‹ Mémoires et lettresChapitre 24 sur 35 · A MON COUSIN, MONSIEUR LE DUC DE 150UILL0N · texte numérisé non relu

A MON COUSIN, MONSIEUR LE DUC DE 150UILL0N

( D'Usson, ce 24 septembre 1593.)

Mon cousin , si je ne croiois que la justyce et la raison ont plus de puissance sur nous que la fortune, bien que j'aye tres-grant besoing de la faveur de vos bons offices, je ne mettrois la main à la plume pour

la rechercher; et si je n'avois conservé en moy la voulonté que ces mesmes causes y ont, dès ma naissance, imprimée, je penserois que justement vostre aide me devroit estre refusée de qui en aultre temps l'offre en auroit esté reçue; mais n'ayant jamais eslongné de moy la dévotion de ce naturel debvoir, et voulant croire que mon malheur, bien que très-grand, ne l'a aussy banni de vous, avec la mesme confiance que l'on doit avoir en un bon parent, je vous supplieray me vouloir tant obliger d'embrasser mes affaires en ce que le sieur Erart vous en suppliera de ma part , et opposer vostre pouvoir auprès du Roy à la malice de mes ennemys, qui, ne se contentant de mes si longues misères , voudroient encore par nouvelles calomnies les accroistre ; ce que je m'asseure qu'ils ne pourront, si mon innocence est si heureuse d'estre appuiée de vostre protection, comme je vous en supplie, et de croire que n'emploierez jamais vos bons offices à personne qui les veuille tant ressentir et priser que moy, et qui, par quelque digne effect, désire davantage se tesmongner vostre plus affectionnée cousine,

Marguerite.

[Autofjr. — Coll. Béthune, vol. 9086, fol. 29. ]

AU ROY MONSEIGNEUR

(D'Usson, ce 10 novembre 1593.)

Monseigneur, je vous rends tres-humbles grâces de ce qu'il vous a plu m'accorder par les brevets que le sieur Erart m'a balles , tant pour la continuation des biens et privilèges que j'avois eus des roys mes frères,

que pour les deux cent cinquante mille escus, qu'il vous plait rae donner pour l'acquit de mes debtes , desquelles je vous supplie tres-humblement commander les expéditions en la forme nécessaire; et me vouloir faire tant de bien ( comme je n'en veux rechercher ny espère que de vous), de vouloir que ma pension soit de cinquante mille francs, comme je l'ay tousjours eue des susdits roys mes frères, osant prendre la hardiesse de vous faire cette tres-humble supplication, sur l'asseurance qu'il vous plait me donner, et que je reçois pour ma plus grande félicité , que ne voulez moings qu'eux affectionner mon bien. Appuiée sur cette mesme confiance , je vous supplieray tres-humblement aussy, monseigneur (suivant l'offre qu'il vous a plu me faire faire par le sieur Erart , de me baller une place pour ma seureté, ou cette-ci où je suis, ou aultre), vouloir me baller Usson, n'en désirant toutesfois le revenu qu'en rabattant sur les quinze mille francs qui me restent à assigner en terre de mon dot par le premier mémoire que je vous presentay à i'aultre voyage du sieur Erart. C'estoit un des articles tous lesquels il vous a plu par vos premières lettres m'accorder. 11 vous plaira donc , monseigneur, commander, tant de ce, que de tout ce qui est contenu dans le mémoire escript et signé de ma main, que j'ay balle au sieur Erart semblable en tout au premier, que les expéditions en soient faictes et verifi^ées, comme il est nécessaire pour mettre ces choses asseurées, ce que je suis très-certaine estre de vostre intention que l'effect en réussisse, vous suppliant tres-humblement.

monseigneur, croire que, soudain que je les auray reçues , je ne fauldray vous envoyer la procuration , qui a esté dressée par le sieur Erart mesme pour l'accomplissement de vostre désir; vous protestant que je manquerois plustost à ma vie qu'à l'effect de telle promesse, où je suis doublement liée, et par le respect et Ires-humble obéissance que je vous dois , et par l'obligation que je vous ay de l'honneur et faveur trèsgrande qu'il vous pîaist me faire, de me baller le choix de la forme d'y procéder, laquelle je vous requiers tres-humblement ne vouloir changer, et vous asseurer qu'ayant eu les susdictes expéditions des biens qu'il vous plaist me faire, je la vous envoieray sans aucun retardement, ainsy que, plus particulièrement et de vive voix, j'en ay engagé ma parole audict sieur Erart , comme aussy du désir que j'ai de m'emploier en ce qu'il vous a pieu me commander; en quoy, outre ce que je reconnois cela estre un bien universel , vostre particulière grandeur, que j'affectionne plus que tout , m'y fera rapporter tout ce que Dieu m'a donné d'entendement. Et ayant particulièrement discouru audict sieur Erart sur tous ces points, pour retrancher l'importunité d'une longue lettre, je m'en remettray à sa suffisance, pour, avec votre permission, monseigneur, vous baiser tres-humblement les mains, priant Dieu, monseigneur, vous donner entière et parfaicte grandeur et félicité. Vostre tres-humble et tres-obeissante servante, femme et subjecte, Margueuite.

