Clarhe fut nommé pour négocier avec lui.
No. XXIV.
Pleins - pouvoirs pour Lord Yarmouth.
No. 11 et 12 des pièces françaises. (C'est tout ce que les Français ont publié de cette partie de la négociation.)
No. XXV.
Lord Yarmouth à M. Fox.
Du 24 Juillet.
Les négociations s'ouvrent entre Clarke et Lord Yarmouth. Celui-là déclare „que la paix séparée, conclue avec la Russie, devait être considérée, dans l'état subsistant des choses, comme égale ou supérieure à un grand succès de guerre ; et que la France était par - là autorisée à hausser ses prétentions." — Lord Yarmouth lui lit une note verbale, dans laquelle il déclare „ que VUti possidetis, à l'exception du Hanovre, est la base sur laquelle S. M. Britannique veut négocier." —
Clarke lui dit que, quoique l'Empereur fut autorisé à refuser plusieurs des principaux points demandés jusqu'ici, il ne voulait cependant pas se servir de cet avantage. A la suite de cela, facilité parfaite sur la restitution du Hanovre; la Prusse
devait avoir Fuïda, Hoya „ and soine other trifling principalities ," mais point les villes anséatiques, contre lesquelles Lord Yarmoutli proteste aussi. Malte en pleine souveraineté, l'ordre dissous. Le Cap en pleine souveraineté, établissement d'un port libre. La Porte, le Portugal et la Suède, garantis.
Arrivent les propositions de France: Reconnaître toutes les branches de la famille Bonaparte, et les nouveaux Rois et Ducs d'Allemagne. Restitution de Pondichèry , S te. Lucie, Tabago, Surinam, Goréc, Berner an/ , Berbicc, Essequibo.
Tout cela, à l'exception de Pondichéry , aurait pu être rendu.
No. XXVI.
M. Fox à Lord Yarmouth,
Du 26 Juillet.
M. Fox, dans cette dépêche, désapprouve la démarche de L. Yarmouth, par laquelle il avait produit ses pleins- pouvoirs au moment où la paix avait été signée par Oubril (dont il a reçu, dit- il, „the mortifying intelligence.") * — Cependant „la conduite extraordinaire de M. Oubril, ayant mis fin à tous les scrupules que le gouvernement Anglais avait nourris jusque - là , pour entamer une négociation en forme," il lui annonce en même tems qu'un autre Ministre sera envoyé incessamment à Paris.
On ne peut pas s'empêcher de trouver dans toute cette détermination quelque chose de contradictoire: car si, comme le disait M. Fox, „il était à craindre
* Lord Hutt'ick déclara au parlement (le 30 Décembre) „que le Gouvernement Anglais n'avait aucune certitude morale que l'Empereur de Russie refuserait de sanctionner ce traite ■■
que la production des pleins - pouvoirs de Lord Yarmouth, immédiatement après la signature du traité de M. Oubril, n'influât sur le progrès de la négociation d'une manière désavantageuse", il faut avouer que l'impression que pouvait avoir faite cette démarche, devait être considérablement renforcée par l'envoi d'un second Ministre. Il ne reste donc, pour justifier cette dernière résolution, que la crainte qu'on peut avoir eue à Londres, que L. Yarmouth n'eût pas les moyens nécessaires pour conduire une affaire aussi difficile. * Mais si cette crainte était fondée, on avait certainement mal fait de lui confier l'ouverture de la négociation.
No. XXVII.
M. Fox à Lord Yarmouth.
Du 23 Juillet.
C'est la réponse à la dépêche du 24. Il lui enjoint de ne pas faire un pas de plus, avant l'arrivée de Lord Lauderdale.
No. xxvm.
Lord Yarmouth à M. Fox.
Du 30 Juillet.
Lord Yarmouth justifie sa démarche de produire les pleins - pouvoirs. Il est vrai qu'il s'y prend d'une manière étrange. Il croit nécessaire d'instruire M.
* Il est toutefois très essentiel de lire la justification que Lord Yarmouth fit de. sa conduite dans cette occasion, à la séance du Parlement du 5 Janvier 1807.
