‹ Mémoires et lettres inédits;Chapitre 12 sur 20 · GI · texte numérisé non relu

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de dommages , non lucrum emeri/ens , sed damniuu cessans : car l'Angleterre avait beau conserver ses conquêtes; ses conquêtes n'étaient qu'un grain dans la balance, en comparaison de celles de Bonaparte. Le seul motif raisonnable, pour sanctionner par un traité de paix la totalité de ces conquêtes immenses, était de prévenir leur extension ultérieure, de sauver ce qui était resté intact. En demandant l'état des possessions au mois de Février ou Mars, ou au moment même où Lord Yarmouth se rendit à Paris, l'ancienne constitution de l'Empire existait encore ; Bonaparte était maître de fait d'une partie considérable de l'Allemagne; mais il ne l'était pas de droit. A l'exception des provinces conquises, .sa suprématie n'était point reconnue. Mais par l'acte de la confédération du Rhin, signé le 17 Juillet, au milieu des ineptes négociations de M. Oubril et de Lord Yarmouth, il avait acquis la souveraineté réelle sur une quantité de pays précieux ; il avait détrôné l'Empereur d'Allemagne; il avait renversé, par un coup d'autorité, tout l'ancien système germanique. Cette révolution était une des plus funestes que ces tems de confusion et de désolation aient encore vu paraître sur l'horizon. — Lord Lauderdale, en arrivant à Paris, (si tant est qu'après cet attentat, il eût jamais du arriver à Paris,) aurait dû commencer son ouvrage par déclarer „que TUti possidetis. auquel son gouvernement eût consenti sous d'autres circonstances, ne pouvait plus être la base de la négociation , puisqu'il avait été audacieusement violé dans un des articles les plus importans, dans celui qui, plus que tout autre, avait engagé l'Angleterre à se soumettre à cette même condition."

GenU , Mémoires. 1 1

Il paraît avoir senti une partie de cette objection. Il dit, dans un passage de cette note, „que, si le principe de VUti possidetis avait paru juste et raisonnable auparavant (expression passablement mal choisie d'après ce que nous venons d'exposer), ce principe , après les changemens étendus que la France avait faits dans la constitution de l'Empire Germanique, devait être, selon les propres vues du gouvernement Français, plus favorable à ses intérêts qu'à ceux de l'Empire Germanique."

Il n'était, qui oserait en douter, il n'était que trop favorable aux intérêts du gouvernement Français. Il l'était à un point que Lord Lauderdale, bien loin de se borner à cette observation modeste et stérile , aurait dû sonner le tocsin sur ce qu'il lui plaisait d'appeler „ des changemens étendus dans la constitution de l'Empire Germanique. Il l'était au point, qu'avant d'entrer en matière, il aurait dû demander, en forme de condition préalable, de replacer V Allemagne dans l'état où elle se trouvait avant le 17 Juillet. — Je sais bien qu'on lui aurait répondu „ qu'on ne pouvait pas revenir sur vr qui était fait; que l'Empereur ne rétrogradait jamais, etc. — et qu'alors la négociation aurait été finie. Mais à qui donc la faute de cette situation funeste et désespérée ? Si M. Fox avait bien su lui-même ce qu'il voulait, et ce qu'il devait vouloir, en entamant cette négociation, il aurait dû demander avant tout que, pendant le cours des négociations, le contineni resterait tel qu'il était au moment que Lord Yarmouth fut envoyé . . . Voilà le vrai sens et le seul sens raisonnable de toute la base de VUti posside fis. Il faut l'ajouter même dans l'amertume de notre

aine : M. Fox aurait obtenu cette clause , s'il avait su la demander à tems. Mais depuis que Lord Yarmouth était resté spectateur tranquille de l'opération qui achevait l'Allemagne; depuis qu^Oubril avait signé la paix, le moment était passé sans retour. C'est la confusion dans le but, la nullité et la faiblesse dans les moyens, qui ont frustré cette négociation de tout le bien qu'elle aurait pu faire à l'Europe.

La faute une fois faite et consommée, on aurait dû virer de bord et changer absolument le caractère des négociations. Après l'acte du 17 Juillet, l'Uti possidetis était devenu une chimère. Au lieu de s'y attacher, comme il l'a fait, Lord Lauderdale aurait dû proposer de suite une nouvelle base préalable. 11 aurait dû insister sur le principe des restitutions réciproques. Il aurait dû faire sentir aux Français que l'Angleterre était disposée à accorder toutes celles qu'on lui demandait, à condition que la France consentirait à restituer l'état des choses en Allemagne, tel qu'il était à l'ouverture des négociations. Je ne sais pas s'il aurait réussi dans cette marche; je suis même porté à croire que non; mais au moins c'était la seule raisonnable.

Au lieu de cela, tout est allé à contre -sens. A l'époque où VUti possidetis aurait été demandé à propos, où il aurait pu prévenir de grands malheurs, où il aurait pu sauver l'Allemagne de son asservissement final et complet, on ne l'a ni obtenu ni réclamé; et on s'est opiniâtre à le demander, à prétendre même (contre toute évidence et raison) qu'on l'avait obtenu, lorsqu'on aurait dû l'abandonner librement, et introduire une base nouvelle.

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