\AiUogr. -^ Coll. Dupuy, t. 217, fol. 26. ]

AU ROY MON SEIGNEUR

( D'Usson , ce 29 juillet 1594.)

Monseigneur, vostre majesté aura, par monsieur Erart, entendu les manquemans qui se sont trouvés en tout ce qu'il luy a plu me promettre', et que, bien qu'en cela consiste tout mon bien, je n'ay, asseurée sur les promesses de vostre majesté, différé pour cela d'envoier la procuration, que maintenant avec cette lettre je luy envoie pour la luy présenter, et laquelle j'ai faict partir soudain que j'ay esté certaine des procureurs que j'y nommerois, n'estant de la sûreté et dignité de chose qui m'estoit si importante d'y mettre pour procureurs certains avocats que monsieur Erart m'avoit nommés par sa lettre , m'assurant que vostre majesté n'avoit point d'acception en telle chose. Je la supplie, puisqu'il n'estoit nécessaire que ce fussent, comme l'on m'avoit dict, ecclésiastiques, quej'y peusse nommer quelques personnes de qualité, en qui la peusse confier'; luy rendant tres-humbles grâces de ce qu'il luy a pieu

' Autant qu'on en peut juger par les termes assez vagues de cette lettre, IMarguerite consentit à donner la procuration en blanc qu'on lui demandait, mais avec de certaines restrictions , et moyennant l'accomplissement de certaines promesses. La dissolution de son mariage n'était pas évidemment ce qui la touchait le plus; mais, en politique habile, elle feignit de faire un sacrifice pour obtenir des avantages positifs dont elle avait grand besoin. Malgré la bonne volonté qu'elle manifestait, le divorce fut retardé de plusieurs années, soit parce que Henri IV avait besoin de la cour de Rome , soit parce que Marguerite ne consentait qu'à demi.

' Par la procuration définitive de iSgg, Marguerite nomma pour

l'avoir agréable ; la suppliant tres-humblement de vouloir que, selon l'accoustumée façon en tel cas, que , par cet acte , tant de mes biens que des bienfaicts de vostre majesté me soit assuré en sorte qu'il me reste moien de vivre selon ma qualité : ce que sachant estre de l'intention de vostre majesté, je le remettray à sa bonté, pour, avec tres-hurable affection , la supplier me conserver ce qui m'est plus cher, et prefereray tousjours à tout aultre bien et toute aultre félicité, qui est l'honneur de sa bonne grâce, sans l'appui de laquelle ma vie ne se consolera et ne se conservera que pour lui tesmoingner la tres-hurable et fidelle servitude que je luy dois et luy voue en esternité, baisant tres-humblement les mains de vostre majesté, priant Dieu luy donner, monseigneur, entière et parfaicte félicité. Vostre treshumble et tres-obeissante servante, femme et subjecte,

Marguerite.

[Atitogr. -^CoW.ïiapuy, t, 217, fol. 32.]

AU ROY MON SEIGNEUR

(D'Usson, ce 14 octobre 1594.)

Monseigneur, j'ay reçeu, avec celle qu'il a pieu à vostre majesté m'escrire , l'avis qu'elle avoit commandé à monsieur Erart me donner, qui m'est une obligation immortelle de laquelle je ne lui puis rendre assez de grâces. Rien ne me peut donner tant de

ses procureurs les sieurs Martin Langlois , maître des requêtes , et Edouard Mole, conseiller au parlement. (Lestoile, Journal de Henri IV, février iSgg. )

soin de ma conservation que de veoir, monseigneur, que vostre majesté s'en daigne soucier, et n aimeray ma vie que lorsque je me penseray si heureuse d'estre propre à lui rendre quelque utile et tres-humble service. C'est en ce raonde-ici ma principalle fin. J'espère tant de la bonté de Dieu, que, s'il m'a voulu garantir des entreprises des ennemys de vostre majesté, qui ont, quoique l'on luy ayt voulu persuader le contraire, esté tousjours les miens, lorsqu'ayant l'ame toute comblée d'ennuys , pour la craincteoùje vivois d'estre privée de sa bonne grâce, qu'à cette heure, qu'il lui a pieu me rendre l*asseurance d'un si grant bien (qui me redonnant le contentement me fera autant aimer ma vie que je la haïssois), il me voudra assister au curieux soin, que par le commandement de vostre majesté j'y rapporteray, bien que ce chasteau soit tel et la forme de la garde que j'y observe, que, quand il seroit aussi bien frontière qu'il est esloingné des pays et des partisans des ennemys de vostre majesté, je n'aurois à y rien craindre, n'y ayant icy, rien à redouter qu'un siège , qui par sa longueur feroit faillir les vivres; mais j'en tiens tousjours pour plus d'années, que tels ennemys n'auroient moyen d'y demeurer de semaines, et Dieu ne leur fera jamais la grâce qu'ils aient assez de forces pour donner à vostre majesté tant d'affaires de delà , qu'ils peussent faire de deçà un tel séjour si avant en vostre royaume. L'on voit toutes choses plus préparées à espérer que vostre majesté les aille visiter qu'eux à avoir une si injuste fortune. Si elle avoit veu cette

