A MADAME MA COUSINE , MADAME LA PRINCESSE DE CONDÉ
(D'Usson, ce 17 novembre 1604.)
Ma cousine, tant que je me suis veue inutile à vous servir, j'ay estimé que vostre prudence approuveroit que je ne vous importunasse de mes lettres; mais à cette heure que ce triste subject de la perte de monsieur de La Trimouille, vostre frère, moblip-e à cet office de devoir, vous recevrez, s'il vous plait (en m'en acquittant par ce peu de paroles, pour en consolant n'affliger, où je vous protesteray compatir à vostre ennuy plus que parente que ayez au monde), cette tres-veiitable asseurance ({ue j'ay tousjours gardée vive en mon ame la souvenance de vos mérites et l'affection que je leur voue, avec telle perfection , que le temps si long ni ses cruels accidens n'ont pu la rendi'e capable de diminution. Que je soie si heureuse que ces vérités s'impriment pour tousjours en vous, comme en moy elles s'y conserveront immortelles pour vous en rendre les elfects, lorsqu'il vous plaira vous servir de moy, qui vous baise les
mains , désirant pour jamais estre reconnue de vous pour vostre tres-affectionnée et tres-fidelle cousine h A DUS servir, Marguerite.
[Antoyr. — Coll. Dupuy, t. 217, fol. 94.]
AD ROY MON SEIGNEUR ET FRERE
(lyUsson, ce 21 novembre 1604.)
Monseigneur, bien que, sous la faveur de vostre majesté, j'aye tousj ours creu pouvoir tout entreprendre de juste et raisonnable comme le restablissement en mon bien , que insolemment m'usurpoit Charles M% que je ne nomme plus neveu, puisqu'il s'est montré ennemi de vostre majesté ' , ne tenant pour parens ou amis que ceux qui sont affectionnés à vostre majesté, la crainte neantmoins de sa malice, et le pouvoir qu'il avoit en cette province, m'a tousjours fait retarder de poursuivre la possession du bien de la feue Royne ma mère , qui m'est justement acquis par la substitution de son contrat de mariage ', qu'il a pieu à vostre majesté me faire recouvrer, obligation très-grande que je luy ay entre un milion d'autres; mais voyant, à cette heure, qu'il sera tres-aisé, avec
' La veille du jour où Marguerite écrivait cette lettre, Charles de Valois , comte d'Auvergne , ayant été « arresté prisonnier par le sieur de Nérestan, en Auvergne, qui s'en saisit par un brave et subtil stratagème, fut amené à la Bastille. » (Lestoile, Journal de Henri IV, 1604. )
» Le comte d'Auvergne était détenteur de ces biens, qu'il avait reçus d'Henri 111 à titre de donation. Tant qu'il avait eu quelque puissance, Marguerite n'avait osé l'attaquer; on voit qu'elle ne perdit pas de temps, après sa disgrâce, pour commencer les poursuites.
l'arrest de la cour en ma faveur, qui ne peut estre desnié à un droit si clair que le mien, accompagné ledit arrest du commandement de vostre majesté à ceux qu'il a mis dans les places, niches à perturbateurs de vostre estât, de les en tirer, lesquelles, si vostre majesté le trouve bon, je désire faire soudain raser, je me suis résolue commencer la poursuite de ce procès, où je supplie tres-humblement vostre majesté commander à mes juges qu'ils m'y fassent prompte et bonne justice; car mon droit est si clair, ne consistant qu'en cette seule pièce du contract de mariage de la Royne ma mère : or, il ne faut que des yeux pour conoistre qu'elle ne pouvoit disposer de son bien ni aussy peu le feu Roy mon frère, dernier mort, sur la donation duquel ce perdu s'appuie, la substitution ne finissant pas à luy, et venant des fils aux filles. Je supplie donc encore très - humblement vostre majesté de commander à messieurs les présidents et procureurs et avocats de vostre majesté de m'y faire prompte et bonne justice, et, s'il luy plait me tant honorer, que monsieur de La Varenne aille à tous mes juges leur faire ce commandement de la part de vostre majesté d'oster ces places fortes à ce meschant homme et à ses enfans, qui peut estre seront un jour semblables à luy, et donneront autant de peine à messieurs vos enfans que le père luy en a donné. Il y a quatre chasteaux, Mercurol , Iboi , Crains et Busen, qui sont presque aussy forts que cestui-cy, où les capitaines ne savent d'autre chose que de manger le revenu , qui est fort petit. A moy qui n'en veux que le revenu,
estant à cette heure sur le mesiiage, comme mon aage le porte, il me sera aussy utile que nécessaire au service de vostre majesté de les faire abattre, ce que je feray soudain que par un arrest accompagné de l'autorité de vostre majesté j'en seray en possession, et tiendray ce bien de vostre majesté, après Dieu, comme tout celuy que j'ay au monde, pour luy desdier et ma vie et mon tres-humble service, et tout ce qui deppendra jamais de moy , de mesme affection que je prie Dieu continuellement pour la tres-heureuse et trèslongue vie de vostre majesté. Vostre tres-humble et tres-obeyssante servante, soeur etsubjecte',
Marguerite.
[Aiuogr. " Coll. Dupuy, t. 217, fol. 91.]
AU ROY MON SEIGNEUR ET FRERE
(D'Usson, ce 30 janvier 1606.)
Monseigneur, par un million de grâces, je n'en puis assez rendre h vostre majesté de la faveur qu'il luy plait me promettre en la juste poursuite de mon procès pour la succession de la Roy ne ma mère. Vous faites, monseigneur, pour vostre créature, qui , après Dieu, reconoissant tout son bien venir de vostre majesté, desdie aussy tout à ce qui est de vostre majesté, qui est monsieur le Dauphin % espérant estre bien-
■ Marguerite avait adressé, la veille, à Sully, une autre lettre pour le même objet et presque dans les mêmes termes. (Voyez les Mémoires de Sullj-, t. II, p. 465.)
