A MON COUSIX .MONSIEUR LE DUC DE M0NT3I0RENCY
l'AIR F.T MAP.F.SCHAL DE FR.iSCE , GOLVERSEUU ET LIEUTENANT GENERAL POLI; Lf. r.OY MON SEIGNEUR ET FRERE, EN LANGUEDOC.
( Escript à Nerac, le xxr jour de septembre lô79.i
]\Ion cousin , vous verrez par la lettre que le Roy mon seigneur et frère vous escript présentement, en faveur du sieur Du Bosq, mon conseiller et maistre ordinaire de mon hostel , comme sa ratajesté veult et entend qu'il luy soit faict raison et qu'il soit payé par le receveur-général de ses finances en Languedoc, ou par le receveur de Narboune, de certains boys etchaulx, qu'un nommé le controileur Girard fist prendre, par vostre commandement , pour estre employés aux réparations du chasteau de Pezenas; lesquels boys et chaulx ledict sieur Dubosq avoit acheptez auparavant pour faire r'edifficr son chasteau de Lyuran. Et d'aultant que je désire singulUerement qu'il en soit satisfaict, comme il est bien raisonnable, j'ay bien voullu, en accompaignant la lettre du Roy mon dict seigneur et frère de la présente , vous prier, mon cousin , comme je fais affectueusement, voalloir ordonner aux dicts receveurs ou autre qu'il appartiendra, qu'il soitpromp-
[I5~l»^ DE MARGUERITE DE VALOIS. 107
temeiit pnvé de ce que dessus, suivant lesdictes lettres du Rov ; lesquelles ledlct sieur Du Bosq vous eust pluslost présentées, sans la maladie de laquelle il a presque tousjours esté détenu depuis ung an, à l'occasion d'une harquebuzade qu'il a eu à la jambe, qui ne luy a permis de vous aller trouver, joinct que je l'ay retenu quelque temps près de mov, pour le besoing que j a vois de son service. Je vous prie donc encores cette foys, mon cousin, de l'avoir pour singullierement recommandé, non seulleraent en cette affaire, mais en toutes autres choses qui le concerneront, et où il pourra avoir besoing de vostre ayde et faveur, vous asseurant que j'auray autant agréable la faveur que vous luy départirez, comme si elle estoit faicte à moy-mesme, pour vous en avoir pareille obligation. Cependant, je prieray Dieu vous donner, mon cousin, ce c[ue plus desirez. Vostre affectionnée cousine ^
Marguerite.
[ Bibl. Royale. — Coll. Béthune, t. 8833, fol. 17.] A MA SIBILLE ".
Vous dites que ne voulez user de rhétorique ; toutefois vos regrets m'ont faict venir la lairne à l'oeil.
' Ces mots ; Vostre affectionnée cousine, et la signature, sout seuls de la main de Marguerite.
* les vingt lettres qui suivent sont pour la plupart sans date de lieu ni de temps. Il est facile néanmoins de voir qu'elles ont été écrites pendant le séjom- de Marguerite en Gascogne, c'est-à-dire de 1078 à i582. Nous les avons classées dans l'ordre où nous supposons qu'elles ont dû être écrites; cependant nous ne garantissons nullement cette
Croyez, ma sibille, et sans dissimulation, que je ne ressentis jamais perte avec plus de regret que celle de vostre présence ' ; car il ne se passe heure du jour que je ne vous trouve tant à dire que tout ce que je voi m'en desplait. Il ne faut que j'espère en cette affliction estre consolée de madame de Pequigny ^ ; car elle est devenue si resveuse depuis vostre parlement, qu'il paroît bien qu'elle ne prise que son temps. Je pense que si je voulois, en l'humeur où elle est, faire ce que me conseillez , qu'elle les morderoit. J'ay parlé à la Royne^ : elle est demeurée fort satisfaicte de moy, et moy fort contente de l'honneur qu'elle m'a faict de m'asseurer de sa bonne grâce. Vous estes cause de toutes mes bonnes fortunes : aussi vous eu resens -je telle obligation que madame de Baire n'est point plus à vous que m.oy qui vous baise cent mille fois les mains. M.
