‹ Mémoires et lettresChapitre 31 sur 35 · A MONSIEUR DE SULLY · texte numérisé non relu

A MONSIEUR DE SULLY

(D'Usson, ce 19 juillet 1604.)

IMon cousin , vous estes tousjours mon recours, et, après Dieu , l'appuy de qui je fais tousjours le plus d'estat. Ne vous sentez donc, je vous supplie, importuné , si en choses petites aussy bien qu'aux grandes , j'y requiers i'ayde de vostre authorité, et si comme Dieu , qui ne se contente de créer les choses, mais a un perpétuel soin de les conserver, je vous supplie vou-

loir tenir la main à ce que je sente l'effet des biensfaits du Roy, comme je sçay que c'est l'intention de sa majesté, et la "vostre, commandant à monsieur Lefebvre, receveur de Bourdeaux, de payer prompte ment le troisiesme quartier de l'assignation des vingtcinq milles escus de mes créanciers, qu'il leur doit depuis l'autre année, et avoit promis de le payer, il y a un mois, disant l'avoir tout prest; mais depuis, certains brouillons , qui ne tendent qu'à retarder le payement de mes debtes, pour pescher en eau trouble, et mieux faire leur main, lui ont fait changer de langage, s'excusant qu'il a payé d'autres parties, qui estoient après la mienne , et voulant bailler de mauvaises rescriptions sur des receveurs particuliers , de quoi l'on ne seroit jamais payé : je vous supplie m'obliger tant, s'il est à Paris, comme l'on dit qu'il y est cy-devant allé, de luy faire cognoistre que c'est l'intention du Roy et la vostre, que je sois mieux traittée; et s'il n'y est, je vous supplie m'obliger tant, que de luy escrire de bonne ancre, et luy ordonner d'acquitter promptement le susdit troisième quartier.

J'ay aussy à vous requérir pour l'exemption d'Usson, où je ne vous demande rien que de justice; car ce bourg n'est pas de qualité de villes cottizées, qui ont foire et marché. Il vous a esté tesmoigné par les enquestes des lieux circonvoisins et bureau des trésoriers, que le bourg d'Usson n'eut jamais ny foire ny marché, et outre c'est prévenir au préjudice de ma qualité, qu'il a pieu au Roy, par la déclaration de sadite majesté , accorder au lieu de ma demeure , soit

Usson ou \ illers-Coterest , d'estre exempts pendant mon séjour : l'on leur en a desja accordé la moitié; le reste est si peu de chose qu'il ne se monte cent cinquante escus. Je vous supplie m'accorder cette juste demande, et me conserver le bien de vostre amitié, comme à celle qui honore davantage vostre mérite, et qui recherchera avec plus d'affection une digne occasion pour se tesmoigner, mon cousin, etc.

IMémoires de Sully, t. II , p. 464.]

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