‹ Mémoires et notes de ChoudieuChapitre 29 sur 94 · AUX PREMIERS BRUITS DE LMNVASION · texte numérisé non relu

AUX PREMIERS BRUITS DE LMNVASION

sur Tennemi. Puisque les satellites des despotes ont osé mettre le pied sur la terre de la liberté, il faut qu'ils y trouvent leur tombeau... Et que nous faut-il pour vaincre? — De Taudace, encore de Taudace et toujours de Taudace! »

L'énergie de Danton se communique avec la rapidité de Téclair à la population tout entière de Paris. Dès la pointe du jour, les murs sont couverts de la proclamation de la Commune appelant aux armes; des échafaudages s'élèvent comme par enchantement sur toutes les places principales, et des officiers municipaux y reçoivent les enrôlements volontaires qui, en quelques heures, sont au nombre de plus de quarante mille. Il faut avoir été témoin de Tenthousiasme qui anima ce jour-là la population de Paris pour s'en faire une idée.

Une nombreuse jeunesse accourait de toutes parts se ranger sous les drapeaux de la patrie ; des hommes mariés, des hommes établis de toutes les classes de la société quittaient ce qu'ils avaient de plus cher, leurs femmes, leurs enfants, leurs biens, pour marcher à la rencontre des hordes étrangères. On eût dit que, nouveaux soldats de Cadmus, ils sortaient des entrailles de la terre.

Cependant Tordre le plus parfait semblait régner dans Paris, mais ce n'était qu'un calme in-

quiélant. La nouvelle de la capitulation de Verdun n'était point encore connue et ne pouvait Tétre^ encore dans la capitale, mais des bruits sinistres se répandaient déjà sur cet événement et sur l'approche de l'ennemi (i).

(i) MUNICIPALITÉ DE PARIS

Extrait du registre des dclibéraiioDS du « Conseil général des

quarante-huit sections. »

Du 2« septembre 179a, Tan premier de la Liberté et premier de TEgaKté.

Le Procureur de la Commune dit que Verdun ne peut plus résister que huit jours, (ajouté au crayon) . Il demande des forces. . L'on demande l'étal des citoyens qui ont des armes qui sont tout près à parlire; donner une liste des noms pour reporter à 4 heures à la Commune destinés à partire après demain. . . .

que les barrière^ seront à l'instant fermées,

l'on va sonner le tocsin et le canon d'allarmes ra partire à 2 heures,

Une proclamation va être faite dans toutes les places,

il faudrait que chaque section puisse fournire 300 armes d'ici à demain midy...

Faire assemblé les sections pour en faire part.

{Dib/, nat.f mss. n. a. 2720, /* i47»)

Tout paraissait assez tranquille le matin du 2 septembre. Deux de mes amis vinrent me proposer une partie de campagne, pour me distraire un peu des travaux presque continuels auxquels nous avions été contraints depuis le lo Août. (Tétait, si je ne me trompe, un dimanche, jour pendant lequel l'Assemblée suspendait ses travaux ordinaires pour ne s'occuper que d'entendre des pétitions. J'acceptai.

En rentrant le soir à la chute du jour, nous vîmes dans la rue Saint-Martin un grand rassemblement. Je descendis de voiture pour savoir quelle en était la cause.

On me répondit que c'étaient d'anciens gardes du Roi qui avaient été reconnus et qu'on venait d*arrêler. El je les aperçus étendus morts sur le pavé.

Je m'empressai de quitter ma société pour me rendre de suite à l'Assemblée, où je ne trouvai qu'un petit nombre de députés qui, comme moi, venaient d'y arriver. L'un d'eux, l'abbé Audrein,

186 MÉMOIRES DE CIIOUDIEU

qui depuis fui nommé évéque du Morbihan à Quimper et qui a été assassiné par les Chouans, me raconta qu'en venant il avait passé devant la prison de l'Abbaye, qu'un nombreux rassemblement se tenait sur la place, qu'il avait été obligé de prendre une autre route et qu'il paraissait que ce rassemblement se disposait à égorger les prisonniers.

Il m'offrit sa voiture si je voulais m'y transporter parce que, disait-il, je pourrais peut-être avoir quelque influence sur le peuple en ma qualité de membre du comité militaire. Je lui répondis que j'étais prêt à le faire, mais qu'avant de partir je désirais savoir si le comité de sûreté générale et celui de la guerre avaient reçu quelques avis et pris des mesures à ce sujet. N'y ayant trouvé personne, je rejoignis Audrcin, qui voulut m'accompagner, ce dont je ne me souciais pas beaucoup, parce qu'il était peu connu, et que sa qualité de prêtre ne le recommandait pas beaucoup. En général, les prêtres étaient mal vus de la multitude. J'eusse préféré un autre compagnon que celui-là; maïs je ne pouvais le refuser sans malhonnêteté. Nous montâmes en voiture.

Arrivés à la place de l'Abbaye, nous trouvâmes les avenues gardées par des hommes armés qui

nous refusèrent le passage. J'insislai en demandant à parler à l'un des chefs. Un officier vint, qui nous parut commander un poste de gardenationale, et qui nous demanda nos noms et qualités.

