‹ Mémoires et lettresChapitre 6 sur 35 · MÉMOIRES [1570J · texte numérisé non relu

MÉMOIRES [1570J

Guise moiistroit ne point entendre; mais moy, qui sçavois la malice, perdois patience de n'oser la luy reprocher.

Sur ce temps, il se parla pour moy du mariage du roy de Portugal ', qui envoya des ambassadeurs pour me demander. La Royne ma mère me commanda de me parer pour les recepvoir, ce que je feis. Mais mon frère lui ayant faict accroire que je ne voulois point de ce mariage, elle m'en parla le soir, m'en demandant ma volonté, pensant bien en cela trouver un subjectpour se courroucer à moy. Je luy dis que ma volonté n'avoit jamais despendu que de la sienne; que tout ce qui luy serolt agréable me le seroit aussi . Elle me dit en colère , comme l'on l'y avoit disposée, que ce que je disois , je ne l'avois point dans le coeur, et qu'elle sçavoit bien que le cardinal de Lorraine m'avoit persuadée de vouloir plustost son nepveu- Je la suppliay de venir à l'efFect du mariage du roy de Portugal, lors elle verroit mon obéissance. Tous les jours on luy disoit quelque chose de nouveau sur ce subject, pour l'aigrir contre moy et me tourmenter ; inventions de la bouticque du Guast. De sorte que je n'avois un jour de repos; car, d'un costé, le roy d'Espagne" empeschoit que mon mariage ne se fist, et de l'autre, monsieur de Guise, estant à la cour, servoit tousjours de prétexte pour fournir de subject à me faire persécuter, bien que luy, ny nul de ses parens, m'en eust jamais parlé, et qu'il y eust plus d'un an qu'il eust commencé

• Sébastien , le premier roi de Portugal qui ait pris le titre de Majesté. ^ Philippe II.

Ja recherche de la princesse de Porcian '. Mais pource que ce mariage-là traisnoit, on en rejettolt tousjours la cause sur ce qu'il aspiroit au mien. Ce que voyant, je m'advisay d'escripre à ma sœur madame de Lorraine, qui pouvoit tout en cette maison-là , pour la prier de faire que monsieur de Guise s'en allast de la cour, et qu'il espousast promptement la princesse de Porcian sa maistresse, luy représentant que cette invention avoit esté faicte autant pour la ruine de monsieur de Guise et de toute sa maison, que pour la mienne. Ce qu'elle recogneust très-bien, et vint bientost à la cour, où elle feit faire ledit mariage, me délivrant par ce moyen de cette calomnie, et faisant cognoistre à la Royne ma mère la vérité de ce que je luy avois tousjoui's dit : ce qui ferma la bouche à tous mes ennemis, et me donna repos. Cependant le roy d'Espagne, qui ne veut que les siens s'allient hors de sa maison , rompit tout le mariage du roy de Portugal, et ne s'en parla plus'*.

Quelques jours après il se parla du mariage du prince de Navarre, qui maintenant est nostre brave et magnanime Roy, et de moy. La Royne ma mère, estant un jour à table, en parla fort longtemps avec

• Catherine de Clèves, comtesse d'Eu, veuve d'Antoine de Crov, prince de Porcian , qui épousa en secondes noces Heni'i de Lorraine , duc de Guise.

• Le P. Hilarion de Coste avance que l'empereur Maximilien II la fit aussi demander pour son fils aîné Rodolphe, roi de Hongrie. Si lo fait est vrai, on peut s'étonner que l'orgueil féminin de 3Iargueritc l'ait passé sous silence. {Dames illustres , t. II, p. 290. )

monsieur de Meru ', parce que la maison de Montmorency estoient ceux qui en avoient porté les premières paroles. Sortant de table, il me dit qu'elle luy avoit dit de m'en parler. Je luy dis que c'estoit chose superflue, n'ayant volonté que la sienne; qu'à la vérité, je la supplierois d'avoir esgard combien j'estois catholique, et qu'il me fascheroit fort d'espouser personne qui ne fust de ma religion. Apres, la Royne, allant en son cabinet, m'appella,^et me dit que messieurs de Montmorency luy avoient proposé ce mariage, et qu'elle en vouloit bien savoir ma volonté; à quoi je respondis n'avoir ny volonté ny eslection que la sienne; je la suppliois se souvenir que j'estois fort catholique. Au bout de quelque temps, les propos s'en continuans lousjours, la royne de Navarre, sa mère, vint à la cour, où le mariage fut du tout accordé avant sa mort, à laquelle il se passa un trait si plaisant, qu'il mérite non d'estre mis en l'histoire, mais de ne le passer soubz silence entre vous et moy. Madame de Nevers ', de qui vous congnoissiez l'humeur, estant venue avec monsieur le cardinal de Bourbon , madame de Guise , madame la princesse de Condé^ ses soeurs et moy, au logis de la feue royne de Navarre à Paris, pour nous acquicter du dernier debvoir deu à sa dignité et à la proximité que nous luy

' Charles de Montmorency, fils puîné du connétable Anne. A cette époque , il prenait le titre de la seigneurie de Méru ; plus tard , il prit celui de duc d'Aniville. Il fut amiral de France.