place avec la façon de quoy je m'y garde, je m'assure que, riant de la timidité propre à mon sexe, elle jugeroit cette entreprise estre réservée à Dieu seul, et qu'à bon droit j'ay estimé cet hermitage avoir esté miraculeusement basti pour m'estre une arclie de salut ' ; et bien qu'il soit tres-soli taire, je l'estimerai heureux, pom^veu que l'honneur de son amitié me soit conservé, qui est la plus grande félicité qu'en ma vieillesse je pouvois souhaiter, que je la supplie tres-humblement me continuer, baisant tres-humblement les mains de vostre majesté, priant Dieu, monseignem-, luy donner trèslongue vie et parfaicte félicité. Vostre tres-humble et obéissante servante, femme et subjecte, Marguerite.

[Autogr. — CoW. Dupuy, t. 217, fol. 34.]

AU ROY MON SEIGNEUR

(D'UssoD, ce 8 novembre 1594.)

Monseigneur, comme je tiendrois au plus grant heur qui me peust arriver d'avoir subject de vous escrire de chose qui pust rapporter du contentement à vostre majesté, aussi m'est-ce un desplaisir infini quand il

' Le château d'Usson était en effet une forteresse très-bien défendue par la nature et par l'art. « Bien forte place , dit Brantôme, voire imprenable , que le bon et fin renard le i-oy Louis XI avoit rendue en partie telle pour y loger ses prisonniers , les tenant là plus en seureté

cent fois qu'à Loche, boys de Yincennes et Lusignan » (Dames

illustres , Éloge de 3Iarguerite.) Le père Hilarion de Coste en parle avec sa rhétorique ordinaire ; il dit que cette place ne craignait que « la cheute du Ciel ; que rien que le soleil n'y pouvoit entrer par force, « et que sa triple enceinte mesprisoit les efforts des assaillans , comme n ung roch eslevé les flots et les vagues. »

fault que je l'importune. C'est le plus grand mal que je reçoive aux manquemens des assignations qu'il luy aToit pieu me donner, encore que j'en reçoive trèsgrande incommodité et grand interest'; mais ne pouvant m'en passer et vivre % je suis contraincte m'en plaindre à vostre majesté, et la supplier, en recompense de cela qu'il luy avoit pieu m'accorder sur Clermont de ma pension de cette année, que l'on me veut réduire presque à rien, qu'il luy plaise m'accorder un estât de président vacant à Toulouse, que je prendray en payement pour autant qu'il s'en tireroit de finances, et qu'il vous plaise en pourvoir monsieur de Monrave, l'un des plus anciens et suffisans conseillers de Toulouse, et des plus affectionnés au service de vostre majesté. En cela, monseigneur, vostre majesté fera trois biens : l'abbaye qu'il dispute avec monsieur Forget demeurera audict sieur Forget; je tiendray cela, non seulement pour un payement, mais pour une estroicte obligation, et elle mettra en cette place un liom.me d'honneur, tres-utile au service de vostre majesté, ce que je m'asseure que ceux qu'enverrez à Toulouse luy tesmoingneront , et qu'il n'y en a point en cette cour qui

' Et grant interesi, c'est-à-dire grande lésion d'intérêt, grand dommage.

' Si bien fortifié que fût le château d'Usson , et bie?i que le soleil seul y pût entrer par force , pour parler le langage du père Hilarion de Coste, la nécessité toutefois y entra, et obligea 3Iarguerite, pour en éviter les outrages , d'engager ses pierreries à Venise, de fondre sa vaisselle d'argent, et de n'avoir rien de libre que Pair. Le panégyi'iste de Marguerite a oublié d'ajouter au nombre de ses ressources et de ses expédients, ses recours fréquents à la généi'ositc du bon Henri.

ait plus de moyens de vous faire un bon service en sa ville. Apres donc, monseigneur, en avoir encore tres-humblement supplié vostre majesté, je prendray la hardiesse de luy baiser tres-humblement les mains, priant Dieu, monseigneur, luy [donner] tres-heureuse et longue vie et parfaicte félicité. Vostre tres-humble et tres-obeissante servante, femme et subjecte,

Marguerite.

[Autogr. -^CoW. Dupuy, t. 217, fol. 35.]

AU ROY MON SEIGNEUR

(D'Usson, ce 5 décembre 1594.)

Monseigneur, ayant, il y a quelques années, donné à monsieur de Saint-Maurice l'abbaye de Saint-Morin vacante par la mort de son oncle, je supplieray tres-humblement vostre majesté la luy vouloir conserver, et vouloir en cela obliger et lui et toute sa maison, qui sont personnes d'honneur et tres-affectioimées au service de vostre majesté , ce qui me le faict davantage affectionner. Je tiendray, monseigneur, le bien qu'il luy plaira en cela luy faire à une faveur tres-particuliere, que je rechercheray de mériter par le tres-humble service que je dois et ay voué à vostre majesté, luy baisant tres-humblem.ent les mains , priant Dieu , monseigneur, luy donner entière et parfaicte félicité. Vostre tres-humble et tres-obeissante servante, femme et subjecte,

Marguerite.