Il ne connaissait point Audrcin. « Quant à toi, me dit-il, tu peux passer, et je te ferai accompagner par deux citoyens; mais ton camarade, que je ne connais pas, doit rester <lans la voilure; et puis je crois que tu fais une démarche inutile, si ton intention est de paralyser nos opérations. » Introduit avec mes deux gardes-nationaux dans ce qu'on appelle le préau de la prison, je demandai à parler au commandant. Il n'y en avait point d'autre que celui qui présidait à ces sanglantes exéc jtions. Après quelques minutes, je le vis venir, r/était un nommi Djfr..., comédien attaché au spectacle de la Monlansier. II ne me donna pas le temps de placer un mot. « Que viens-tu faire ici? me dit-il. Si tu viens pour arrêter la justice du peuple, je dois te dire que tu ferais de vains efforts; et que tu courrais même des risques, si tu cherchais à t'y opposer. Le seul conseil que j'aie à te donner, c'est de te retirer le plus promptement possible. » Il n'y avait rien à répondre. Entouré d'hommes qui ne me paraissaient pas disposés à

entendre raison, seul et sans moyens, comme sans espoir d'être écouté, je me retirai de ce lieu de désolation, le cœur serré par tout ce que j'avais vu. Je rejoignis Audrein et nous rentrâmes tristement au sein de l'Assemblée, impuissante ellem!me à arrêter les massacres.

Je crois devoir placer ici une notice sur le personnage qui présidait à l'Abbaye :

— Le sieur Dufr... jouait d'après nature les rôles de tyran au théâtre de M"'' Montansier, et je l'ai vu remplir, avec quelque succès, dans la tragédie de Charles IXy le rôle du cardinal de Guise bénissant les poignards dans la nuit de la Saint-Barthélémy.

Peu de temps après les massacres de septembre, il fut nommé adjudant-général dans la division que commandait à Lille le général Lavalette, qu'il ne faut pas confondre avec celui dont la vie fut sauvée par son épouse courageuse, en i8i5.

Il fit graver une guillotine sur le cachet de l'état-major. Destitué quelque temps après pour ce seul fait, qui n'était pas du patriotisme, il ne fut réintégré dans ses fonctions qu'en l'an Vil, époque à laquelle j'étais chef de la première division du ministère de la guerre. Il s'adressa à moi pour ob-

LES JOURiNÉES DE SEPTEMBRE 189

tenir le remplacement de chevaux qui lui avaient été enlevés lors de sa destitution. Je ne crus pas devoir me refuser à en faire la proposition au ministre (Bernadotte), parce que sa demande était juste. Quelques jours après, il se présenta dans mes bureaux nous réclamer la décision du ministre qui lui était favorable. Pendant que je faisais expédier le bon nécessaire pour les prendre au dépot, il déclamait dans mon cabinet contre le sys« tème de la Terreur^ ainsi que les gens du bon ton le faisaient alors et le font encore aujourd'hui.

— Il vous sied moins qu'à tout autre, lui dis je, de parler de terreur devant moi. Vous croyez donc que j'ai oublié le rôle infâme que vous jouiez à TAhbaye dans la nuit du 2 Septembre. On devrait du moins savoir se taire quand on a présidé à de pareils massacres. Et vous osez parler de la Terreur I Je vous prie de cesser vos déclamations, ct« si vous paraissez de nouveau dans mes bureaux, veuillez vous abstenir de semblables discours. M. Fleury qui remplissait les fonctions de sous-chef au bureau des remontes, était présent à cet entretien et s'en souvient encore.

Cet officier (Dufr...) a été employé par les Bourbons, sous la Restauration, comme général (le brigade dans la ville de Nantes, où il s'est

montré l'ennemi le plus prononcé de tous ceux qui professaient des principes libéraux.

De pareils instruments convenaient parfaitement à ceux qui détruisaient toutes les libertés conquises par la Révolution (i).

En rentrant à l'Assemblée je la trouvai occupée du soin de nommer des commissaires qu'elle autorisa à se transporter dans les prisons, pour arrêter, s'il était possible, Teflusion du sang. Mais ils ne furent pas plus heureux que je ne l'avais été à l'Abbaye, et ils ne furent pas écoutés. Ces commissaires étaient MM. Dusaulx, Isnard, Bazire, François de Neufchâteau et Lequinio.

Quelques instants après on donna lecture d'une lettre de Tabbé Siccard qui instruisait l'Assemblée de la position critique dans laquelle il se trouvait, et qui réclamait sa protection. Un membre rappela

(i) Le g^cccral Danicao, successi rement terroriste et royaliste, ou peut-ôlrc les deux en mùtne temps, commandait au i3 reodé» miaire jes sections insurgées. Dans un pamphlet publié à Londres en 179O, les Brigands déniasffuéSf il parle du bataillon tacré des terroristes qui lui fut opposé par Barras avec rartillerie de Bonaparte :

« On y remarquait le général Dufraise, jadis pitoyable histrion ; il avait été à Lille le complice du marquis La Valette ; seà> yeux t-tincelaieot ; il avait le pistolet à la ceinture et se reportail aux temps heureux oii il fit graver sur son cachet une guillotine. ■

C'est donc Dufraise «{u il faut lire dans le récit de Choudieu.

