‹ Mémoires et notes de ChoudieuChapitre 61 sur 94 · APRÈS LA PRISE DE SAUMUR 4U · texte numérisé non relu

APRÈS LA PRISE DE SAUMUR 4U

de la Gironde. Mais ils étaient déjà partis et j'ai appris depuis qu'ils avaient dirii^é leur route sur le Mans et sur Laval, sans s*arréter à Tours.

Le lendemain malin, je pris des renseis^nemcnls sur les deux volontaires que j*avaisvu s à la société, et, comme ils furent tous favorables, je proposai au flrcnéral Chalbos de les employer dans sa division. Comme il avait peu d officiers capables près de lui, il accepta mon offre et, avant de partir, je les nommai adjoints à Tétat-major. J*aurui dans la suite occasion de parler de ces deux officiers dont le nom est devenu cher à tous les amis de la patrie, non seulement par les services qu'ils ont rendus, mais encore par les fureurs du vieux maréchal de Vioménil, dont ils sont devenus les victimes à Bordeaux.

Pendant que les Vendéens perdaient un temps précieux à Saumur poury célébrer par des fêtes la victoire qu*ils avaient remportée sur l'armée républicaine, on recrutait publiquement dans plusieurs départements pour le Calvados. Deux députés de Maine-et-Loire y conduisaient des renforts comme je viens de le dire ; à Poitiers, on convoquait les supplcuuls à Bourges; à Niort, on vantait jusque dans la sociélé populaire les prétendus avantages du fédéralisme, et même en ma présence; aux Sables, deux bataillons de la Gironde quittèrent leurs drapeaux pour retourner à Bordeaux se ran« ger sous l'étendard de la révolte. Dans le département de la Mayenne, on avait ordonné une levée d'hommes pour Tarmée de WimpfFen. Dans celui de la Sarlhe, le mémo mouvement se disposait; à Nantes même, qui à la fin du mois de juin a donné des preuves si éclatantes de courage, des symptômes de fédéralisme commençaient à se manifester ; mais l'erreur ne fut pas de longue durée.

Notre position et celle de la république entière n'étaient pas brillantes, maïs le génie de la liberté est sorti trioni' phant de cette crise et nos ennemis ont dû se convaincre qu'il ne fallait que du courage pour surmonter tous les obitacles.

L'armée vendéenne, après être restée environ dix jours

dans Saumur^fit rentrer une partie de ses forces dans Tintérieur pour tenir tète aux troupes de la République qui y occupaient encore quelques points, le s^'ros de Tarmée se dirigea sur Angers, où elle savait ne pas devoir éprouver de résistance.

Notre armée, entièrement réorganisée à Tours, n*aUendatl que les ordres de Biron. Us n*arrivèrcnt point. Cependant l'ennemi n'avait laissé à Saumur que peu de forces. Il était urgent de ne pas lui donner le temps de les renforcer. Nous primes sous notre responsabilité de donner ordre de marcher sur cette ville, après toutefois avoir donné avis de notre marche au général en chef, en le prévenant que Tarmée y attendait ses ordres.

Le 25 juin, nous rentrâmes dans Saumur, après en avoir chassé le peu de troupes que l'ennemi y avait laissées ; quelques jours après nous marchâmes sur Angers que l'armée vendéenne avait évacué pour se porter sur Nantes. Nous nous f tmes rendre compte, en arrivant à Angers, de la conduite des administrateurs du département et, après nous être convaincus de leur forfaiture, nous les destituâmes. Celte destitution ne fut pas seulement motivée sur Tordre qu'ils avaient donné de marcher sur Laval ; mais encore el principalement sur Tarrcté qu'ils avaient pris pour faire imprimer et distribuer avec profusion la protestation des quatre députés dont j'ai plus haut cité les noms. Cet arrêté était un double délits en ce qu'il était lui-même une proteslalioii contre les décrets de la Convention nationale, mais aussi en ce qu'ils y parlaient avec mépris du gouvernement républicain et qu'ils osaieut dire que cette République ne serait que ridicule si elle n'était atroce. Il était impossible de laisser en place des administrateurs qui, dans ces moments de crise, tenaient un pareil langage à leurs administrés.

Cette destitution me Ht dans le temps autant d'ennemis^ qu'ils avaient de partisans dans le département, et ils en avaient beaucoup, parce que jusque-là ils avaient constamment montré quelque dévouement à la cause de la liberté. L'un d'eux, le docteur Tcssic-Ducluseaux, avait même marché à la tèlc d'une division de la garde nationale d'Angers pour

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