LE PROCÈS DE FAVRAS
Le sieur Mahy, marquis de Favras, fut accusé d*avoir reçu de Targent d'un grand seigneur, qui ne fut point nommé dans le procès, pour préparer la fuite du Roi. Tout le monde savait cependant que ce grand seigneur était Monsieur, frère du Roi. Le marquis convint qu'il avait effectivement reçu quelque argent de ce prince et qu'il avait été chargé par lui d'une négociation pécuniaire de quelque importance pour des intérêts particuliers, mais qui n'avaient aucun rapport à la politique. Malgré ses dénégations, le Châtelet devant lequel avait été renvoyée la procédure ne le condamna pas moins à mort. Le marquis de Favras, espérant toujours être sauvé, garda son secret jusqu'à la fin.
Cependant pour gagner du temps il demanda à faire des révélations importantes, le jour même qu'il devait être exécuté. Il paratt qu'elles n'aboutirent à rien, ou du moins qu'on n'y eut pas d'égards.
Ces prétendues révélations ne s'en prolongèrent pas moins jusqu'à la nuit. C'était tout ce que le marquis désirait, parce qu'on lui avait fait croire que si on ne parvenait pas à le sauver par un moyen quelconque on le sauverait du moins au moment même de l'exécution par le moyen d'un collier élastique qui le préserverait de la strangulation. Et voilà pourquoi le trop confiant marquis prolongea jusqu'à la nuit la séance qu'il avait provoquée pour faire des révélations, dans l'espoir d'un événement.
On lui plaça effectivement un collier, mais qui ne le garantit de rien.
Sa femme, qui était dans la confidence et à laquelle on avait promis de remettre le corps du marquis immédiatement après l'exécution simulée, conserva l'espérance jusqu'à la fin. On lui remit bien le corps de son mari, mais il était
FÉDâRATIOfl DU It JUILLET 1790 iiî
inaoîmè. Ils araient cm loua les deux, od leur avail fail croire, que rexécutïoQ u'élait que pour te peuple.
Ce trait m'a éLë racoulê par uue dame qui avait des relalioDS ÎDlimea avec Mm» de Favras, et l'on peut en rapprocher ce que dît le baron deBeseaval qui se trouvait alors dans les prisoaii du ChAlelel pour y éire juj^ lui-même; il rapporte dans ses mémoires que de nombreux rassemblemeala se formèrent quatre fols difTërentcs devant la prison et qu'il a pen^ que l'objet de ce rassemblement était d'enlever le marquis de Favras.
Au surplus tous ceux qui oal connu le caractère de Mousieur (depuis Louis XVIII) croiront facilemenl que, craig-aant de se trouver compromis par les révélations du marquis de Favras, il ail essayé de le faire enlever de sa prison et que, n'ayant pu y parvenir, il ait cherché è tuî faire croire jusqu'à la fin qu'il ne périrait pas, afin que son secret fût enseveli avec lui.