(Xote de VÉd,)

LKS JOURNÉES DE SEPTEMDIŒ 191

que notre collègue Jouneau, qui depuis quelques jours était détenu à l'^Vbbaye par suite de la querelle qu'il avait eue avec Grangeneuve, courait les mêmes risques que l'abbé Siccard et qu'il n'v avait pas de temps à perdre pour les sauver tous les deux. L'Assemblée confia cette mission à Chabot, dont la voix seule fut plus puissante que ne Tavait été celle des commissaires qui l'avaient précédé, car il parvint à se faire écouter. « Et j'avais à peine fini de parler, dit-il en ramenant les deux prisonniers, que déjà ils étaient rendus à la liberté aux acclamations plusieurs fois répétées de : Vive l'Assemblée nationale^ vivent les dignes man^ dataires du peuple !

Dans le premier moment de sa délivrance, l'abbé Siccard fit publiquement des remerciements à Chabot, mais il oublia bientôt qu'il lui devait la vie. Il parait qu'il est des hommes pour lesquels la reconnaissance est un fardeau trop pesant, car on lit, à la page i23 des Mémoires que labbé Siccard a fait imprimer plus tard, le passage suivant : « M. Lafond-Ladebat, qui ne pouvait rien par lui-même, s'était transporté chez Chabot, pour lui peindre la situation où j'étais et le peu de temps qui restait pour me sauver. Ce qu'il n'eût jamais demandé à ce ment ire pour lui-

même, il le demanda pour son ami (i). »

Quelques écrivains ont prétendu que la proclamation de la municipalité de Paris, placardée le 2 septembre au matin, avait provoqué les massacres de la fin de la journée. Une pareille accusation ne m'étonne point de la part de ceux qui attendaient avec impatience l'arrivée des Prussiens. Mais cette proclamation n'avait d'autre but que d'exciter le zèle de ceux qu'elle, appelait à la défense de la patrie; et il est impossible d'y trouver une seule expression qui sig^nifie autre chose. Il est également impossible de trouver dans les discours de Danton une provocation à l'assassinat.

Pour moi, qui, l'un des premiers, demandai la

(i) £o opposition à ce qu'il a écrit de Chabot je citerai un passage de la lettre que Tabbé Siccard adressait à l'Assemblée le 2 septembre :

« Permettez, Monsieur le président, que je confie à rAssemblée nationale le témoignage de ma reconnaissance pour donner à une action si généreuse (celle de l'horloger Monnot) la plus grande publicité. Une nation chez laquelle des citoyens tels que celui à qui je dois la vie ne sont pas rares doit être invincible. Raconter de pareils actes d'héroïsme c'est remplir un devoir. Les sentir sans pouvoir communiquer l'admiration qu'ils excitent et ne jamais les oublier, c'est l'état de mon âme, plus satisfait de vivre avec de pareils citoyens que d'avoir échappé à la mort.

c Signé : Siccaro. »

Je comprends les sentiments qu'exprime dans sa lettre l'abbé Siccard, si, comme il l'a dit, un citoyen s'est placô entre lui et ceux qui voulaient l'égorger. Aussi bien aurai l-il pu être juste envers Chabot à qui il devait sa liberté. Mais Chabot était un prêtre marié et l'abbé Siccard un prOtre dissident : inde irae,

{N. de PA.)

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dissolution decette municipalité, lorsque je croyais qu'elle voulait s'emparer de tous les pouvoirs, je dois aussi être des premiers à lui rendre la justice qu'elle mérite, et je ne crains pas d'affirmer, parce que telle est ma conviction, que c'est par son énergie et par son dévouement qu'elle a préservé la France de l'invasion étrangère. Je dirai même que l'Assemblée nationale, toute vigoureuse qu'elle fût, aurait eu beaucoup de peine à inspirer le même enthousiasme, parce qu'elle renfermait dans son sein une minorité qui paralysait souvent les mesures énergiques qu'elle voulait prendre et parce cette minorité inspirait une juste défiance à la population de Paris.

D'autres historiens ont beaucoup exagéré le nombre des victimes dans ces fatale journées. Je suis loin d'atténuer Thorreurdecerlainsfaits, mais la vérité suffit. Le tableau eslassez noir sans qu'on ait besoin de le charger.

M. de Sainl-Méard, dans une relation intitulée Mon agonie de 38 heareSj porte le nombre des victimes à 12.847 dans les différentes prisons de Paris. Le sieur Peltier, qui ne trouve pas encore cechiffresuffisanl, leporle à six mille dans la seule prison de Bicêtre et, pour embellir à sa manière, il ajoute qu'on y employa toutes sortes de moyens

de destruction et que les piques, les sabres, les fusils ne suffisant pas, on eut recours aux canons à mitraille, de sorte que tous les prisonniers, même les aliénés, furent tués. Je ne crois pas que de pareils récits méritent une autre réfutation que leur exagération évidente. Un autre écrivain royaliste, M. l'abbé de Montgaillard, en a du reste fait justice. Voici ce qu'il a dit dans son Histoire de France^ tome III, page 207 :