[ Autographe. — Coll. Bélhune, t. 8890. ]
A MA SIBILLE
Je sais que madame de Pequigny faict si bien son debvoir de vous escrire que je ne vous feray excuse si , par mes lettres, je ne vous tiens regitre de toutes les
classification. Ces lettres autographes nous ont semblé offrir quelque intérêt historique ou littéraire, et mériter, sous ce rapport, la publication. — On verra plus loin que la sibjlle de Marguerite était Françoise de Clermont, femme de Jacques de Crussol, duc d'Uzès.
■ Il paraît que la duchesse d'Usez avait accompagné en Gascogne la reine de Navarre.
' Dame d'honneur de Marguerite.
3 La Reine mère, qui était alors avec sa fille.
nouvelles de deçà, qui sont, pour dire via y, bi tascheuses, que ce ne seroit moindre courvée de les lire que de lesescrire. J'ay, depuis vostre parlement, esté vingt fois avec la Royne et autant de fois séparée. Je retourne encore à nuict la trouvera Meuret ', pour faire Pasques avec elle. Je vous trouve tant à dire, ma sibille, que j'en fasche madame de Pequigny, comme aussy elle s'ennuye de moy, ne faisant tout le jour que vous souhaiter. Je suis si aise et contente de la reconciliation du Roy et de mon frère, que je n'eus jamais une telle joie. Je vous supplie me tenir en leurs bonnes grâces , comme vous savez très-bien faire. Je vous escrirai bientost plus au long ; cependant aimez-moy et croyez que je vous aime de coeur et d'ame. M.
P. S . Je vous supplie baiser les raains à madame de Nemours ' de ma part, et faire mes recommandations à monsieur de Lenon court.
[ Âutogr. — Coll. Bélhune, t. 8890. ]
A MA SIBILLE
Ma sibille, si je voulois, je vous dirois bien que, quand cet honneste homme partit, je me trouvois si mal que je ne peus escrire; mais encore qu'il soit vray que je feusse fort mal, je mentirois, car une aultre occasion m'en empescha, qui estoit que je vous voulois laisser faire vos premières embrassades ; et je sais qu'avez esté si transpoi'tée de joie et d'affection , que
' Muret, ville du Languedoc, près de Toulouse.
" Anne d"Esl, femme de Jacques de Savoie, duc de Nemours.
mes lettres feussent demeurées dans vostre poche pour le moins le temps qu'elles ont mis à y arriver. Je ne vous prierai point de l'enquérir; mais je vous asseureray qu'il vous porte m.on cœur, et vous peut à la vérité représenter tout ce qui est dedans. Croyez-le de tout et principalement de l'asseurance qu'il vous fera que je suis toute à vous , et que vous estes ma vraye sibille, mon conseil, ma compagne et ma nourrice, et bref celle du monde qui saura plus de mon intérieur. Je me remettray donc sur luy pour vous baiser les mains. M.
P. S. Monsieur de Sainct-Pons m'a priée de vous supplier de vouloir demander au Roy pour luy une abbaye qui est en Vendosmois. Il dit que la Royne m'a asseuré que si il trouvoit quelque chose , qu'elle luy feroit donner j je le vous recommande donc, car il est bon homme.
[ .4uW(/»-. — 1 Coll. Béthune, t. 8884, fol. 13.] A MA SIBILLE.