[Autofjr. ~Co\LJ)upuy, t. 217, fol. 28.]

A MONSIEUR DU PLESSIS '

Monsieur du Plessis, si le but de nostre contentement consiste à faire, par quelque utile service, congnoistre nostre affection à ce que nous honnorons et chérissons le plus, et si le bien plus désirable est la tranquillité et assuré repos de nostre vie, combien vous dois-je, m'estant le moieo de deux si grands biens. Certes, non pas l'eflect mais la pensée ne peut altaindre au mérite de telle obligation. Que si mon ame estoit aussy capable de s'exprimer comme de ressentir, je vous ferois juger par l'heur et l'honneur qu'elle a conçeu par vostre lettre du bon succès de ces deux fins (seule félicité de mes ans), et par l'asseurance qu'elle a prise du bien de vostre amitié, aveq combien de fidèle et très humble dévotion j'ay dévoué au Roy mon service, et aveq combien de perfection mon amitié vous est dédiée et acquise; mais bien que lana-

' Quoique Paris se fût soumis au Roi , et que toutes les provinces eussent suivi son exemple , il y avait cependant encore des esprits malintentionnés qui cherchaient à traverser les desseins du grand Henri, et en particulierla dissolution de son mariage. Ils envovèrent à laPieine un nommé Vernand , qui était chargé de l'empêcher de donner son consentement, et de lui représenter, en exagérant quelques prétendues injustices qu'elle crovait avoir éprouvées de la part des tribunaux du Roi, combien son sort serait malheureux si, dans le temps même de la négociation, on avait pour elle si peu d'égards et de ménagements; mais la Reine n'en fut point ébranlée, et dès le commencement de l'année suivante (i5g5) elle écrivit ainsi à Mornay , l'ami de son époux. ( MoscEz, Histoire d& Marguerite de Valois, p. 565. — Suit la lettre que nous donnons ici.)

ture m'en aitdesnié les parolles, la fortune, puisque j'ay la faveur de la bonne grâce de ce qui seul la peut surmonter, ne m'empeschera que par les effects je ne le tesmoigne en toutes les occasions où, pour mon bonheur, je seray propre à servir à l'establissement et l'accroissement de sa grandeur ou advancement de ce qui sera de vostre bien et contentement; vous protestant que ces deux respects auront tousjours autant de force en moy que ceux de mon salut et repos. Faictes donc estât , je vous supplie , que rien n'est plus submis à son obéissance que ma voUonté, ni rien tant à vous que ce qui sera en ma puissance. J'escrips à M. Erard quelques particularités pour mes affaires; je vous supplie les recepvoir en vostre protection, et croire que rien au monde n'admire et honnore plus vostre vertu que vostre plus affectionnée et fidèle amye. Marguerite.

[ Coll. Brienne, t. 295, fol. 239. ]

AU ROY MON SEIGNEUR

(D'Usson, ce 14 janvier 1595.)

Monseigneur, après avoir rendu grâces à Dieu de ce qu'il luy a pieu préserver vostre majesté du misérable et trop détestable attentat ', qui a pensé apporter à toutte la France et à moy particulièrement autant de préjudice comme chacun de ceux qui vous sont affectionnés et moy plus que tout aultre, ont reçeu de

• Il s'agit ici de l'attentat de Jeaa Châtel, qui eut lieu le 9-7 décembre i594-

joye de vous en sçavoir délivré, je n'ay peu m'empescher par cette lettre de tesmoigner à vostre majesté et l'appréhension que j'ay eue de vostre mal, et la joye que j'ay ressentie de vous sçavoir eschapé d'ung si grant danger; et comme il vous a pieu, monseigneur, me tant honnorer de me commander par vos lettres d'avoir soin de m^a conservation , vous me permettrez de vous supplier tres-humblement de n'estre pour l'avenir si peu soucieux de la vostre. C'est , monseigneur, un advertissement que Dieu vous donne pour ne vous rendre à l'avenir si nonchalant à vous garder. Pour moy, j'en serai en perpétuelle prière, et n'ayant l'heur de vous y pouvoir aultrement servir par voeux continuels, je requiers Dieu qu'il veuille, monseigneur, conserver vostre majesté et luy donner en toutte félicité tres-heureuse et longue vie, vostre tres-humble et tres-obeissante servante, femme et subjecte , Marguerite.

[Autogr. — Coll. Dupuy, t. 217, fol. 45. ]

AD ROY MON SEIGNEUR

(D'Usson, ce 24 janvier (695.'