(( D'après les indications conservées, on a hi presque certitude que les prisons ne contenaient pas moins de 3. 000 individus et que seulement trois ou quatre cents ont été sauvés. Comme si ce n'était pas assez de ce nombre de victimes, des folliculaires, qui se proclament amis delà royauté, par exemple un nommé Peltier, ne rougiront pas del'exagérer; ils affirmeront que le carnage a duré huit nuits et huit jours const^cutifs à Bicêlre, etc. (i)... »

M. Dulaure est le seul écrivain qui, dans ses Esf/uisses, ait répété, aprèsM.Lacretelle, le conte absurde que M"^ de Sombreuil n'obtint la grâce de son père qu'à la condition de boire un verre de

(i)M. Mortiiner-Tcrnaux(//i«/. (/e/a Terreur), n*a pas dépassé le chitfre de i3G8 viclimes pour les huit prisons de Paris. Les autres 6latiâU.(ueâ docunici.tucs solI cucore iofcrieurcs. (A^ de PÊd,)

sang. Aucun de ceux qui ont échappé aux massacres des 2 et 3 septembre n'a parlé de ce fait ; il convient donc de laisser le triste honneur de cette invention à l'imagination déréglée d'un homme qui plus d'une fois en a imposé au lecteur dans son Histoire de France^ et je ne crains pas de lui appliquer cet axiome de notre droit public: semel mendax^ semper mendax.

Que M. Lacretelle se permette de semblables épisodes, cela ne doit surprendre personne, mais que M. Dulaure s'en fasse l'écho, c'est ce que j'ai peine à comprendre. Les massacres de Septembre ne sont déjà que trop réels sans supposer des crimes qui n'ont jamais existé et qui ne tendent qu'à rendre odieux tout ce qui lient à la Révolution (i).

(]) Od sait que l'imaçinatioD un peu sadique de notre Mkhelet national n'a point repoussé tout à fait ce trait. M. Morlimer-Ternaux I*a repris sur la foi d'une lettre tardive de M. de Villelume, le fils de M>^' de Sombreuil morte en i8a3. M. Granicr de Cassagnac a cité cette lettre dans son Histoire des journées de septem* bre, t. Il, p. aa6.

La part d'une imagination déjà romantique est visible dans le récit que M. de Villelume dit tenir de sa mère « qui n'aimait pas à parler de ces tristes et affreux temps ». On y lit que le verre de saug que M"* de Sombreuil but « sans hésiter • sortait de la tête de M. de Saint-Mart, un ami de sa famille, qu'il était mélangé de c vin et de poudre v ; et il y est dit en outre que, dans sa lulle contre les bourreaux de son père, Mi" de Sombreuil /a/ blessée trois fois. L'inexactitude est ici flagrante, car, si le verre de sang pouvait, à la rigueur, avoir été bu sans témoins disposes à en témoigner, les blessures devaient rester et les contemporains et amis de M''* de Sombreuil, tous ceux qui ont célébré justement son dévouement jus<|ue dans l'Âssembltc nationale, n'eussent pas manqué d'insister sur ces détails sensibles.

I9J mJ;moires de choudieq

Le^ouvéjdans son Éloge des/emrmSy^L célébré en jolis vers le dé^^oueraent des demoiselles Gazette et de Sombreuil, exposant leur vie pour sauver celle de leur père, mais il n'a point porté lexagération perm-se aux poètes jusqu'à dire qu'elles ava'enl bu un verre de sang afin de 1 oblenir.

Au surplus, voici le jugement que l'abbé de Monlgaillard porte sur M. Lacretelle, le jeune (toms III, pa^e 242) : « Lacretelle jeune, gazelier historien, qui fut le flatteur des gouvernements révolutionnaires ou usurpateurs^ aussi longtemps qu'ils retinrent le pouvoir, et qui devint leur ennemi aussitôt qu'ils le perdirent... »

Si j'ai cité contradictoirenfient des écrivains royalistes ouss disanUels, ce n'estque dans l'intérêt

0.1 peut donc pcaser, sans moLlre e« cause la bonne foi de M. de Villclufti'», que M''' de Sombrcuil a fi.ii par croire à «sa légende • citée pojr la première fois en iSoi par Lcgouvé dans les notes annexées au Mérite des fetumes. Il n'en e^t pas question dans le [>oème où l'on peut lire au contraire des vers comme ceux ci :

« F«iut-il qu'au meurtre en vjmi son père ait échappé! « Des brijjands Pont absous, des ju^es l'ont frappé I

On peut donc croire que LegonvJ' ignorait lui-même rbisioire (lu verre de sang^ quand il co:n,>osa son poème. Le trait dut lui i*tre conlô un soir q.ie son élève, la laide M"* Duzhenoi s, récitait ses vers « en qncUjue soirée charmante ».