' Lorsque Marguerite eut gagné son procès contre le comte d'Auvergne , elle disposa en effet des biens qu'elle recouvrait en faveur du Roi et du Dauphin.
tost à Villers-Cottret, où je m'achemineray , Dieu aidant , soudain que je seray un peu remise des grandes et violentes maladies que j'ay eues toute l'année passée , pour luy ofirir tout ce qui despend de moy, comme plus particulièrement monsieur de Rosny à qui j'en cscris le fera entendre à vostre majesté, de la proximité de laquelle je tire toute la gloire de mon estre, et à qui , par ce debvoir et les très-grandes obligations et bienfaicts que j'ay reçus de sa majesté, je me reconnois non moins obligée à tel effect que ma volonté y a tousjours esté portée, et de prier Dieu, monseigneur, qu'il donne à vostre majesté tres-heuieuse et très-longue vie , et à moy l'honneur de ses bonnes grâces, comme à vostre très -humble et tres-obeyssante servante, sœur et subjecte, Marguerite.
{Autogr.-~'Co\[. Dupuy, t. 217, fol. 101.]
AU ROY MON SEIGNEUR ET FRERE
(D'Usson,ce 12 mai 1605.)
Monseigneur, ayant veu une lettre qu'il a pieu à vostre majesté d'escrire à monsieur de Rieux sur le subject de la poursuite qu'il fesoit pour recouvrer ce qui avoit esté levé du marc d'or sur les officiers de mes terres, je luy ay soudain escrit de la cesser, suppliant tres-humblement vostre majesté de croire que j'affectionne taiit ce qui est de son plaisir et contentement, que j'y voudrois plustost contribuer qu'en diminuer les moyens. Je fesois cette poursuite, pensant en retirer quelque chose pour m'aider aux frais de mon esquipage pour mon voyage de France. Il s'offre une
autre occasion , s'il plait à vostre majesté , qui me pourra servir au mesme effect sans incommoder vostre majesté, qui est pour quelque hérédité de notaires de mes terres où j'ay la moitié, s'il plaist à vostre majesté me donner la sienne, comme monsieur de Rieux luy fera entendre : de quoy je la supplie tres-humblement et d'avoir agréable, à cette heure que ma maison de Boulogne n'est plus nécessaire aux feseurs de soie ' , qu'elle me soit remise; l'air de cette demeure m' estant plus sain que celuy de Villers-Cottret, lequel, monseigneur, comme tout ce qui est à moy, est à vostre majesté, et luy sera plus propre pour la chasse. S'il luy plaist donc me la faire remettre, je la feray meubler et accommoder, et m'y rendray , Dieu aidant, avant que le mois de septembre passe, pour y recevoir les commandemens de vostre majesté, et luy offrir, pour tesmongnage de ma fidélité, tout ce que peut prétendre et posséder vostre tres-humble et tresobeyssante servante, sœur et subjecte, Marguerite.
[Autogr. —Coll. Dupuy, t. 217, fol. 89.]
AU ROY MON SEIGNEUR ET FRERE
(D'Artenay, ce .... juillet 1605.)
Monseigneur, j'ay faict parler à monsieur de Rosny le gentilhomme qui m'avoit donné l'avis qui estoit si précipité, disant que le mal en debvoit esclater dans le mois d'aoust, que j'eusse esté indigne de tant d'hon-
' Voyez ci-dessus, p. 549, ^^ lettre où il est question de l'établissement d'un ménage de soie dans cette maison.
iieur et de bien que je reçois de vostre majesté, si promptement je ne luy eusse faict entendre '. Il \ouloit le dire à vostre majesté en ma présence, pour obtenir d'elle, par mon moyen, que ses parens qu'il n'eust voulu mettre en peine n'en pastissent. L'ayant considéré, monsieur de Rosny, monsieur de La ^ arenne et moy, nous croions que la promesse que cet ingrat leur faict de se rendre dans le mois d'aoust en sa maison pour effectuer leur entreprise, n'est que pour embarquer les plus fous; et ne pouvons croyre qu il se veuille jamais bazarder à tel retour. Toutesfois vostre majesté en jugera trop mieulx; mon debvoir ne perinettoit que je le luy peusse taire. Je vais, avec la permission de vostre majesté, en ma maison de Boulongne , pour y faire ma demeure en l'obeyssance de ses commandemens , et, lorsqu'il plaira à sa majesté, je presenteray à monsieur le Dauphin ce que je luy ay desdié, ainsy que plus particulièrement je l'ay discouru à monsieur de Rosny. J'ay laissé vostre chasteau d'Usson en seure î»arde entre les mains d'un vieux gentilhomme , mon maistre d'hostel , de tous mes Suisses et soldats qui m'y ont servie, le temps qu'il a pieu à Dieu que j'y aye esté; et j'ay laissé aussy madame de Aermont, pour les tenir tous sollicités de leur deb-
' Résolue de quitter Usson et de revenir à Paris, mais ciaignant que le Roi ne s'opposât à ce voyage, Marguerite était partie secrètement d'Auvergne. Ce fut pendant la route qu'elle écrivit cette lettie à Henri lY, ponr l'instruire des manœuvres que faisaient dans le Quercy et le Limousin les partisans du duc de Bouillon. — Yovez sur ce point, sur les révélations delà reine Marguerite et sur son retour, les Mémoires de Sully, p. 585 et suiv.
