NOTRE POSITION
Nos autres divisioDs, également faibles et découragées, se tenaient sur une timide défensive. Luçoa avait à peine assez de forces pour sa propre sûreté. La brave division des Sables, dont Boulard avait pris le commandement après la mise en jugement de Marcé, était trop peu nombreuse pour obtenir des avantages décisifs. Attaquée souvent, elle contenait Tennemi. Le drapeau blanc flottait impunément presque jusqu'aux portes de Nantes. La rive droite de la Loire était faiblement défendue par quelques gardes- nationales du pays, dont la vigilance et le courage furent très utiles dans ces circonstance critiques. Le poste important des Ponts-de-Cé avait à peine assez de monde pour le défendre d'un coup de main, et il aurait été impossible d'en répondre sans le zèle infatigable de la garde-nationale d*Angers qui s'y portait au moindre signal de danger. Sauniur était sans garnison. Leigonyer occupait la position de Doué avec des gardes^uationales du pays découragées et mal armées; enfin, Thouars était occupe par environ 2000 hommes qu'on avait fait avancer deC^hinon pour mettre cettecontrée à l'abri des incursions continuelles de l'ennemi.
Les rebelles, placés au centre du cercle que formaient nos forces, se portaient avec rapidité sur les points qui leur convenaient, et nos corps étaient toujours trop faibles pour résister séparément à leurs attaques et trop éloignés pour se prêter un mutuel secours. Encouragés par les divers avantages qu'ils venaient d'obtenir sur nos faibles divisions, les chefs vendéens tournèrent leurs regards vers les côtes. Ils étaient déjà maîtres de Noirmoutier et ils sentaient combien il leur importait de conserver leurs positions de ce côté, et même de les étendre pour faciliter l'arrivée des secours que leur promettait l'^Vngleterre. J'ai même des raisons de croire qu'ils avaient des vues sur la Rochelle et qu'ils entretenaient des intelligences dans cette place importante. Mais, avant de songer à celte entreprise, il leur fallait se rendre maîtres des Sables, oùils avaient déjà été repoussés, ils se présentèrent, de nouveau, devant cette place et Tattaquérent avec fureur, mais les braves qui la défendaicLt rendirent leurs efforts inutiles.
D*ua autre côlé, une division de l'armée des Cotes de Brest, à laquelle se joig'nirent des volonlaires de la brave gardc-uationale de Nantes, sous le commandement du fçénéral Beysser, se porta sur Saint-Père et s'en empara. Ces troupes marchèrent ensuite sur Machecoul, où elles délivréreot un grand nombre de victimes que les soldats de Charette se dispojsaient à immoler à leur rage. Ils avaient égorgé, les jours précédents, plus de huit cents individus, bommes, femmes et enfants (i). L'Ile Bouin, celle de Noirmoutier, furent également enlevées aux rebelles par les troupes républicaines. Ces différentes affaires eurent lieu du 19 au 28 avril. Mais cette division, trop faible pour soutenir longtemps sa marche victorieuse, parce que s'avançant elle, s'affaiblissait, obligée qu'elle était de laisser des garnisons dans les posiez dont elle s'emparait, se retira par prudence sur Nantes, en conservant seulement les points principaux.
Enfin arriva une partie des renforts si longtemps demandés et si longtemps attendus. Quelques bataillons de la formation d'Orléans furent rendus les premiers. Ils furent suivis par la légion du Nord^ commandée par Westermann. La défaite que nous venions d'éprouver à Fonteaay avait laissé beaucoup d'inquiétude dans les esprits et, comme on craignait à chaque instant de voir tomber cette partie importante de la République au pouvoir de l'ennemi, li légion germanique et les premiers bataillons furent dirigés sur Niort, où était alors la division de Cbalbos. Quatre bataillons seulement furent destinés pour Saumur, ce qui était pour nous un bien faible renfort.
(i) M. Dugast-Matifeux a publié à Nantes, en 1873, le récit d'uu témoin oculaire des massacres de Machecoul. On y rclive les traits suivants :
« Le massacre de Machecoul, commencé le 11 avril, ne s'est terminé que le 22 avril, jour où la- colonne de Beysser entra à Machecoul.
« Dans ce massacre ont péri de quatre à cinq cents habitants bourgeois tant de Machecoul que des environs.
« ... 11 s'y manifeste une pensée, telle de frapper la classe io* lermédiaire des bourgeois comme partisans de la Hévolulioo.
« On a voulu compromettre tellement les {>ay sans qu'ils eussent tout à redouter, et ne pussent reculer. •