SUR LE RECRUTEMENT
hommes, je proposai un amendement portant qu'il n'y aurait aucune espèce d'exception, pas même pour les membres du corps législatif, qui seraient célibataires et n'auraient pas atteint l'âge délerminé par ladite loi.
Le Hardy de la Seine-Inférieure qui, je crois, se trouvait atteint comme moi par cet amendement, et à qui d'ailleurs il suffisait que la proposition fût faite par un montagnard pour qu'il crût devoir la combattre, m'attendit à la descente de la tribune et me reconduisit jusqu'au bureau des secrétaires, dont je faisais partie, en m'accablant d'injures. Je ne me fâchaf pas d'abord etje lui observai très tranquillement que je faisais si peu d'atten-, lion à ses injures que je le priais de vouloir bien monter au bureau pour les consigner par écrit, afin que je pusse m'en souvenir. Il entra dans une nouvelle colère et me traita de monstre, de scélérat, etc. Je ne répondis pas un mot à ses injures, mais, le voyant sortir de la salle, je le suivis dans les corridors où il recommença à m'invectiver de nouveau. Alors, perdant toute patience, je lui crachai à la figure.
Il ne faudrait pas croire qu'en rapportant cette anecdote mon intention soit d'en tirer vanité; je confesse au contraire que j'eus tort d'où-
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Ijlier que nous étions tous les deux représentants du peuple. Mais le parti du mouvement était alors, comme il Test encore aujourd'hui, en présence du parti qui voudrait empêcher la Révolution de marcher. D'ailleurs la patience a des bornes, et il n'est pas dans le caractère français de se laisser insulter impunément.
Cette affaire pouvait avoir des suites sérieuses, .mais deux de nos collègues, Lamarque et Jouenne, qui avaient été témoins de son commencement, cl qui ne nous avaient pas perdus de vue, vinrent s'interposer comme médiateurs.
Le Hardy, qui, selon toutes les apparences, n'avait pas beaucoup d'envie de donner suite à celle aventure, se montra très disposé à un accoramodement, si je voulais convenir que j'avais eu tort, (îomme le premier mouvement de vivacité était déjà passé, et queje l'avais insulté plus gravement que je ne l'avais été par lui, je convins facilement de ce qu'il exigeait de moi ; mais j'y mis à mon .tour une condition, c'est qu'il ne récidiverait pas, parce qu'il avait dû se convaincre que je n'étais pas d'humeur à le souffrir. Sans doute de pareilles scènes sont à déplorer; mais lorsque chaque jour nous étions provoquéspar les invectives d'hommes
qui, comme aujourd'hui, pouvaient être appelés