Sur le re^'is'.re de lAbba^v, oa lit en regard du nom de Som> breuil ; Jugé par le peuple et m'se.i liberté. (iV. de VÉd.).

de la véiité. Je me sépare eiitiërement de M. l'abbé de Montgaillard lorsqu'il di(, à la page 208 du volume cité plus haut : « Ce qui ajoute réellement à l'horreur des massacres de septembre, c'est que les exécuteurs allaient, les jours suivants, toucher à la caisse de la Commune le salaire qui leur avait été promis ; et, comme pour braver toute ignominie, les ordonnateurs du massacre en conserveront les preuves : on trouvera longtemps après, dans le dépôt de la comptabilité du conseil de la Commune, des bons signés Tallien, Méhée. »

Quand on avance des faits comme celui-là, il faudrait du moins les appuyer sur quelque chose. Je sais que Tallien et Méhée ont été accusés de cechei par quelques folliculaires, comme les appelle M. de Montgaillard, et même par desmembresde la Convention, mais ceux qui l'ont fait ontélé constamment démentis. Il y a assez de reproches à faire à ces deux individus ^Tallien et Méhée) sans inventer contre eux des invraisemblances.

M. de Montgaillard n'indique point la source de son opinion; mais je crois pouvoir le faire pour lui. On va voir à quoi se réduisent les pièces comptables dont il parle.

J'ai lu dans un ouvrage intitulé Quelques-uns des

fruits amers de la Révolution{ i), attribué à M""la marquise de Fausse-Lendry, qu'il avait été présenté à Bonaparte premier consul un mémoire portant l'énumération des sommes payées par la municipalité de Paris pour dépenses depuis le lo août jusqu'au 5 septembre. Ce mémoire était si^né par un nommé Guenot, se disant administrateur des domaines et finances de la Commune de Paris, et contenait notamment l'état des sommes payées dans les premiers jours de septembre. Savoir, entre autres articles, ceux-ci qui semblent plus spécialement affectés :

I* A M. Talliea pour un coffre-fort destiné à la conservation des objets précieux 3o fr.

2° Pour menues dépenses à Teffet d'ensevelir les morls 24

30 Pour transport d'effets trouvés sur des individus morts dans les prisons 84

4** Pour transport de cadavres et acheter de la chaux i4^3

5o Mandat du 4 septembre pour prix du temps de l'enlèvement des prêires de Saint-Firmin, pendant deux jours 4^

G° Pour l'enlèvement des corps à Tabbaye de Saint- Germain 3o

7*» Pour le chargement des cadavres sur les voilures 5o

8" Mandat pour transporter deux commissaires à Bicêtre et à la Salpètrière, pour calmer Teftervescince des citoyens aS

(1) Non pas dans le récit même de M** Paysac de Fausse-Lendry, mais dans le recueil des Souvenirs sur les journées de septembre où il fut réimprime. [N, de VÉd.).

Si c'est là ce qu'on appelle la preuve du salaire qui aurait été accordé aux assassins, je ne vois pas cju'on puisse en faire un crimeàTallien et à Méhéc, car je n'y trouve rien qui prouve que ces sommes aient été employées à un usage répréhensible, et comme aucun autre compte n'a été rendu public sur ces événements, j'en tire la conséquence que M. Lacretelle, qui prétend qu'il a été accordé 24 francs par jour à chaque assassin^ a encore inventé cela.

Au surplus, le mémoire que je viens de rappeler n'a lui-même aucune authenticité ; car il n'est appuyé sur aucune pièce originale, pas même des signatures de Tallien et de Méhée, qu'on prétend en avoir été les ordonnateurs, et celui qui a voulu s'en faire un mérite en le présentant au premier consul a la bonhomie de convenir que les originaux ont été brûlés. Il faudrait alors savoir avant tout comment il a pu s'en procurer une copie. D'ailleurs, ce qui me porterait à croire que les originaux n'ont même jamais existé, c'est que ce compte est établi en francs et que le calcul décimal n'existait point encore à cette époque, car ce n'est que sous la Convention nationale qu'il a été présenté et adopté, sur le rapport de Prieur de la Gôte-d'Or.

âOO MÉMOIRES DE CHOUDIEU

Enfin, une autre preuve qu'il n'a point été distribué de salaire aux assassins de septembre, c'est que plusiieurs personnes échappées aux massacres ont rendu justice à leur désintéressement.

M. de Saint-Méard^dansTavertissement qui est en tête de son Agonie de 38 heures^ écrit entre autres choses que la principale raison qui l'engage à publier son récit est de faire voir que c( si le peuple est impétueux et irrésistible lorsqu'il se croit trahi, il ne faut pas pour cela désespérer de sa justice ». M. de Saint-Méard rapporte au long ce c[u'il a vu, il déclare que lorsqu'on l'interrogea il s*avoua franc royaliste, sur quoi l'un des juges

dit mot pour mot : « Ce n'est pas pour juger les opinions que nous sommes ici. » Quant M. de Saint-Méard eut fini de parler, le président, après avoir ôté son chapeau, dit : « Je ne vois rien qui doive Jaire suspecter Monsieur Je lui accorde ia liberté. Est-ce votre avis? Tous les juges répondirent : Ouij ouij c'est Juste. A peine ces mots divins furent-ils prononcés que tous ceux qui étaient dans le guichet m'embrassèrent. » Trois personnes furent chargées d'annoncer ce jugement au peuple, trois personnes furent chargées d'accompagner M. de Saint-Méard (i), et, aussitôt

(i) M. Journiac de Saint-Méard dit textuellement :