* Henriette de Clèves, duchesse de Nivernois et de Rethelois.

' Marie de Clèves, marquise d'Isles, première femme de Henri de Hourbon, premier du nom, prince do Condc

avions, non avec les pompes et cérémonies de nostre religion, mais avec le petit appareil que permettoit la hui^uenoterie ; à sçavoir, elle dans son lict ordinaire, les rideaux ouverts, sans luminaire, sans prestres, sans croix et sans eau beniste; et nous, nous tenans à cinq ou six pas de son lict avec le reste de la compagnie, la regardant seulement. Madame de Nevers, qu'en son vivant elle avoit haye plus que toutes les personnes du monde, et elle luy ayant bien rendu et de volonté et de parole , comme vous sçavez qu'elle en sçavoit bien user à ceux qu'elle hayoit, part de nostre troupe, et avec plusieurs belles, humbles et grandes révérences, s'approche de son lict, et lui prenant la main la luy baise; puis, avec une grande révérence pleine de respect, se met auprès de nous. Nous, qui sçavions leur haine, estimant cela —

Quelques mois après ledit prince de Navarre, qui lors s'appeloit roy de Navarre, portant le dueil de la Royne sa mère, y vint accompagné de bien huict cens gentilhommes tous en dueil, qui fust receu du Roy et de toute la cour avec beaucoup d'honneur ; et nos nopces se feirent peu de jours après avec autant de triomphe et de magnificence que de nul autre de ma qualité ; le roy de Navarre et sa troupe y ayans laissé et changé le dueil en habits tres-riches et beaux, et toute la cour parée comme vous sçavez, et le sçaurez trop mieux représenter ; moy habillée à la royalle avec la couronne et couet ' d'hermine mouchetée, qui se

* Var. de la copie de l'Arsenal : corcet.

met au devant du corps, toute brillante de pierreries de la couronne, et le grand manteau bleu à quatre aulnes de queue portée par trois princesses; les eschaffaux dressez à la coustume des nopces des filles de France, depuis l'evesché jusques à Nostre-Dame, tendus et parez de drap d'or; le peuple s'estouffant en bas à regarder passer sur cet eschaffaut les nopces et toute la cour, nous vinsmes à la porte de l'église , où monsieur le cardinal de Bourbon y faisoit l'ofiice ce jourlà, où nous ayant receu pour dire les paroles accoustumées en tel cas, nous passasmes sur le mesme eschaffaut jusques à la tribune qui sépare la nef d'avec le choeur, où il se trouva deux degrez, l'un pour descendre audict chœur, l'autre pour sortir par la nef hors l'église. Le roy de Navarre s'en allant par celuy de la

nef hors de l'église, nous

La fortune, qui ne laisse jamais une félicité entière aux humains, changea bien-tost cet heureux estât de nopces et triomphe en un tout contraire , par cette blessure de l'admirai, qui offença tellement tous ceux de la religion, que cela les mist en un dernier desespoir. De sorte que l'aisné Pardaillan ' et quelques autres des chefs des huguenots en parlèrent si haut à la Royne ma mère, qu'ils luy firent penser qu'ils avoient quelque mauvaise intention. Par l'advis de monsieur de Guise et de mon frère le roy de Pologne , qui depuis a esté roy de France, il feust pris resolution de les prévenir; conseil de quoy le roy Charles ne fust nullement, le-

■ Hector de Pardaillan , baron de Gondrin et de Montespan , fils d'Antoine de Pardaillan, aussi baron de Gondrin et de Montespan.

quel affectionnoit fort monsieur l'admirai , monsieur de La Rochefoucault, Teligny % La Noue, et quelques autres des chefs de la religion , desquels il se pensoit servir en Flandre. Et, à ce que je luy ay depuis ouy dire à luy-mesme, il y eust beaucoup de peine à l'y faire consentir; et sans ce qu'on luy fit entendre qu'il y alloit de sa \ie et de son estât, il ne l'eust jamais fait. Et ayant sceu l'attentat que Maurevert ' avoit faict à monsieur l'admirai du coup de pistolet qu'il luy avoit

' Charles , seigneur de Téligny, qui fut tué à la Saint-Bartbélemy. 11 avait épousé Louise de Colignj, fille de l'amiral, laquelle se remaria, en i583, à Guillaume de Nassau, prince d'Orang«.