voir. C'est une place d'importance : j'ay pris asseurance d'eulx de n'y laisser entrer personne qu'ils ne vissent homme de la part de vostre majesté, accompagné de lettres scellées de son sceau. Il seroit nécessaire que vostre majesté y pourveust promptement de quelque personne qui luy soit fidelle '. Je l'ay eu de vostre majesté, je le luy rends; c'est une place qui ruineroit tout le pays, si elle estoit en mauvaises mains; je supplie donc tres-humblement vostre majesté d'y pourveoir promptement, et de croire que mes ambitions, après l'honneur des bonnes grâces de vos majestez, sont bornées h Boulongne; l'habitude que j'ay faicte d'aimer le repos en un séjour de dix-neuf ans, ne me permettant , ayant trouvé une demeure en bel air comme Boulongne, de désirer autre changement, tresheureuse qu'elle soit en lieu où mes actions puissent estre recogneues, qui ne tendirent jamais qu'à honorer et servir vostre majesté comme la plus obligée et fidelle de ses créatures, qui, après luy avoir tres-humblement baisé les mains, prie Dieu, monseigneur, luy donner très -heureuse et très-longue vie. Vostre tre^humble et tres-obeyssantc servante, sœur et subjecte,
Marguerite.
[Autofjr. —-CoW. Dupuy, t. 217, fol. 96,]
AU ROY MON SEIGNEUR ET FRERE
( D'Etampes, ce 15 juillet.)
Monseigneur, bien que j'eusse résolu, pour n'importuner vos majestez, d'attendre à leur despescher,
' Voyez, dans les Me/noires de S>.t//j, t. II, p. Sgô, une lettre de Henri IV à ce sujet.
pour m'acquitter de mon debvoir, que je feusse à Boulongne , monsieur de La Varenne m'ayant escrlt que Toslre majesté vouloit parler aux geiiti!z-hommes qu'il a nommés, j'ay soudain faict partir le sieur de Rodelle pour aller recevoir ses commandemens. Je les eusse envoyés tous deux , sans l'occasion que ledit Rodelle fera entendre à vostre majesté. Que si elle trouve que l'autre luy soit nécessaire, je le luy envoieray soudain, desdiant et moy et tout ce qui en despend à l'obeyssaiice et tres-humble service de ses commandemens, comme sa plus obligée créature et plus zélée au service de sa majesté, qui, après luy avoir tres-humblement baisé les mains, prie Dieu, monseigneur, donner à vostre majesté tres-heureuse et trèslongue vie. Vostre tres-humble et tres-obeyssante servante , sœur et subjecte , Marguerite.
P. S. Monseigneur, je supplie tres-humblement vostre majesté aviser à Usson. Si j'osois prendre tant de hardiesse, je luy dirois que j'ay appris que sa majesté avoit eu quelque voulonté de mettre ce misérable qui est à la Bastille , ennemi du repos, mais plus de soj-mesme, à Amboise '. Si vostre majesté en vouloit tirer le Gas , elle pourroit bailler audict Gas Usson pour sa seureté , qui est la plus forte place de France.
[Autogr. — Coll. Dupuy, t. 217, fol. 150. ]
AU ROY MON SEIGNEUR ET FRERE
(D'Etampes, ce 18 juillet 1605.)
Monseigneur, c'est trop honorer ce qui est tout à vostre majesté, et rendre sans mérite tous les services
' Charles de "Valois , comte d'Auvergne.
de ma tres-humble servitude, surpassant, par l'honneur et faveur qu'il luy a pieu me faire par M. de Roquelaure, tout ce que je pouvois jamais offrir et desdier à vostre majesté, à qui j'ay voué et voue de nouveau tout ce que vostre majesté doit attendre de la plus obligée et tres-humble servante, qui plaint la peine qu'elle a donnée à cet honneste homme mon ancien ami, bien que ce m'ait esté un double contentement d'avoir receu cet honneur par luy. Je m'advanceray demain le plus avant que je pourray pour donner moings de peine à monsieur de Vendosrae ' , qu'entre tout ce qui est né de vostre majesté à qui je dois service j'atfectionneray et j'honoreray tousjours d'une affection particulière. Je ne mérite point, monseigneur, que vostre majesté luy donne cette peine, que je recevray à non moings de contentement que d'honneur, en ressentant une telle joie et obligation à vostre majesté, que, si je possedois cent vies, je les voudrois sacrifier pour me tesmongner vostre treshumble et tres-obeyssante servante, soeur et subjecte,
Marguerite.
[4«/osfr. — Coll. Dupuy, t. 217, fol. 90. ]
AU ROY MON SEIGNEUR ET FRERE
Monseigneur, j'ay esté priée par le fils de ce mise-
• l.e Koi envoya recevoir Marguerite à Madrid par le duc de Vendosnie. S'il faut en croire Dupleix, il envoya aussi au devant d'elle le sieur de Cbamvallon , « lequel elle avoit autrefois plus aimé qu'elle ne dcvoit, de sorte que l'on estimoit cet accueil honteux à une si grande princesse. » (Dupleix, t. IV, p. 567.)
rable Calverac, qui a esté desfaict à Limoges ', de supplier Ires-humblement vostre majesté le faire ressentir de sa naturelle bonté, en luy accordant la confiscation de son père, qui apporteroit peu de profict à un autre, d'autant que le bien luy est en partie substitué et en partie acquis à sa femme, ainsy que Saincte-Colombe, présent porteur, le fera entendre à vostre majesté, qui obligera infiniment le bon homme monsieur de Marin et tous les siens de luy accorder cette tres-humble requeste , estant ledict Calverac son neveu. Je participeray , monseigneur, à cette grâce, que vostre majesté n'accordera jamais à personne qui luy ait voué son tres-humble service avec tant d'affection et fidélité, et qui prie Dieu pour la conservation et très-longue vie de vostre majesté avec tant de dévotion que vostre tres-humble et tres-obeyssante servante, soeur et subjecte, Marguerite.
