‹ Mémoires et notes de ChoudieuChapitre 62 sur 94 · LES ADMINISTRATEURS DE MAINE-ET-LOIRE · texte numérisé non relu

LES ADMINISTRATEURS DE MAINE-ET-LOIRE

repousser un parti vendéen qui s'était emparé de Saint-Florent et de Beaupréau. Je connaissais parfaitement leur conduite passée, et j'en fis part à mes collèg'ues qui ne crurent pas que le passé dût excuser le présent. Cependant ils ne Furent pas incarcérés au moment de leur destitution. Mais, plus tard, la Convention ayant déclaré suspects tous les administrateurs destitués, le comité révolutionnaire d*An^er9 les fit arrêter, et depuis ÎU ont été traduits devant le tribunal révolutionnaire et condamnés à mort.

Larévelliére-Lépeaux, qui comptait un frère parmi ces administrateurs, m*a accusé d'avoir été la cause de la mort de son frère. Je puis pardonner cette accusation à la tendresse fraternelle, mais je ne puis laisser planer un soupçon aussi injuste sur ma tète et je dois rétablir les faits. Les administrateurs du Maine-et-Loire étaient coupables de plusieurs actes répréhensibles. Il était impossible de laisser plus longtemps l'autorité administrative entre leurs mains, lorsque Tennemi était aux portes de la capitale et dé}k mat- Ire de plusieurs districts du département. Sans pouvoir être accusés de trop de sévérité envers eux, nous fûmes même peut-être trop indulgents en les laissant en liberté, car notre devoir était d'ordonner leur arrestation, puisque le tribunal révolutionnaire a jugé leur conduite criminelle. Ce n'est pas à moi d'examiner ici si les juges ont été trop sévères, je ne dois voir dans cet acte que la chose jugée.

Je dois cependant dire pour ma justification, si ma conduite en avait besoin, que j'ai fait tout ce qui pouvait dépendre de moi pour les sauver. Les épouses de deux d'entre eux, les dames Larcvellière et Brevet de Beaujour, étant venues me trouver à Paris, quelque temps avant tamise en jugement, pour m'inviter à faire des démarches en leur faveur, je les conduisis moi-même dans le cabinet de Fouquier-Tin« ville, et lui exposai devant elles que cette erreur d'un moment devait être excusée par la conduite antérieure des accusés. Fouquier-Tin ville, sans leur donner trop d'espérance, leur dit que son devoir était d'examiner avec beaucoup d'attention cette affaire qu'il ne connaissait point encore, et que

éOk NOTES SUR LA VENDÉE

Fintérét que j'y prenais était ua motif de plus pour lui. Il m'invita à rester seul avec lui»

A peine ces dames furent-elles sorties, que Fouquîer-Tînville me dit : « Je n'ai pas voulu affliger deux épouses qui remplissent un devoir en cherchant à m*intéresser en faveur de leurs maris ; je n'ai pas dit Texacle vérité. J'ai examiné cette affaire comme je le devais et il m*est imposiblc, en ma qualité de procureur général, de présenter comme excusables des faits qui sont d*autant plus criminels que les accusés étaient des fonctionnaires publics, n

Je ne pouvais pas davantage pour eux, et cette démarche seule doit prouver que je n'étais pas leur ennemi et que j'étais loin de désirer leur mort.

D'autres fonctionnaires publics du département de Maineet-Loire furent, à peu près dans le même temps, traduits devant le tribunal révolutionnaire.

Lorsque l'armée catholique marcha sur Angers, en descendant la rive droite de la Loire, les officiers municipaux de la ville des F^onts-de-Cé, en écharpes blanches et précédés d'un drapeau de la même couleur, se rendirent sur les confins de leur territoire pour y complimenter les chefs. Ils ont été condamnés à mort (i).

On s'est beaucoup apitoyé dans le pays sur cette mort parce que ces magistrats étaient tous de simples ouvriers, et il est encore des hommes qui les regardent C4>mme des victimes de la Révolution. Beaucoup de personnes disent encore aujourd'hui à Paris que de noml^reux ouvriers, qui n'avaient commis d'autre crime que de crier Vitfe le Roi^ sont aussi des victimes de la Révolution. Je conviendrai si Ton veut que les lois (de ce temps-là) étaient peut-être beaucoup trop sévères, mais il faudra aussi convenir avec moi que c'est la sévérité de ces mêmes lois qui a sauvé la patrie, et qu'il est impossible en révolution d'adopter un juste milieu sans compromettre la chose publique.

(i) Louis Rideau. Jean Quel in, Simon Cailleau, Florent Olivier, Thomas Héry et Jean Tesnier, condamnés à mort par le triounal révolutionnaire de Paris, le 17 brumaire an II.

Page 1