' Lestoile en parle en ces termes : « Maurevert , jeune gentilbomme briois, cest insigne et tant renommé assassin, qui, en l'an i56g, avoit ;i JNiort, tué prodiloirement d'un coup de pistolé le seingneur de Moui, son maistre, et en l'an 1092 (sic) tiré le coup de harquebouze à l'amiral de Chastillon, pour récompense desquels services il estoit pourveu de deux bonnes abbaies.... » (Journal de Henri III, iS^Ôj éd. de MM. ChampoUion.) — La date de 1092, qu'on lit ici, est une faute d'impression, comme il est facile de le voir. Voici du reste sur Maurevert une note parfaitement exacte , dont nous voulons laisser tout l'honneur au citoyen La Chabeaussière :

rt L'assassin de Mouy se nommait Louvier, et était seigneur de Mau- « revert et non Maureveil, comme l'ont écrit quelques historiens, « encore moins Moureveil. Maurevert est en Brie....

« Ce Louvier avait été page dans la maison du duc de Lorraine, et « avait été destitué par le gouverneur, ce qui l'avait contraint de pas- « ser dans les troupes espagnoles; ensuite il s'était insinué chez les « Guise. » (Extrait d'une lettre écrite des Madelonnettes, le 16 ventôse de l'an 11* de la république, par le citoyen La Chabeaussière au citoyen Grégoire, député de la Convention.) — Pour s'expliquer l'origine singulière de cette note, il faut savoir que Charles IX voulut récompenser l'assassin de Mouy en lui faisant donner le collier de son ordre , et que la lettre autographe écrite dans ce but par le Roi au

tiré par une fenestre, d'où le pensant tuer il resta seulement blessé à l'espaule, le roy Charles se doubtant bien que ledict Maurevert avoit fait ce coup à la suscitation de monsieur de Guise, pour la vengeance de la mort de feu monsieur de Guise, son père, que ledit admirai avoit fait tuer de mesme façon par Poltrot, il en fust en si grande colère contre monsieur de Guise , qu'il jura qu'il en feroit justice. Et si monsieur de Guise ne se fust tenu caché tout ce jour-là, le Roy l'eust faict prendre. Et la Royne ma mère ne se trouva jamais plus empeschée qu'à faire entendre audit roy Charles que cela avoit esté faict pour le bien de son estât, à cause de ce que j'ay dit cy-dessus de l'afFeclion qu'il avoit à monsieur l'admirai, à La Noue et à Teligny, desquels il goustoit l'esprit et valeur, estant prince si généreux qu'il nes'affectionnoit qu'à ceux en qu'il recongnoissoit telles qualitez. Et bien qu'ils eussent esté tres-pernicieux à son estât, les regnards avoient sçeu si bien feindre qu'ils avoient gaingné le cœur de ce brave prince, pour l'espérance de se rendre utiles à l'accroissement de son estat^ et en luy proposant de belles et glorieuses entreprises en Flandre , seul attraict de cette ame grande et royalle. De sorte que, bien que la Royne ma

duc d'Alençon, fut, pendant la Révolution, l'objet d'une délibération delà Convention, qui en ordonna l'insertion au Moniteur, et le dépôt aux manuscrits de la Bibliothèque Nationale. (Voyez, sur ce fait, les quatre pièces si curieuses que MM. ChampoUion ont publiées dans les additions au Journal de Henri III ^av Lestoile, p. 5o8.) — Maurevert mourut en i583, à la suite d'un engagement entre lui et le fils du seigneur de Mouy, Charles-Louis de Vaudray, qui périt aussi dans cette lutte en cherchant à venger la mort dr son père.

mère luy representast en cet accident que l'assassinat que l'admirai avoit faict faire à monsieur de Guise ', rendolt excusable son fils, si n'ayant peu avoir justice, il en avoit voulu prendre mesme vengeance; qu'aussi l'assassinat qu'avoit faict ledit admirai de Charry, maistre de camp de la garde du Roy, personne si valeureuse, et qui l'avoit si fidellement assistée durant sa régence et la puérilité dudictroy Charles, le reudroit bien digne de tel traittement; bien que telles paroUes peussent bien faire juger au roy Charles que la vengeance de la mort dudict Charry n'estoit pas sortie du cœur de la Royne ma mère, son ame passionnée de douleur de la perte des personnes qui, comme j'ai dict, il pensoit luy estre un jour utiles, offusqua tellement son jugement, qu'il ne peust modérer ny changer ce passionné désir d'en faire justice, et commanda tousjours qu'on cherchast monsieur de Guise, que l'on le prist, qu'il ne vouloit point qu'un tel acte demeurast impuny.

