SUR LES JOURNÉES DOCTODRE AH
0>ur. La Reine ne l'aîmaît pas, elle le craig^naît, cependant il pouvait la sauver du précipice où son caractère allier Tentraînait.
A côté de ces trois hommes d'un mérite transcendant a paru un jeune orateur qui ne leur ressemblait en rien, mais qui avait un beau caractère et un talent tout particulier, Barnave. Avec un esprit juste et éclairé il avait une éloquence persuasive ; personne ne savait mieux que lui saisir la véritable position d'une question ; après avoir discuté les différentes opinions, il en présentait une analyse succincte, ses conclusions étaient presque toujours adoptées. Il était fait pour occuper un rantç à part parmi les farauds talents qui composaient cette illustre assemblée constituante ; mais son ambition ou, si l'on veut, sa faiblesse Font perdu. Dans son voyage de Varenncs, il n'a pas su résister aux séductions de la Reine et il s'est cru capable de présider aux destinées de la Cour lorsqu'il ne faisait que suivre les impulsions d'une femme adroite qui avait su prendre un grand ascendant sur tout ce qui l'approchait et qui, avec des manières séduisantes, savait dissimuler des projets atroces dont Barnave ne serait jamais devenu le complice s'il les eût connus. — Oui, c'est bien dommage qu'il ait si mal fini.
sua LES JOURNÉES d'octobub
En parlant des journées d'octobre et de la marche sur Versailles, M. Thiers a qualifLe de brigands tous ceux qui étaient entrés dans ce mouvement. S'il s'était borné à dire que quelques brigands 's'étaient mêlés à la multitude, je ne relèverais pas cette expression, mais qualifier ainsi la population presque tout entière de Paris ayant à sa tète des commissaires de la municipalité et M. La fayelte lui-même, c'est bien peu connaître ce grand mouvement ; et il me semble que lorsqu'on convient dans les mêmes pages que l'un des gardes-du-corps fit feu sur la foule, on pourrait se dispenser d'en faire un éloge aussi pompeux, car tirer sur des gens sans armes, c'est aussi bien de l'assassinat. Je rendrai
moi-même justice à qui elle appartient : lorsque des femmes et quelques hommes se précipitèrent dans le Château, on assure que les jours de la Reine furent en danger et la chose est vraisemblable ; elle n'était pas aimée et il est à présumer que ceux qui à Paris avaient fait périr Foulon, Flesselles et Bertier comme étant ses agents, ne l'auraient pas épargnée elle-même parce qu'on l'accusait d'avoir dirigé les saturnales des premiers jours d octobre. Les gardes du corps firent leur devoir et, si quelques-uns d'entre eux commirent par ailleurs des actes plus qu'imprudents, d'autres défendirent les portes des appartements de la reine avec un héroïque dévouement.
M. Thicrs ne se borne pas à voir des brigands dans ceux qui avaient envahi le Château, ceux qui étaient sur la place publique sont aussi des brigands pour lui : cette cpithète est trois fois répétée dans la même page. M. Thiers ne voit partout que des brigands. C'est connaître bien mal les mouvements populaires.
LA LOI HARTIALK
Après les journées d'octobre et le retour du Roi, la disette se faisait toujours sentir â Paris, soit qu'elle fût réelle, soit qu'elle fût factice. Les différents partis s'en attribuaient la cause.
La cour, qui craignait toujours Tinfluence du duc d'Orléans sur la multitude, le détermina à partir pour Londres avec une espèce de mission diplomatique, pour couvrir» autant que possible, une mesure qui au fond n'était qu'un véritableexil ; le duc d'Orléans crut nécessaire pour son honneur de publier un mémoire justificatif de sa conduite.
Quelques écrivains, notamment M. VVeber, frère de iait de Marie-Antoinette, ont dit que la disette avait cessé îmmé* diatement après le départ du Duc; la vérité, c'est que le attroupements n'en continuèrent pas moins â la porte des boulangers et l'un de ceux-ci, nommé François, accusé d'ao» caparement, fut pendu à un réverbère. Cet événement déter^
mina rassemblée à décréter une loi sévère contre les attroupements; elle fut proposée par Bailly,pour donner à la Commune des moyens plus énergiques de répression, et appuyée par Lafayette, qui déclara que, sans cette loi, il ne pouvait répondre de la tranquillité de Paris. On sait le terrible usage que tous les deux en ont fait. Robespierre fut à peu prés le seul qui la combattit avec chaleur comme pouvant devenir une arme dangereuse aux mains d'un pouvoir qui en abuserait; le parti populaire de TAssemblée fut d'un avis contraire; les événements ultérieurs, et notamment Taffaire du Champ • de-Mars^ ne prouvèrent (juc trop que Robespierre avait raison . Cest de cette époque que date sa popularité. Camille Desmoulins, qui ne remplissait point encore de fonction publique, fut du même avis que Robespierre et accusa ceux qui avaient provoqué cette loi d'avoir fait assassiner le boulanger François afin d'obtenir une loi qui muselât le peuple. Je suis loin de croire que Bailly et Lafayette aient pris la moindre part à cet assassinat, mais ({u'il ait servi de prétexte pour provoquer cette loi qui depuis a amené des résultats si désastreux, c'est un fait qui ne peut être conteste. Il semble que Camille Desmoulins avait le pressentiment de l'abus que feraient de cette loi tous les gouvernements qui se sont succédé jusqu'à ce jour. A voir ce qui se passe sous nos yeux, on dirait qu'il est impossible de bien gouverner sans employer la force brutale.
Je conviens qu'il était urgent démettre un terme à Teffer* vescence populaire parce qu'il est toujours dangereux que la multitude se fasse justice elle-même; mais il eût fallu surtout intimider par des lois sévères les conseillers perfides qui ne cessaient d'ourdir des trames contre noire liberté naissante. Dans tous les temps, les grands coupables ont toujours sa échapper à la justice qui n'atteint que les agents subalternes. On en trouvera un exemple dans le procès dont je vais parler.
45i NOTES SUR LA RÉVOLUTION