Monseigneur, il vous a tousjours pieu m'assurer me voulloir conserver en la nomination des bénéfices qu'il a pieu à vostre majesté me confirmer. Je n'ay poinct estimé , quant il luy a pieu disposer de l'abbaie de Saincte-Cornille ' en faveur de madame la mar-

' L'abbaye de Saiale-Cornille, de Compiègne, où fut enterre Henri III.

quise de Monsaux', que ce fust à préjudice dudict pouvoir qu'il a pieu à vostre majesté m'y donner, ayant reçeu trop de plaisir que chose qui despendoit de moy aye peu estre propre pour tesmoigner à cette honneste femme combien j'aurai tousjours de vollonté de servira son contentement, et combien je suis résolue d'aimer et honnorer toutte ma vie ce que vous aimerez. Si cette preuve de ma tres-humble affection mérite, monseigneur, d'estre agréée de vostre majesté, je la supplie tres-humblement me voulloir faire tant d'honneur de trouver bonne la nomination que j'ay faicte de monsieur l'archidiacre de Bertier", frère de monsieur de Monrave, chef de mon conseil à Toulouse, à l'esvesché de Condom, et me faire cet honneur d'en commander la confirmation. Monsieur de Monrave est personne de qui j'ay reçeu tant de bons offices que je n'aurai moins d'obligation à vostre majesté du bien qu'il luy plaira trouver bon que je luy fasse, que si je le recevois en mon particulier; je le supplierai donc tres-humblement encore ne me le voulloir refuser. L'abbaie du Mas-grenier restera par ce moien à monsieur Defresne, et je tiendrai cette obligation pour une des plus grandes que je pourrois jamais requérir à vostre majesté, à qui, après l'avoir

' Gabrielle d'Estrées, marquise de Monceaux, puis duchesse de Beaufort.

> Mai'guerite dit de lui , dans une autre lettre : « Monsieur l'archidiacre Bertier, personne qualifiée en l'esglise et syndic du clergé. » Il était chancelier de la Reine , et fut chargé , en iSqq, d'aller à Usson lui demander son consentement au divorce.

tres-humbleraent suppliée de m'honnorer de la conservation de ses bonnes grâces, je luy baiserai treshumblement les mains, priant Dieu, monseigneur, donner à Tostre majesté tres-heureuse et très-longue vie. Vostre tres-humble et tres-obeissante servante, femme et subjecte, Marguerite.

[Autogr. —-Coll. Dupuy, t. 217, fol. 39. ]

An ROY MON SEIGÎVEUII.

(D'Usson, ce 25 avril 1595.)

Monseigneur, la grâce que Dieu m'a faicte d'avoir plustost sçeu vostre guerison que vostre maladie , me donne double occasion de le louer, comme je fais de tout mon cueur, d'avoir délivré vostre majesté de ce mal, que je sais, pour l'avoir souvent esprouvé, estre une douleur très-grande, et moy, de m' avoir exemptée de la paine que j'eusse eue, si je vous en eusse sçeu malade, sçachant que cela ne vient guère sans une violente fièvre, et qu'au visage il est beaucoup plus sensible et dangereux', et ne m'ayant le ciel donné tant d'heur que je vous y puisse servir aultrement que par mes prières, elles seront continuellement emploiées à ce qu'il conserve la santé de vostre majesté en tout heur

' « Au commeocement d'apvril, le Roy se trouva fort mal d'ung cathairre, qui lu}^ desfiguroit tout le visaige. Tels cathairres resgnoient à Paris, à cause du grant froid qu'il faisoit, contraire à la saison; dont s'ensuyvirent plusieurs morts estranges et subictes aveqla peste, qui se respandit en divers endroicts de la ville, qui estoienttous fléols de Dieu, pour les quels, toutesfois , on voiioit aussy peu d'amendement aux grans comme aux petits. » (Lestoile , Journal de Henri If^, avril i5g5.)

et prospérité , et qu'il me rende digne de la conservation de voz bonnes grâces, honneur où je mets la félicité de ma vie toutte dédiée à l'obéissance de ses commandemens, baisant tres-humblement les mains de vostre majesté, priant Dieu, monseigneur, luy donner entière et parfaite félicité. Vostre tres-humble et tres-obeissante servante, femme et subjecte ,

Marguerite.

[Autogr. ^ColL Dupuy, t. 217, fol. 43.]

AU ROY MON SEIGNEUR

(D'Usson, ce 14 mai 1595.)

Monseigneur, j'ay receu par madame de Vermont les assurances qu'il vous a pieu me donner de vostre amitié pour le plus grant heur et honneur qui m'eust sçeu arriver. J'eusse désiré qu'ils eussent esté accompagnés de conimandemens aussy absolus que la puissance que vostre majesté a sur moy est absolue et entière; c'est, monseigneur, ce que je vous ay tousjours escript; je ne sçais si l'avez reçeu pour office de mon devoir , ou si j'ay esté si heureuse que l'aiez entendu avec l'affection et vérité qui me le dicte maintenant, que pour rendre plus esclaircie, sous l'assurance de tant de faveur qu'il vous a pieu me faire par cette honneste femme , je supplierai tres-hum.blement vostre majesté de croire que je suis toute à vous ; que vous pouvez disposer de moy en telle sorte et façon qu'il vous plaira ; que voz commandemens ne seront jamais restreincts ni reformés de moy, les voullant accomplir avec aussy exacte obéissance que le plus