Enfin comme Pardaillan descouvrist par ses menaces au soupper de la Royne ma mère la mauvaise intention des huguenots, et que la Royne vist que cet accident avoit mis les affaires en tels termes, que si l'on ne prevenoit leur dessein la nuict mesme ils attenteroient contre le Roy et elle, elle prist resolution de faire ouvertement entendre audit roy Charles la vérité de tout et le danger où il estoit, par monsieur le mareschal de Raiz^ de qui elle sçavoit qu'il le prendroit

" Voyez les Mémoires de Casielnau, t. I , p. 388, et t. II, p. 507 ; éd. (le Le Laboureur.

mieux que de tout autre , comme ceiuy qui luy estoit plus confident et plus favorisé de luy. Lequel le vint trouver en son cabinet le soir, sur les neuf ou dix heures, et luy dit que comme son serviteur tres-fidelle il ne luy pouvoit celer le danger où il estoit, s'il continuoit en la resolution qu'il avoit de faire justice de monsieur de Guise, pour ce qu'il falloit qu'il sçeust que le coup de l'admirai n'avoit point esté fait par monsieur de Guise seul, mais que mon frère le roy de Pologne, depuis roy de France, et la Royne ma mère avoient esté de la partie; qu'il sçavoit l'extrême desplaisir que la Royne ma mère receust à l'assassinat de Charry, comme elle en avoit très grande raison ^ ayant lors peu de tels serviteurs qui ne deppendissent que d'elle, estant, comme il sçavoit, du temps de sa puérilité, toute la France partie, les catholiques pour monsieur de Guise, et les huguenots pour le prince de Condé, tendans et les uns et les autres à luy oster sa couronne, qui ne luy avoit esté conservée , après Dieu , que par la prudence et vigilance de la Royne sa mère, qui en cette extrémité ne s'estoit trouvée plus fidellement assistée que dudict Charry; que des-lors il sçavoit qu'elle avoit juré se venger dudict assassinat; qu'aussi voyoil-il que ledict admirai ne seroit jamais que tres-pernicieux en cet estât, et que, quelque apparence qu'il fist de luy avoir de l'affection et de vouloir servir Sa Majesté en Flandre, qu'il n'avoit aultre dessein que de troubler la France; que son dessein d'elle n'avoit esté en cet efféct que d'oster cette peste de ce royaume, l'admirai seul; mais que le malheur avoit voulu que Maurevert avoit failly

son coup , et que les huguenots en esloient entrez en tel desespoir, que ne s'en prenant pas seulement à monsieur de Guise, mais à la Royne sa mère et au roy de Pologne son frère, ils croyoient aussi que le roy Charles mesme en fust consentant, et avoient résolu de recourir aux armes la nuict mesme. De sorte qu'il Yoyoit Sa Majesté en un très-grand danger, fust ou des catholiques, à cause de monsieur de Guise, ou des huguenots, pour les raisons susdites.

Le roy Charles, qui estoit tres-prudent, et qui avoit esté toujours tres-oheissant à la Royne ma mère, et prince tres-catholique, voyant aussi de quoy il y alloit, prist soudain resolution de se joindre à la Royne sa mère, et se conformer à sa volonté , et guarentir sa personne des huguenots par les catholiques; non sans toutefois extrême regret de ne pouvoir sauver Teligny, La Noue, et monsieur de La Rochefoucault. Et lors allant trouver la Royne sa mère, envoya quérir monsieur de Guise et tous les autres princes et cappitaines catholiques, où fust pris resolution ' de faire, la nuict mesme, le massacre de la saint Barthélémy. Et mettant soudain la main à l'œuvre, toutes les chaisnes tendues, le tocsin sonnant, chacun courut sus en son quartier, selon l'ordre donné, tant à l'admirai qu'à tous les huguenots. Monsieur de Guise donna au logis de l'admirai, à la chambre duquel Besme, gentilhomme allemand, estant monté, après l'avoir dagué le jetta par les fenestres à son maistre monsieur de Guise.

' Il est permis de douter qu'une pareille résolution ait été prise et exécutée d une manière aussi instantanée.

Pour moy, Ton ne me disoit rien de tout cecy. Je voyois tout le monde en action ; les huguenots désespérez de cette blesseure; messieurs de Guise craingnans qu'on n'en voulust faire justice , se suschetans tous à l'oreille. Les huguenots me tenoient suspecte parce que j'estois catholique, et les catholiques parce que j'avois espousé le roy de Navarre, qui estoit huguenot. De sorte que personne ne m'en disoit rien, jusques au soir qu'estant au coucher de la Rojne ma mère, assise sur un coffre auprès de ma soeur de Lorraine, que je voyois fort triste , la Royne ma mère parlant à quelques-uns m'apperceut, et me dit que je m'en allasse coucher. Comme je lui faisois la révérence , ma sœur me prend par le bras, et m'arreste en se prenant fort à pleurer, etmedict: «Mon Dieu, ma sœur, n'y allez pas. » Ce qui m'effraya extrêmement. La Royne ma mère s'en apperceut, et appella ma sœur, et s'en courrouça fort à elle, luy deffendant de me rien dire. Ma sœur luy dit qu'il n'y avoit point d'apparence de m'envoyer sacrifier comme cela, et que sans doubte s'ils descouvroient quelque chose, ils se vengeroient sur moy. La Royne ma mererespond, que s'il plaisoit à Dieu, jen'aurois point de mal; mais quoy que ce fust, il falloit que j'allasse, de peur de leur faire soupçonner quelque chose qui empeschast l'efïect.