Ma sibille, leparteraent de Tinteville a esté si prompt que je n'ai eu loisir de vous escrire, et, si cette-ci ne l'eust bien tost suivy, j'eusse eu une extresme peur que m'eussiez accusée du vice qui n'entrera jamais dans mon cœur, d'ingratitude. J'ai receu vos deux lettres qui sont escrites d'avant que eussiez veu le Roy. J'attends en grande dévotion les nouvelles de la belle entrée qu'aurez faicte à la cour. Je vous supplie m'en escrire particulièrement et de toutes les aultres nouvelles que vous pourrez apprendre. Quant à ce que me mandez de vostre filleul , je ne le trouve ni estrange
ni nouveau. Le colosse n'a jamais esté edliié à son préjudice, et ceux à qui vous mandez de le faire abattre n'ont nulle puissance à la place où il est érigé. Je m'estonne comme la" sage Felicie, à qui nos plus secrètes pensées sont connues, peut tomber en une si grande erreui-. Je vous supplie faire mes recommandations à monsieur de Cliiverni ', de Lenoncour, de La \ auguyon % et les asseurez que je leur suis amie. Du Roy, vous savez quelle je luy suis, et je m'asseure tant des bons offices que vous m'y faictes, que je ne vous ramentevray poiuct l'envie que j'ay d'estre continuée en sa bonne grâce. Je m'asseure aussy, quand voirez la Royne, que vous luy tesmoingnerez combien je luy suis servante fidelle et affectionnée. Je vous envoyé des lettres pour leur présenter avec leurs estrennes , puisque vous me faictes tant de bien d'en vouloir prendre la peine. J'escrits à madame de Nemours. Je vous supplie l'asseurer que je ne désire rien plus que la voir contente. J'avois tant faict que le Roy mon mary m'avoit promis d'escrire à sa cousine pour consentir à son mariage; mais depuis que son fils est sorti de prison, il a regaigné ce point qu'il ne veut rien faire à son préjudice. Toutesfois il n'y aura moyen que je n'essaye pour en venir à bout. Je vous supplie de m'aimer et croire qu'il n'y a personne au monde qui
' Philippe Harault, comte de Cheveniv, dont on a des Mémoires. Il fut garde des sceaux en 1078, chancelier de Fiance en i5S5, après la mort de Biragues. Il mourut en 1099.
' Jean d'Escars, prince de Carency, comte de La Yauguion, conseiller d'état et du conseil privé du Roi.
vous aime et estime plus que moy, qui vous baise cent
mille fois les mains. M.
[Aiitorp-. — Coll. Béthune, t. 8890.]
A MA SIBILLE
Ma sibille, j'escrits h monsieur de Pibrac toutes nouvelles qui sont choses si tristes et si fasclieuses qu'il y a peu de plaisir de les redire deux fois ; vous le saurez donc, s'il vous plaist, de luy, et me ferez ce bien de croire que, heureuse ou misérable, je vous se ray tousjours très affectionnée et désireuse de vous servir. J'ay une requeste à vous faire, que je vous supplie ne me refuser, qui est de m'envoyer par ce porteur de la poudre que me donnastes au port Sainte-Marie ' ; car je ne trouve rien de meilleur pour les enleveures % à quoy je suis h cette heure un peu sujette. Mais, je vous prie , traitez moy en amie , et croyez que je vous en auray autant d'obligation que de chose qu'ayez jamais faicte pour moy, qui vous baise cent mille fois les mains. M.
P. S. Si vous ue faictes ce que je vous supplie , el que ce ne soit du bon , je m'en prendray à madame de Baire , qui trouvera ici , s'il vous plaist , mes recommandations.
i Aiitogr. — Coll. Béthune, t. 8890. ]
' Près d'Agen.
" Marguerite dit elle-même dans ses iMémoires qu'elle avait un érésipèle, et le Dii>orce satjiiquc rappelle ce fait en des termes amers. 11 rappelle aussi que Marguerite employait toutes sortes de recettes et de procédés pour entretenir la fraîclieur de son teint.
A MA SIBILLE
Si cette compagnie estoit aussy fertile de nouvelles que la court, j'aurois, ma sibille, de quoy vous rendre preuve que je ne vous veux rien cacher ny dissimuler; mais vivant sans aucune nouveauté, tousjours en mesmes desseins et mesmes actions, je ne puis, vous ayant souvent discouru et descouvert mes conceptions et plus intérieures resolutions , vous faire aultre confession de la vérité, tant pour le regard de ceux que vous voyez que du costé de deçà, que celle que je vous ay faicte. J'ay esté fort en peine de la maladie du Roy. J'envoye ce porteur pour me resjouir de sa guerison. L'on dict que mon frère est allé à Alençon '. S'il vous plaist me faire savoir la vérité de toutes choses, je vous en auray beaucoup d'obligation et vous serviray, en recompense, d'un si bon coeur, que je vous supplie de m'aimer et vous asseurer de la puissance que vous avez sur moi. M.