Fox de plusieurs détails, qu'il a passés sous silence jusqu'ici, et cela «tant parce qu'il était pressé par des objets plus importuns, que parce qu'il n'a pas voulu trop abuser de son tems" Et après cette préface singulière, il lui fait part de toutes les menaces par lesquelles Talleyrand a tâché de l'engager à entrer dans la négociation. „Si Vous aviez cédé plus tôt, nous n aurions pas signé les arrangemens de V Allemagne; maintenant nous n'en reviendrons jamais; d'autres grands changemens sont à la veille de s'opérer en Suisse, en Portugal; la Prusse nous tourmente de lui assurer le Hanovre; voulez -Vous que nous le fassions ?" etc.
Ce qu'il y a de plus remarquable, c'est la duplicité et la perfidie scandaleuse de ces moyens; et l'observation de Lord Y. qu'il s'apercevait cependant d'un grand et sincère désir de négocier avec l'Angleterre, „ avant que l'exécution finale de plusieurs des projets de l'Empereur en ait fermé absolument l'espoir." Ceci fait croire qu'il existait une espèce d'opposition secrète entre Bonaparte et son propre ministère. Celui-ci désirait la paix; l'autre l'entravait sans cesse par de nouveaux projets d'envahissement; et les Ministres faisaient eux-mêmes entendre aux négociateurs de leur ennemi principal quiis feraient bien de hâter leurs démarches, pour prévenir l'exécution de ces projets.
Au reste, on voit encore par cette dépèche que l'envoi de Lord Lauderdale n'était point agréable à Bonaparte. On le voit par les chicanes sur le passe -port qu'on avait demandé pour lui, et par l'espèce de dépit avec lequel on l'accorde.
No. XXIX.
M. Fox à Lord Yarmouth.
Du 2 Août.
Il doit se conformer en tout aux instructions données à Lord Lauderdale.
Cette dépêche contient une phrase qui prouve de la manière la plus évidente que. quelles qu'aient été les premières illusions auxquelles s'était livré M. Fox, la négociation n'aurait pas moins échoué, quand même il ne serait pas mort. Il dit: „ Dans la disposition actuelle du gouvernement Français, je crains qu'il n'y ait peu de probabilité de conclure la paix aux seules conditions admissibles."
En examinant pourtant l'état des choses, tel qu'il se trouvait alors, on ne voit pas bien clairement sur quoi cette crainte était fondée.
De toutes les demandes faites par le gouvernement Anglais, il n'y en avait qu'une seule à laquelle la France eût toujours résisté: c'était celle relative à la Sicile. Par la paix séparée de la Russie, cellelà devenait même impraticable. Tous les autres articles qui intéressaient l'Angleterre, et notamment Hanovre, Malte et le Cap, étaient accordés, et de nouveau confirmés , après la signature même du traité d'Oubril (V. No. 25) ; et on n'y avait opposé, du côté de la France, que la demande de la restitution de plusieurs colonies Françaises et Hollandaises (car les restrictions par rapport à quelques dédommagemens pour la Prusse, en lui reprenant le Hanovre, ne pouvaient guère être envisagées par l'Angleterre comme des demandes onéreuses; c'étaient plutôt des avantages additionnels, si ce n'avaient été des misères pour la Prusse).
Or, il me semble que, du moment que la, Sicile était scandaleusement abandonnée par la Russie, l'Angleterre était bien moins liée qu'auparavant, à la traiter comme condition sine (/ua non; et, ayant déjà consenti d'avance à chercher un équivalent pour la Sicile, si tel était le voeu de la Russie (No. XX), le gouvernement Anglais pouvait certainement , si la Sicile était le seul obstacle, déclarer aux Français qu'au cas que l'Empereur de Russie ratifiât le traité, et la perte de ce pays pour le Roi de Naples, il prêterait aussi l'oreille à des accommodemens.