Je voyois bien qu'ils se contestoient et n'entendois pas leurs paroles. Elle me commanda encore rudement que je m'en allasse coucher. Ma sœur fondant en larmes me dit bon soir, sans m'oser dire aultre chose; et moy je m'en vois toute transie, esperdue, sans me pou-

voir imaginer ce que j'avois k craindre. Soudain que je fus en mon cabinet, je me mets à prier Dieu qu'il luy plust me prendre en sa protection , et qu'il me gardast, sans savoir de quoy ni de qui. Sur cela le Rov mon mary qui s'estoit mis au lict, me mande que je m'en allasse coucher; ce que je feis, et trouvay son lict entourré de trente ou quarante huguenots que je ne cognoissois point encore , car il y avoit fort peu de jours que j'estois mariée. Toute la nuict ils ne firent que parler de l'accident qui estolt advenu a monsieur l'admirai, se resolvants, des qu'il seroit jour, de demander justice au Pvoy de monsieur de Guise, et que si on ne la leur faisoit , qu'ils se la feroient eux-mesmes. Moy j'avois tousjours dans le cœur les larmes de ma sœur, et ne pouvols dormir pour l'appréhension en quoy elle m'avoit mise sans sçavoir de quoy. La nuict se passa de cette façon sans fermer l'œil. Au poinct du jour, le Roy mon man^dict qu'il vouloit aller jouer a la paulme attendant que le roy Charles seroit esveillé, se resolvant soudain de luy demander justice. Il sort de ma chambre, et tous ses gentils-hommes aussy. Moy voiant qnW estolt jour, estimant que le danger que ma sœur m'avoit dlct fust passé, vaincue du sommeil, je dis à ma nourrice qu'elle fermast la porte pour pouvoir dormir à mon aise.

Une heure après, comme j'estois plus endormie, voicy un homme frappant des pieds et des mains à la porte, criant : «Navarre! Navarre! w Ma nourrice pensant que ce fust le Roy mon mary, court vistement h la porte et lui ouvre. Ce fust un gentll-hommc

nommé monsieur de Léran ' , qui avoit un coup d'espée dans le coude et un coup de hallebarde dans le bras , et estoit encores poursuivy de quatre archers, qui entrèrent tous après luy en ma chambre. Luy se voulant guarantir se jetta sur mon lict. Moy sentant cet homme qui me tenoit, je me jette à la ruelle, et luy après moy, me tenant tousjours au travers du corps. Je ne cognoissois point cet homme, et ne sçavois s'il venoit là pour m'ofïenser, ou si les archers en vouloient à luy ou à moy. Nous cryons tous deux, et estions aussi effrayez l'un que l'aultre. Enfin Dieu voulust que monsieur de Nançay % cappitaine des gardes y vinst, qui me trouvant en cet estat-là, encores qu'il y eust de la compassion , ne se peust tenir de rire ; et se courrouçant fort aux archers de cette indiscrétion , il les fist sortir, et me donna la vie de ce pauvre homme qui me tenoit, lequel je feis coucher et penser dans mon cabinet jusques à tant qu'il fust du tout guary. Et changeant de chemise, parce qu'il m'avoit toute couverte de sang , monsieur de Nançay me conta ce qui se passoit , et m'asseura que le Roy mon mary estoit

' Bi-antôme le nomme Lerac. La copie de la Bibliothèque de l'Arsenal porte seule Leran. On lit dans Mongez {Histoire de Mai'^uerite de Valois, p. io4) qu'il se nommait Teyran, et était gentilhomme de l'écurie du roi de France. — C'est probablement Gabriel de Levis, vicomte de Léran.

^ Gaspard de la Chastre, seigneur de Nançay, aïeul d'Edme, marquis de la Chastre, qui a laissé des Mémoires. Il était capitaine des gardes depuis i568. Il s'était distingué aux batailles de Dreux, de Saint-Denis, de Jarnac, de Moncontour, etc. Mort en iSyô, des suites d'une blessure reçue à la bataille de Dreux.

dans la chambre du Roy, et qu'il n'auroit point de mal. Me faisant jetter un manteau de nuict sur moj, il m'emmena dans la chambre de ma sœur madame de Lorraine', où j'arrivay plus morte que vive, où entrant dans l'antichambre, de laquelle les portes estoient toutes ouvertes, un gentil-homme nommé Bourse, se sauvant des archers qui le poursuivoient, fust percé d'un coup de hallebarde à trois pas de moy. Je tombay de l'aultre costé presque esvanouie entre les bras de monsieur de Nançay, et pensois que ce coup nous eust percez tous deux. Et estant quelque peu remise, j'entray en la petite chambre où couchoit ma soeur. Comme j'estois là, monsieur de Miossans, premier gentil-homme du Roy mon mary ', et Armagnac, son premier vallet de chambre, m'y vindrent trouver pour me prier de leur sauver la vie. Je m'allay jetter à genoux devant le Roy^ et la Royne ma mère pour les leur demander j ce qu'enfin ils m'accordèrent.

