L'AFFAIRE DK SAINT-FLORENT
Le mauvais succès de cette première tentative doit être attribué à la faiblesse de nos colonnes, aux obstacles naturels qui s'opposaient à ce qu'elles pussent communiquer les unes avec les autres et se porter réciproquement des secours, principalement au peu d'énergie de la plupart des citoyens qui les composaient et à la malveillance de quelquesuns. Le sentiment de la liberté n'avait fait encore que de faibles progrès dans les esprits, et ce n'était qu'avec répugnance qu'on faisait à la patrie le sacrifice de quelques instants. Cependant quelques bons citoyens donnaient chaque jour des exemples du plus grand courage et du dévouement le plus absolu.
On vil dans ces différentes affaires des traits de la plus grande bravoure et des marques de la plus insigne frayeur. A l'affaire de Saint* Florent, des canonniers d'Eure et-Loir se firent presque tous tuer sur leurs pièces que l'infanterie avait abandonnées ; une compagnie de la garde nationale de Luynes y périt presque tout entière (i); au combat de Vezîns, cent cinquante grenadiers de Saumur et de Monireuil, postés dans le château de Bois-Grolleau, y résistèrent à l'armée vendéenne tout entière et ne se rendirent qu'après avoir épuisé leurs munitions et s'être passés, pendant près de deux jours, de nourriture.
rebelles parce que Berruyer, qui était venu jusqu'à Jallais et qui devait entendre la canonnade (prévenu d'ailleurs par un détache* ment que lai avait envoyé Gauvilliez et qu'il retint) au lieu de venir à son secours, comme il l'avait prorois, rétrograda jusqu'à Chemillé. La troupe de Cbartery fut, eo conséquence, partie sacri* fiée et partie prisonnière. Elle n*était composée que de g^ardes nationales d'Angers et du département d'Bure-et-Loir. Le surplus de la colonne de Gauvilliez fut forcé de se reployer et dépasser la Loire à Saint-Florent. (A'jr/rai7</u rapport manuxrrit des citoyens Uardou et Coulonnier, Bibl. d'Angers, cit. p. i'Éd.)
(i) Les canonniers d'Eure-et-Loir, aux environs de Boauprt^au, se firent tous tuer sur leurs pièces et à côté d'eux fut hachée la compagnie de Luynes du département d'Indre-et-Loire, non parce qu'elle fut abandonnée par les autres bataillons, car ils n'étaient pas de force & résister à l'ennemi, mais parce que le général Berruyer, dont on a pris avec tant de chaleur la défense, refusa de faire marcher contre cette place une colonne de 5oo hommes ainsi qu'il en était convenu avec le général Gauvilliez. {Rapport da citoyen Benaben, Angers ^ an Ifl.)
372 KOTES SUH LA VENDÉE
Notre collèfï^ue Carra, qui revenait d*uoe mission qu'il avait eue dans rintcrieur delà Vendée relativement au recrutement, vint nous voir en passant à Angers. Il était accompagné du général Berlhier, qu'il nous recommanda et que nous avons retenu auprès de nous comme chef delat-major, parce que nous n'avions pas un seul officier capable d'ea remplir les fonctions, tant était grand l'abandon dans lequel on laissait notre armée.
Nous invitâmes Carra à rendre compte à TAsscmblée nationale de rétat critique où nous nous trouvions ; mais, au lieu de s'acquitter de cette commission, il peignit au contraire cette révolte comme facile à apaiser et le parti de la Gironde qui dominait alors, ne nous envoya aucun renfort. L'étrange conduite du comité de défense générale dans ces circonstances périlleuses donna de la confiance aux Vendéens dans leurs propres forces et leur- fit concevoir une fausse idée de la République. Quoique la guerre durât depuis plusieurs mois, les forces qu'on opposait à la révolte étaient si peu considérables, ceux que nous devions réduire étaient en si grand nombre et leurs moyens si étendus, que leurs succès paraissaient presque certains à ceux qui ne savaient pas ce que peut l'énergie des hommes qui combattent pour la liberté, lorsque cette énergie est provoquée par les dangers de la patrie.
Cependant nos dangers augmentaîentcbaquejour, et avec eux l'incurie du gouvernement. C'était en vain que nous écrivions lettres sur lettres au comité de défense générale ; elles restaient sans réponses. Vainement le général Bcrruycf écrivait -il au ministre de la guerre, il ne recevait que des réponses vagues et des promesses insignifiantes qui restaient même sans effet. Le général Labourdonnaye, qui commandait l'armée des Côtes de Brest, écrivait de son côté; il ne recevait pas plus de réponse que nous.
Pendant ce temps, les Vendéens organisaient plusieurs ar^ mées formidables. Lcscurc commandait du côté des Herbirrs. La Rochejaquelein commandait la division du Poitou. Le 3 mai, ils firent leur joncliou avec Boncbamp(i), qui comnian-
(i) Ba.irimmp clait né dans rAnjoii d'une famille respectable