‹ Mémoires et notes de ChoudieuChapitre 43 sur 94 · PROCONSUL MONTAGNARD · texte numérisé non relu

PROCONSUL MONTAGNARD

Je ne répudierai point le titre de proconsul qu'on a prodigué à tous les montagnards qui ont marché à la tête de nos colonnes républicaines, parce que ces prétendus proconsuls ont les premiers donné l'exemple du dévouement à la patrie, et que, se précipitant au milieu des bataillons ennemis en chantant la Marseillaise et le drapeau tricolore à la main, ils ont fixé la victoire autour de cet étendard glorieux, qui épouvanterait encore tous les despotes de l'Europe, s'il apparaissait aux peuples qui supportent impatiemment le joug de leurs tyrans, présenté par des hommes capables (le le faire respecter, comme le firent alors les

proconsuls sortis des ran^s de cette terrible Montagne.

Oui cette Montagne fut terrible, mais elle ne le fut que contre les ennemis de la Révolution, soit de rintérieur, soit de Textéricur, et c'est un crime que ne lui pardonneront jamais ceux qui se font honneur d'avoir courbé leur tête sous tous les genres de despotisme. Heureusement il est encore des Français qui ne partagent pas cette opinion.

Ces proconsuls montagnards n'ont été ni des proscripteurs, ni des hommes avides de richesses, car ceux qui ont échappé à la tourmente révolutionnaire sont restés beaucoup plus pauvres qu'ils ne l'étaient à cette terrible époque pendant laquelle leurs accusateurs se sont gorgés d'or et de «ang.

Quoi qu'on ait pu dire de 1 793, on est forcé de convenir que cette année et celle qui la suivit furent fertiles en grands événements. Par qui furent préparés et dirigés ces événements ? Quels sont ceux qui organisèrent nos quatorze armées? Quels sont ceux qui marchèrent constamment à leur tète? Est-ce qu'on pourrait citer à ce propos quelques-uns des « vainqueurs de thermidor «, de germinal ou de prairial? Si des déserteurs de lacause

populaire se sont mêlés quelquefois dans les rangs de nos braves à Marseille, à Toulon, à Bordeaux, à Lyon et même à Quiberon, ce ne fut que pour faire couler le sang français par des mains françaises, triste honneur que je ne leur envie pas, parce que ceux auxquels il appartient déshonorèrent la victoire en frappant des ennemis désarmés.

Mais revenons aux prétendus proconsuls montagnards. N'est-ce pas Carnot, qui tenait alors à honneur de figurer dans les rangs de la Montagne, et qui, marchant un fusil à la main, à la tête de nos grenadiers, fit lever le siège de Maubeuge î N'est-ce pas à ce même Carnot et au savant Prieur de laCôte-d'Or, officier du génie comme lui, et également membre du comité de Salut public, que Ton doit les plans de campagne qui ont déjoué la vieille tactique des généraux prussiens et autrichiens ?

N'est-ce pas à Robert Lindet que l'on doit en grande partie les brillants succès de nos armées? — Carie courage seul ne suffit pas, et le plus grand obstacle que puisse éprouver une armée qui entre en campagne est le manque de subsistances. N'estcd pas lui qui conçut le projet gigantesque de faire parvenir par terre des fourrages à l'armée du Nord du fond de la Normandie jusqu'à Lille et Mau-

beugc? Il faul avoir élé témoin de celle opéralion pour en apprécier les difficultés.

Quel esl celui qui, par son exemple et son dévouemeiit, décida le succès de la bataille de Honschoote que Houchard avait compromis par son inertie ou sa trahison? Ne fut-ce pas Levasseur de la Sarlhe qui, sans être militaire, osa encourir une grande responsabilité en ordonnant des mesures qui, si elles eussent été complètement exécutées, eussent peut-être empêché l'armée d'Yorck de rejoindre ses vaisseaux? Et celte responsabilité était d'autant plus dangereuse pour lui que les instructions données aux commissaires conventionnels envoyés aux armées portaient expressément qu'ils ne devaient s'immiscer en rien dans tes plans de campagne.

