‹ Mémoires et notes de ChoudieuChapitre 68 sur 94 · LK CONSEIL DE SAUMUU · texte numérisé non relu

LK CONSEIL DE SAUMUU

servirait même sons ses ordres comme simple volontaire, st cela pouvait c^tre ulile.

c< J*ai exposé avec impartialité les avantaij^cs el les désavantasses des deux plans. (]*est maintenant à rassemblée à prononcer. Je n'ai plus rien à dire. J'ai rempli, sansaig'reur et sans prétentions, mes devoirs de citoyen et de député, c'est à vous de faire le reste. »

J*avais à peine fini que Rossig'nol se lève et dit au s^énèrai Canclaux qu'il était prêt à lui abandonner le commandement, s'il voulait entrer en campa&^ne dés le lendemain. Co beau trait de désintéressement ne fut pas apprécié comme il devait Télre par le conseil de g'uerre.

On alla immédiatement après aux voix. Le conseil de guerre était composé de dix généraux divisionnaires, savoir: Canclaux, Rossignol, Aubcrt-Dubayel,Chalbos, Dembarrérc, Duhoux, Rey, Mieskousky, Salomon et SanteiTe, et de onze représentants, .savoir : Bourbotte, Rewbell, Merlin de Thionville, Cavaignac, Fayau, Turreau, Méaulle, Ruelle, Philippeaux, Richard et moi. Bourbotte déclara (pic ses instructions ne lui permettaient pas de voter. Sur dix généraux, sept votèrent pour l'entrée en campagne par Saumur et trois, savoir : Canclaux (i), Mieskousky et Auberl-Dubayel, pour l'entrée par Nantes. Sur dix représentants, sept votèrent pour l'entrée en campagne par Nantes. Trois seulement, savoir : Richard, Fayau et moi, pour l'entrée en campagne par Saumur. Dix voix pour, dix voix contre.

Nouvelle difficulté qui n avait pas été prévue, car les voix

(i) « Telle avait ctc Topinion de (^ncfajx, développée avec plus d'éloquence que de solidité par Philippeaux ,* lequel était dcji parvenu, à force d'art, à la faire adopter en principe au cornilc de Sa)ul public. Rrssi;^noi, dans son lantça^e çrossicr, prouva en vain qu'on ferait faire mulileinenl à celte troupe une promcDade de 45 lieues pour arriver à Montaiçu, dont elle n'était éloitçnée que de deux marches en débouchant de Saumur; il ne fut point écoule. Dédaigné, et prévoyant dès lors les malheurs que le plan du comité «Bncncrail, il offrit le commandement à son rival, pourvu que Ton conseotft à dt boucher par Saumur : mais en celle occasion l'amour propre de Canclaux fut plus fort que le patriotisme de Rossignol ». JoMiNf, Histoire des guerres de la Révolution, i. IV, p. 294.

se trouvant ainsi partagées par qui devait être décidée la question ? II me semble que Topinion de sept généraux contre trois eût dà être prépondérante. Il en fut autrement, ot les préventions qu*avait élevées Philippeaux contre l'armée de Saumur étaient telles que le président fut investi du droit de départir les opinions, ce qui était décider la question par la question ; car il était évident que le président, ayant déjà voté la première fois pour la marche sur Nantes, voterait une seconde fois de la même manière.

Ainsi l'opinion d'un avocat de Colmar, Rewbell, qui n'avait jamais mis le pied dans la Vendée, trancha par son double vote cette grande question, et le plan d'un autre avocat du Mans, Philippeaux, qui ne la connaissait pas davanta^. fut préféré à celui de sept généraux qui faisaient la guerre dans ce pays depuis le commencement des hostilités. A quoi tiennent les destinées des empires? Ne pourrait-on, si la chose était moins sérieuse, parodier ainsi ce que Beaumarchais fait dire à Figaro?// fallait des militaires pour Jager laqiMtion, elle le fut par des avocats. Est-il étonnant après cela que, le succès de ce plan de campagne n'ayant pas répondu à l'attente de Philippeaux, celui-ci ait accusé la commission de Saumur et le général qui commandait cette armée de tous les malheurs qui en sont résultés. C'est la tactique ordinaire de tous ceux qui ont tort d'accuser les autres pour D*ètre pas accusés eux-mêmes. Mais notre dévouement était tel que, quoique ce plan de campagne eût été adopte contrairement à notre opinion, cela ne nous empêcha pas, Bourbotte, Fayau et moi, de marcher à la tête des colonnes. RicbarJ seul resta à Saumur pour diriger les convois, taudis que Philippeaux et les autres députés, — excepté Merlin de Tbionville qui marcha avec l'armée de Mayencc ainsi que Cavaignac,— restèrent bien tranquillesà Nantes pour garder les bagages. Là^p^s plus qu'à Taflaire des Ponts-de-Cé,/es l/oulets ne caressèrent le panache de Philippeaux.W n'est pas défendu d'être prudent.

M. Alphonse de Beauchamp, avec lequel je suis rarement d'accord sur la guerre de la Vendée pendant l'année i7<j3, couvient cependant (t. I, p. 3oi) que ce plan de campagne

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