‹ Mémoires et lettresChapitre 20 sur 35 · AU ROY DE NAVARRE, MONSIEUR M0> MARY · texte numérisé non relu

AU ROY DE NAVARRE, MONSIEUR M0> MARY

Monsieur, si les moiens m'estoient aussi commodes comme ma vollonté disposée à m acquitter de mon debvoir, je ne demeurerois si long temps sans envoler savoir de vos nouvelles. Je vous supplie donc treshumblement, monsieur, en rejetter la faute sur ce seul empeschement, et croire que je n'ay contentement au monde si grant que d'en sçavoir de bonnes, louant Dieu de ce que, par vostre dernière lettre, il vous plaist recongnoistre et avouer que le tems et la disposition des affaires font naistre infinies raisons pour me lier encores plus estroitement au service que je vous doibs, et pour vous convier, monsieur, à ra'honorer aussy de vostre bonne grâce; tous les jours j'en acquiers quelque nouvelle congnoissance, ce que je m'asseure que le temps vous fera encore plus paroistre ; et , sur l'asseuraiice qu'il vous plaist, monsieur, me donner de vostre volonté, je vous supplie tres-humblement la vouloir prendre semblable à la mienne, croiant que, lorsque je manqueray à la fidélité que je vous juray , je perdray le sens et l'amitié de moy mesme; et, puisque vous avez la prudence et le jugement pour recongnoistre cette vérité et que mes effects me pourront servir de paroles, je laisserai ce discours pour vous

dire qu'avant que vostre homme arrive , le Roy estoit adverty de ce qui estoit arrivé à ces voleurs et aiissy du refus du Meur deBarois' ce que l'on luyavoit voulu faire trouver mauvais. Toutesfois je luy en parlay, et il m'en fit une fort douce response, me disant qu'il congnoissoit ces artifices là, qui venoient d'une part et d'aultre de personnes qui n'avoient envie de vous veoir près de luy, pour ce qu'ils congnoissoient bien qu'il estoit disposé à vous aimer et se servir de vous, et qu'il eut bien voulu que le prisiez et connussiez comme luy, mais qu'il craignoit qu' ils auroient plus de force en vostre endroit qu'es sien et qu'ils vous empescheroient de venir. Je l'assurai fort que non ; il me commanda le vous escrire et me dict qu'il vous escriroit incontinent qu'il seroit revenu de la chasse, où il est allé pour trois jours, non sans vous y souhaiter infiniment , et à une musique qui s'est faicte dans le Louvre, qui a duré toute la nuit et tout le monde aux fenestresà l'ouïr, et luy qui dansoit en sa chambre, se plaisant beaucoup plus h tels exercices qu'il n'a accoustumé. Le bal et la table ronde se tiennent deux fois la semaine , et semble que l'hyver et caresme prenant qui s'approche ramené le plaisir à la cour j et, sij'osois dire, si vous estiez honneste homme, vous quitteriez l'agriculture et l'humeur de Timon pour venir vivre parmi les hommes. Le temps n'y fut jamais si propre

' Lisez : Mur-de-Barrez. L'article 5 de la conférence de Nérac portait : « Le roi r.e IVavarre remet la terre de Mur-de-Barès à la Reine, qui en confie le gouvernement à M. d'Arpajon, etc. » [Recueil des Traites de paix , etc. Amsterdam, 1700, in-fol,, t. If, p. 409.)

pour les raisons que j'escris à monsieur de Segur, de quoy je craindrois rendre cette lettre trop longue; et, pour ne tomber en cette iraportunité, aveq vostre permission, je vous baiserai, monsieur, tres-humblement les mains. M.

[Autogr. —Coll. Dupuy, t. 217, fol. 13.]

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