A MONSIEUR DE SULLY
(De Usson, ce 20 septembre 1698.)
Mon cousin, j'ay reçeu une lettre de vous ' qui contient plusieurs choses qui méritent considération , d'aucune desquelles il m'estoit quelquefois bien souvent souvenu; desaultres, vostre lettre m'en a rafrechy la mémoire, et touttes donné subject de chérir vostre affection à mon bien et repos, dont les félicitez me sont encores incognues , le pèlerinage de mes jours ayant esté incessamment triste et langoureux. Partant ne doutez point que je n'aye reçeu vos propositions d'une espérance de mieux comme elles méritent, et ne tiendra point à ce qui despend de moy , que le succez n'en soit tel que vous tesmoignez
' Sully écrivit cette lettre à la Reine « pour veoir si ses raisons la pourroient persuader à faire les choses nécessaires pour faciliter le desmariage du Roy et d'elle. » Ce sont ses propres expressions; mais les termes de la lettre sont loin d'être aussi explicites. Je citerai le passage suivant, qui est le plus clair, comme un chef-d'œuvre d'insinuation et de circonlocution : « Quoy que je voye bien que les choses dont la France a tant de besoin ne se puissent pas trouver entièrement en la réunion de vos personnes, qui est une succession légitime à cette couronne, j'ay estimé que vostre esprit, que j'ay tousjours recognu tant excellent, vostre prudence et grand jugement seroient capables de bien recevoir les ouvertures que je luy proposerois, pour vous faire vivre et converser ensemble, avec de tels tempéraments et assaisonnements que vous y trouveriez tous deux de quoy raisonnablement vous contenter, puisqu'il n'v' a rien qui vous doive maintenant estre devenu tant agréable que de vous pouvoir veoir continuellement et vivre ensemble en toute confiance et sincérité , comme un bon frère et une bonne sœur doivent faire ensemble, chose que je vous puis asseurer d'eslre fori facile. » (Memoira de Sully, t. I, p. 469)
de le désirer, mettant à ung si haut prix les vertus héroïques du Roy, et les moyens qui me seront présentés pour me faire trouver quelque part en ses bonnes grâces, que toutes sortes de conditions où il sera besoing de me soumettre , me seront tousjours tresagreables , puisque c'est vous qui m'en parlez avec tant d'affection ; vous reputant si vertueux que je ne receveray jamais conseil de vous qui ne me soit honnorable et utile; ny loy d'un Roy si prudent et si généreux que le nostre, qui ne soit équitable et juste, et partant pouvez-vous donner commencement à un si bon œuvre toutes les fois que le jugerez à propos. J'en laisse donc la conduicte à vostre prudence et à vostre affection, des quels j'attendray les effets avec impatience, et aussi les occasions de vous tesmoingner que je suis, mon cousin, vostre tres-affectionnée et fidelle cousine, Marguerite.
[Mémoires de Sully ^ t. I, p. 470.]
A MON COUSIN, MONSIEUR LE CONNESTABLE
(D'Usson, ce 14 décembre 1598.)
Mon cousin , l'assistance que m'avez promise et de laquelle m'avez obligée aux occasions où je vous en ay requis me fera maintenant, en celle qui se présente si importante pour mon repos, vous supplier vouloir embrasser ma protection et m' obliger tant de supplier le Roy de vouloir, en recompense de l'obéissance que si franchement je luy ay rendue, qu'il luy plaise que ce cpi'il luy a pieu m'accorder me soit asseuré; en sorte que, cet acte passé, je ne sois plus contrainte, par les
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importunes sollicitations que j'ay esté forcée jusques ici faire pour ma pension et assignations, de me rendre désagréable à sa majesté , que je desii'e servir et honorer et non importuner. La mémoire du feu Roy mon père me promet tant d'appuy de vous qu'en chose de telle importance , je ne pense rechercher autre protection, l'affection que luy avez eue et le lieu que tenez en ce roiaume me promettant que ne sçauriez permettre que cette séparation se passe aultreraent qu'avec la dignité requise à ma qualité. C'est l'honneur du Roy et du roiaume que je maintienne un train digne de ma naissance. Je vous supplie le voulloir remontrer au Roy, ainsi que plus particulièrement ma sœur vous en parlera, la quelle me faict ce bien d'avoir tant de soin de moy, que je m'en remet tray à ce quelle vous saura trop mieulx représenter pour vous supplier croire que n'obligerez jamais personne qui vous honnore tant et vous ait tant d'affection que vostre tièsaffectionnée et tres-fidele cousine. Marguerite.
