RICHARD ET MOI
La faction qui gouvernait alors, enlièremeat occupée de sa puissance et de ses projel8,Qe vît pas ou feignit de ne pas *'oir l'orage qui menaçait la patrie. Il éclata sans rencontrer d'obstacles.
Ce fut vers la fin de février et les premiers jours de mars 1793 que les premiers rassemblements de rebelles se formèrent.
On a cru que la loi sur le recrutement avait été le motif de ce rassemblement. On s*est trompé. La plupart étaient préparés de longue main. Cette loi a tout au plus servi de prétexte à quelques communes qui n'étaient pas de la conspiration et qui s'y sont réunies. Les mouvements occasionnés par le recrutement avaient un tout autre caractère et ont été facilement apaisés.
Désignés, Richard et moi, parmi les quatre-vingts membres qui devaient se rendre dans les départements pour y faire exécuter la levée de Soo.ooo hommes, nous n'acceptâmes qu'à regret cette mission, parce qu'il n'était pas difficile de prévoir que l'absence de quatre- vingts membres, joints à ceux qui étaient déjà aux armées, allait fortifier le parti de la Grironde qui devenait de jour en jour plus puissant et qui se donna bien garde de s'affaiblir en partageant ces missions avec nous. Mais il fallait choisir entre le danger présent et celui que nous n'apercevions que dans l'avenir.
Ce fut vers la moitié de mars que nous partîmes, Richard et moi, pour les départements de la Sarthe et de Maine-et- Loire. Arrivés au Mans, nous trouvâmes dans l'administration du département d'anciens collègues de l'Assemblée législative qui nous assurèrent que le recrutement n'éprouverait aucune difficulté, ce qui nous permit de nous rendre à Angers, d'où le directoire du département nous avait expédié un courrier pour nous prévenir que des insurrections se manifestaient sur différents points, — et ces mouvements insurrectionnels étaient d'autant plus dangereux. Heureusement, nous rencontrâmes beaucoup de zèle dans la gardenationale. Mais la bonne volonté ne suffisait pas. Tout était à créer pour entrer en campagne. Vivres, munitions, transporta militaires, rien n'était préparé, ni pour l'attaque, ni
pour la défense, pas un seul général, pas un seul bataillon de ligne, pas une seule compagnie de cavalerie, quelques gendarmes seulement qui pouvaient à peine suffire à la correspondance.
Dans cette position critique, nous nous divisâmes le travail, mon collègue et moi. Richard avait été administrateur du département de la Sarthe. 11 se chargea de la correspondance et de l'organisation des différents services, chose qui n'était pas facile. En peu de temps cependant il nous fut possible de mettre une petite armée en campagne, après avoir rassemblé des voitures, des vivres et des munitions. De mon côté, je m'occupai du personnel de l'armée, mais mon embarras fut grand lorsqu'il me fallut désigner des chefs.
Je crus un moment que j'allais sortir d'embarras. Le iC mars au soir je m'étais rendu dans la salle où se rassemblait le directoire du département pour aviser aux moyens d'utiliser notre petite armée. Je venais à peine d'arriver, lorsqu'on annonça un général et ses aides-de-camp envoyés par le ministre de la guerre. C'était le général Wietinghoff qui commandait à Paris au lo août et qui se réfugia le matin, avec le roi, au sein du Corps législatif (i).
II ne s'atttendait pas à me trouver là. Après avoir présenté au président ses lettres de service, il me balbutia quelque^i excuses de ne s'être pas présenté chez moi, mais qu'il croyait que j étais aux avant-postes. Je lui demandai si c'était sérieusement que le ministre de la guerre renvoyait pour commander des républicains et pour combattre des royaliste<^. « Vous avez donc oublié, Monsieur, que je vous ai vu, L* 10 août, sortant avec le roi du palais des Tuileries et que votre qualité de Suisse est une fort mauvaise recommanda* tion. Je veux croire que vous êtes un homme d'honneur.
(i) On annonça le çénéra! Wietinf^hoflF qui venait, disait-it. sr faire reconnaftre comme général en chef ; je lui témoie'nai mon t-lonncment de ce qu'il se présentait devant une autorite adminiv tralive qui n'avait aucune qualité pour le faire reconnaître, tandis quHI ne pouvait ie:norer que deux représentants du peuple muni* de tous les pouvoirs étaient chargés par la Convention d'or^ajiiscr Tarmée. {Papiers de l'Auteur.)