‹ Mémoires et notes de ChoudieuChapitre 28 sur 94 · AUX PREMIERS BRUITS DE L'INVASION · texte numérisé non relu

AUX PREMIERS BRUITS DE L'INVASION

Dans la nuit du i^^'au 2 septembre, un nouveau courrier m'avait été adressé de Verdun, c'était un jeune volontaire du bataillon de Maine-et-Loire qui était parvenu à traverser l'armée prussienne à l'aide d'un cheval vigoureux. Il était chargé de donner verbalement des détails au comité militaire et au conseil exécutif sur la situation critique où se trouvait la place de Verdun.

C!omme l'assemblée était en permanence, il vint m'y trouver et je convoquai de suite le comité midans le seal régiment de carabiniers qui existât alors. N*espérant aucun avancement dans ce corps il avait obtenu sa retraite, le grade de capitaine et la croix de Saint-Louis. li venait de rentrer dans sa famille lorsqu'on forma le 1*' batail on de Maine-et-Loire dont je faisais partie.

Mes camarades voulaient me nommer leur commandant ; mais je leur fis observer que je n'avais pas l'expérience nécessaire pour les faire manœuvrer devant l'ennemi et ils nommèrent Beaurepaire, que je leur avais désigné comme le plus capable. Celui-ci se rendit avec beaucoup de peine à mes instances réitérées. On lui donna Lemoine pour commandant en second (i) et (lour adjudant-major Delaage. — Tous les deux sont devenus généraux. — Le même jour j'étais nommé député à la première Législative. Depuis ce moment j'avais entretenu une correspondance suivie avec Beaurepaire Peu de temps avant que Verdun fût investi, il m'écrivait ces mots, dont je ne soupçonnais par le véritable sens :

« Nous sommes serrés de près par l'ennemi, mais vous pojvez assurer à l'Assemblée nationale que lorsque Verdun sera pris Beaurepaire sera mort. »

Cette lettre me fut apportée par un jeune volontaire, nommé Desmazières, qui, à l'aide d'un bon cheval, avait eu l'audace de traverser le corps d'émigrés français que commandait le comte d'Autichamp, frère du marquis d'Autichamp, alors chef d'état -major général de l'armée de Condé. {Papiers de VAateur.)

({) En 1836, le général Lemoine a rëdi^ un c mimoire » sur la niorl de Beaurepaire. Ce mémoire est aux archives de la Guerre.

(A', de VEd.)

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litaire qui, après avoir écouté ce jeune homme, me chargea de le conduire auprès des membres du conseil exécutif qui était aussi en permanence.

Ce fut à la suite des déterminations qui furent prises à ce comité que Danton se rendit avec moi à FAssemblce nationale, et qu'il y déploya toute l'énergie dont il était capable. Non, jamais il ne m'a paru plus beau, quoique la nature ne Tcùt pas favorisé sous ce rapport, mais il avait une belle âme, un grand caractère, et un courage capable de surmonter tous les obstacles. Je voudrais transcrire ici tout ce qu'il a dit pour exciter l'enthousiasme. Mais comment rendre l'efFet que son discours produisit sur TAssimblée tout entière? Il nous sembla voir en lui un tribun du peuple haranguant les Romains sur la place publique pour les exciter à voler à la défense de la patrie. Et telle fut rimpressioii qu'il produisit sur moi, que j'en conserve encore le souvenir vivace après plus de quarante années.

Après avoir exp3sé la situation critique dans laquelle nous nous trouvions, il ajouta : v Législateurs, ce n'est que par de grandes mesures que la patrie peut être sauvée, ce n'est point assez de faire entendre le canon d'alarme, c'est au pas de charge que tous les Français doivent se précipiter

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