Saint-JustetLebas n'ont-ilspas également contribué puissamment aux premiers succésde l'armée du Rhin ? Cochon et Briez n'onl-ils pas défendu avec courage la ville de Valenciennes et obtenu une capitulation honorable, lorsqu'une plus lon- ^e défense était devenue impossible ?

Ne sonl-ce pas deux montagnards, Rewbell et Merlin deThion\iIIC; qui ont soutenu un siège long et meurtrier à Mayence contre l'armée du roi de Prusse? Et quoiqu'ils aient abandonné dei>i>i-^ !a

cause populaire je ne puis m'abstenir de leur rendre ici justice.

Les armées des Alpes et des Pyrénées n'ontelles pas constamment été conduites à la victoire par Soubrany , par Garraud , et par Fabre de l'Hérault? Ce dernier auquel on n'a pas jusqu'ici rendu assez de justice, car à peine a-t-on parlé dans les bulletins de son noble dévouement, préféra périr sur une pièce de canon qu'il dirigeait plutôt que de l'abandonner (le 12 janvier 1794)-

Quels sont ceux qui ont organisé tous les services de l'armée de l'Ouest ? Et, s'il est permis de parler de soi, lorsqu'on a été si longtemps l'objet de tant de calomnies, pourquoi ne dirais-je pas que nous fûmes chargés, Richard et moi, de cette mission difficile depuis le commencement de 179^ jusqu'à la fin de l'année ; et qu'un autre montagnard, l'intrépide Bourbotte, qui nous fut adjoint, fit preuve d'un grand courage pendant cette longue et pénible campagne.

Ne sont-ce pas encore Merlin de Douai et Gillet qui présidèrent à la résistance qu'opposèrent les braves habitants de Nantes à toutes les armées réunies de la Vendée commandées par Cathelineau^d'Elbée, Bonchamp, Stofflet, Marigny^ Sapinaud, d'Âutichamp, Talmont, Charette et tout ce

qu*il y avait de chefs distine^ués dans l'armée ven« déenne.

Parlerai-je ici des éclatantes victoires remportées par Tarmée du Nord en 1794? Et dois-je dire que la Convention nationale nous conOa à Richard et à moi le soin d en surveiller et diriger tous les services ?

illette campagne se termina par la jonction des armées du Nord et de la Moselle et par la bataille de Fleurus. Deux autres montagnards contribuèrent encore aux succès de cette journée, Bourbotte^que nous avions déjà surnommé à l'armée de rOuest « le brave des braves », et le savant Guyton de Morveaux qui, monté dans un aérostat, contribua au succès de la bataille en reconnaissant tous les mouvements de l'ennemi.

J'ai dit que je ne répudiais pas le titre de proconsul, qui ne nous a été donné que pour jeter de l'odieux sur toutes nos opérations, mais je suis loin de convenir que ces prétendus proconsuls ne sont arrivés aux armées que pour les désorganiser et pour envoyer à l'échafaud nos plus illtistrès généraux, comme quelques écrivains n'ont pas craint de le soutenir.

Si Houchard, Custines, Biron, et quelques autres généraux moins marquants ont porté 'eur

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tète sur l'échafaud, ces hommes-là passeront toujours pour coupables à mes yeux tant qu*on ne m'aura pas prouvé leur innocence. L'axiome qui proclame que la chose jugée doit être considérée comme la vérité est de tous les temps et de tous *es Vieux: lies judica ta pro veritale habetur. En vain me dirait-on que cette maxime n'est point applicable aux temps de révolution; car, si j'en conviens jusqu'à un certain point, force sera de convenir aussi avec moi qu'il ne suffit pas de dire qu'on a condamné des innocents, mais qu'il faudrait aussi le démontrer d'une manière sans réplique.

