LETTRE ANONYME
Au milieu de l'agitation générale qui a eu lien à Dunkerque pendant plusieurs jours, l'autorité a pu manquer de renseignements que l'observateur n'a point laissé échapper.
Depuis plusieurs jours les bruits malheureusement trop vrais, mais exagérés, de la défaite que nous avons essuyée, excitaient déjà une fermentation. Le peuple
s'attendait à chaque instant à voir flotter le pavillon blanc sur la tour.
C'est l'usage depuis un temps immémorial de faire flotter un drapeau sur la tour^ pendant neuf jours, à Tépoque de la Saint- Jean. Ce drapeau est toujours le drapeau reconnu par la nation, quelle que soit sa couleur.
On mit de la lenteur à arborer le drapeau national, cela fit aug^menter la fermentation. Il fut arboré samedi à midi, il flottait dimanche à 7 heures du matin. Je ne sais par quel ordre il fut de suite retiré. La fermentalion redoubla. Le peuple donne toujours des motifs. On disait donc que le général avait ordre de placer le drapeau blanc, que le drapeau blanc flottait à Lille, etc., etc. L'ordre était donné pour la parade, elle n'eut point lieu. Cela fit dire que le général craignait qu'on criât: Vive V empereur!
Ces deux fautes mirent les esprits au comble de l'agitation. Des bourgeois sous les armes ôtérent leurs cocardes. Enfin il parut des drapeaux blancs et l'ordre fut troublé. On disait dans les groupes et on affirme encore qu'un homme était à Dunkerque chargé d'agir ai nom du Comte de Lille. On a dit même qu'il était décoré de l'ordre de Saint-Louis. Au moment où les drapeaux parurent sur la place, on remarqua un indi* vidu paraissant l'un des meneurs ; il était revêtu d'un frac bleu et portait un pantalon blanc à côtes. On cite deux négociants de Dunker:|ue, Rouzé et Grégoric.
On fit plusieurs patrouilles de citoyens dont plu-
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sieurs avaient des cocardes blanches au fond da chapeau.
Ls soir, la diligpencc de Lille arriva très tard. Des cris de Viue le roi se firent entendre.
Le lendemain 2G la fermentation recommença, on excita hautement la troupe à la désertion en lui annonçant que Tcnnemi était en Champag^ne, qu'elle serait assassinée à Dunkerque.
On ne se gônait plus. Les complots étaient formés pour arborer le drapeau blanc. On en faisait dans beaucoup de maisons ; des citoyens se montraient les cocardes qu'ils avaient au fond de leur chapeau.
C'est ici le lieu de dire que le g'énéral, en annonçant la veille ù la troupe les événements arrivés, avait dit à la troupe de ne plus crier Viue l'empereur^ mais Vive la France, Dès lors plus de confiance en leur général. Il ne parut point de proclamation, on ne fit rien pour calmer les esprits, Tépou vante se mit parmi la troupe, aucune mesure ne fut prise. Les officiers firent tout ce qu'ils purent et se dirent trahis. — Comment supposer le contraire?
La troupe déserta. Un officier arracha une cocarde blanche au secrétaire du général Fauconuet; —ce secrétaire, nommé Uouwans, est un ancien commis de Rouzé; il a été placé chez le général à la recommandation de ce dernier par le canal de M. Bastien, négociant. Cet homme est un sot, mais un royaliste.
Ce secrétaire fut Tun des plus zélés volontaires royaux, il compte être aide-de-camp du général Fauconuet.
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Ces faits donnenl bien des choses à supposer, des espèces de cerlitudes même. Les officiers se disent
Od dit que le conseil municipal a fait retirer le drapeau tricolore de la tour, que c'est ce conseil qui avait décide d'y faire floUer le blanc. Il y avait au moins desmcnâes sourdes ; beaucoup de personnes s'entendaient, les premières de la ville et des gens suspects, quoique jouissant de la considération. Si le général' Leuoir est bon, il ne peut rien prendre sous son bonnet, enfin on maintient qu'il aurait fallu des proclamations aux habitants et les prendre par leur intérfl. D'autres i lu troupe dans un autre sens.
— Une lettre anonvme ne mérite en d'autres temp» aucun ég'ard, mais des écrits pouvant rester, uc faites point mention de celle-ci. Vous jugerez de faire usO!^& en secret des renseignements qu'elle donne, afin que rien ne transpire des mesures qu'on doit prendre san» délai; brdlez-là au nom de la Iranquillilê d'un pire de famille, que personne ne la voie que l'estimable monsieur Choudicu.
On faisait chez Hcjart, tapissier rue de l'Église, uu drapeau blanc pour la musique de la gai-dc nalionalc.
Les gens de police de Dunkerque paraissent ne pas avoir le meilleur esprit ; ils sont imbus des préjugés de la ville; du moins ils le paraissent. Un nommé Everaert, demeurant près du Pavillon, portait le drapeau blanc; on dit qu'il l'a re^u des mains du s'eur Rouzé; il agissait, disail-il, au nom des chefs.
352 MÉMOIRES DE GHOUDIEU
Des décorations de lys, des fleurs blanches à la boatonnière se portaient ce matin 27, mais en petit nombre.
Un individu, convaincu d*avoir excité des troupes à la désertion, n'a point été arrêté. Ce matin il avait été convaincu en présence de l'un des g^énéraox. (C'est au dire public seulement.)
28 juin i8i5, à dix heures du matio.
A monsieur le lieutenant général comte Levait
gouverneur.
Monsieur le gpouverneur,
Vous avez été convaincu aujourd'hui qu avec du courag^e et de Ténerg-ie on en imposait à tous les a|;iuteurs : un seul poste de 26 hommes a désarmé près de deux cents déserteurs. Depuis cinq jours je n*ai cessé de dire que l'hésitation enhardissait la malveillance. Je regrette que le sang- français ait coulé par des mains françaises ; mais vous seriez responsable^ je le serais moi-même si nous ne prenions pas des mesures sévères contre la désertion. Toute l'autorité est dans vos mains, la mienne est paralysée depuis le 24 par les autorités qui me sont subordonnées . Vous en avez eu la preuve complète le 26. Rien n*est perdu, il est ici beaucoup d'hommes prêts à défendre l'indépendance nationale, vous les rallierez, je l'espère, autour de vous. Je ne connais point d'autre autorité que la vôtre, mais il faat que vous la fassiez respecter. Pour ma responsabilité, Je demande que la peine de mort soit à V instant prononcée contre tout déserteur et contre tout pro-