P. S. Je suis, suivant ce que je prorais à vostre majesté, à ma maison de Paris , mais ne l'ayant trouvée encore logeable , je suis contrainte m'en retourner à Boulongne jusqu'après les festes , temps qui me sera fort long. [ iMfogr. — Coll. Dupuy, t. 217, fol. 183.]
AU ROY MON SEIGNEUR ET FRERE
(De Boulogne, 20 juillet ^ 1605.)
IMonseigneur, toutes paroles sont au dessous de ce
■ Desfaict à Limoges, c'est-à-dire mis a mort pour avoir trempé dans la conspiration qui compromit le duc de Bouillon. —Voyez, sur l'exécution qui eut lien à Limoges, Dupleix, t. IV, p. 565.
' Ce ne fut que le mois suivant que Marguerite vint à Paris. « En
que je ressens de l'honneur dont il a pieu à vostre majesté m'honorer par monsieur de Vendosme, digne effect d'une royale naissance, tant en corps parfaict en beauté qu'en l'esprit qui surpasse son aage. Je crois, monseigneur, que Dieu l'a donné à vostre majesté pour en recevoir quelque grand service et contentement. Je n'eus jamais plus agréable ravissement que l'admiration de la merveille de cette enfance toute prudente et pleine de sérieux discours. C'est à la vérité une royale production digne de vostre majesté, qui ne faict rien d'animé ou inanimé qui ne surpasse l'ordinaire , comme ces beaux bastiments que j'ay veus passant l'eau , et comme l'honneur dont il luy plait combler ceux qu'il luy plait rendre dignes de sa fa-
ce mois, la venue de la Royne Marguerite à Paris, où on ne l'avoit vue depuis vingt-quatre ou vingt-cinq ans , et son an-ivée à la cour, tant soudaine et précipitée qu'il sembloit qu'elle n'y dût jamais être assez à temps , réveillèrent les esprits curieux , et fournirent d'ample matière de discours à toute sorte de personnes.
«Elle prit son logis à Paris en l'hôtel de Sens, joignant VAve- Maria,..,.
« On disoit qu'à son arrivée le Roy l'avoit requise de deux choses : l'une, que pour mieux pourvoir à sa santé, elle ne fît plus comme elle avoit de coutume, la nuit du jour et le jour de la nuit ; l'autre, qu'elle restreignît ses libéralités et devînt un peu ménagère. Du premier, elle promit au Roy d'y apporter ce qu'elle pourroit pour contenter sa majesté, encore qu'il lui fût fort malaisé, pour la longue habitude et nourriture qu'elle en avoit prise; mais qu'au regard de l'autre, il lui étoit du tout impossible , ne pouvant jamais vivre autrement , et tenant ceUe libéralité de race , comme à la vérité , du côté de sa mère, les Médicis ont été tous notés de prodigalités démesurées; et si pour cela n'en ont pas été estimés plus gens de bien. « (Lestoile, Journal de Henri IV, août i6o5. )
veur. Je l'esprouve aujourd'hui, n'en pouvant rendre assez de tres-humbles grâces à vostre majesté, n'ayant rien en moy ni de moy qui puisse esgaler l'obligation d'ung tel honneur qui me croistra, non l'alFection tres-humble et fidelle à son service, l'ayant de longtemps mise à son période, mais le courage de m'en rendre digne pour me faire en toutes les actions de ma vie parolstre vostre tres-humble et tres-obeyssante servante, soeur et subjecte, Marguerite.
P. S. En l'honneur que j'ay receu , monseigneur, j'ay eu extresme la précaution que la tournée que faisoit ce petit ange tout délicat ne luy fist mal , et l'ay importunement supplié de ne passer Paris, et aussj certes cela ne se debvoit pas, et s'en est pensé trouver mal. \ostre majesté me pardonne, si j'ose luy dire qu'il en faut avoir plus de soin. [Autogr. — Coll. Dupuy, t. 217, fol. 92.]
AU ROY MON SEIGNEUR ET FRERE
(De Bonneval, ce 25 d'octobre 1605.)
Monseigneur, l'honneur que vostre majesté m'a faict a esté suffisant de me relever des traits de la mort. Je m'estois acheminée pour accomplir mes vœux venant de Choisy. J'y pris à mon [arrivée] la dyssenterie , si cruelle qu'elle m'a arrestée quatorze jours en ce lieu ' , où le sieur Dujou vous dira le miracle que
' « Plusieurs étranges et diverses maladies régnèrent à Paris en cette saison , et avec l'éclipsé qui advint le 1 2 de ce mois , éclipsèrent beaucoup de personnes, qui depuis n'ont été vues. Les dyssenteries surtout furent dangereuses et mortelles à ceux qui s'en trouvèrent
l'honneur de vostre souvenance a faict en moy, m'ayant donné la force à la première sortie du lict de faire une allée de mille pas. Dieu m'a conservé la vie pour rendre tres-humbles services à vostre majesté; car je ne la chéris que pour cela , louant Dieu de l'heureux succes du voyage de vostre majesté , et le suppliant luy donner en santé ' car j'y mets h cette heure le souverain bien), tres-hemeuse et très-longue vie, et à moy l'honneur de ses bonnes grâces, comme à vostre treshumble et tres-obeyssante servante, soeur et subjecte,
Marguerite.
P. S. Mon mal m'a empeschée de despescher Rodelle à voslre majesté; je le despescheray , Dieu aidant, de Chartres.
[Autogr. — CoW. Dupuy, t. 217, fol. 66. ]
AU ROY MON SEIGNEUR ET FRERE
(De Chartres, ce 29 d'octobre 1605.)