Je n'ai connu personnellement ni Houchard ni Custines, par conséquent je m'abstiendrai d'émettre sur leur compte une autre opinion que celle qui précède. Quant à Biron, personne n'a été plus à portée que moi de juger sa conduite pendant tout le tempsqu'il commandait l'armée de l'Ouest. Appelé comme témoin à son procès en ma qualité de commissaire près cette armée, j'ai déclaré sous la religion du serment que sa conduite militaire me le faisait regarder comme un traître et je persiste encore aujourd'hui à soutenir que personne n'a plus que lui compromis les intérêts de la République. Ce n'est ni comme grand seigneur, ni comme officier de l'ancien régime que je me suis

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fait une opinion défavorable sur son compte ; car, dans le même temps, j'ai pris la défense des généraux Menou et de Berthier, celui-ci connu depuis sous le nom de prince de Neufchâtel. De tous les côtés on accusait ces deux officiers de n'être pas républicains, et cela n'était pas sans fondement. Cependant personne n'a plus que moi contribué à les conservera l'armée, parce que je ne jugeais pas leur opinion mais leurs actions ; et si Biron eût rendu les mêmes services qu'eux à la République, je l'aurais défendu avec la même énergie. Dans ces temps de prétendue terreur, et tout proconsul que je fusse, celui qui servait bien la république était républicain à mes yeux, j'appréciais les faits et ne cherchais pas à lire dans les consciences. Tels étaient alors mes principes. Ils n'ont point varié (i).

Il s'agit encore de savoir si les années ont été désorganisées par la mise en jugement des généraux dont je viens de parler.

Est-ce qu'on peut accuser d'avoir désorganisé nos armées ceux qui, investis de tous les pouvoirs,

(i) Westermann et Beysser ont peut-être été condamnés un peu légèrement, mais tous deux, à ma connaissance, ont eu de très ^ands torts. Peut-être n'eusse -je pas prononcé leur condamnation à mort, mais à mes yeux ils sont coupables d'avoir résisté à la volonté nationale exprimée par la majorité dé ses représentants. [Pa* piers de VAateur.)

n'en ont fait usai^e que pour aller chercher dans les rang's les plus obscurs tous ceux qui depuis ont conduit si souvent nos soldats à la victoire.

Ce n'était pas désorganiser l'armée que de lui donner pour chefs des hommes tels que Jourdan, Bernadotte, Macdonald, Lefèvre, Hoche, Kléher, Moreau, Pichegru, Bonaparte, Auçereau, Mortier, Brune, Victor, Championnet, Joubert, Suchet» Guilleminot, Dugomnîer, Vaudamne, Songis,Mi sséna, Colaud, Marceau, Clialbos,Turreau,Dejean, Delaage, Abattucci, Travot, les deux frères Faucher, et tant d'autres dont les noms ne sont pas présents à ma mémoire au moment oii j'écris.

Est-ce que ces proconsuls qu'on accuse d'avoir organisé la terreur^ ont fait arrêter ou mettre en jugement un seul de ces généraux- là ? Et si plus tard quelques-uns d'entre eux, comme Moreau el Pichegru, ont abandonné la cause qu'ils étaient chargés de défendre, toujours est-il vrai que tanl que les proconsuls ont été près d'eux dans les «armées, ils n'ont pas osé trahir la patrie. Ainsi, en supposant que la présence seule de ceux-là ait pu inspirer de la terreur, ce ne serait du moins qu'une terreur salutaire.

Une vérité, qu'il faudrait tout d'abord accep'er,

c'est que les temps révolutionnaires ne peuvent pas être comparés avec les temps ordinaires.

En révolution, il faut savoir exciter Tenthou siame, c'est ce que firent les représentants du peuple aux armées, et c'était déjà beaucoup. Quels sont ceux, qui les accusent aujourd'hui, capables d'en faire autant ? Nos généraux euxmêmes, si fiers de leurs broderies, ont oublié presque tous que ce fut celte Convention qui organisa la victoire et que c'est à elle qu'ils doivent leurs grades. Alors ils s'honoraient d'être républicains et ne traitaient pas de proconsuls ceux qui savaient récompenser les belles actions sur le champ de bataille. Qui est-ce qui oserait soutenir, en examinant l'histoire des autres peuples, qui comme nous ont voulu devenir libres, qu'ils n'ont pas dû faire d'immenses sacrifices avant d'y parvenir? Quod nunc ratio est, impectiis fuity a dit Ovide.

