‹ Mémoires et notes de ChoudieuChapitre 46 sur 94 · ES 1815 3S · texte numérisé non relu

ES 1815 3S

vorafeur à la désertion. — Je ne doute point de vos sentimeDts, Monsieur le ç^u vemear, et en vous faisant connaître les miens je rends hommage à votre courage et à votre fermeté.

Le moment d'agir est arrivé, tous me trouverez prêt à vous seconder par tous les movens qui sont en mon pouvoir. Je ne balance pointa me prononcer. L'empereur Napoléon m'a placé aux avant-postes comme lieutenant extraordinaire de police Je .soutiendrai l'autorité de son fils parce qu'elle est reconnue par la Nation .Je suis prêt k prouver que le courage d'un fonctionnaire public peut aus.si avoir quelque mérite dans les dangers delà patrie. J*en entraînerai plus d'un par mon exemple.

J'ai rhonneur d'être avec respect, etc.

CuoiDJEt:.

Paris, Dorerobre i8.36.

Monsieur et ancien compagnon d'infortune (i).

J'ai reçu de vos nouvelles avec d*autan( plus de plaisir qu'à ma rentrée en France un de nos compatriotes, qui à la vérité habite Paris depuis plus de 3o ans, m'avait assuré que vous n'étiez plus de ce monde.

Je vous félicite d*avoir repris votre ancien état, et de vous être procuré des movens d'existence qui vous rendent indépendant ; cela vaut beaucoup mieux, à mon avis, que les meilleures places salariées qui dépendent presqae toujours do caprice d'un supérieur on des

(lï M.

événements, qui depuis plus de 4oans se succèdent avec une rapidité effrayante pour tous ceux qui,comme mol, n'ont d'autre ambition que de finir tranquillement lenr carrière.

J*ai rassemblé les débris de ma fortune et au moreu de placements à rente viagère et d'une modique pension que le gouvernement de juillet m*a octroyée, je suis comme vous au-dessus des besoins, et puis encore quelques fois offrir un modeste repas au petit nombre d'amis qui merestent^ et à vous, si vos affaires vous rappelaient à Paris.

Vous demandez si je renonce à visiter notre ville. J'en aurais bien le désir, mais dans l'état où parait être lopioion publique, je recule devant un pareil voyage qui m'a déjà procuré deux fois le triste avantage de me trouver vis-à-vis d'anciens chefs vendéens ou chouans. Il est vrai que je n'ai pas eu à m'en plaindre, mais cela ne suffit pas. II n'y aura jamais entre eux et moi que des relations peu agréables.

Vous savez peut-être que je m'occupe d'écrire des Mémoires, vous me ferez plaisir de me faire connaître de quelle manière vous avez été traité à Dunkerqae après votre arrestation ; car si vous l'avez été aussi mal que moi, cela vaut bien la peine que j'en parle pour faire connaître la mansuétude de la Restauration.

Selon toutes les apparences vous ne savez pas qu'aussitôt que vous fûtes sorti avec Thévenet, Drouard et autres, je fus assailli dans mon domicile où j'é^ tais resté seul avec un garde municipal, par vingt-cioq ou trente gardes nationaux dont un seul, le (ils

d'Hovel, eulra dans mon cabinet sous prétexte de me parler d'affaires, et me plaçant un pistolet sur la poi' trine, me dit que j'étais son prisonnier. — Cesl loi coquin, lui répoodis-Je.en lai arrachant son arme et le taixissant au collet, qui es le mien. — Asescris,les ^ardes-natiouauxqui étaient restés dans l'antichambre se précipitent sur moi et, tout en parant leurs coups Je ma main, je reçois six blessures. Ensuite, tout couvert de saQgfje suis entraîné à la municipalité où jo trouve le nommé Maire, commandant de la g:ardc <\a\, d'une main tremblante, me communique l'ordre de mon arrestation sigrné Levai. Je lis tranquillement i-ut ordre, et, en le lui remettant je lui dis: Ce n'est pas sans raison qae votre main tremble, car voas avez /ait une mauoaiseaclion,mais la mienne ne tremble pas.

La seconde nuit après mon arrestation, d'autres hommes armés se précipitent sur moi, me garrottent et me portent dans un fîacre sans prononcer d'autres paroles .si ce n'esl qae j'étais mort si Jeprononçais an seul mol. Entoile on me promène dans cet élat pendant plusieurs heures, pour me déposer dans le fort Louis, où on m'a laissé ignorer si j'étais en France ou en Belgique, car tout ce qui m'entourait ne parlait que flamand.

Delà j'ai été transféré à la citadelle de Lille où Bourmont voulait me Taira fusiller pour avoir paralysé le zèle des défensenrs de la légitimité, comme depuis le général Charau l'a été par jugement d'un conseil do guerre présidé par le général Evatn, noire compatriote; mais c'est là ce qui m'a sauvé ; car j'ai trouvé

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moyen de faire parvenir une lettre à Fouché qni, en homme adroit, a de suite donné l'ordre à Bonrmoot de me mettre en liberté, afin que je puisse^ à Paris, rendre compte de ma conduite.

Salut et amitié, Choudieu.

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