Monseigneur, vostre majesté entendra par Rodelle l'occasion de son retardement; je la supplie tres-humblement me pardonner si je l'ay trop retenu; j'attendois tousjours de la force pour luy pouvoir escrire de ma main, ce qu'ayant pensé pouvoir faire icy, la journée que je fis, après avoir faict responce k vostre majesté par Dujou, me remit si bas, que je n'ay pu satisfaire k cet agréable debvoir jusqu'à cette heure, ce qui m'a donné une impatience extresme, pour le désir que j'ay d'entendre des nouvelles du bon estât de vostre
atteints, et plus ailleurs qu'à Paris, car il en réchappoit fort peu. » ( Lestoile , Journal de Henri IF, octobre i6o5. )
majesté , pour la peine en quoy Diijou me laissa , m'ayant dict qu'elle s'estoit quelques jours ressentie de ce mauvais mal, de quoy je supplie Dieu garantir sa majesté, et luy donner tres-heureuse et très-longue vie, et à moy l'honneur de ses bonnes grâces. Vostre tres-humble et tres-obeyssante servante, sœur etsubjecte, Marguerite.
[ Autogr. — Coll. Dupuy, t. 217 , fol. 67 . ]
AU ROY MON SEIGNEUR ET FRERE
( De Boulongne, 14 décembre 1605.)
Monseigneur, comme toutes mes actions prennent loi des voulontés de vostre majesté, je la supplieray tres-humblement m'ordonner ce qu'il luy plait que je fasse à l'importunité de l'ambassadeur de l'archiduc, qui sans cesse, depuis quatre mois, demande la responce de la lettre qu'il me bailla de l'Infante, que je mis entre les mains de monsieur le garde-sceaux. Hier il m'envoia son secrétaire pour me demander audience; me doutant que c'estoit pour cela, je le remis quand je serois à Paris pour avoir temps d'en advertir vostre majesté. Le subject de la lettre étoit de la succession de la Royne ma mère, que je suis curieuse de conserver seullement pour monsieur le Dauphin, comme tout ce que j'ay au monde. Commandezmoy donc comme il plait à vostre majesté que j'en use; car je ne me soucie ni de parens ni de rien qui soit au monde, pourveu que j'aye l'honneur des bonnes grâces de vos majestez, et que Dieu me fasse celle que tousjours je luy requiers, de nous conserver la vie
de vostre majesté à très-longues années, tres-heureux et content, et raoy reconnue pour vostre tres-humble et tres-obeyssante servante, sœur et subjecte,
Marguerite.
P. S. J'ay estimé, monseigneur, debvoir pour ce subject envoier monsieur le comte de Choisy, craingnant que vos belles allées eussent trop retardé la responce de ma lettre, [Aiitogr. — Coll. Dupuy, t. 217, fol. 65.]
A MONSIEUR DE L0MEN1E
( De Paris, ce 25 mars 1606. )
Monsieur de Lomenie, j'ay receu par Rodelle toutes les lettres et expéditions de quoy je vous avois escrlt; je vous en ressens une obligation si particulière et si grande, que je vous prie croire que jamais personne ne le pourra davantage ressentir, et que je m'en revancheray en tout ce qui despendra jamais de moy. J'ay encore infiniment besoin que le Roy escri ve à monsieur de Rosny qu'il escrive à messieurs du parlement de Rouen , pour leur confirmer que c'est l'intention du Roy; car cela les en assure plus que toute autre chose; et monsieur de Rosny m'a dictque quand il leur escrit, c'est que le Roy luy commande et qu'il le fera soudain que le Roy luy aura commandé. Je vous prie donc en faire la lettre bonne de la main du Roy, et joindre encore cette obligation aux très-grandes que je vous ay. Vostre tres-affectionnée et plus fidelle amye ,
Marguerite.
[Autoyr. — Coll. Dupuy, t. 217, fol. 100.]
A MONSIEUR DE LOMENIE
(De Paris, ce 3 avril 1606.)
Monsieur de Lomenie, je renvoie ce porteur pour scavoir des nouvelles du Rov et la certitude de l'heur de sa bonne fortune, à fin d'en rendre grâces à Dieu, comme celle de toutes ses servantes qui désire avec plus de passion l'accroissement de sa grandeur et trèslongue vie. Je vous prie m'obliger tant de faire que sa majesté dise à monsieur de Sully de me bailler les lettres pour Rouen qui me sont nécessaires , car cette cour prend aux lettres de monsieur de Sully une fort grande créance de l'intention du Roy. Je vous en auray une extresme obligation, et m'en revancheray en tout ce que je seray propre à vous servir et me faire paroistre vostre tres-alFectionnée et plus fidelle amye ,
Marguerite.
[Autogr. — Coll. Dupuy, t. 217, fol. 105.1
AU ROY MON SEIGNEUR ET FRERE
(5 avril 1606.)
Monseigneur, un courrier de vostre majesté apporta hier une si bonne nouvelle, asseurant que Sedan estoit en la puissance de vostre majesté ', qui resjouit tous vos serviteurs, et raoy plus que tout autre; mais ne pouvant croire que vostre majesté eust voulu que vostre tres-humble servante n'eust participé à cette
' «c Le mardi 4 avril furent apportées les nouvelles à Paris de la réduction de la ville de Sedan, et accord du duc de Bouillon.)) (Lestoile, Journal de Henri IF, avril i6o6. )
joye, j'ay attendu à en rendre grâces à Dieu que vostre majesté me commande. Nous luy en devons, ce me semble, doublepient : et pour avoir donné la place et l'obeyssance qui est deue à vostre majesté, et pour luy avoir donné promptement; car vostre majesté peut dire comme César : «Je suis venu, j'ay veu, j'ay vaincu '. » Je prie Dieu de tout mon cœur continuer ses bonnes fortunes à vostre majesté, et le rendre le plus grand prince de la terre, h très-longues et heureuses années, et l'honneur de vos bonnes grâces à vostre très -humble et tres-obeyssante servante, soeur et subjecte, Marguerite.