Ainsi au lieu de nous plaindre de ce qu'il nous en a coûté pour parvenir au point où nous en sommes, ce devrait être une raison de plus pour nous de défendre avec énergie ce qui nous a coûté si cher.

Ehl comment 'pourrait-on s'étonner aujourd'hui que dans une crise aussi terrible que celle dont nous avons été le témoin, la justice ait pa commettre quelques erreurs I

Absent de la Convention à toutes les époques où elle s'est écartée des règles de l'exacte justice, je n'ai point à craindre qu'on m'accuse d'avoir participé à ces journées et par conséquent de n'en avoir parlé qu'avec partialité pour éviter moi-même le blâme.

Au 3i mai 1793, je combattais les royalistes de la Vendée contre lesquels j'avais été envoyé par la Convention nationale pour organiser l'armée des Côtes de la Rochelle. Resté pendant de longs mois au milieu de l'armée républicaine, j'ai partagé ses revers et sessuccès dont j'ai déjà rendu compte dans une brochure que j'ai fait imprimer dans le temps, et comme je n'ai pu parler à cette époque que des faits accomplis (i), je parlerai plus tard des faits ultérieurs qui ont fait de la guerre de la Vendée un des épisodes les plus marquants de nos dissensions civiles.

Au 9 thermidor, j'étais au quartier-général de l'armée du Nord qui a joué un rôle si important dans nos fastes militaires, et qui, plus que toutes

( 1 ) Rapport sur la guerre de la Vendée, par Choudieo el Richard, du 18 pluviôse an H. (JV. de CEd.)

(a) Choudieu entreprit en effet de remanier son rapport sorU Vendée en vue d'une histoire plus complète, mais ce travail est reste inachevé. Nous le donnons en appendice. (^V. de CEd,)

les autres armées, a contribué à sauver la république; car nous avions à combattre les forces réunies de la Hollande, de TAngleterre, de la Prusse et de TAutriche, qu'elle a repoussées en quelques mois avec des soldats de nouvelle levée et avec des généraux en quelque sorte improvisés.

Il n'y a que l'amour de la liberté qui puisse enfanter de pareils prodiges, et cette campagne, qui s'est terminée par l'immortelle bataille de Fleurus, est trop peu connue pour que je ne me dispense d'en rendre compte (i), quoique les généraux qui en ont dirigé les principales opéralions, Moreau et Pichegru, aient flétri, depuis, tous leurs lauriers, par une lâche défection et se soient rangés sous les bannières de nos plus cruels ennemis. A Jourdan et à ses nobles compagnons d armes, demeure toute la gloire de cette immortelle campagne.

Au 12 germinal je figurais au nombre des proscrits.

Au I®' prairial et jours suivants, si je n'ai pas été traduit devant la commission militaire qui a assassiné nos malheureux collègues, dont tout le crime consistait à avoir demandé que nous

(i) Celle partie des mémoires ii*a pas élé écrite, (iV. de VEd.)

23* MEMOIRES DE CHOiJDIEU

fussions rendus à la liberté qui nous avait été illégalement ravie en germinal, c'est que j'étais à cette époque dans les nouvelles Bastilles thermidoriennes.

Si je rappelle ces journées, ce n'est pas pour me plaindre de ce qui m'est personnel, mais pour venger la mémoire de ceux de mes collègues qai sont morts victimes de leur dévouement. En attendant qu'on leur élève des statues, j'appellerai du moins la reconnaissance nationale et j'ose dire l'admiration sur le courage républicain qu'ils ont montré dans leurs derniers moments.

Je voudrais pour l'honneur de la Convention nationale retrancher de son histoire ces tristes journées. Mais cela ne m'empêche pas de rendre justice à cette assemblée et de proclamer les immenses services qu'elle a rendus à la patrie et à hi liberté.