[Aufogr. — Coll. Béthune, t. 8884, fol. II.]
A MA SIBILLE
Contre la coustume de la façon des despesches des ambassadeurs , lesquels ne portent jamais que lettres
' <t Le dimanche 25 janvier (iSyg), monsieur le duc, las de demeurer plus longuement en Flandres pour si peu y faire, partit de Condé en petite trouppe, passa par Crevecœur, Beauvais, Mantes et Gisors, et se retira à Alançon. » (Lestoile, Journal de Henri III. ) — C'est probablement à ce voyage (jue Maiguerite lait allusion.
de créance, je chargeray mon agent, que bien cognoissez , de cette lettre plus ample et sans aulcune rhétorique, que je sais vous desplaire. Je vous diray, ma sibilîe, que Fextresme regret quej'ayde vostre absence est plus tost par le temps augmenté que diminué, et continuera à croistre jusques à tant que, par vostre retour, je me puisse promettre la consolation de vostre agréable compagnie. La conférence est fort avancée ' ; j'en espère tout bien, pour ce que je le désire : dans trois ou quatre jours vous en saurez l'entière resolution, qui est plus tost que l'on ne pensoit. Tenez-moy tousjours en la bonne grâce du Roy et en celle de la Royne par vos lettres; car je me suis bien aperceue des bons offices que m'y aviez faicts , le lendemain que fustes partie. Je luy parlay tout ainsy que l'avions résolu ; et elle me fist tant d'honneur, et me donna tant d'asseurance de sa bonne grâce que je m'en estime tresheureuse, et vous en ay toute l'obligation. Je suis résolue de luy faire tout le service qui sera en ma puissance, en ce qui ne contreviendra à la grandeur et conservation de mon mary; car j'ay trop d'interest à son bien et h son mal ; mais pour luy conseiller et luy persuader tousjours la paix, et pour faire qu'il se conforme aux volontés du Roy et d'elle, en ce qui sera pour le repos et tranquillité de cet estât, croyez que je le feray et que je n'ay rien plus en affection que cela ; car j'aimerois mieux la mort que la guerre. Je vous supplie avant vous en venir, de tesmoingner à madame
■ Probablement la conférence de Nérac , qui eut lieu au comrnencemenl de l'année iS^g.
lie Nevers , et à madame la mareschale de Rais combien je les aime et combien de fois vous m'en avez ouï parler et les souhaiter. Si ce ne vous est peine, je vous supplie , suivant vostre promesse , m'escrire toute nouvelle. Aimez-moi, et croyez qu'éternellement vous serez ma seule et vraye sibille, que je croiray et aimeray à jamais. M.
P. S. Je me suis si bien trouvée de vostre eau de mauve poulies enleveures, que je vous supplie m'en envoyer la recepte, mais seurement , et l'adressez à madame de Pecjiiigny ; la première que me baillastes se monstroit verte ; mais cette-ei n'a nulle mauvaise couleur. Je vous supplie, escrivez-en la recepte bien particulièrement, comme il la faut faire. Si elle n'est bien, je m'en prendrai h. madame de Besre , laquelle je vous prie qu'elle trouve ici mes recommandations. Je ne vous parle point de vos chevaux ; ce porteur vous tesmoingnera de ma diligence en cela.
[Auiogr. — C.oW. Béthune, t. 8890, fol. 52.]
A MA SIBILLE
Par la dernière lettre que je vous escrivis, vous aurez peu juger la bonne espérance que j'avois de la paix ; mais depuis toutes choses se sont bien changées, ayant esté pour trois jours cette compagnie aussi troublée qu'elle feust jamais , et moy plus que nulle aultre : me voyant réduite à n'avoir nul moyen de servir à l'efFect que je désire , qui est de rendre le Roy .satisfait des actions du Roy mon mary; mais. Dieu merci, tout s'est renoué, et ne tiendra qu'au Roy qu il n'ait la paix. Je vous supplie de l'asseurer tousjours de ce que je luy suis, et m'aimez tousjours; car je tiens vostre bonne
grâce si chère que je ne vouldrois vivre sans cela. Je n'ay point eu de vos lettres il y a longtemps. Je vous baise les mains. M.
