‹ Mémoires et notes de ChoudieuChapitre 74 sur 94 · CARRIER A LA BATAILLE DE CHOLET · texte numérisé non relu

CARRIER A LA BATAILLE DE CHOLET

J*eus le bonheur, dans celle retraite, de dég^ag^er deux of» ficiers d'un g^rand mérite et d'un rare courage. Le général César Faucher fut atteint, en sortant de Chàtillon, de dixneuf coups de sabre. S m frère Constantin le couvrait de son corps, avec quelques braves qui allaient périr avec eux et succomber sous le nombre des asHaillants. Je sortais aussi de ChÂtillon avec la compagnie des grenadiers de la Convention qui les dégagea et emporta sur des fusils croisés le blessé que nous craignions de voir expirer en route, sur une voiture très peu commode pour un homme blessé aussi grièvement. Le lendemain, on le transporta sur un brancard jusqu'à Saumur où il fut trépané.

Ce ne fut que le i5 octobre, que Tarméc de Saumur rentra dans Chàtillon. La division de Luçon, commandée par Chalbos, avait fait sa jonction la veille, à Mortagne, avec l'armée de Ma^'cnce commandée par Kléber^ et non par Beaupuy. Le iG, toutes les divisions se dirigèrent sur Cholet. Elles y entrèrent le 17 au matin. Elles y furent attaquées vers midi par toute l'armée vendéenne qui, regardant Cholet comme sa dernière ressource, se battit avec la rage du désespoir. Elle y fit des prodiges de valeur. L'armée de Saumur essuya le premier choc qui fut terrible et recula, en se battant dans les rues même de la ville, jusqu'au bas de l'hôpital, où elle fut ralliée, non par le conventionnel Turreau, qui était de l'autre c^^té de Cholet avec la division de Luçon, et encoix; moins par Bellegarde, qui n'était plus à l'armée, mais par Bourl)Otte et moi, qui n'avons jamais cessé de marcher avec l'armée de Saumur. Il n'est point vrai que Carrier ait eu un cheval tué sous lui, comme le dit Ueauchamp (page 36 1). Il était à la vérité pur les hauteurs, en dehors de Cholet, où il rejoignit l'armée de Mayence qui s'y battait vaillamment. Apercevant quelque désordre dans notre armée de Saumur, il crut que tout était désespéré et la bataille perdue. Croyant pouvoir se sauver par le côté opposé, il s'enfonça dans une rue qu'il ne connaissait pas et qui le conduisit dans un cul -de-sac dont il n » pouvait sortir qu'en revenant sur ses pas. Use laissa alors couler tout le long d'un mur qui fa'sait partie des vieilles f^rti filiations de la ville, abandonnant son

cheval, sa ceinlure el son panache. Ls lendemaÎD, on nous ramena à Beaupréau son cheval et ses décorations. Nous le crûmes mort, lorsque nous te vîmes reparaître dans ta matinée du 19. Ce fut la première fois que nous le vimes à Tarméc. Il retourna à Nantes avec Tarmce de Mayence, qui y rentra le 20, et nous ne le vîmes plus.

Je dois convenir ici que, sans Tarmée de Mayence, qui fit des prodiges de valeur, tout était perdu. Kléber et Bcaupuy eurent plusieurs chevaux tués sojs eux et, marchant à fiicd À la télé des colonnes, ils rivalisaient de courage et de dévouement avec les plus braves.

Bonchamp fut blessé grièvement et transporté mourant à Beaupréau, puis à Saint-Florent. Je n'ai jamais vu combattre avec un pareil acharnement de part et d'autre. Le champ de bataille était jonché de morts. Le carnage ne cessa qu*à la nuit. L'avant-garJe de Tarmée de Maycnce, commandée par Marigny et non celle de Westermann, comme le dît Beauchamp, poursuivit les Vendéens jusqu'à Beaupréau, où elle arriva dans la nuit. Ceux-ci voulurent s*y défendre, parce qu'ils avaient là des magasins considérables et un moulin à poudre. Mais Id gros de l'armée ayant paru le 18 de bonne heure, nous entrâmes dans la place sans éprouver une vive résistance. Beauchamp dit encore que les chefs de l'armée ne surent pas profiter de la victoire et que c'en était fait des Vendéens si nous les eussions poursuivis. Il igaore donc que, dès le 19 octobre au malin, Merlin de Thionville et Marigny, avec les chasseurs à cheval qu*il commandait avaient dépassé Saint-Florent et qu'ils enlevèrent à rcnnemt onze pièces de canon qu'il n'eut pas le temps d'embarquer. On se battait encore à Cholet le 17 au soir, et le 19 au matin notre avant-garde enlevait aux Vendéens une partie de leur parc d'artillerie. Si l'on devait, au contraire, s'étonner d'une chose c'est que notre armée, qui n'avait pas cessé de se ballre depuis la prise de Mortagne, et qui chaque jour, depuis le i4» avait livré des combats acharnés, ait pu arriver le 19 au matin au delà de Saint-Florent, en passant par Beaupréau. L'armée tout entière y arriva dans la journée du 1 9.

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