Victime de quelques-unes de ses erreurs, je ne cherche point à les aggraver. Le bien qu'elle a fait lui appartient à elle seule, le mal n'appartient qu'à sa faiblesse, à l'influence de quelques hommes qu'elle eût dû repousser avec mépris^]Q dirais môme avec horreur ^ et seuls ceux-là sont responsables de tout le sang qui a été versé. Je le dis à regret, mais je le dis parce que j'ai promis de

dire la vérité, ces hommes, qui ont exercé sur elle une si triste influence, sont sortis du sein de la Montagne. Déserteurs de la cause populaire, couverts de sang et de boue, ils ont cru faire oublier leurs crimes, en en commettant de nouveaux, et la Convention nationale a été assez faible pour s'associer à leur hideuse renommée. II est plus d'un brave qui ne le fut pas tous les jours. Telle fut la Omvention nationale. En croyant faire renaître le règne de la justice et de l'humanité, elle a ouvert une nouvelle carrière aux passions haineuses et aux vengeances.

Beaucoup d'hommes faibles avaient contracté une espèce de solidarité avec les réacteurs et, par timidité, ils devinrent les complices du crime. Les événements sont quelquefois plus forts que les caractères.

Quant à moi, ami constant et passionné de la liberté, je n'ai jamais nourri dans mon cœur qu'une seule pensée, l'amour de la patrie, et je n'ai jamais prêté mon appui aux hommes qui, se présentant comme nos sauveurs, ont fait tant de mal à la France. Aussi devais-je être proscrit par les réacteurs qui en annonçant qu'ils avaient détruit l'anarchie et la terreur organisaient le brigandage et Tassassinat.

La seule calomnie qu'on n*ait pas encore osé diriger contre celte Montagne qu'on a dépeinte sous de si odieuses couleurs, c'est d'avoir dilapidé la fortune publique et d'avoir abandonné pour de l'argent la cause populaire. Car tous ceux qui ont succombé sont morts pauvres, et ceux qui ont échappé à la proscription végétèrent, sur leurs vieux jours, dans un état voisin de Tindigence.

Qu'on cesse donc de calomnier la Révolution el les hommes qui y ont pris part. Pour être juste envers elle, on ne doit conserver que le souvenir des grandes cîioses qu'elle a opérées. Ses excès et ses crimes n'appartiennent qu'à quelques hommes qu'elle renie et qui ont déshonoré, si elle pouvait l'être, la plus belle des causes.

Un tem;)s viendra, et il n'est peut-être pas éloigné, ou Ton rendra plus de justice à cette Convention nationale qu'on a cherché à rendre si odieuse. El elle peut dire, dès aujourd'hui, à ses amis comme à ses ennemis, ce que l'orateur romain répondait, dans le sénat, à ceux qui lui reprochaient de s'être élevé au-dessus des lois, en envoyant à la mort Catilina et ses complices : Jai saitré la patrie, — H y a environ deux mille ans que Cicéron a fait celle réponse, et il ne s'est pas

encore élevé une seule voix pour lui en faire un crime. Salas popali suprema tex!

Si la Montagne n'a pas été assez forte pour résister à toutes les attaques et à toutes lescalomnies qui ont été dirigées contre elle, on ne pourra pas du moins l'accuser d'avoir montré de la Iflcbeté dans sa résistance. Elle n'a pas été vaincue, elle a été désarmée sans combat. Ses membres les plus courageux ont été assassinés et non jugés. Le parti vainqueur s'est proclamé le sauveur de la France, et de réaction en réaction celte assemblée nationale, qui avait été si grande et quelques fois si courageuse, afîni par se jeter dans les bras d'un mattre qui, à son tour, a fait croire qu'armé de la massue d'Hercule il avait écrasé l'hydre de l'anarchie, lorsqu'il ne faisait que ressusciter le despotisme absolu.

Le Directoire ne peut être considéré que comme ungouvernement d'attente, de transi lionetdetransformations : dès le premier moment de son existence il a renié son origine. Sorti des rangs de l'ancienne Montagne, il a voulu faire croire qu'il ne tui avait jamais appartenu. Il a provoqué des lois (l'exception contre plusieurs classes de citoyens et nolammentconlre ses anciens collègues.

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Il a voulu maîtriser les élections et lorsqu'il n*a pu y parvenir, il les a fait annuler par des chambres, qui n'avaient de volonté que la sienne.