Quant aux objets dont la France demandait la restitution, il y avait lieu à négocier là -dessus. On n'aurait pas insisté sur toute la masse. Et, au reste, nous n'hésitons point à le dire: 11 n'y avait aucun parmi ces objets qui eût dû être un obstacle à la paix , si des considérations d'une autre nature la rendaient nécessaire ou acceptable. En gagnant Malte et le Cap, l'Angleterre avait fait un assez bon marché , pour ses intérêts isolés , en rendant S te. Lucie et Tabago.
No. XXX. M Fox à Lord Yarmouth.
Du 3 Août.
Cette dépêche est une réponse détaillée à celle de Lord Yarmouth dn 30 Juillet.
M. Fox prouve d'une manière irréfutable que le gouvernement Anglais n'est responsable d aucune espèce de délai. — Il prouve surtout la fausseté et la perfidie de cette assertion: „que les nouveaux arrangemens de l'Allemagne n'auraient pas eu lien, si l'Angleterre avait voulu les prévenir." Ce mot fut
lâché le 9 Juillet; la dépêche qui l'annonçait, arriva à Londres le 12; et déjà le 17, les arrange mens de l'Allemagne furent signés et publiés.
Tout cela est vrai. L'infamie , l'impudence de cette conduite est mise au grand jour. Elle frapperait tout le monde, si quelque chose pouvait frapper encore de la part de ce gouvernement. Mais ce qui étonne, ce qui confond toutes les idées, c'est que M. Fox ne sait trouver autre chose, dans l'ensemble de ces indignes opérations , qu'une nouvelle preuve de ce que nous savions depuis long-tems; qu il se contente de relever la fausseté de f accusation du gouvernement Français, comme si l'Angleterre avait arrêté la marche de la négociation.
Comment donc ? N'y avait - il donc pas, dans ces mêmes arrangemens de l'Allemagne, quelque chose de bien autrement important que la perfidie du gouvernement Français? Ne présentaient -ils pas un motif plus que suffisant pour rompre la négociation? On veut la rompre pour la Sicile! Et qu'est-ce que la Sicile en comparaison de la confédération du Rhin? On parle de VUti possidetisf Mais que devenait donc cet Uti possidetis, après une démarche qui détruit de fond en comble l'ancienne constitution de l'Empire ; qui détrône l'Empereur d'Allemagne ; qui met tous les pays entre le Rhin et la frontière de la Bohême à la disposition de Bonaparte?
C'est là l'infraction de VUti possidetis, qu'une puissance qui avait tant de fois déclaré qu'elle négociait pour l'intérêt général, aurait dû relever avant tout; et qui, si quelque chose au monde pouvait la déterminer à rappeler ses négociateurs, aurait dû produire cet effet.
On est stupéfait de voir que cet objet majeur et principal ne figure dans toute cette discussion, que pour en tirer un triste et stérile argument contre la bonne foi du gouvernement Français, et contre „the unfounded allégations of Mr. ïalleyrand."
No. XXXI.
Lord Lauderdale à M. Fox.
Paris, du 6 Août.
Il lui annonce son arrivée à Calais et à Paris. le 5 Août.
No. XXXII.
Lord Lauderdale à M. Fox.
Du 7 Août.
Ses premières visites chez Talleyrand et le Général Clarke.
No. XXXIII.
Lord Yarmouth a M. Fox.
Du 7 Août.
Réponse aux dépêches du 28 Juillet, du 2 et 3 Août. Il assure n'avoir jamais compromis la base de la négociation, telle qu'elle avait été fixée par le gouvernement, etc.
No. XXXIV.
Pleins - pouvoirs pour Lord Lauderdale et Lord Yarmouth. *
* Ces pleins- pouvoirs, quoique littéralement conformes à ceux de L, Yarmouth, n'ont pas été publiés par les Français: ce qui est d'autant plus bizarre, que dans leur recueil de
No. 'XXXV.
Lord Lauderdale et Lord Yarmouth à M. Fox.
Du 9 Août.