[Autogr. '-CoW. Béthune, t. 9086, fol. 27.]
A MONSIEUR DE LOMENIE
(D'Usson, ce 22 mars 1599.)
Monsieur de Lomenie, j'escris une lettre au Roy que ma sœur, madame d'Angoulesme luy baillera. Elle est longue , le sujet ne m'a permis la faire plus courte. C'est au contentement du Roy et plus que pour mon particulier; je vous prie faire qu'il la voie, car il importe pour l'avancement de ce que sa majesté désire
le plus • et croyez que ne renderez jamais ces bons oftices à personne qui désire davantage s'en revancher en quelque bonne occasion, et se tesmoingner pour jamais Yostre plus affectionnée amye, Marguerite.
[Autogr. — Coll. Dupuy, t. 217, fol. 60.]
AU ROY MON SEIGNEUR
(Ce 9 avril 1599.)
Monsieur, si Dieu a permis que depuis quelques années j'aye souffert beaucoup de peines et d'ennuis, il m'en a trop en un coup recompensée par l'honneur qu'il vous a pieu me faire par le sieur Erart , de m'asseurer de vostre bonne grâce, bien que je désire, chéris et honnore tant que, si j'eusse pensé que les artificieuses calomnies et mauvais offices de mes ennemys m'eussent laissé aucune voie pour y aspirer, je n'eusse depuis la mort du feu Roy mon frère tant demeuré à rechercher l'honneur de vos commandements, aux quels je vous supplie tres-humblement , monsieur, de croire que je rendray tousjours l'obéissance que j'y dois, estant mon principal but, après l'honneur et service que je dois à Dieu, que de vous complaire et tesmongner par tous effects qu'il n'y a rien au monde qui désire tant vostre accroissement et l'asseuré establissement de Aostre grandeur que moy, qui le prefereray tousjours à ma gloire et à mon contentement , de quoy il me restera assez, pourveu que l'heur de vostre amitié me soit conservé , et la protection et
' C'était le divorce.
support qu'il vous plaist me promettre, de quoy faisant estât, sous l'asseurance qu'il vous plaist que j'en prenne, j'ay balle suivant vostre commandement un mémoire au dit Erart, au quel je me suis retranchée et acommodée, autant que j'ay peu, à la nécessité où ce misérable temps réduit nos affaires, des quelles je désire tant la prospérité que la plus grande affliction depuis toutes mes aversités a esté de me congnoistre si misérable que je fusse, en cette saison, l'ung des obstacles de vostre establissement , ce qui m'eust conviée il y a longtemps ( si je n'eusse craint que , par le malheur qui m'accompagne et l'ennuy de mes ennemys qui veillent tousjours à me nuire, mon zèle et bonne intention ne fust interprétée au contraire ) , de vous proposer le moyen que j'estimois propre pour lever cet empeschement au contentement universel d'ung chascun , que je loue Dieu, monsieur, avoir mis en vostre voulonté; et le supplie conduire le tout à sa gloire, et qu'il vous rende glorieux de toutes les couronnes que vostre vertu et valeur mérite , me donnant l'heur de vous tesmoingner la tres-humble affection et fidélité de vostre tres-humble et tres-obeissante servante et subjecte, Marguerite.
P. S. Monsieur, si je n'estois certaine que vous savez que la pluspart de ceux qui ont esté emploies près de moi en mes affaires , contrefont mon escrilure tellement que n'y seroit trouvé différence , je resterois en extresme peine des lettres que Herart m'a dit que l'on m'a supposées ; mais j'espère tant en Dieu, qu'il vous fera recongnoistre l'artifice dételles calomnies, qui sont inventées de personnes qui ne désirent
moins vostre mal que le mien ; je vous supplie donc treshumbleraent , Monsieur, n'y ajouter foi , et vous assure de ma tres-humble affection.
