NOTRE POSITION
Biron, nommé depuis six semaines g^énéral en chef de Tarmée, au Heu de se rendre de suite à son poste, diri|;çea sa route sur Bordeaux où il s*arréla assez longtemps pour attendre les événements qui se préparaient à Paris. Cette] ville était, comme Ton sait, le centre du fédéralisme. Il était tout naturel qu'un général, nommé sous Tinfluence du parti girondin qui composait le comité de défense générale, prit le mot d'ordre du comité directeur siégeant à Bordeaux. Aussi, des députes fédéralistes arrivèrent-ils pres({ue en même temps que Biron à Niort et à Poitiers.
C'était dans les derniers jours de mai. De grands événements venaient d*avoir lieu à la frontière du Nord. Dumouriez entretenait des correspondances secrètes avec les généraux autrichiens. La Convention nationale venait d*ordonner qu'il comparaîtrait à sa barre. Sur son refus d'y comparaître, elle chargea quatre de ses membres de rallerarréter, au milieu de son armée. Le ministre de la guerre, Beurnon- ^-ille, fut chargé de les accompagner dans cette mission difficile. Dumouriez les fit arrêter tous les cinq et les livra à Tennemi. Il se disposait à marcher sur Paris, mais, Tarméc ayant refusé de le suivre, il se jeta dans les mains des Autrichiens.
Ce fut à cette époque que fut créé le comité de Salut public dont Ténerg^e sauva la France. Un nouveau ministre de la guerre fut nommé. Ce fut un simple colonel de hussards qui s'était distingué aux batailles de Valmy et de Jemmapes. C'était un républicain franc et loyal, nommé Boucholte. Grand travailleur, il voyait tout par lui-même. Ses premiers regards se portèrent vers la Vendée. Ils nous envoya plusieurs bataillons de Paris qui furent dirigés sur Niort; deux restèrent à Saumur. Malheureusement on reçut dans ces corps beaucoup de remplaçants. Aussi furent-ils surnommes les héros de cinq cents livres. Ces deux bataillons furent suivis par une compagnie franche des Pyrénées, dont la composition contrastait singulièrement avec celles des bataillons de Paris. Tous ceux qui formaient ce corps étaient des hommes dévoués ; mais ils étaient en petit nombre.
L'ennemi, en voyant arriver ce renfort, sentit qu'il n*avait pas de temps à perdre et que sa destruction était assurée s'il ne tentait pas un coup d'éclat. Voyant que l'armée républicaine se trouvait dans le travail de l'organisation, il voulut profiter de cet instant de faiblesse et il n^altcndit pas l'arrivée de nouveaux renforts.
Le 7 juin, ayant rassemblé toutes ses forces sous le commandement de Lescure, La Kochejaquelein, Beau voiliers, Stofflet (i) et Cathelineau, il attaqua la division de Leigonyer à Trémont et aux Verchers. Les avant-postes lâchèrent pied. Quelques bataillons se défendirent avec bravoure; mais seuls, ils ne purent soutenir le choc. Bientôt tout prit la fuite* Les rebelles s^cmparèrent de Doué et poursuivirent nos troupes jusqu'aux redoutes de Bouman, où notre artillerie les arrêta ; les républicains s'y rallièrent sous la protection de nos batteries et Tennemi, qui croyait arriver sans peine jusqu'à Saumur, fut obligé de battre en retraite.
Leîgonyer était un ancien officier de cavalerie qui convenait peu à ce genre de guerre. Aussi fut-il constamment battu toutes les fois qu'il fut attaqué. On ne l'accusa point de trahison, parce qu'il se battit toujours en brave. Mais nous en nommâmes un autre à sa place, par la seule raison qu'il n^élait pas heureux. On me dira, peut-être, que ce n'est pas là de l'exacte justice, mais en cela nous suivions les principes du cardinal Mazarin qui demandait toujours, avant de confier un commandement à un officier, Est^il heureux? Je suis un peu de cet avis, parce que je suis du nombre de ceux qui croient à la fatalités 11 me serait cependant difficile d'expliquer les motifs sur lesquels
(i) Stofflet était allemand ou du moins passait pour tel dans le pa^s. Je l'ai connu simple garde-chasse de M. le comte de Maulévncr. M. de Beauchamp le fait iiaitre à Luné ville. Je oe cootebte pas le fait, mais je Tai toujours considéré comme allemand parce qu'il parlait mal français cl qu'il conduisait ses soldats à la mauicre allemande, c'est-à dire avec un bâton, et & peu près comme il avait conduit à la chasse, avec un fouet, les chiens de M. de Maulevrier. 11 était grossier dans ses manières, mais il était brave et c'est ce qui lui avait mérité le commandement de ce qu*oo a;)pclait la division d*Anjou. (A', de l'A.)