Première conférence des deux Ministres Anglais avec le Général Clarke. Lord Lauderdale remet une note, pour résumer la marche et l'état de la négociation. — Il reçoit le lendemain d'abord l'avis que M. Champagny a été nommé second plénipotentiaire, et ensuite la réponse du Général Clarke à sa première note. Cette réponse est telle , que les deux Ministres Anglais, après avoir eu le 9 une seconde conférence inutile avec les deux plénipotentiaires Français, demandent ce soir même leurs passe-ports, pour partir.
Supplément A. No. 13 , pièces françaises.
Première note de Lord Lauderdale, adressée au Général Clarke.
Du 7 Août.
Voici les réflexions principales qui se présentent à la lecture de cette note.
1. «Depuis ce tems-là, (c'est-à-dire, celui où S. M. Britannique regrettait que „la proposition de traiter avec elle séparément de ses alliés l'empêchât de profiter des heureuses dispositions où se trouvaient les deux gouvernemens") — quand S. M. a trouvé que des circonstances, qu'il n'est pas nécessaire de détailler ici, lui permettaient de traiter séparément,
pièces, les pleins - pouvoirs de L. Y. précèdent immédiatement la première note de Lord Lauderdale, sans qu'il soit expliqué en aucune manière comment celui-ci est entré dans la négociation.
ce fut avec bien du plaisir qu'elle reçut la proposition de traiter sur la base de Vllti possidetis."
Ces circonstances ne sont point, comme on l'a avancé dans plusieurs écrits, et même (si je ne me trompe) au parlement, (a pair effectivement signée par M. Oubril : car cet acte n'avait pas eu lieu, lorsque „la proposition de traiter sur la base de VUti possidetisu fut faite par Talleyrand à Lord Yarmoutli.
Pour bien déterminer ce que l'on doit entendre par nces circonstances", replaçons -nous à l'époque où commença la négociation de Lord Yarmoutli.
La dernière lettre de Talleyrand à M. Fox est du 2 Juin (No. X); la dernière réponse de M. Fox du 14 Juin (No. XI). Talleyrand, loin d'accorder la négociation commune demandée par l'Angleterre, s'y était plutôt opposé, dans cette dernière lettre, de la manière la plus positive et la plus insolente : et Fox, dans sa réponse, avait soutenu la nécessité de cette forme. — Les communications entre Talleyrand et Lord Yarmoutli avaient eu lieu avant le 23 de Mai. C'est le même 14 Juin, date de cette dernière réponse de M. Fox, où il n'avait point abandonné la demande d'une négociation commune, qu'il envoie Lord Yarmoutli à Paris. (No. XIII.) —
Que veut donc dire, après cela, la phrase de la note de Lord Lauderdale: „ Depuis ce tems-là, des circonstances, etc. ayant permis de négocier séparément, S. M. reçut avec grand plaisir la proposition de traiter sur la base de lUti possidetis"? ??
Ces circonstances auraient dû, pour que cette phrase présentai un sens quelconque, précéder „la proposition de traiter sur la base de l'Uti possidetis." Mais aucune circonstance pareille n'est connue;
et M. Fox avait insisté sur la négociation commune après la proposition faite à Lord Yarmouth, et le jour même que celui-ci partit de Londres.
Si cela admettait encore le inoindre doute, on n"a qu'à se rappeler que la première dépêche, adressée par Lord Yarmouth à M. Fox, annonçait que Talleyrand s'écartait déjà de ses premières ouvertures. Il s'ensuit donc, par une conclusion inattaquable, que ces prétendues circonstances, etc. ne pouvaient pas être antérieures au départ [de Lord Yarmouth de Londres; et que tout cet article de la note de Lord Lauderdale renferme ï anachronisme le plus caractérisé. *
Si „ces circonstances , qui ont permis au gouvernement Anglais de traiter séparément , ? sont postérieures à l'arrivée de Lord Yarmouth à Paris (et nous venons de prouver que c'est là la seule hypothèse possible), elles ne peuvent consister que dans ï envoi de M. Oubril, et ses premières démarches à Paris. C'est là malheureusement le fait! Et ce fait était de bien mauvais augure. Le consentement à une négociation séparée avait été, pour ainsi dire, escamoté au gouvernement Anglais. Jamais il ne l'a librement et explicitement donné. Jusqu'au jour de la signature du traité d'Oubril, M. Fox avait protesté contre la négociation séparée. Elle fut emportée par la force des choses , et non pas par
* On ne conçoit pas pourquoi Lord Lauderdale, ayant si beau jeu pour le faire, ne s'est point contenté de dire „ que, depuis la conclusion d'une paix séparée entre la France et la Russie (et il en parle plus bas d'une manière positive), la répugnance de l'Angleterre pour une négociation séparée, n'avait plus d'objet."