Cinq ou six jours après, ceux qui avoient commencé cette partie^ cognoissans qu'ils avoientfailly à leur prin-

' Claude de France, femme de Charles, duc de Lorraine.

• Henri d'Albret, baron de Miossans, de Coaraze, etc.

' Brantôme a sans doute confondu cette démarche avec celle qu'il attribue à la reine de Navarre, en faveur de son époux. Il avance, dans l'éloge de Marguerite , « qu'elle se jeta à genoux devant le roy « Charles son frère , peur lui demander la vie de son mary et sei- «gneur; le roy Charles le lui accorda assez difficilement, encore « qu'elle fust sa bonne sœur. » — Marguerite , comme on le voit , n'a fait aucune mention de cette circonstance. Faut-il croire , avec un de ses biographes, que ce fut dans la crainte de choquer la délicatesse de Henri IV, et de paraître lui reprocher ce service? Quoi qu'on en

cipal dessein, n'en voulant point tant aux huguenots qu'aux princes du sang, portoient impatiemment que le Roy mon mary et le prince de Condé fussent demeurez. Et congnoissant qu'estant mon mary, que nul ne voudroit attenter contre luy, ils ourdissent une autre trame. Ils vont persuader à la Royne ma mère qu'il me falloit desmarier. En cette resolution estant allée un jour de feste à son lever, que nous debvions faire noz Pasques , elle me prend à serment de luy dire vérité, et me demande si le Roy mon mary estoit homme, me disant que si cela n'estoit, elle auroit moyen de me desmarier. Je la suppliay de croyre que je ne me cognoissois pas en ce qu'elle me demandoit (aussi pouvois-je dire lors à la vérité comme cette Romaine, à qui son mary se courrouçant de ce qu'elle ne l'avoit adverty qu'il avoit l'haleine mauvaise, luy respondit qu'elle croyoit que tous les hommes l'eussent semblable, ne s'estant jamais approchée d'aultre homme que de luy); mais quoy que ce fust, puis qu'elle m'y avoit mise, j'y voulois demeurer; me doutant bien que ce qu'on vouloit m'en séparer estoit pour luy faire un mauvais

toui'

Nous accompagnasmes le ruy de Pologne jusques à

pense , on ne saurait admettre l'assertion de ceux qui prétendent que la reine de Navarre sauva son époux, en le cachant sous son vertugadin. Il n'était permis qu'à un poëte de dire :

Fameux vertugadin d'une charmante Reine , Tu défends un honneur qui se défend sans peine ; Mais ta gloire est plus grande en un plus noble emploi , Tu sauves un héros en recelant mon Roi.

Blamont', lequel, quelques mois avant que de partir de Fi ance, s'essaya par tous moyens de me faire oublier les mauvais offices de son ingratitude , et de remettre nostre première amitié en la mesme perfection qu'elle avoit esté à nos premiers ans, m'y voulant obliger par serment et promesses en médisant à Dieu. Sa sortie de France, et la maladie du roy Charles, qui commença presque en mesme temps, esveilla les esprits des deux partis de ce royaume, faisans divers projects sur cet estât. Les huguenots ayans à la mort de l'admirai faict obliger, par escript signé, le Roy mon mary et mon frère d'Alençon à la vengeance de cette mort (ayant gaingné avant la saint Barthélémy mondit frère soubs espérance de l'establir en Flandre), leur persuadant, comme le Roy et la Royne ma mère reviendroient en France, de se desrober passant en Champaigne, pour se joindre à certaines trouppes qui les debvoient venir prendre là, monsieur de Miossans, gentilhomme catholique, qui estoit auprès du Roy mon mary, lequel m'avoit de l'obligation de la vie, ayant advis de cette entreprise, qui estoit pernicieuse au Roy son maistre, m'en advertit pour empescher ce mauvais effet qui eust apporté tant de maux à eux et à cet estât. Soudain j'allay trouver le Roy et la Royne ma mère, et leur dis que j'avois chose à leur coramunicquer qui leur importoit fort, et que je ne la leur dirois jamais qu'il ne leur pleust me promettre que cela ne porteroil aucun préjudice à ceux que je leur nommerois, et

' Bourg de Lorraine, actuellement département de la Mcurthe.

qu'ils y remedieroient sans faire semblant de rien sçavoir. Lors je leur dis que mon frère et le Roy mon mary s'en debvoient le lendemain aller rendre à des trouppes de huguenots qui les venoient chercher à cause de l'obligation qu'ils avoient faicte à la mort de l'admirai , qui estoit bien excusable pour leur enfance; et que je les suppliois leur pardonner, et, sans leur en monstrer nulle apparence , les erapescher de s en aller; ce qu'ils m'accordèrent, et fust l'affaire conduite par telle prudence , que sans qu'ils peussent sçavoir d'oii leur venoit cet empeschement , ils n'eurent jamais moien d'eschapper.