[AiUogr.—'Coa. Dupuy, t. 217, fol. 29.]
A MONSIEUR DE SCLLY*.
(A Usson, ce 29 juillet 1599.)
Mon cousin , je commence à prendre bonne espérance de mes affaires, puisque j'ay tant d'heur que vous les voulez prendre en vostre protection comme vos lettres m'en asseurent. J'en désire l'advancement avec bon succez, pour advancer le contentement du Roy et celuj de tous les bons François , que vous m'escrivez désirer si ardemment de veoir des enfants légitimes au Roy qui luy puissent, sans dispute, succéder à cette couronne qu'il a retirée de ruyne et de dissipation avec tant de labeurs et périls. Que si j'ay cidevant usé de longueurs et interposé des doutes et diffi-
' A l'époque où cette lettre fut écrite, Gabrielle était morte depuis quatre mois environ , à la grande douleur du bon Henri , à la grande satisfaction d'une foule de personnages , et notamment de la Reine, de Sully et du Pape; de la Reine, qui était délivrée par là d'une rivale détestée ; de Sully, qui pouvait enûn réaliser sans obstacle son projet de demarier et de remarier le Roi ; du Pape , qui était vivement sollicité et même obsédé par Sillery et d'Ossat , et qui refusait son consentement au divorce de Heuri IV et à son mariage avec Gabrielle. Plus les désirs de Henri étaient pressants, plus les refus de la cour de Rome étaient obstinés. On alléguait et la disproportion de rang entre le Roi et sa maîtresse, et le défaut de consentement de la Reine, qui n'était pas étrangère à ce qui se passait à Rome. La mort inattendue de Gabrielle aplanit toutes les difficultés, et eut pour premier résidtat le consentement presque spontané de Marguerite au divorce. La lettre que nous donnons ici témoigne de sa satisfaction et de son empressement.
cultez, vous en sçavez aussy bien les causes que nul aultre, ne voullant veoir en ma place une telle descriée bagasce ', que j'estimois subject incligne de la posséder, ny capable de faire jouir la France des fruicts par elle desirez. Mais maintenant que les choses sont changées par un bénéfice du ciel, et que je ne double nullement de la prudence du Roy et du sage conseil de ses bons servicteurs pour faire une bonne élection, lorsque je la verray faire une seureté à mes affaires, h mes titres et à ma condition et forme de vivre (car je veux achever le reste de mes jours en repos de corps et tranquillité d'esprit; en quoy le Roy et vous pouvez tout), je m'accoramoderay à tout ce qui sera convenable et que vous-même me conseillerez. Surtout asseurez-moy ma pension et l'argent pour payer mes créanciers, afin qu'ils ne me tourmentent plus, ainsy que j'ay donné charge à monsieur Langlois de vous le requérir en mon nom , et vous m'obligerez à le recongnoistre en tout ce qui dépendra de moy. Prenez-en donc assem-ance , et me tenez pour vostre plus affectionnée et fidelle cousine, Marguerite.
[Mémoires de Sully, t. I, p. 537.]
' Bagasce. L'abbé Mongez assure que n ce mot, ainsi que celui de garce, n'était pas déshonnête dans ce temps-là. » C'est ce qui paraît fort douteux. Le même auteur fait dériver ce mot de l'allemand bag (femme de mauvaise vie), ce qui est plus vraisemblable. C'est une expression qui est encore en usage dans les patois du midi de la France. Quoi qu'il en soit, il est curieux de comparer ce passage avec la lettre écrite deux ans auparavant par la Reine à cette descrie'e bagasce, dont elle implorait alors la protection et vantait la belle bouche. ( Voyez ci-dessus , p. 526. )
AU ROY MON SEIGNEUR '
( D'Usson, ce l*""" d'octobre 1599.)