« Le Président chargea trois personnes d'aller en dépulatioa

qu'il parut dans la rue, run d'eux s'écrîa : Citoyens, voilà celuipour lequel vos juges demandent aide et protection. Tous les spectateurs applaudirent aux cris de Vive la Nation! Ces trois hommes raccompagnèrent jusque chez lui. « Le premier mou-

annoncer au peuple le jaçement qa*on venait de rendre. . Le président me demanda pourquoi je ne portais pas la croix de Saiot- Louis, qu'il savait que j'avais. Je lui répondis que mes camarades prisonniers m*avaient invité à Tôter. Il me dit que rassemblée nationale n'ayant pas défendu encore de la porter, on paraissait suspect en faisant le contraire. Les trois députés rentrèrent et me firent mettre mon chapeau sur ma tête ; ils me conduisirent hors du çuîchet. Aussitôt que je parus dans la rue l'un d*eux s'écria : Chapeau bas... citoyens, voilÀ celui pour lequel vos juges demandent aide et secours. — Ces paroles prononcées, le pouvoir exécat if m'eulex A, placé au milieu de quatre torches, je fus embrassé de tous ceux qui m'entouraient. Tous les spectateurs crièrent : Vive la Nation 1 Ces honneurs, auxquels je fus très sensible, me mirent sous la sauvegarde du peuple qui, en applaudissant me laissa passer, suivi des trois députés que le président avait charge de m*escorter jusque chez moi.

ITn d'eux me dit qu'il était maçon, et établi dans le faubourg Saint- Germain ; l'autre, né à Bourges et apprenti perruquier ; le troisième, velu de l'uniforme de garde national, me dit qu'il était fédéré.

c Chemin faisant. le maçon me demanda si j'avais peur. Pas plus que vous, lui répondis- je; voRs devez vous être aperçu que je n'ai pas été intimidé dans le guichet ; je ne tremblerai pas dans la me. Vous auriez tort d'avoir peur, me dit il, car actuellement vous êtes sacré pour le peuple, et si quelqu'un vous frappait, il périrait sur-le-champ. Je voyais bien que vous n'étiez pas une de ces chenilles de la liste civile, mais j'ai tremblé pour vous quand vous avez dit que vous étiez ofBcier du roi. Vous rappelez-vous que je vous ai marché sur le pied ? — Oui, mais j'ai cru que c'était un des juges. — C'était parbleu bien moi, je croyais que vous alliez vous fourrer dans le haria, et j'aurais été fâché de vous voir faire mourir ; mais vous vous en êtes bien tiré ; j'en suis bien aise parce que j'aime les gens qui ne boudent pas.

« Arrivés dans la rue Saint-Benoit, nous montâmes dans un fiacre qui nous porta chez moi. Le premier mouvement de mon hôte, de mon ami, fut, etc. •

vement de mon hôte, dit-il, de mon ami, en me voyant arriver sain et sauf, fut de leur offrir son portefeuille. Ils le refusèrent et lui dirent en propres termes : Nous ne faisons pas ce métier pour de r argent... Voilà votre ami, il nous a promis un verre d'eau-de^vie, nous le boirons, et nous retournerons à [notre poste. »

M. Bertrand de Molleville qui, en entendant le 2 septembre le canon d'alarme, se persuadait que c'était l'annonce d'une grande victoire et dont toutes les espérances s'attachaient au succès des armées étrangères, ainsi qu'il le dit, page 2'i4 du tome II de ses Mémoires^ ne peut cependant pas se refuser à rendre hommage au désintéressement de ceux qui sauvèrent son frère à cette époque et, quoiqu'il les qualifie d'assassins, je citerai ses propres paroles pour prouver, du moins, que ces hommes-là n'étaient point des hommes d'argent :

« A peine les bourreaux eurent-ils entendu le mot innocent, dit cet historien (page 216, tome II) que ceux dont les bras étaient déjà levés pour l'égorger se précipitèrent au devant de lui avec des transports de joie immodérés et l'accablèrent à plusieurs reprises de leurs horribles caresses... » Puis il ajoute: (c 11 leur présenta une poignée d'asgnats de cinquante livres pour leur témoigner sa

reconnaissance, et il les refusèrent en disant que le bonheur de l'avoir sauvé valait mieux que ça. »

M, Weber convient également dans ses Mémoires qu'il a échappé aux massacres de la Force; mais il ajoute : « En vérité, quand on réfléchit à ce que ces brigands appelaient innocent, on rougit d'avoir été trouvé tel par eux, »

Jeviensdeparlerd'un ouvrage intitulé Quelquesuns des fruits amers de la Révolution; ce n est pas sans surprise que j'y ai lu, page 74, que Fauteur, unedame,qui convient qu'elle adula vie au nommé Pochetj l'un des juges du tribunal établi à la Force, ajoute, en parlant de Manuel qui s'était porté aux prisons pour arrêter l'effusion du sang: « Manuel ent l'air de désapprouver tout et n'empêcha rien. )>

Cependant il se trouve à la page suivante une note des éditeurs où il est dit que Manuel, s'étant transporté à la Force, à la sollicitation de M. de la Trémouille, fit mettre en liberté M. de Saint- Brice et M"® de Tourzel. Il est vrai que, tout en rendant compte de ces deux bienfaits, les éditeurs ajoutent que Manuel chercha des défaites en ce qui concernait M"« de Tourzel, pour s'excuser de celte belle action et qu'il ne la fit que malgré lui. Mais où trouver un seul historien de la Révolution qui, même en rapportant une belle action d'un repu-

blicain, ne cherche pas à en atténuer le mérite en la dénaturant?