[Autogr. '—CoW. Dupuy, t. 217, fol. 149.]
AU ROY MON SEIGNEUR ET FRERE
(6 avril 1606.)
Monseigneur, si les prières de vos servantes sont ouïes de Dieu, je m'oseray persuader la bonne nouvelle qui court depuis hier % que toutes choses contraires ayant cédé à vostre bonne fortune , monsieur de Bouillon se mettant à son debvoir, que nous aurons l'honneur de revoir icy bientost vostre majesté. Je me le suis laissé aisément persuader pour le désir que j'en ay, souhaitant infiniment d'en eslre certaine. J'en-
' C'est en effet ce que dit Henri IV, dans une lettre adressée à la princesse d'Orange, qui était alors à Paris. « Ma cousine, je dirai, « comme fit César, veni, vidi , vici , ou comme la chanson : Trois u jours durèrent mes amours, et se finirent en trois jours , tantj'étois « amoureux de Sedan ! » ( Lkstoile, Journal de Henri IV, avril i6o6. )
' Les premiers mots de la lettre du 5 avril qui précède , donnent la date précise de celle-ci , qui est du 6 avril i6o6.
voye Rodelle, qui après retournera s'acquitter du tout de son debvoir en l'honneur qu'il a pieu à vostre majesté luy faire de se servir de luy. Je supplieray trèshumblement vostre majesté en cette trop fascheuse absence, me continuer l'honneur de ses bonnes grâces comme à celle de ses servantes, qui, avec plus de zèle et d'affection, prie continuellement Dieu pour la prospérité et très-longue vie de vostre majesté, à qui j'oseray tres-humblement baiser les mains comme vostre tres-humble et tres-obeyssante soeur et subjecte, Marguerite.
P. S. Je supplie tres-humblenient vostre majesté m'accorder une lettre de sa main à monsieur le mareschal de Fervaques ', oi« vostre majesté luy commande s'employer pour la vérification de l'edit des vicomtes qu'il a pieu à vostre majesté m'accorder, et commander à monsieur de Lomenie qu'elle soit expresse et favorable, et qu'il m'expédie toutes autres choses qui me sont nécessaires, [Autogr. -—GoW. Dupuy, t. 217, fol. 142.]
A MONSIEUR DE LOMENIE
(Avril 1G06.)
Monsieur de Lomenie, il m'est extresmement nécessaire d'avoir une lettre de la main du Roy à monsieur le mareschal de Fervaques , où il luy commande de faire entendre à messieurs du parlement de Rouen que c'est sa volonté que l'edit des vicomtes passe pre-
' Guillaume de Hautemer, comte de Grancey, baron de Mauny, seigneur de Fervaques, chevalier des ordres du roi , maréchal de France, lieutenant-général au gouvernement de JNormandic, mort eu i6i5.
sentement. Je vous prie m'obliger tant que cette lettre soit fort favorable , et vouloir aussi me signer la provision que le sieur de Lafon présent porteur vous baillera, et aussi toutes les autres lettres qui m'y sont nécessaires , comme il vous dira. Je vous en aurai une obligation infinie, de laquelle meue vous pouvez croire ({ue je ne resterai ingrate et que ne ferez jamais pour personne qui ait plus de volonté de le tesmoigner par dignes effects, Vostre plus affectionnée et plus fidelle amie, Marguerite.
[Autorp: -^Co]\. Dupuy, t. 217, fol. 135.]
AU ROY MON SEIGNEUR ET FRERE
(De Paris, le 5 avril 1606.)
Monseigneur, il vient d'estre fait un assassinat à la porte de mon logis, à ma veue, tout contre mon carrosse , par un fils de Vermont , qui a tiré un coup de pistolet h un de mes gentilz-hommes nommé Saint- Julien '. Je supplie tres-humblement vostre majesté
' '( Le mercredi 5 (avril i6o6), fut tué à Paris un gentilhomme favori de la roine Marguerite, par un autre jeune gentilhomme âgé de dixhuit ans seulement, qui le tua d'un coup de pistolet tout joignant la Roine. Le meurtri se nommoit Saint -Julien, lequel ladite Roine aimoit passionnément; et, pour ce, jura de ne boire ni manger qu'elle n'en eust vu faire la justice, comme aussi , dès le lendemain , il eust la leste tranchée devant son logis, qui estoit l'hostel de Sens, où elle assista; et , dès la nuit même, toute efirayée, en deslogea, et le quitta avec protestation de jamais n'y rentrer. Le criminel marcha gaiment au supplice , disant tout haut qu'il ne se soucioit de mourir, puisque son ennemi estoit mort, et qu'il estoit venu à bout de son dessein. On lui trouva trois chiffres sur lui, l'un pour la vie, l'autre pour l'amour et l'autre pour l'argent, qui sont trois deités fort révérées de no& courtisans d'aujourd'hui. » (Lestoile, Journal de HenrilF, avril iGoô.)
tl606] DE MARGUERITE DE VALOIS. 4Uy
vouloir commander qu'il en soit fait justice et n'en vouloir point donner de grâce. Si cette meschanceté n'est punie , il n'y a nul qui puisse vivre en seureté. Je supplie très -humblement encore vostre majesté vouloir faire punir cet assassin. J'envoye monsieur de Fourquevaut pour en requérir vostre majesté, h qui je baise tres-humblement les mains , et prie continuellement Dieu pour sa très-longue vie et tres-heureuse fortune. Vostre tres-lmmble et tres-obeissante servante et subjecte, Marguerite.
[Autogr. — CoW. Dupuy, t. 217, fol. 141.]