Monseigneur, je n'eusse jamais pensé que mon ame tant nourrie de tristesse eust esté capable de ressentir tant de joie comme j'en ai reçeu par la lettre dont il vous a pieu m'honorer. J'estois, monseigneur, paravant de devoir et de voulonté desdiée à vostre service; maintenant, je m'y reconnois par une si estroite obligation liée, que je vous supplie tres-humblement de croire que rien au monde ne vous est voué avec tant de subjection , d'obéissance et de fidélité que ma voulonté, qui n'aura jamais autre but que de vous complaire. Que si mon tres-humble service se pouvoit rendre aussi utile à l'avancement de vostre désir et establissement de vostre grandeur, comme il y est plein de desvotion et de zelle, vostre félicité, monseigneur, seroit par sa perfection autant enviée que la
' « La mort de la duchesse de Beaufort ayant fait cesser les difficultez que plusieurs avoient faites de parler au Roy de se vouloir marier, peu de gens de bien voulants parler en faveur d'elle , et tous craignans d'attirer sa malveillance sur eux en parlant pour une autre, chacun commença lors d'en presser le Roy ouvertement ; le parlement en corps par la bouche de son procureur gênerai et plusieurs autres corps et compagnies luy en firent des remonstrances.... Et d'autant que la Reine , duchesse de Vallois estoit celle qui pouvoit le plus advancer ou retarder un si bon œuvre.... le Roy luy escrivit une lettre de complimens et civilitez, et pour fin disoit luy avoir bien voulu donner advis des grandes instances qui luy esîoient faites. » {Mémoires de Sully, t. I, p. 536. ) — La lettre que nous donnons ici est la réponse de Marguerite au Roi.
gloire de vos victoires , ra'estimant trop récompensée , ( bien que le bien que j'abandonne, pour le seul respect de vostre mérite, ne se puisse estimer) del'asseurance qu'il vous plail me donner de vostre bonne grâce et de vostre protection, sans les ([uelles je hairois ma vie^ et avec les quelles je la tiendrai heureuse , pourveu qu'elle se rende utile à servir à cette seule fin où seulleraent, après le service de Dieu, je la consacre. Guidée de cette mesme intention , je m'emploieray , monseigneur, au commandement qu'il vous a pieu, par la lettre de monsieur Erart, me faire, comme par celle que je luy escris , de peur de vous estre par ceste-cy trop importune, je lui discours le moyen qu'il me semble y falloir tenir , où je vous supplie tres-humblement de croire que j'y procederay avec plus d'affection que si c'estoit pour l'acquisition du repos de ma vie, qui est, après l'honneur de vostre amitié, mon plus grand souhait; et bien que je sache qu'y pouvez estre servi d'autres personnes plus capables , j'oseray bien dire, monseigneur, que nul n'en désirera l'accomplissement tant que moy , comme j'espère que mes effets le vous tesmongneront, et non seulement en ce, mais en tout ce qu'il vous plaira m'honorer de vos commandements, vous rendant tres-humbles grâces du bien qu'il vous plait me faire, m ayant accordé ce que je vous requerois par le mémoire que j'avois balle au sieur Ei^art. Je prendray la hardiesse, monseigneur, seur l'asseurance de la faveur qu'il vous plait me promettre, de vous supplier tres-humblement m'accorder ma pension, telle que je l'ai toujours eue des rois mes
frères, ce retranchement qui s'y fait, la remettant à douze raille escus, n'est que de quatre mille six cents escus, qui est peu de chose pour vous, mais beaucoup pour moi , qui, diminuant mon revenu de vingt mille escus par les terres de Picardie qui vous retournent, n'aurois moyen d'entretenir mon train en la qualité qu'il a pieu à Dieu me faire naitre, et en laquelle il vous plait m'asseurer me vouloir maintenir, comme je vous en supplie tres-humblement, et de me permettre, monseigneur, de vous baiser tres-humblement les mains , priant Dieu , monseigneur, vous donner parfaite gloire et félicité. Vostre tres-humble et tresobeissante servante , femme et subjecte ,
Marguerite.