[Autogr. — Coll. Béthune, t. 8884, fol. 3. ] A MA COUSINE MADAME LA DUCHESSE DUZÈS, MA SIBILLE.
Je pense , ma sibille , que m'accuserez plustost d'importunité que de paresse, pour la diligence de quoy j'use à vous advertir de tout ce que je Tois estre digne de se présenter devant vos gros yeux. Toutesfois des nouvelles, je m'en remettray pour ce coup sur madame de Pequigny, qui m'a promis me relever de cette peine. Je vous supplie, aimez-moy tousjours et croyez que toutes celles qui vous ont jamais promis amitié , soit en ce monde ou en l'aultre , n'ont jamais approché de la mienne. Adieu, ma sibille, je vous baise les mains. M.
lAutogr.—^ Coll. Béthune, t. 8890.]
A MA SIBILLE
(De Nerac.)
Ma sibille , cet honneste homme , porteur de cette lettre , m'a tant asseuré de vous voir et vous entretenir qu'il n'est possible que je le puisse laisser jouir de cette félicité, sans y participer par cette lettre, puisqu'autrement il ne m'est permis. Je me suis ces jours passés retrouvé au port Saincte-Marie , lieu tant connu et remarqué de nous; où je n ay passé sans me ressouvenir de vous et de vos prophéties , que je ne tiens pour oracles, n'estant advenu que le contraire de ce
que vous prédisiez, et la mesme chose que je vous ay tousj ours dicte. Ne croyez pas madame de Pequigny ; car ce sont resveries de son aage. Je suis pour cette heure à Nerac fort contente et heureuse : je le dis sans dissimulation. Je ne la puis faire plus longue; car je m'en vais recepvoir vostre bon amy, monsieur de La Voguion. Je baise cent mille fois vos belles mains. M.
P. S. Bruslez tousjours vos lettres.
Madame, tout ce que je vous puys dire de la Royne est qu'elle ne fust jamais si belle ni plus joyeuse ; et en les plaisirs désire incessamment sa sibille , qui luy a predict beaucoup de choses qui sont, à mon advis, jà advenues. Elle dict que non, et moy je dis que si. Croyez madame, car vous savez bien laquelle de nous dit tousjours vérité ' .
[Autogr. — CoW. Béthune, t. 8890,]
A MA SIBILLE
Je vois bien , ma sibille, qu'il y a une grande svmpathie entre vous et moy, et que la différence de soixante ans à vingt-cinq n'empesche la conformité de nostre humeur; car ayant pratiqué monsieur de La Vauguyon, j'en ay pris mesme opinion et mesme asseurance que vous; ce qui m'empeschera de vous obéir en ce que vous me mandez, que, par lettre, je vous ouvre mon cœur, luy ayant tant à la vérité parlé de toutes choses que , beaucoup plus seureraent que par
■ Ces lignes, qui sont écrites d'une autre main que celle de Marguerite, sont probablement de madame de Piquigny.
une lettre, vous pourrez savoir de luy mes voulontés et mes intentions. D'une chose seulement vous supplieray-je, craingnant qu'y ayant interest , il ne s'en acquitlast comme je l'en ay prié : que vous vouliez employer tout vostre entendement, auquel je sçais qu'il n'est rien impossible Tnon plus qu'à vostre vertu prophétique de prédire les choses à venir), pour faire ce qu'il vous dira qui est pour le bien du service du Roy, pour l'entretenement de la paix , pour la grandeur de vostre bon nepveu et pour le contentement et repos de la meilleure de vos amies; car je ne sais que ce seul moyen pour éviter la guerre , que vous savez combien je l'appréhende et la dois craindre. Je remets ce discours sur luy, et vous supplie croire que la puissance que je vous ay donnée sur moy vous sera éternellement conservée; vous suppliant de m'aimer, comme de mon costc, je vous estime et honore, baisant ces belles mains qui font honte aux plus jeunes. M.