AU ROY MON SEIGNEUR ET FRERE
(De Paris, ce 9 avril 1606.)
Monseigneur, je loue Dieu du bon succès qu'il a donné au voiage de vostre majesté. Je ne reçeus jamais nouvelle qui m'apportast plus de joie, jugeant le contentement qu'elle en reçoit, ayant faict double p^ain d'une bonne ville et d'un bon serviteur ' ; tel le noraméje, puisque vostre majesté l'estime tel, et souhaite de tout mon cœur qu'il reconnoisse bien la grandeur de la bonté de vostre majesté et l'obligation qu'il luy a, car il faut avouer qu'il est capable; et, ayant reconnu l'inclination qu'elle a eue de luy vouloir du bien, je sens la joie qu'elle a ressentie de le racquerir. Je m'en resjouis aussi infiniment pour le desplaisir qu'en recevront les ennemis de vostre majesté, le roy d'Espagne
■ Cette bonne ville était Sedan , et ce bon serviteur le duc de Bouillon. « M. de Bouillon, disait Henri IV à cette occasion, a promis de me bien et fidèlement servir, et moi d'oublier tout le passé. »
et tous ses autres voisins , à cjui cet effect rendra vostre majesté redoutable et nous fera jouir d'une longue paix. Le retour de vostre majesté nous sera aussi joyeux que son partement nous feut triste, quoique j'ay tousjours creu ce qui en est réussi; car vostre majesté sçait que je le luy ai tousjours disputé; mais elle croyoit son obstination. Je loue Dieu d'y avoir esté prophète. Soudain que Rodelle est arrivé, j'en ai esté rendre grâces à Dieu, transportée dejoyepour tant d'appréhensions de maux convertis en bien. J'estime ma maison de Villers-Cottret heureuse d'y avoir vostre majesté si contente. J'eusse extresmement désiré avoir l'honneur d'y participer si ma cuisse me l'eust permis; mais si je n'y suis de présence, j'y serai de volonté. Madame de La Tremouille s'est trouvée en ma chambre à l'arrivée de Rodelle, qui n'eust jamais une telle joie, qui a soudain paru h son visage. Cette nouvelle, transformant en un instant et non seulement elle, mais toute cette ville, a soudain changé d'une extresme tristesse à une exlresme allégresse , et tout retentit de louanges à Dieu et de bénédictions à la prudence et bonté de vostre majesté. Je crois qu'elle scait que madame la marquise ' est en cette ville; elle trouva hier aux Jésuites madame de Salignac, par qui elle me manda qu'elle desiroit me veoir. Je dis à madame de Salignac que je la suppliois trouver bon que j'en sceusse vostre volonté : je ne sais si cela l'arrestera. Je supplie tres-humblement vostre majesté me commander ce qu il luy plait que je fasse; je ne suis
' La marquise de Ycriieuil, maîtresse du Roi.
née que pour la servir; commandez-do ne à vostre treshumble servante vostre volonté, que j observerai toute ma vie en cela et en tout. J'ai tres-humble grâces à rendre à vostre majesté de la bonne justice qui m'a esté faicte de l'assassinat faict en ma présence : le meschant ayant confessé à la justice que son frère aisné, qui est en Espagne, luy avoit balle, et à tous ses autres frères, le caractère de magie ' par lequel il avoit parlé au Diable, et que sa mère et son frère de Torsay luy avoient faict faire cet assassinat, ils l'ont banni, la mère et les enfans, pour neuf ans, avec défense d'approcher de vostre cour ni du lieu où je serois de vingt lieues, seul moyen d'asseurer ma vie; car cette meschante femme ^ ayant encore trois fils aussi mal nés que celuy-ci, il faut s'asseurer qu'elle les emploieroit tous h venger la justice qui en a esté faicte, si ce bannissement ne l'en eslongnoit; qui me faict supplier treshumblement vostre majesté, pour asseurer la vie de la plus tres-humble et fidelle servante qu'elle aura jamais, vouloir commander au prevost de faire exécuter l'arrestde ce dict bannissement, et de la conduire jusqu'en l'abbaye de Salvanes ^ qu'elle a de moi , qui est en Rouergué,et qu'elle et ses enfans n'en bougent sur peine corporelle. Je nomme cet abbaye parce que, par le bon mesnage de son mary et d'elle, elle n'a poinct
' Il paraît que la reine Catherine avait transmis k sa fille sa crovancc à la magie et aux sortilèges.
" Madame de Vermont, mère du meurtrier de Saint-Julien.
' Salvanez ou Silvanez, abbaye d'hommes de l'ordre de Citeaux. — Olivarius de Diovago , comes Vermundi brève regium a Margarita rogina et comitissa Ruthenensi accipit logi . [GaU. christ.. 1. 1, p. 290.)
d'autre bien. Son ingratitude est un prodige si estrange, qu'autre qu'elle n'en estoit capable. Lorsque j'auray l'honneur de voir vostre majesté, je luy en feray l'histoire tout au long, la suppliant tres-humblement de m'excuser si ces deux .passions contraires, la joye de l'heureux effect de Sedan et la crainte des attentes de sa mauvaise personne et de leurs sorcelleries, m'ont faict importuner vostre majesté d'une si longue lettre, que je finiray avec les prières à Dieu, qui me sont ordinaires, de donner à vostre majesté avec parfaict accroissement de grandeur tres-heureuse et très-longue vie, et à mioi l'honneur de ses bonnes grâces , comme à vostre tres-humble et tres-obeissante servante, sœur et subjecte, Margue:rite.
