AU STEUR DE PIBRAC
(Le 25« jour de septembre 1581.)
Monsieur de Pibrac , le discours que je vous ay faict, par une lettre , des mauvais offices que j'ay reçeuz de vous , n'a pas esté en espérance que m'en fissiez res-
ponse, ne que vous en puissiez justifier, sçacliant trop bien qu'il vousseioit impossible; mais seulement pour vous représenter voz comportements en mon endroit : de quoy je m'asseure le soubvenir vous estre aussy désagréable que les effects m'ont esté préjudiciables. 11 n'estoit poinct de besoing donc de vous excuser de ne respondre, sur vostre indisposition ; laquelle, puisqu'elle vous porte tant d'incommodités, que ne pouvez, comme m'escrivez, sans faire tort h vostre vie, entrer en la considération des choses que je m'asseure n'eslre hors de vostre mémoire, pour estre encores trop resentes, je ne double poinct que cette maladie et l'importunité du continuel exercice de mes sceaulx ne fist beaucoup de tort à vostre santé; de laquelle n'estant moins soigneuse que vous l'avez esté de mon repos, je vous prie me renv^oier mes sceaulx , les baillant à Manicquet , qui me les fera promptement tenir, selon que je luy escripts. Quant monsieur de Gratens ' [va à Paris], luy, pour peu qu'il y demeure, il laisse tousjours ceulx du Roy mon mary près de luy. Ce fust advis, quant vous partistes de ce pais , de me laisser les miens, cognoissant que j'en aurois ordinairement affaire pour les offices, pour lesquels les pauvres gens qui les prennent se faschent d'aller si loing quérir leurs expéditions. \ous les baillerez donc, s'il vousplaist, à Manicquet, pour me les envoier en poste. Je prie Dieu, monsieur de Pibrac, qu'il vous donne ce qu'il cognoit vous estre nécessaire. Vostre moins obligée amye. M.
[Coll. Brienne, t. 295, fol. 166, verso, ] ' Il était, comme nous l'avons dit, chancelier du roi de Navarre.