petit de vos enfaDs ou le moindre de voz serviteurs. Estimez de moy, je vous supplie tres-humblement , monseigneur, que je suis vostre créature , que vous pouvez faire et défaire, changer et former en telle forme qu'il vous plaira', m'ayant le temps et Texperieuce si parfaitement imprimé cette vollonté en mon ame. Je ne puis assez regretter le malheur trop gi'ant qui m'a, non pas par tant d'années, mais par tant de siècles , privée de rendre à vostre majesté le Ires-humble et utile service que la congnoissance que j'aj par eux acquise de Ihonneur et bien tres-grant que ce m'estoit à estre près de vostre majesté, en eut produit; car si, lorsque trop pleine de jeunesse et de vanité, j'ay eu cet heur, que vostre majesté s'est louée et a eu agréable le peu que je luy rendois, je sais qu'accompagnée de cette congnoissance , qui me rend admirant sans cesse le mérite d'ung si grant et si parfaict Roy, que je m'en fusse rendu plus digne. Commandez-moy donc, je vous supplie tres-humblement, monseigneur, librement vostre vollonté. Vermont, présent porteur, qui a la mesme fidélité de sa femme à vostre service et au mien'', me la rapportera seurement et fidèlement, l'envoyant exprès pour cet effect,

' Ceci se rapporte aux négociations relatives au divorce , qui étaient pendantes à cette époque.

^ 31. et madame de Vermont étaient attachés à la maison de la reine 3Iarguerite. Ils avaient été mariés et établis par ses soins. Ils eurent un fils, aussi attaché à la maison de Marguerite, mais qui fut supplanté par un Provençal, que les uns nomment Date, et les autres Saint-Julien. Le jeune Vermont, furieux de voir sa fortune et celle de son père et de sa mère ruinée par Saint-Julien, jura de s'en

lequel attendant aveq extresme dévotion , je baiserai très-humblement les mains de vostre majesté, priant Dieu, monseigneur, lui donner tres-prospere et longue vie , avec congnoissance du zèle tres-affectionné à son service. Vostre tres-humble et tres-obeissante servante, femme et subjecte, Marguerite.

[ Autogr. — Coll. Dupuy, t. 217, fol. 46. ]

AU ROY MOiN SEIGNEUR.

(D'Usson, ce 31 mai 1595.)

Monseigneur, comme l'heur est tousjours suivi de l'ennuy, je ne doubte poinct que l'honneur que m'avez faict par madame de Vermont de m'assurer avec tant de faveur de la continuation de vostre bonne grâce, ne convie mes ennemys à rechercher touttes sortes de calomnies et artifices pour me priver de la durée d'ung si grant bien ; et , encores que je ne pense pas que l'avis que monsieur Forget a donné à monsieur Langlois ', par une lettre que j'envoie à vostre majesté, des meschans langages que ce porteur a tenus estant

venger, et le tua d'un coup de pistolet, en i6o6. (Voyez à cette date la lettre par laquelle Marguerite demande la tète de Vermont. )

' Martin Langlois , qui donna lieu l'année suivante à un calembourg royal, conservé par Lestoile. « Prévost des marchands, chargé de parler pour le peuple aux estats de Rouen, Langlois s'en estoit si mal et si froicdement acquitté, qu'il fallust que Talon, l'eschevin, prist la paroUe pour luy et parlast en son lieu ( ce qu'il fit fort vertueusement). Chascun en estant esbahi , le Roy, tout en gossant, en donna la solution , disant que son prevost avoit la langue au Talon. » (Journal de Henri IF, iSgô.) — La harangue que Henri IV venait alors de prononcer, est trop belle pour ne pas lui faire pardonner le jeu de mots qui la suivit de si près.

vers luy, se doibve mettre de ce rang , pour congnoistre assez rinsolence et folie de ce meschant et misérable garçon nommé le Parisien; j'ay estimé toutesfois , monseigneur (tant pour ne laisser sa meschanceté impunie , s'il s'en trouve coupable , que pour ne donner ce prétexte à mes ennemys de m'y embrouiller, pour ce qu'il a aultrefois esté quelques mois à mon service), le devoir envoier à vostre majesté et la supplier tres-humblement en faire tirer la vérité et le faire punir comme il mérite, ce que j'eusse moymesme faict , si je n'eusse désiré que ce feust esclairci en la présence de vostre majesté. Il y a trois ans que Conbestes , estant à Paris pour ung procès que Masei m'avoit suscité, prist ce garçon pour laquais, lequel il ramena, et, après l'aioir gardé quelque temps, il me le donna pour ce qu'il escripvoit bien ; où il devint si insolent, que, prenant tous les jours querelle à quelqu'un, je fus contraincte au bout de six ou sept moys de luy donner congé, et ayant, despuis que vostre majesté fust à Paris, envoyé ledict Conbestes vers elle, il retrouva ce misérable aussy gueux qu'il estoit la première fois, et par pitié il le reprit; et s' estant offert cette occasion où monsieur Langlois eust besoin d'envoier vers monsieur Defresne pour l'abliaie de Bonneval , de quoy vostre majesté a oui parler, ils baillèrent ce voyage à ce dict laquais, duquel le nom et la condition est trop indigne d'estre représenté à vostre majesté, sans les circonstances que la fortune y a faict naistre , qui me rendront excusable si je l'en ay importuné de ce discours; ce que je

n'eusse entrepris s'il ne m'y feust allé de ce que j'ay le plus cher en ce monde, qui est la conservation de vostre bonne grâce et le désir tres-grant que j'ay de rendre par les effectsde ma tres-hurable affection mes parolles tesmoingnées , et vostre majesté certaine que rien n'est tant à vous, tant soumis à vostre obéissance et zélé au bien de vostre service, que vostre tres-humbleet tres-obeissante servante, femme etsubjecte,

Marguerite.