P. S. Monseigneur, cette mauvaise femme affectionne fort mon neveu Charles M' , qui me donne crainte , à cette heure qu'il voit que je sollicite vostre procès , qu'il ne se servist de la malice de cette femme et de ses enfans pour attenter contre moi , qui me fait encore supplier vostre majesté de m'en délivrer en l'eslongnant. [ Autogr. — Coll. Dupuy, t. 217, fol. 106. ]
AU ROY MON SEIGNEUR ET FRERE '
(Avril 1606.)
Monseigneur, j'ai tant d'occasions de rendre treshumbles grâces à vostre majesté que j'estime non seulement toutes paroles , mais tout service au dessous de
■ Cette lettre, sans date, est postérieure à l'assassinat de Saint- Julien, et antérieure au retour du Roi à Paris, après la prise de Sedan, retour qui eut lieu le a8 avril i6o6. Elle est donc comprise entre le 5 et le 28 avril.
[1606] DE MARGL'ERITE DE VALOIS. 409
ce que j'en dois à vostre majesté, h qui ayant tout voué, il ne me reste qu'une affection renaissant et croissant à toute heure de la tres-fidellement servir et d'y employer tout ce que Dieu me donnera de vie et de moyens. Je renvoyé M. de Fourquevaux pour rendre à vostre majesté autant de tres-humbles grâces que je puis du tesmongnage qu'il lui a pieu rendre de ressentir l'injure qui m'a esté faite, et pour lui faire entendre que cette meschante femme qui a si bien instruit ses enfans au meurtre et à la magie, se vante que par le moyen de ses amis elle obtiendra de vostre majesté un rappel de son bannissement, desfaveur que je ne craindray jamais recevoir de vostre majesté, ayant reçeu trop d'honneur d'elle; mais aussi, pour son service, il importe qu'elle et son mary soyent en lieu où ils ne puissent faire de pratiques, et principalement avec les ambassadeurs ; car, à cause de sa sœur qui est mariée en Espagne, où est à cette heure son fils aisné, elle a eu tousjours telle intelligence avec les ambassadeurs d'Espagne que les meilleurs avis qu'ils eussent estoient de son mary et d'elle, estant des misérables qui ne gangnent leur vie qu'à ce mestier. Pour cette cause et pour la seureté de ma vie qu'elle menace en toutes sortes, je supplie très- humblement vostre majesté commander au prevost de la conduire à son abbaye de Rouergue, car j'ay descouvert que mia soeur d'Angoulesme ' la veut retirer au bois de Yincennes. Pensez qu'elle a tousjours esté aiFectionnée à mon nepveu
' Diane, légitimée de France, duchesse d'Angoulème, veuve de François de Montmorency, pair et maréchal de France.
Charles M^ Vostre majesté connoist son esprit et sa meschanceté; telles personnes ne peuvent produire que mal. Je la supplie donc encore faire ce commandement au prevost , afin qu'elle n'arreste poinct ici autour, et excuser cette importunité causée avec tant de raison, et pour vostre service et pour ma seureté, et m'honorer que croire qu'elle n'aura jamais soin de la conservation d'aucune de ses servantes qui luy rende service avec autant de passion et de fidélité que moi, qui n'aimerai ma vie qu'autant qu'elle y pourra estre utile, dressant toutes mes actions à l'obéissance de ses commandemens. Nous attendons le retour de vostie majesté comme ces peuples qui ont six mois de nuit, le retour du jour; et faut avouer que Paris n'est poinct Paris, privé de l'honneur de la présence de vos majestés. Je prie Dieu les ramener bientost, et donner à vostre majesté très -longues années, tres-heureuse et tres-contente vie, et à moi l'honneur de ses bonnes grâces comme à vostre treshumble et tres-obeissante servante, sœur et subjectc,
Marguerite.
[Aulogr. — Coll. Dupuy, t. 217, fol. 145. ]
A MONSIEUR DE LOMENIE
(Avril 1606.)
Monsieur de Lomenie, je vous ai une exlresme obligation de la peine qu'avez pour tirer cette lettre de monsieur de Sully. Je crois que Dieu veut que j'en aye la seule obligation au Roy, de quoy je me resjouis, et le liens à beaucoup d'heur et d'honneur. Sa majesté i.'en souviendra donc, s'il lui plaist, de faire passer
cet édit ' comme il lui plaist me le promettre. Vous avez entendu de monsieur de Fourquevaut l'assassinat qui a esté faict en ma présence ". J'ai rendu tres-humbles grâces au Roy de la justice qui en a esté faicte^, je le supplie, pour l'asseurance de ma vie que ces meschantes personnes menacent encore, qu'il plaise à sa majesté commander au prevost, monsieur Jouy, d'exécuter l'arrest de bannissement et luy faire commander de s'en aller à l'abbaye qu'elle a de moi, qui est le seul bien que leur bon mesnage leur a laissé. Il seroit besoin que le Roy le commandast par une lettre audict prevost : vous m'obligerez infiniment. Vous n'aurez jamais soin de la conservation de personne qui vous soit plus
' L'édit des vicomtes , comme elle l'appelle dans le post-scriptum de la lettre du 5 ou du 6 avril, qui précède, adressée au Roi.
^ L'assassinat de Saint-Julien. <i On publia des regrets amoureux sur ladite mort , faits par Mesnard , au nom et commandement de la roine Marguerite, qui les portoit ordinairement dans son sein, et les disoit tous les soirs comme elle eust fait ses Heures. » ( Lestoile , Journal de Henri IV, i6o6.)
^ Non content de faire cette justice, « le Roy, pour réconforter ladite Roine sur cest accident, qu'elle preuoit si fort à cœnr, lui disoit qu'il y avoit dans la cour d'aussi braves et galants escuyers que Saint-Julien; et quand eUe en auroit affaire, on lui en trouveroit encore plus d'une douzaine qui le valoient bien. » Voici la reproduction poétique de cette pensée :