Cela estant passé, nous arrivasmes à Saint Germain , où nous fismes un grand séjour à cause de la maladie du Roy; durant lequel temps, mon frère d'Alençon employoit toutes sortes de recherches et moyens pour se rendre agréable à moy, afin que je luy vouasse amitié, comme j'avois faict au roy Charles. Car jusques alors , pource qu'il avoit tousjours esté nourry hors de la cour, nous ne nous estions pas gueres veus, et n'avions pas grande familiarité. Enfin m'y voyant conviée par tant de submissions et de subjections et d'affection qu'il me tesmoingnoit, je me résolus de l'aimer, et embrasser ce qui luy concerneroit ; mais toutesfois avec telle condition , que ce seroit sans préjudice de ce que je devois au roy Charles, mon bon frère, que j'honnorois sur toutes choses. Il me continua cette bienveillance, me l'ayant tesmoingnée jusques h la fin.

Durant ce temps, la maladie du roy Charles augmen-

tant tousjours, les huguenots ne cessoient jamais de rechercher des nouvelletez , pretendans encor de retirer mon frère le duc d'Alençon et le Roy mon mary de la cour, ce qui ne vint h ma cognoissance comme la première fois. Mais toutesfois Dieu permit que La Mole le descouvrit à la Royne ma mère, si près de l'eifect, que les trouppes des huguenots dévoient arriver ce jour- là auprès de Saint Germain. Nous fusmes contraints de partir à deux heures après la minuict, et mettre le roy Charles dans une lictiere pour gaigner Paris ; la Royne ma mère mettant dans son chariot mon frère et le Roy mon mary, qui cette fois là ne furent traictez si doucement que l'autre; car le Roy s'en alla au boys de Vincennes, d'où il ne lem^ permit plus de sortir. Et le temps augmentant lousjours l'aigreur de ce mal, produisolt tousjours nouveaux advis au Roy pour accrolstre la mesliance et mescontentement qu'il avoit d'eux; en quoy les artifices de ceux qui avoient tousjours désiré la ruine de nostre maison luy aidoient, que je croy, beaucoup.

Ces mesfiances passèrent si avant que messieurs les mareschaulx de Montmorancy et de Cossé en furent retenus prisonniers au boys de Vincennes , et La Mole et le comte de Coconas en pâtirent de leur vie'. Les

' « Dès la fin du mois d'avril (i5j4)-- Couconas, gentilhomme piémontois, et La 3Iolle, gentilhomme provençal, avoient été décapités et mis en quatre quartiers en la place de Grève, et les seigneurs mareschaux de Monmorancy et Cossey, dès le quatriesme jour de may, mis prisonniers en la Bastille et arrestés souhs seure garde. » (Les- ToiLE, Journal de Henri lll , juin i574) — Voyez Thistoire de leur

choses en vindrent à tels termes que l'on députa des commissaires de la cou]' de parlement pour ouïr mon frère et le Roy mon m.ary, lequel n'ayant lors personne de conseil auprès de luy, me commanda de dresser par escript ce qu'il auroit à respondre, afin que par ce qu'il diroit il ne mist ny luy ny personne en peine. Dieu me fist la grâce de le dresser si bien qu'il en demeura satisfaict, et les commissaires estonnez de le veoir si bien préparé '. Et Aoyant que, par la mort de La Mole et du comte de Coconas, ils se trouvoient chargez en sorte que l'on craignoit de leur vie , je me résolus (encor que je fusse si bien auprès du roy Charles qu'il n'aimoit rien au monde tant que moy), pour leur sauver la vie, de perdre ma fortune; ayant délibéré, comme je sortois et entrois librement en coche sans que les gardes regardassent dedans, ny que l'on fit ester le masque à mes femmes, d'en desguiser l'un d'eux en femme, et le sortir dans ma coche. Et pource qu'ils ne pouvoient tous deux ensemble à cause qu'ils estoienttrop esclairez des gardes, et qu'il suffisoit qu'il y en eust un dehors pour asseurer la vie de l'autre , jamais ils ne se peurent accorder lequel c'est qui sortiroit, chacun voulant estre celuy-là , et nul ne voulant demeurer; de

conjuration dans les additions aux Mémoires de Castelnau, t. II, p. 576, éd. de Le Laboureur.

' Ce document nous a été conservé; il a été publié par Le Laboureur dans les additions aux Mémoires de Castelnau , t. II, p. Sgo et suiv., et réimprimé par Mongez , Hist. de Marguerite de Valois. — Nous le donnons à la suite des Mémoires , c'est une œuvre de Maiijueiile, qui devait trouver place dans cette édition

sorte que ce dessein ne se peust exécuter. Mais Dieu y remédia par un moyen bien misérable pom^ naoy ; car il me priva du roy Charles , tout l'appuy et support de ma vie, un frère duquel je n'avois receu que bien, et qui en toutes les persécutions que mon frère d'Anjou me fist à Angers m'avoit tousjours assistée, et advertie, et conseillée. Bref je perdois en luy tout ce que je pouvois perdre.