[Autogr. — Coll. Dupuy, t. 217, fol. 38.]

AU ROY MON SEIGNEUR

(D'Usson, ce 7 juillet 1595.)

Monseigneur, ayant madame de Vermont voullu s'acquitter du commandement, qu'elle dict avoir reçeu de vostre majesté, de la veoir en son voiage, j'ay pensé ne pouvoir par plus fidelle et propre truchement luy représenter ce que par touttes mes lettres je luy ay tres-humblement supplié de croire , la fiance que nous avons eue de tous tems en elle fera, s'il luy plaist, recevoir ces paroles, non comme de messagère, mais comme de moy-mesme, qui envie beaucoup l'honneur qu'elle aura; mais il m'en restera un tres-grant, et que je tiens pour mon souverain bien, si j'ay tant d'heur d'estre conservée en ses bonnes grâces , comme je l'en supplie tres-humblement, et de me permettre de luy baiser de tout mon coeur tres-humblement les mains, priant Dieu, monseigneur, en rendant vostre majesté glorieuse d'un million de victoires, luy donner très-

heureuse et longue vie. Vostre très- humble et tresobeissaiite servante, femme et subjecte,

Marguerite.

[Autogr.^ CoW. Dupuy, t. 217, fol. 47.]

AU ROY MON SEIGNEUR

(D'Usson, ce 16 décembre 1595.)

Monseigneur, estant madame de Vermont contrainte, pour ses procès, de faire un voiage à Paris, j'ay estimé , pour l'honneur que j'ay receu de vostre majesté par elle, ne la devoir laisser partir sans l'accompagner de cette lettre, où je continuerai les veux de la tres-humble servitude que je luy dois, pour en tesmongner la fidélité pour toute ma vie en l'obéissance de ses commandemens. Elle dira, monseigneur , h vostre majesté le peu de commodité que je retire des assignations qu'il luy a pieu me donner, ce que je me promets n'estre de l'intention de vostre majesté. Je la supplierai tres-humblement se souvenir qu'après Dieu je mets en elle seule toute mon espérance , comme me tenant lieu de tout ce qui m'a esté de plus proche, qui me fera tousjours espérer vostre protection, et en faire mon plus assuré appuy; et, m'estant la créance que j'ay de la bonté de vostre majesté et les assurances qu'il luy a pieu me donner de son amitié un gage très-certain de l'espérance que j'y dois avoir, j'en tirerai tousjours ma consolation entre tant d'incommodités, que les nécessités que l'on me fait pastir me font ressentir; et attendant les efFects de ce qu'il luy a pieu m accorder, je luy supplierai tres-humble-

ment me conserver l'honnem' de sa bonne grâce et me permettre de luy baiser tres-humblement les mains, priant Dieu, monseigneur, donner à vostre majesté entière et parfaicte félicité. Vostre tres-hurable et tresobeissante servante, femme et subjecte,

Marguerite.

[Autogr. — Co\]. Dupuy, t. 217, fol. 42.]

AU ROY MON SEIGNEUR

(D'Usson, ce 4 juin 1596.)

IMonseigneur, voulant despendre de vostre voulonté et tesmongner à vostre majesté en toutes choses que rien ne m'est si cher que le bien de son service , je n'ay voulu, à la prière de madame du IVIonastere, l'une de mes meilleures amies, disposer de Testât de seneschal d'Agenois, qu'avoitfeu monsieur de Monluc ' son neveu, qu'elle me demandoit pour monsieur de Caslelnau' son neveu, personne de valeur, et qui est, que je croy, près de vostre majesté, sans en avoir reçu vostre commandement, sachant que tels estais importent au service de vostre majesté, à qui j'en dois et en ay voué de si fidèle et inmuable, qu'en toutes mes actions je ne tendrai jamais qu'à luy en rendre preuve. J'estime que ledict sieur de Castelnau s'acquittera dignement de cette charge, comme il est personne accompagnée de beaucoup de bonnes parties, fort estimé au païs et tres-affectionné serviteur de

' Charles, petit-fils du maréchal Biaise de Moatluc. ' Il s'agit sans doute ici de M. de Castelnau-Bretenous et de Clermont-Lodève.

vostre majesté, comme tous ceux de Monsale ' l'ont tousjours esté des Roys. Si vostre majesté l'a agréable, ce me sera un tres-grant contentement de pouvoir donner cette consolation à cette honneste femme, tant vostre servante et mon amie , en la perte très-grande qu'elle a faite de monsieur de Montluc, son neveu, de quoy je supplie tres-humblement vostre majesté m'honorer tant de me faire savoir sa voulonté, que je tiens pour loy des miennes , et croire que , si mes prières pouvoient mériter d'estre ouïes du Ciel, vostre majesté auroit bientost la victoire que sa valeur et prudence luy promet de ses ennemys, qui ne me donnent moins d'appréhension, pour voir vostre majesté en tels hazards, qu'à elle de soin et de travail. Je la supplieray tres-humblement m' excuser si , entre si grandes affaires, j'ay osé la di\ertir par ce peu de lignes, pour souUagerma peine, et me permettre luy baiser tres-humblement les mains, priant Dieu, monseigneur, donner à vostre majesté entière et parfaite félicité. Vostre tres-humble et tres-obeissante femme, servante et subjecte, Marguerite.