[Âtttogr. — Coll. Dupuy, t. 21 T, fol. 24. ]
A MONSIEUR DU PLESSIS '
(Ce 21 octobre 1599.)
Monsieur Duplessis, ayant le contentement du Roy non moins cher que le mien propre, j'ay loué Dieu
■ Par un bref du 24 septembre iSgg, Clément VIII avait délégué le cardinal de Joyeuse , l'évêque de Modène, son nonce en France , et Horatio del Monte, archevêque d'Albe , pour juger la question du divorce. La bulle fut ouverte le i5 octobre suivant, en présence du procureur-général de la Guesle et des deux procureurs de la reine Marguerite, Martin Langlois et Edouard MoIé; et une longue procédure s'ouvrit alors, dont les principales pièces remplissent un volume entier de la collection du président Bouhier (vol. 20). Le Roi et la Reine devaient stibir l'un et l'autre un interrogatoire. Par la lettre ci-dessus, Marguerite exprime le désir d'être interrogée par perwnne.i plus privées que les cardinaux,
que sa majesté eust obtenu de Rome ce qu'il deslroit pour le faict de ma procuration. J'escris à sa majesté pour l'asseurer que la volonté ne me changera jamais au vœu que je luy ay faict d'une entière et parfaicte obéissance, et que s'il reste à cet eifect chose qui despende de moy, que je la supplie tres-humblement croire que j'accompliray tout ce que sa majesté m'ordonnera. Bien desirerois-je , s'il fault que je sois ouye sur ce faict, que ce fustde personne plus privée, mon courage pour vous en parler, comme à mon intime amy, n'estant composé pour supporter si publicquement une telle diminution. Je le fais, je le proteste, ires-volontiers et sans aucun regret, cognoissant que c'est le contentement du Roy, qui m'est devant toute chose, le bien de ce royaume, mon repos, ma liberté et ma seureté; mais l'opinion que j'aurois, que tout ce qui y assisteroit ne seroit de mesme opinion que moy, me seroit une confusion et un desplaisir sy grand, que je sçay Lien que je ne le sçaurois supporter, et craindrois que mes larmes ne tissent juger h ces cardinaulx quelque force ou quelque contraincte, qui nuiroit à l'elFect que le Roy désire. Pour éviter cet accident, il seroit bon de faire que messieurs les commissaires commissent, comme ils le peuvent, monsieur l'archidiacre Bertier', personne qualifiée en
' Le Roi accéda à ce désir de Marguerite; et Dupleix dit avoir appris du chancelier Bertier lui-inême, que le Roi en apprenant le consentement de Marguerite ne put retenir ses larmes, et s'écria : « Ha! « la malheureuse, elle sçait bien que je l'ay tousjours aimée et honorée, « et elle point moy, et que ses mauvais deportemens nous ont fait « séparer il y a longtems l'un de l'aultre. » ( Uuplkix, t. IV, p. 264)
IVglise et syndic du clergé; car cependanl qii'eulx feront a\ec le Roy ce qui est de leur commission , monsieur Bertier viendra icy en poste, et, en hiiicl ou dix jours, il reportera h sa majesté tout ce qu'il faudra ; car, soit par notaire ou de ma main, je ferai tous les actes qu'il plaira au Roy m'ordonner. Vous m'obligerez, autant que sy vous me donniez la vie , de faire que cela se passe ainsy, et c'est le meilleur ; caije sçay bien que mes larmes feroient quelque acte contraire à ce qui est nécessaire. Vous le sçaurez trop mieulx représenter au Roy que cette lettre que J€ désire que sa majesté eust veue, ne luy en ayant osé escrire sy au long. Apres, sur la conclusion, il faudra asseurer tout ce qu'il a pieu au Roy m'accorder; lors je vous importuneray de nouveau, comme le protecteur de mon bien. Je remets donc alors à vous en parler, vous priant croire que ne conserverez jamais personne, qui vous conserve et ait voué tant d'amitié, et qui admire tant vostre vertu que vostre tres-affectionnée et plus fidelle amie , Margu^:rite.
[Coll. Biienne, t. 295, fol. 241.]