[ Autogr. — Coll. Béthune, t. 8890. ]
A MA SIBILLE
Ma sibille, je vous escrlrois plus souvent; mais la Gascongne est si fascheuse qu'elle ne peut produire que des nouvelles semblables à elle ; je ne vous parleray donc point d'icy ; mais je me resjouirav du contentement que vous avez de voir la Royne ma mère, de quoy je vous porte grand' envie, et vous supplie, quand vous parlerez à elle, luy faire quelquefois ressouvenir du Ires-humble service que je luy ay fidellement voué :
vous m'y avez, par le passé, faict tant de bons offices que je ne doute point que ne me les continuiez ; aussy vous supplié-je de croire que vous vous employez pour une personne qui n'eut jamais d'ingratitudedansson cœur, et qui vous aime et vous honore tout ce qui se peut croire; et ne permettez à l'absence de m'eslongner de vostre bonne grâce, que vous cognoistrez par mes actions estre tenue de moy infiniment cliere. Adieu, ma sibille, je vous baise les mains. M.
[Autogr. — Coll. Béthune, t. 8890, fol. 50. ] A MA SIBILLE.
Ma sibille, monsieur de d'Escars ' dict que, encore qu'il soitmarié, que vous serez tousjours sa maistresse. Il s'en va vous trouver; il m'a promis de vous conter bien au long de mes nouvelles. Je luy en ay demandé des vostres ; il m'a dict que vous estes tant après vostre procès, que vous en oubliez toute aultre chose. Si cela estoit vray, je me plaindrois; car je serois bien marrie que vous n'eussiez plus souvenance de moy, qui vous souhaite icy tous les jours une heure seulement; car davantaige vous vous y fascheriez, pour n'y estre la compaigniesi bonne que celle que vous voyez tous les jours. Toutesfois je m'y suis accoustumée, comme je sais que vous aurez entendu de monsieur de Pibrac, qui vous en a, je crois, plus dict , que je ne vous en puis mander; et ne doutant point que vous ne soyez bien informée de tout , il ne me reste rien à vous dire , sinon de vous
' Lisez M. d'Escars. C'est le même que M. de La Vauguyon. Il était l)eau-fière de la duchesse d'Uzès.
prier de m'aimer lousjouis et de \ous asseurer que je vous aimeray et serviray éternellement. Croyez- le pour certaine vérité, et me tenez bien fort en vostre bonne grâce. M.
[ Autoor. — Coll. Béthune, l. 8890. ]
A MA SÎBILLE,
Ma sibille , je ne debverois par ce porteur vous escrire ; car, pour les nouvelles, je sçais qu'il vous est tant aray qu'il vous contera et celles que je sais et celles que je ne sais pas, et plus qu'en une main de papier je ne vous en sçaurois escrire. Et si c'est pour vous asseurer de mon amitié, je suis certaine que prendrez trop plus d'asseurance de ce qu'il vous en tesmoingnera que d'un mauvais papier brouillé, lequel n'est suffisant pour exprimer l'alTection que je vous ay vouée, la fiance que j'ay en vous et l'obligation que je vous ressens de tant de bons offices, que je sçais tousjours que me faictes , lesquels je ne vous supplie pas de continuer, car je sçais que, sans vous y convier, vous estes assez officieuse à vos amis; mais bien vous supplieray-je de m'aimer, estimant vostre amitié plus que toute aultre utilité et contentement. Je n escrits poinct à madame de Nevers ni à madame la mareschale de Res; car il me semble qu'il seroit mal à propos de mesler leur subject parmi les affaires d'Estat. Je vous supplie leur baiser les mains de ma part , les asseiirant que, si mon cœur se peult mettre en trois parties, je consens qu'en preniez chascune une part. Je l'estimeray trop mieux logé qu'en ce misérable corps. Je vous supplie aussy de bai-
ser les mains à madame de Nemours de ma part; et à vous, je les vous baise cent mille fois. A Dieu, ma vraie sibille. M.
P. S. Je vous supplie, ma sibille, faire mes recommandalions à monsieur de Lenoncourt, l'asseurant que je luy suis et seray à jamais amie.
[ Autogr. — Coll. Bélhune, t. 8890. ]
A MA COUSINE MADAME LA DUCHESSE DUZÈS, MA SIBILLE
(De Nerac 1580.)