Ces mêmes éditeurs, en convenant que Manuel sauva la célèbre M™* de Staël des dangers qu'elle courait à THôtel-de-Ville, ajoutent encore : « Mais on verra plus bas quelle insensibilité il porta au milieu des massacres. Qui expliquera le coeur de l'homme capable d'avoir des sentiments si contraires ? »

De semblables réflexions ne m'étonnent pas de la part de ces raconteurs d'h'stoires accoutumés à spéculer sur la calomnie et à la vendre à des libraires assez peu délicats pour la payer. Ici je remarquerai seulement en passant qu'il est peu généreux de remuer les cendres d'hommes qui ont aussi été victimes de la Révolution et de leur supposer des intentions autres que celles qui ressorlent des faits eux-mêmes, pour expliquer malignement ce qui mériterait quelque gloire.

La conduite de Manuel fut vraiment courageuse et rare dans ces tristes journées.

Pétîon faisait encore partie de la municipalité, mais il n'est pas à ma connaissance qu'il se soit transporté aux prisons pour essayer de rétablir Tordre. D'ailleurs, il est à croire que ses efForls eussent été aussi împuissan!s que les nôtres. Je

dois le dire ici : il semblait que la peur eut paralysé tous les courages et personne n'osait opposer de digue au torrent ; on lui laissait si^ivre librement son cours, qu'aucune force humaine n'était capable d'arrêter.

Il est un fait que je tiens d'un témoin oculaire, Duhem, UDtre collègue, qui dînait le 3 septembre chez Pétion. Ce jour-là, dans la soirée, une troupe encore toute dégouttante de sang entra dans la salle à manger et le chef delà bande dit à Pétion : Citoyen maire, nous venons prendre tes ordres. — Mes am's, leur dit Pétion, est-ce que cela (inira bientôt? Il est temps que cela finisse. — M"® Pétion, se leva et leur versa à b jire.

Je ne rapporte pas cela pour qu'on en t're la conséquence que Pétion dirigeait le mouvement. Je veux seulement dire que ni lui, ni aucun fonctionnaire public, excepté Manuel, n'eiirenl le courage de s'oppos2r à ces scènes d'horreur, tant la stupeur était grande.

Il est une calomnie relative au duc d'Orléans sur laquelle je crois devoir émettre mon opinion. Un écrivain nommé Sénart se disant lui-même agent révolutionnaire et (secrétaire du comité de Sûreté générale, c'est-à-dire agent de police, titre

qui n'est pas très respectable à mes yeux, accuse, à la page 34 de ses Mémoires, le duc d'Orléans d'avoir dirigé les massacres de septembre et particalièremeat celui de la princesse de Lamballe, pour se dispenser de lui payer une rente viagère de 5oo.ooo francs qu'îF loi devait. D'abord le duc d'Orléans n'a jamais dû payer de rente viagère à la princesse de Lamballe. C'était le duc dePenthièvre,qui s'était engagé, au contrat de mariage de cette princesse, à lui payer non pas une rente viagère de 5oo.ooo francs, mais de 3o.ooo si elle survivait à son mari; et, comme le le duc de Penthièvre vivait encore le 2 septembre, ce n'était qu'à lui seul que pouvait être profitable l'extinction de cette rente. Il est vrai que plus tard elle devait profiter à la duchesse d'Orléans, sa fille, mais cette princesse était séparée de biens avec le duc d'Orléans, son mari, par jugement (lu 25 juillet 1792, antérieur par conséquent aux massacres de septembre. 11 n'est donc même point vrai de dire que les intérêts du duc d'Orléans étaient engagés dans les journées de septembre. Qu'on ajoute maintenant quelque croyance àces fabricants d'anecdotes bien perfides et bien scandaleuses. Mais que peut-on attendre d'un vil agent de police? On connaît le mot de M. de Sarline à

ceux qui lui reprochaient de n'employer dans sa pjlice que des hommes méprisables : Trouvezmoi un honnête homme qui veuille faire ce mélier-là (i).

Unpoètebien connu (2), que personne n'accusera cl*ètre un révolutionnaire, a déjà vengé le duc d*Orléans d'une calomnie aussi peu fondée et en même temps ceux qui ont été accusés non moins injustement d'avoir inspiré les massacres de sep* tembre. « Les véritables auteurs de ces journées, dit-il dans la Némésis^ furent les Prussiens et les émigrés qui soulevèrent le peuple à leur approche, le peuple qui fit une justice terrible de leurs partisans et de leurs complices, n

On fait un crime à des hommes énergiques et exaltés des moyens qu'ils employèrent pour pré-

(1) Sénart, dans ses Mémoires publiés par Dumesnit (a) prétend aussi avoir été présideot d'une commission militaire et révolutionnaire à Tours et correspondant des représentants du peuple à Tarméc de l'Ouest (page lo). — Je nie ces deux faits. U prcLendausM, à la même pagC| avoir été charçé par le Comité de sûreté générale, d'interroger Santerre et d'ejcaminer ses papiers. La preuve et les pièces matérielles de la corruption de Santerre par d'Orléans sont jointes, dit eucore Sénart, au procès- verbal et signées de lui. Nouvelles impostures, car le Comité ne déléguait pas ses fonctions et Usejcerçait lui-même. D'ailleurs Santerre n'a jamais été arrêté ni interrogé. (iV. de CA,)

(3) Barthélémy.