la volonté délibérée du gouvernement. Lord Lauderdale aurait mieux fait de passer sous silence tout ce triste article de la forme des négociations.
2. Il est faux, et de toute fausseté, que le gouvernement Français avait proposé la base de l'Uti possidetis. Il ne l'avait ni proposée ni acceptée; et la manière dont Lord Lauderdale insiste sur cette donnée imaginaire, est même complètement ridicule. „Ce fut avec bien du plaisir que S. M. reçut la proposition de traiter sur la base de Uti possidetis, qui devait être observée scrupuleusement, excepté dans le cas de Hanovre", etc. — „S. M. accepta sans hésiter la proposition de traiter sur le principe de l'Uti possidetis" — «Cette demande de la restitution de la Sicile, qui fut faite dans la première conférence que Lord Yarmouth eut avec Talleyrand, était incompatible avec les principes avoués sur lesquels traitaient les deux gouvernemens." On ne sait pas si on doit en croire ses yeux-, en lisant des choses pareilles.
Toute cette prétendue base de la négociation portait sur un mot fugitif, que Talleyrand avait lâché à Lord Yarmouth : „ Vous l'avez ; nous ne Vous la demandons pas." Voilà cette proposition solennelle, qui devait être scrupuleusement observée; voilà ce principe avoué, sur lequel avaient traité les deux gouvernemens! Il n'en existe aucune autre origine, aucune autre reconnaissance ou sanction. * — Et
* Lord Lauderdale,, sentant la faiblesse du terrain sur lequel il marchait, dit lui-même: „I1 est vrai que cette proposition n'était faite, ni directement, ni par le canal d'un Ministre accrédité; cependant personne ne pouvait conserver le moindre doute sur son authenticité." Cette observation eu dit
pourquoi donc , si le gouvernement Anglais jugeait cette base indispensable, pourquoi donc M. Fox ne lavait-il proposée lui-même? Pourquoi ne l'avait -il pas articulée à la place, ou du moins comme supplément à ces autres bases, si vagues et si pitoyables, „que la paix devait être honorable aux deux gouvernemens." Qui peut se défendre du soupçon que M. Fox, en entamant cette négociation, n'en avait pas bien fixé, pas bien compris lui-même la marche et les conditions? Que ce n'est qu'après l'ouverture des conférences, que peu- à -peu s'est développé dans sa tète ce qu'il aurait dû distinctement saisir, et positivement et clairement demander, avant l'envoi de Lord Yarmouth à Paris ?
3. Si M. Fox avait réellement demandé , à l'ouverture des négociations , la base de Uti possidetis, — ce qu'il n'a pas fait, — ou si le gouvernement Français l'avait proposée lui-même, — ce qui n'est pas arrivé non plus, — Lord Lauderdale aurait dû commencer ses opérations par la protestation la plus formelle et la plus vigoureuse contre les infractions notables et majeures que cette base avait essuyées dans liutervalle.
Dans l'état où se trouvait l'Europe au moment que cette négociation a commencé, demander l'état actuel des possessions n'était point, de la part de l'Angleterre, demander des avantages positifs: ce n'était que tracer une ligne à laquelle devaient s'arrêter les usurpations , déjà insupportables , du gouvernement Français. l/Uti possidetis n'était point une clause de faveur; mais une clause de limitation
plus que tout ce que nous pourrions ajouter sur la futilité absolue de son raisonnement.