AU SIEUR DE BRANTOSME
Parla souvenance que vous avez de moy (qui m'a esté bien moins nouvelle qu'agréable), je connois que vous avez bien conservé l'afFection qu'avez tousjours eue à nostre maison, à ce peu qui reste d'un misérable naufrage, qui, en quelque estât qu'il puisse estre, sera tousjours disposé de vous servir, me sentant bienheureuse que la fortune n'ait pu effacer mon nona de la mémoire de mes plus anciens amys , comme vous estes. J'ay sçeu que comme moy vous avez choisy la vie tranquille, en laquelle j'estime heureux qui s'y peut maintenir, comme Dieu m'en a faict la grâce depuis cinq ans % m'ayant logée en une arche de salut % où les orages de ces troubles ne peuvent, Dieu mercy, me nuire ; à laquelle, s'il me reste quelque moien de pouvoir servir à mes amys et à vous particulièrement ,
' Cette lettre , qui ne se trouve pas dans les manuscrits, est rapportée par Brantôme dans son Eloge de Marguerite. On y lit : « Elle m'a fait cet honneur de m'escrire en son adversité assez souvent, ayant esté présomptueux d'avoir envoyé sçavoir de ses nouvelles. Mais quoy ! elle estoit fille et sœur de mes roys, et pour ce je voulois sçavoir de sa santé, dont j'en estois bien ayse et heureux, quand je la trouvois bonne. En la première elle m'escrit ainsi : etc. »
' Cette lettre est, par conséquent, de l'année i58gou ijqo.
■* Le château d'Usson.
vous m'y trouverez entièrement disposée et accompagnée d'une bonne vollonté. M.
[Brantôme, Femmes illustres , éloge de Marguerite de France.]
A MONSIEUR DU PLESSIS '
(Avril 1593.)
Monsieur duPlessis, bien que j'attribue à la seule bonté de Dieu et bon naturel du Roy, mon mary, l'honneur qu'il lui a pieu me faire par le sieur Erard' de m'asseurer de sa bonne grâce , le bien du monde quej'ay le plus cher et l'honneur de sa protection, sur laquelle, après l'espérance que j'ayen Dieu, je remets tout le repos de ma vie ; sçachant neantmoins combien peuvent les conseils de personnes accompagnées de telle suffisance et affection que vous, auprès d'un grant
' Cette lettre a été publiée par Moxgez , Histoire de Marguerite de Fnlois, p. 563. — C'est de l'année iSgS que datent les premières propositions du divorce. Duplessis-Mornay exposait à Henri lY tous les dangers auxquels il exposait son corps, son âme et sa réputation par ses intrigues multipliées. Henri lui répondit: «Pourquoy ne penset-on pas à me marier? » Cette réponse donna lieu à la négociation qui fut entamée immédiatement pour de'marierle roi, suivant l'expression de Mornay. Le sieur Érard , maître des requêtes de la reine de Navarre, fut chargé de lui demander une procuration en blanc et une déclaration devant l'ofûcial, qui constatât son désir de faire dissoudre et déclarer nul ce mariage contracté sans dispense, dans un degré prohibé et malgré elle. On espérait qu'avec ces deux pièces le recours au pape serait inutile. Le sieur Érard partit pourUsson, et en revint trois mois après , rapportant la procuration et la lettre qui suit celle-ci , adressée à Henri lY. Quoi qu'il en soit , la procuration définitive ne fut donnée par JMarguerite qu'au mois de février iSgg. (Voyez Lestoile, Journal de Henri If^, iSgg.) ' Maître des requêtes de la reine de Navarre.
qui les estime et y croit, comme je sçai que faict le Roy mon mary, je ne doubte poinct combien vos bons offices m'y ont pu servir; de quoy j'eusse pensé rester par trop ingrate de ne vous en remercier par cette-ci, comme j'ay prié le sieur Erard le faire plus particullierement de ma part , et de vous asseurer de l'extresrae désir que j'aurois qu'il s'offrist quelque digne moien pour vous faire paroislre combien je prise vostre vertu et mérite, et combien je désire m'acquerir et asseurer pour l'advenir la continuation de vostre amitié, laquelle je ne rechercherois, si je n'estois tres-resolue d'affectionner avec toute fidélité le bien et la grandeur du Roy mon mary; où me faisant ce bon office de le tenir en cette créance, mes actions, qui ne se départiront jamais de son service, vous y rendront tresveritable ami. Ledict sieur Erard vous communiquera toutes choses. Si vous m'obligez tant de tenir la main à la perfection d'un si bon commencement, duquel dépend tout le repos et seureté de ma vie, vous vous acquerrez une immortelle obligation sur moy, qui par tous effects serai à jamais désireuse de me tesmoigner vostre plus affectionnée et fidelle amye , Marguerite.
[CoU.Brienne, t.295, fol. 237.]