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valent être adressés qu'au seul Brantôme. Au reste, la bévue ne doit pas être imputée tout entière au sieur de Granier; il la trouva sans doute dans l'un des manuscrits qui m'ont servi à restaurer le texte des Mémoires, et qui porte sur une feuille de garde la mention suivante , remarquable par la naïveté qui la termine :
« Cet escript est addressé à messire Charles de « Vivonne, baron de la Chastigneraye et seigneur « d'Ardelay, qui estoit chambellan du duc d'Alen- « con. Il estoit cousin de madame de Raiz, à cause ce que la mère de ladite dame estoit sa tante ^ »
De 1628 à 171 3, on réimprima plusieurs fois les Mémoires de Marguerite , mais sans amélioration apparente , jusqu'au jour oii J. Godefroy en donna une nouvelle édition, enrichie de notes historiques et d'une courte Préface , où est signalée l'erreur du premier éditeur, relative à la dédicace. C'est un volume petit in-8°, imprimé à Bruxelles , chez Foppens , et qui parut à Liège , chez J.-F. Broncart. Il renferme, outre les Mémoires de Marguerite, son Eloge, par Brantôme, celui de Bussy et un Opuscule intitulé : la Fortune de la Cour. Cette édition est beaucoup plus soignée que les précédentes, au dire des biographes et bibliographes, et c'est probablement sur leur témoignage qu'elle se cote dans les ventes à un prix assez élevé. Toutefois , je me permettrai
' Ms. de la Bibl. Roy., coll. Dupuy, 237. '
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de révoquer en doute leur assertion , au moins en ce qui concerne la pureté du texte. La bonne édition de J. Godefroy renferme un certain nombre de fautes, qui ne sont pas dans les mauvaises. Mais en admettant même, ce que je nie , la supériorité relative de l'édition de J. Godefroy, j'ose affirmer que,absolumentparlant, elle est détestable. Elle fourmille de fautes qui altèrent plus ou moins le sens, mais qui, dans tous les cas, détruisent la physionomie du style, et par conséquent enlèvent aux Mémoires une partie de leur principal mérite. Parmi les plus grosses et les plus plaisantes , je noterai les deux suivantes :
En 1678, Henri lîl , irrité contre le duc d'Alençon, qu'il soupçonnait de conspirer contre lui, alla le réveiller brusquement au milieu de la nuit, pour faire une perquisition dans sa chambre; mais auparavant, dit Marguerite, « le Roy sou- « dain, prenant sa robe de nuict, s'en alla trouver «la Royne ma mère^ ». Au lieu de cette leçon, on trouve dans l'édition de J. Godefroy : (f Le Roy prenant la parole de nuict ^. » Ailleurs, Marguerite raconte comment, pour faire évader par une fenêtre son frère d'Alençon , elle se procura un câble , qu'on lui apporta dans une malle de luth ^. Au lieu de ces mots on lit dans
» Voyez plus loin , p. 136.
' Édit. de Godefroy, p. 163.
^ Voyez plus loin , p. 150.
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l'édition de Godefroy malle de lit ^ Voilà deux non-sens qui ont été reproduits avec religion depuis lyiS, et qui se retrouvent dans l'édition toute récente de la collection publiée par MM. Michaud et Poujoulat. Il serait fastidieux de donner ici la liste des fautes de ce genre que j'ai dû faire disparaître, comme bariqaes pour braquer, en parlant de l'artillerie, baillent la main pour baisent la main, Bavière pour Bagnère , le pais pour la paix , etc., etc. Je n'indiquerai pas non plus les quelques additions que m'ont fournies les manuscrits : en voici une seule comme échantillon. Lisez à la page i y 2 la phrase suivante : « Mais cela u feut impossible estant les offenses passées trop «avant; il obtint seulement du Roy mon mary « qu'il me permettoit de voir monsieur le maré- « chai de Biron. w Cette phrase ne se trouve dans aucune édition.
Après le mal , le remède. Je donnerai ici les indications des manuscrits à l'aide desquels j'ai revu et corrigé le texte fautif des Mémoires de Marguerite. Il en existe, à ma connaissance, quatre copies que j'ai consultées : trois à la Bibliothèque royale , une à la Bibliothèque de l'Arsenal. Les trois manuscrits de la Bibliothèque royale sont conservés :
L'un, sous le n° 23y de la collection Dupuy. — Il est signé ainsi sur une des feuilles de garde :
» Édît. de Godefroy, p. 175.