[ Autogr. >— Coll. Dupuy, t. 217, fol. 51. ]

AC ROY MON SEIGNEUR

(lyUsson, ce 23 juin 1596.)

Monseigneur, je serai tousjours tres-aise de n'avoir à requérir vostre majesté que de ce que j'estimerai luy

' Monsalès , département de l'Averron, arrondissement de Ydlefranche-de-Rouergoe.

?jU lettres [1596]

estre agréable; c'est ce qui, avec moins de crainte de l'importuner, me faict mettre la main à la plume, sachant que faisant cet honneur à madame de Verm.ont de la tenir pour vostre tres-humble servante, vostre majesté approuvera le désir que j'ay de luy faire du bien , du quel si je n'estois accompagnée, l'on me pourroit justement dire ingrate. Cette considération meluyfîst, lors qu'elle partit d'icy, donner la reserve d'un bénéfice qui est en mes terres de Rouergue, nommé le Dom d'Aubrac ' ; et bien que telles reserves soient exîraordinaires, il me sembla qu'à ses services, qui n'esloient pas communs, mais si signalés, me recherchant l'heur et l'honneur, que j'estime le plus en ce monde, qui est vostre bonne grâce , je ne luy pouvois denier. Je n'en eusse importuné vostre majesté de cette lettre, puisque de longlems il luy a pieu m'accorder la nomination des bénéfices de mes terres; mais voiant que par surprise l'on en obtient presque de tous des provisions, que ceux à qui il plaist à vostre majesté les confirmer sur ma nomination ont à disputer, et ne désirant que cette honneste femme tombe en cette peine, j'ay pensé devoir tres-humblement supplier vostre majesté de ne se laisser aller à ces importunltés, et se souvenir de la grâce qu'elle m'a faicte. En cela cette occasion m'a esté aussy, monseigneur, tres-agreable pour vous pouvoir ramentevoir le vœu de la tres-humble affection que je vous dois qui m'a faict participer aux peines et ennuys que cette

' Le Dom d'Aubrac, c'est-à-dire la domerie d'Aubrac.

guerre vous a apportés', quej'ay ressentis non moins vivement que si j'y eusse esté présente , appréhendant le hazard ordinaire où vostre majesté s'expose. Je supplie Dieu, monseigneur, vous délivrer de ces craintes, et combler vostre majesté, monseigneur, de victoires et de paix avec entière et parfaicte félicité. Vostre tres-humble et tres-obeissante servante, femme et subjecte, Marguerite.

[Autogr. — Co]!. Dupuy, t. 217, fol, 48.]

AU ROY MON SEIGNEUR

(D'Usson, ce 5 février 1597.)

Monseigneur, ce sera tousjours le but de toutes mes intentions de faire chose agréable à vostre majesté et utile à son service. En cette resolution, encore que les offices de seneschaux soient offices ordinaires et aux quels l'infante de Portugal, estrangere qui tenoit mes terres avant moy, pourvoyoit, je ne voudrois y pourvoir sans en sçavoir la vollonté de vostre majesté, à la quelle j'ay remis monsieur de Castelnau, personne de valeur et mérite, lorsqu'il m'a faict demander Testât de seneschal de Rouergue , de feu monsieur de Sainct Vincent '. Bien supplieray-je tres-humblement vostre majesté vouloir agréer les provisions qu'il en a de moy, et ne me vouloir faire rece-

• Allusion à la guerre de Picardie, et à la ledditioa de La Fère, qui avait eu lieu un mois auparavant.

* Jean de ^lorlbon, baron de Saint-Yensa, etc., sénéchal de Rouergue en ij8g, remplacé en lôgs par Jean d'Arpajon, baron de Séverac, dont il est question dans cette lettre, pourvu de nouveau de la même charge en 1096, et mort en lôgj.

\oir ce desplaisir d'y mettre monsieur d'Arpajon , du quel j'ay reçeu infinis mauvais offices, et de la suffisance du quel audict sieur de Castelnau , il y a trop de différence, ce que vostre majesté saura trop mieux juger; et me sera une tres-particuliere obligation à vostre majesté de m'accorder avec celle que je continuerai toute ma vie du bien que j'estime le plus , d'estre continuée en l'honneur de vos bonnes gi^aces, baisant tres-humblement les mains de vostre majesté, priant Dieu , monseigneur, luy donner entière et parfaicte félicité. Vostre tres-humble et tres-obeissante servante, femme et subjecte, Marguerite.

[Autorjr.^ Coll. Dupuy, t. 217, fol. 56.]

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