Apres ce desastre, malheur pour la France et pour moy, nous allasmes à Lyon au devant du roy de Pologne, lequel possédé encore par le Guast , rendist de mesmes causes mesmes eflfects , et croyant aux advis de ce pernicieux esprit , qu'il avoit laissé en France pour maintenir son party, conceut extrême jalousie contre mon frère d'Alencon, ayant pour suspecte et portant impatiemment l'union de luy et du Roy mon mary, estimant que j'en fusse le lien et le seul moyen qui maintenoit leur amitié, et que les plus propres expédients pour les divorcer estoient d'un costé , de me brouiller et mettre en mauvais mesnage avec le Roy mon mary, et d'autre, de faire que madame de Sauve, qu'ils servoient tous deux, les mesnageroit tous deux de telle façon qu'ils entrassent en extrême jalousie l'un de l'autre. Cet abominable dessein , source et origine de tant d'ennuys, de traverses et de maux , que mon frère et moy avons depuis soufferts , fust poursuivy avec autant d'animosité , de ruses et d'artifice qu'il avoit esté pernicieusement inventé.

Quelques - uns tiennent que Dieu a en particu-

llere protection les grands , et qu'aux esprits où il reluit quelque excellence non commune, 11 leur donne, par des bons génies, quelques secrets advertissemens des accidens qui leur sont préparez ou en bien ou en mal; comme à la Royne ma mère, que justement l'on peut mettre de ce nombre , il s'en est veu plusieurs exemples. Mesme la nuict devant la misérable course en lice , elle songea comme elle Yoyoit le feu Roy mon père blessé à l'oeil, comme il fust; et estant esveillée, elle le supplia plusieurs fois de ne vouloir point courir ce jour, et vouloir se contenter de voir le plaisir du tournoi, sans en vouloir estre. Mais l'inévitable destin ne permit tant de bien à ce royaume qu'il pust recevoir cet utile conseil. Elle n'a aussy jamais perdu aucun de ses enfans qu'elle n'aye veu une fort grande flamme, à laquelle soudain elle s'escrioit : « Dieu garde mes enfans ! n et incontinent après , elle entendoit la triste nouvelle qui , par ce feu, lui a voit esté augurée. En sa maladie de Metz (où, par une fièvre pestilentielle et le charbon, ellefust à l'extrémité), qu'elle avoit prise allant visiter les religions de femmes, comme il y en a beaucoup en cette ville-là , lesquelles avoient esté depuis peu infectées de cette contagion; de quoy elle fut garantie miraculeusement. Dieu la redonnant à cet estât, qui en avoit encor tant de besoin, par la diligence de monsieur Castelan son médecin , qui , nouveau Esculape, fit lors une signalée preuve de l'excellence de son art; elle resvant, et estant assistée, autour de son lict, du roy Charles mon frère, et de ma soeur et mon frère de Lorraine, de plusieurs de

messieurs du conseil, et de force dames et princesses, qui, la tenants hors d'espérance, ne l'abandonnoient point, s'escrie, continuant ses resveries, comme si elle eust veu donner la bataille de Jarnac ; « Voyezvous comme ils fuient ! Mon fils a la victoire. Hé , mon Dieu ! relevez mon fils ! il est par terre ! Voyez, voyez, dans cette haye, le prince de Condé mort! »

Tous ceux qui estoient là croyoient qu'elle resvoit, et que, sçachant que mon frère d'Anjou estoit en terme de donner la bataille, elle n'eust que cela en teste. Mais la nuict après, monsieur de Losses luy en apportant la nouvelle comme chose tres-desirée , en quoy il pensoit beaucoup mériter : « Vous estes fascheux, lui dit-elle, de m'avoir esveillée pour cela; je le sçavois bien : ne l'avois-je pas veu devant hyer? » Lors on recongneust que ce n'estoit point resverie de la fièvre, mais un advertissement particulier que Dieu donne aux personnes illustres et rares. L'histoire nous en fournit tant d'exemples aux anciens payens, comme le fantosme de Brutus, et plusieurs autres, que je ne descriray, n'estant mon intention d'orner ces Mémoires, ains seulement narrer la vérité, et les advancer promptement, afin que plustost vous les recepviez. De ces divins advertissemens je ne me veux estimer digne; toutesfois, pour ne me taire comme ingrate des grâces que j'ay eues de Dieu, que je doibs et veux confesser toute ma vie, pour lui en rendre grâces , et faire que chacun le loue aux merveilleux efFects de sa puissance, bonté et miséricorde, qu'il luy

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