‹ Mémoires et notes de ChoudieuChapitre 80 sur 94 · V ,/, JUILLET I7.JO · texte numérisé non relu

V ,/, JUILLET I7.JO

11 faudrait avoir vu le Champ-de-Mars avant la première féle delà Fédéralion poLir se faire une idée de* travaux qui ont été exécutés daus l'espiice d'uu mois seulement. Trente mille ouvriers soldés qui y furent employés ne pouvaient suffire, eu supposant même qu'ils travail lassent jour et nuit; mats la population de Paria tout entière s'y porta en masse, et chacuu voulait nicLtre la main à l'ouvrage.

Un citoyen coo(;ut d'abord l'heureuse idée d'inviter les soixante bataillons de la garde nationale à envoyer chaque jour au Chan>p-<le-Mars, pour y être employés aux travaux, dix ou douze hommes par compagnie, ce qui composait une masse journalière de cinq mille travailleurs Cet appel fut entendu non seulement par l'armée parisienne, mais encore par toutes les classes de la société. Des vieillards, di femmes, des enfants peu accoutumés aux travau.x pénibles. accouraient y remuer la pioche et la brouette. Des jeunes f^ens du bon Ion, des femmes élégantes partageaient tu;

travaux avec toutes les classes du peuple ; des ouvriers de tous les états venaient y employer quelques heures qu'ils dérobaient au repos. Cent mille individus s'encourageaient au travail en chantant des airs patriotiques. Jamais - spec« (acie pareil ne s'était vu. La terre se nivelait^ des talus, des amphithéâtres s^élevaient avec rapidité sous ces mains laborieuses. L'ordre le plus parfait régnait au milieu de cette innombrable multitude sans qu'on eût besoin d'argent ou de la force armée pour y maintenir la tranquillité, preuve certaine que les bayonnettes ne sont pas nécessaires à diriger ceux qui travaillent pour assurer leur indépendance. Il n'y a que les gouvernements despotiques qui ont besoin d'employer la force brutale pour contenir les mouvements populaires; ces expansions ne sont à craindre que pour ceux qui voudraient comprimer tous les sentiments généreux et qui croient que le peuple ne doit avoir de volonté que celle de ses chefs ou de ceux qui se disent les maîtres.

Les députés de toute la France et les représentants des armées de terre et de mer s'assemblèrent sur la place de la Bastille et se rendirent de là en bon ordre au Champ-de- Mars. L'évêque d'Aulun, Talleyrand-Périgord, après y avoir célébré la messe, bénit l'oriflamme et les quatre-vingt-trois bannières qui furent distribuées aux fédérés de chaque département. Louis XV^I prêta le serment suivant : « Moi, Roi des Français, je jure d'employer le pouvoir qui m'est délégué par l'acte constitutionnel à maintenir la constitution décrétée par l'Assemblée nationale et acceptée par moi. »

La Heine, qui eut l'air d'être entraînée par un mouvement d'enthousiasme, se leva tenant le dauphin dans ses bras et, le montrant au peuple : u Voilà mon fils, il se réunit avec m oi dans les mêmes sentiments. »

Les députations des divers départements furent admises à l'audience du Roi qui les reçut avec bienveillance. La Reine, qui ne né^-ligeait aucun des moyens de séduction que les circonstances lui présentaient, admit même plusieurs fédérés aux séances particulières qu'on appelait les soirées de la Cour.

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