Qu'en est-il résulté? C'est que ces mêmes chambres, si dociles pour proscrire ceux qui ne pensaient pas comme elles, ont fini par proscrire le gouvernement directorial lui-même lorsqu'il se fut divisé. 11 s'était cru puissant en inventant des conspirations, en formant des commissions militaires pour juger des hommes égarés parmi lesquels il envoyait, comme on Ta fait sous la Restauration, comme on le fait encore aujourd'hui, des agents provocateurs. 11 voulait paraître fort et n'a montré que sa faiblesse.

Je rends justice à la gloire, au génie de Napoléon, mais je dois ajouter qu'il détruisit pièce à pièce toutes les libertés publiques et qu'à me» yeux il ne fut que l'oppresseur de sa patrie (i).

(i) Napoléon apparuldans le monde connue un personnage Dficrveilleux. L'hisloire qui jii^e sans partialité reconnaîtra ses services, mais il prépara quelques lois dont le despotisme fait encore son profit. Soldai heureux, son immense gloire militaire ne Iji sera pas cooleslée ; dans Tadministration, il ^ut mettre les hommes à leur place, mais il ne les estima pas assez ; il sut apprécier ceux qui avaient du talent, mais il ne voulait s'entourer que d'hommes soumis ; il n'accordait sa confiance qu'à ceux qu» savaient céder aux circonstances; quand on lui parlait de quelques hommes de la Uévolution qui avaient du talent et du caractère, je

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Je n'ai Jamais prêté le concours de mes faibles talents au çouvcrncmenl qui lui a succédé, parce que ce gouvernement nous a été imposé par la Sain te- Alliance et que, dès le premier jour, il a séparé ses intérêts de ceux du pays (i).

ne lerais poiiil éloi;a j de les employer, disail-il, maii ces hommes 1i ne savent point plier.

Napoléon avail Eouvent k la bouche le mot itléologue; il qaaimait ainsi ceux qui lui semblaienl avoir une Irndance ver» la perrectibiUté iadéHnie, Tout en les craignant il les regardait comme dn riveurs sur lesquels il cherchail h jeter du ridicule. Etaient idéolofvas, selon lui, ceux qui voyaient le pouvoir dans 1e^ institutions: il appelait cela de la métaphysique, 11 ne voyait le pouvoir que dans ta force.

Il eslimait dangereux toM ceux qui roulaient l'améliora lion sociale, leurs principes s'oppoMinl trop aux formes qu'il avait adoptées. H croyait qu'on ne peut ^uveruer les hommes que par

Napoléon a appris à ses dipens qu'il j avail une autre puiss qje celle des armes, celle de l'opia* ' ;s seules, qui ont délrui

On n'a parlé que des maux de la Révolulion, sans tenir compte de ses bienfaits ; bien plus on a étéjusqu'4 attribuer ceux-ci à la Restauration et aux partisans du Roi qui s'étaient joints aux étrangers pour traîner dans la boue le drapeau tricolore et attacher la croix d'honneur à la queue d'un cheval, comme le fil en i8i4 le marquis de Maubreuil en plein boulevard, quand les alliés entrèrent à Paris. Eh bien, je n'ai jamais été de ceux qui crient: Vive leRoî, vive laLiguelmais lorsque Napoléon se trouva en conflit avec la Sainte- Alliance, j'ai fait taire tous les ressentiments que je pouvais avoir contre lui, je n'ai plus vu que les dangers de ma patrie menacée d'une deuxième invasion, j'ai craint la Restauration qui tendait à nous ramener l'ordre de choses que nous avions voulu détruire. Alors comme tous les bons patriotes j'ai combattu les Bourbons, alliés aux ennemis de la France. Je les ai combattus en pre-

nant parti pour l'homme qui m'avait proscrit et pour son fils parce que celui-là avait tiré IVpëc contre eux. En faisant cela je n'abdiquais point les croyances politiques de toute mavieje croyais servir mon pays et la Révolution bien plus que l'ambition de Napoléon. En tous les cas, on me rendra cette justice que lorsque Napoléon triomphait, à l'époque de sa toute puissance, j'étais loin de son soleil et que je n'ai rien fait pour me rapprocher de lui. Ce ne fut qu'aux jours de la dernière lutte qu'on me vit accepter un poste où je courus quelques dangers (i).

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