(a) Alexis Dumesnil, que M"* Tallien, devenue princesse de Chimay^appelle « re reptile •. Huns une Itllre à M. Puugcns liuUo de Bruxelles, 18 juia 1621. (X de lÉ.)

208 MÉMOlRblS D£ CHOUDIEU

server la France de Tinvasion étrangère. Mais que l'on songe au nombre de têtes qui eussent été sacrifiées en expiation du io Août. Mieux eût valu sans doute, suivant certains moralistes, laisser périr la liberté naissante et qui avait déjà coûté (anl de sacrifices! Cependant les hommes qui raisonnent ainsi ont été les témoins des réactions sanglantes qui ont eu lieu en 1796. Que serait-il donc arrivé si les émigrés fussent entrés victorieux eu France?

Si les journées de Septembre eussent suivi immédiatement celle du 10 Août, on pourrait dire qu'elles furent la conséquence d'un mouvement impétueux qu'aucune force humaine n'était capable d'arrêter-, on pourrait les comparer à l'éruption d'un volcan dont la lave détruit tout sur son passage avant de se précipiter dans la mer; mais, après vingt jours, ce n'était plus que le reste dun vaste incendie dont le feu couvait encore sous la cendre, et la cendre populaire remuée par des causes extraordinaires a rallumé un second incendie plus terrible que le premier.

On m'accusL^ra peut-être de chercher des excuses à un grand crime. Je n'excuse rien. Mais comment juger froidement des choses qui ont été con;nes et accomplies dans la fièvre.

LES JOURNEES DE SEiTEMBRE 201)

La retraite précipitée de Menin et rinaclion de nos armées qu'on attribuait non sans raison à la perfidie du pouvoir exécutif, la reddition de Longwy livré sans coup férir par la traliison de son commandant, Tinsolente proclamation de Brunswick menaçant Paris d'une destruction totale si on osait lui résister, la marche approchante d'une armée nombreuse avec son avant-garde d'émigrés qui ne dissimulaient pas leurs projets de vengeance, tout concourait à porter au dernier degré l'exaspération des habitants de la capitale j et si Ton joint à ces circonstances les bruits vrais ou faux que l'on répandait touchant la capitulation de Verdun et l'intention attribuée aux royalistes de n'attendre que le moment du départ de la nou* velle armée parisienne pour délivrer les prisonniers politiques et massacrer les femmes et les enfants de ceux qui allaient combattre, on comprendra peut-être que des hommes, prêts d'ailleurs à sacrifier leur vie à la défense de la patrie, aient conçu l'idée de se débarrasser des ennemis intérieurs avant d'aller combattre l'ennemi du dehors, idée sans doute très condamnable, mais qui a reçu son exécution au moment même où elle a été conçue (i).

(i) Après avoir exploité politiquemeot l'horreur des massacres

La ville de Verdun capitula le 2 septembre dans l'après-midi. La nouvelle ofOcielle en parvint dans lajournée du 3 septembre à l'Assemblée nationale qui était en permanence. Aussitôt que cette nouvelle fut connue, je fus entouré par plusieurs députés qui, faisant allusion à laletlre dont j'avais donné lecture dans la nuit du premier au deux septembre, me demandèrent ironiquement ce qu'était devenu le brave Beaurepaire.L'un d'eux, Aubert Dubayet, me dit : « Et ton Beaurepaire, dont tu nous lisais la lettre, et qui nous assurait qu'il n'existerait plus lorsque Verdun serait pris, comment va-tril? Patience, lui répondis-je, j'attends de ses nouvelles, ne soyez donc pas plus pressé que moi. »

Peu de jours après, Delaage, adjudant major du i*''^ bataillon de Maine-et-Loire, aujourd'hui lieutenant g(fnéral en retraite, me remit une copie

de septembre, Napoléon eu parlait assez librement en 1816, suivant le texte du Mémorial:

« Ce terrible évéoement, continuait l'empereur, était dans la force des choses ft dans l'esprit des hommes. Point de boulevcr» sèment politique sans fureur populaire, point de danger pour Je peuple déchaîne sans désordres et sans victimes. Les Prussiens entraient ; avant de courir à eux, on a voulu faire luain basse sur tous leurs auxiliaires dans Paris: peut-être cet événement influatil dans le temps sur le salut de la France. Qui doute que, dans les derniers temps, lors(]ue les étrangers approchaient, si ont eût renouvelé de telles horreurs sur leurs amis, ils eussent jamais dominé la France. » (.V. de VÈd.)

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