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P. DUPUl ; et à côté de la signature, ou lit: donné par M. de Loménie ;
Le second, sous le n° 2C)5 de la collection Brienne. — Il contient, outre les Mémoires, quelques liCttres de Marguerite et des pièces relatives à son histoire ;
Le troisième, sous le n° ^yp^" fonds de Colbert. — Il est incomplet et défectueux.
lia copie de TArsenaî est renfermée dans le t. v d'un Recueil intitulé : Recueil de pièces manuscrites, i8 vol. in-fol., p. ^^5 à 926.
C'est en me conformant à ces manuscrits que j'ai supprimé la division en trois livres des Mémoires, division tout à fait arbitraire et inutile, et qu'on ne trouve pas dans l'édition originale. Elle est, je crois, de l'invention de J. Godefroy. En revanche , j'ai ajouté, au haut des pages , les dates correspondant aux événements. J'avais espéré un moment découvrir la suite de cet ouvrage, qui s'arrête brusquement à l'année 1682; mais je n'ai pu même combler quelques lacunes indiquées j)ar des points dans les éditions précédentes et dans les manuscrits.
Marguerite raconte , sous l'année 1 574 5 comment et pourquoi les maréchaux de Montmorency et de Cossé furent emprisonnés à Vincennes , tandis que les deux gentilshommes La Mole et Coconas étaient décapités et écartelés
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sur la place de Grève. Elle ajoute : « Les choses (( en vindrent à tels termes que l'on députa des (( commissaires de la cour de parlement ponrouir « mon frère et le Roy mon mary, lequel n'ayant « lors personne de conseil auprès de lui, me com- « manda de dresser par escript ce qu'il yuroit à «respondre, afin que par ce qu'il diroit, il ne « mist ny luy ny personne en peine. Dieu me fist « la grâce de le dresser si bien qu'il en demeura a satisfaict, et les commissaires estonnez de le i< veoir si bien prépare ^. »
Ce document a été publié par le Laboureur , dans les additions aux Mémoires de Castelnau , mais on ne sait à quelle source il l'a puisé. Je n'ai donc pu en collationner le texte, qui, du reste, paraît assez pur , et je l'ai reproduit tel qu'il se trouve dans l'ouvrage précité.
IIL Lettres.
Les Lettres de Marguerite qui m'ont paru dignes de voir le jour sont réunies dans le manuscrit Q.i'j de la collection Dupuy, ou éparses dans divers volumes de la collection Béthune ou Brienne, à la Bibliothèque royale^. Ce sont pour la plupart des autographes, comme je l'ai dit cidessus, d'une écriture difficile à déchiffrer et d'une orthographe déréglée. On pouvait cepen-
' Voyez plus loin, p. 40.
' On trouvera les indications de ces volume? à la suite de chaque lettre.
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dant, aA'ec du soin et quelque patience, éviter les fautes de transcription trop nombreuses dans lesquelles est tombé Téditeur de la Revue rétrospective'^. C'est à quoi j'ai visé. J'ai essayé, en outre , de donner une date à toutes les Lettres qui s'y prêtaient , et c'était le grand nombre. Seulement, j'ai mis à part, sans les dater, vingt et une Lettres , qui forment une correspondance toute particulière pour le fond et pour la forme, entre Marguerite et son amant , je veux dire l'un de ses amants, le marquis de Chanvalon. Ces dernières, toutes inédites, ont été empruntées à un manuscrit de la Bibliothèque de l'Arsenal , faisant partie d'une collection intitulée : Recueil de Conrard.
Il serait difficile de faire ressortir en détail et de mettre ici en relief l'intérêt de toutes ces Lettres. Elles se recommandent tantôt par le fond, tantôt par la forme , ici par des détails piquants , là par la véhémence féminine du sentiment qui les a dictées. Rarement sont-elles favorables au caractère de Marguerite. Postérieures à l'année 1 58^ , où finissent les Mémoires , ces Lettres en sont un utile, un indispensable complément; mais elles se rapportent à l'histoire de leur auteur , plutôt qu'à l'histoire générale, et seront d'un plus grand secours au biographe qu'à l'annaliste.
• Voyez le tome I de la troisième série de ce recueil. Janvieravril , 1838. Pag. 97-130, 221-248, 3-24-350.