Ma sibille, vous m'escrivez tousjours que je vous mande tout ce que je pense et tout ce que je sçais. Ce me seroit à moy beaucoup plus de consolation que ce ne vous seroit de plaisir, pour l'asseurance que j'ay du bien que me voulez, qui vous causeroit, sachant Testât où je suis , plus d'ennuy que de son contraire. Or je ne vous diray donc point combien de douleurs et d'afflictions je supporte; mais je vous discourray Testât des affaires de ce pays, et par là vous jugerez quelle je puis estre. Depuis la prise de Cahors ', que vous arez sçeue, le Roy mon mary est revenu en ses quartiers, où depuis huict ou dix jours monsieur de Biron s'est mis aux champs pour assiéger Basas ou quelques autres places, auxquelles Laverdin% Favas ^ et infinis autres se sont jetés : ce qui , à mon opinion , a empesché que Ton ne
■ Qui eut lieu au mois de mai i58o.
' Jean de Beaumanoir de Lavardin, troisième du nom, maréchal de France en iSgS, mort en i6i4.
' Jean de Favas, seigneur de Gastels. Il était gouverneur de La Réelle lors de la réception, dans cette ville, de la Reine mère et de sa fille par le roi de Navarre. — Voyez les Mémoires de Sully et du duc de Bouillon, aux années tS^S et iSyg. — Voyez aussi le Journal de
les ait assiégés, s'estantbatus devant Castels', où ils ont rapporté quelques enseignes. Depuis, monsieur le raareschal de Biron s'est résolu de passer la rivière pour venir à Agen, au passage de laquelle le Roy mon mary l'attend despuis liuict jours, de sorte qu'ils ne peuvent passer sans se battre. Jugez, je vous supplie, en quelle peine je puis estre, ma sibille ; si vous plaignez ma douleur, je l'en estimeray moindre. Je vous supplie, parlant à la Royne ma mère , faites-luy souvenir de ce que je luy suis et qu'elle ne me veuille rendre si misérable, m'ayant mise au monde, que j'y demeure privée de sa bonne grâce et de sa protection. Si Ton falsoit valoir le pouvoir de mon frère, nous aurions la paix; car c'en est le seul moyen. M.
[Autogr. — Coll. Béthune, t. 8890, fol. 56. J
A MA COUSINE MADAME LA DUCHESSE d'uZÈS.
Ma sibille, j'ay reçu les lettres que m'avez escriptes par Masparot*, et entendu ses instructions, qui ne m'ont moins plu pour leur diversité que pour leur sujet. Entre aultres choses l'humeur du gentil-homme insatiable me plait fort. Je vous supplie ne vous lasser de me mander ce qu'en pourrez apprendi^e; car tels actes méritent bien d'estre communiqués à ses amis.
Faw'in : Pièces fugitives pour servir à l'Histoire de France, t. II, p. 49- Paris, 1759, in-4''.
' Gasteljaloux, département de Lot-et-Garonne, arrondissement de Nérac.
' 11 est fait mention plusieurs fois, dans la Satyre Me'nippe'e, d'un Masparaulte ou Masparaut, maître des requêtes, et l'un des seize C'est p(ut-ètre le même que celui-ci.
Le peu de plaisir que me maïuiez y avoir où vous estes, me donne plus d'envie de savoir ce qui se passe par aultrui que par moi, qui feray ce que me conseillez; et croiez que le Roy et la Royne aroient tort, s'ils ne m'aimoient; car je vous jure avec vérité que, tout ce que je puis faire pour servir à la paix , je le fais. Monsieur de Pibrac vous aura dit la vérité de mon intention, que je ne changeray; et quand serez en quelque doute de moy, parlez à luy, que j'ay prié ne vous rien celer. Et encore qu'il y eut long-temps cju'il ne m'eust veue, il vous peult rendre [aussi] certaine de ma volonté que si à la mesme heure je luy avois dicte; car je ne suis de celles qui tous les mois changent leur but, et ne suis poinct dissimulée, comme vous l'avez pensé : ce que je m'assure que ne croiez plus. Ma sibille, aimez-moi tousjours, je vous supplie, et je vous honoreray éternellement. M.
[Autogr. — Coll. Béthune, t. 8890. ]