‹ Mémoires et notes de ChoudieuChapitre 82 sur 94 · L*ÉM1GRAT10M · texte numérisé non relu

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la messe à Rome plutôt qu'à Paris. — On rît et la permission fut accordée de suite.

Le comte de Narbonne accompagna les tantes du Roi jusqu'à Rome et en revint, sans que personne lui en fît un crime, parce que tout le monde était persuadé que l'une d*clles était sa mère, et l'extrême ressemblance qui existait entre le comte de Narbonne et Louis XV a fait soupçonner celui-ci d'être son père. Tout le monde sait combien Timmoralité était grande à la cour des Bourbons, mais c'eût été la porter trop loin que de séduire sa propre fille.

Voici comment j'ai entendu raconter le fait dans ma jeunesse à plusieurs personnes de ma province employées dans la maison du Roi : l'une des princesses étant devenue enceinte^ on proposa à M™« la comtesse de Narbonne, qui n'avait point d'enfant, d'annoncer qu'elle était enceinte, et pour cacher autant que possible une naissance qui ne pouvait être avouée, le nouveau-né passa pour le fils de M. le comte de KarJ[>onne.

Le fait est-il exact? Je ne le rapporte que d'après le témoignage de gens que j'ai toujours considérés comme dignes de foi et qui par leur position pouvaient connaître s'il était fondé ou non.

Des lois sévères furent opposées à l'émigration en général.

Je sais qu'en principe et dans les temps calmes, il doit être permis à chacun de se choisir une nouvelle patrie et qu'aucune restriction ne doit être apportée à la liberté d'aller et de venir et de fixer sa résidence à volonté, mais quand il est notoire que des enfants dénaturés cherchent à porter le fer et le feu sur le sol qui les a vus naître, ce serait folie que de ne pas prendre des précautions contre leurs fureurs et quand ils sont sourds à la voix de la patrie qui les rappelle dans son sein, il est bien permis de prononcer des peines sévères contre ceux qui persistent à porter les armes contre elle.

DES CLUBS ou SOCIÉTÉS POPULAIRES

Une puissance nouvelle s'élevait dans toute la France, celle de l'opinion publique, puissance plus forte que toutes

les autres et à laquelle rien ne résiste. Une société, qui depuis est deveaue célèbre par les services qu'elle a rendus à la cause de la liberté et qui, pour cette raison, a été poursuivie par tant de calomnies, s*était formée au Falais-Boyal dans une salle au-dessus du café actuel des Aveugles pour y dis* cuter les grandes questions du droit public qui devaient régénérer la France. Cette société prit d'abord le nom de club breton parce que ses premiers fondateurs furent des députés de la Bretagne. Elle ne se composa dans le principe que de membres de TAssembléc nationale, mais pour donner de la publicité à ses discussions, on pouvait être admis à ses séances sur la présentation de l'un d*ciix. Les membres les plus distingués de l'Assemblée tinrent à honneur d*en faire partie. Son premier président fat Chapelier. On y voyait les orateurs les plus éloquents de ce qu'on appelait alors le parti populaire : Mirabeau, les frères Lameth, le général Menou, Barnave, Sieyès, Babaud de Saint-Étienne, Michel Lepclletier, Barrère, le général Lafayctte, Pétion, Bobespierre, Mounier, etc.

Devenu ensuite trop nombreux par l'admission d'un grand nombre d'individus étrangers à TAsssemblée nationale, le club breton fut obligé de choisir un local plus spacieux et se transporta aux Jacobins ; il prit dès lors le nom de Société populaire et, par la suite, de Société des Jacobins.

Ainsi, quoi qu'en aient pu dire les écrivains qui ont tant déclamé contre les sociétés populaires, celle des Jacobins compta parmi ses fondateurs tout ce qu'il y avait de plus recommandable parmi les membres de l'Assemblée roniti tuante.

Une autre société rivale s'établit aux Feuillants dont elle prit le nom ; elle se composait des membres du clergé et de la noblesse qui avaient refusé si longtemps de se réunir an Tiers-État. Cette société, qui n'avait pas avec elle l'opinion publique, n'eut qu'une existence éphémère et changea plusieurs fois de nom sans changer de principes. Ce fut dans celte société que fut signée, par environ deux cents membres de l'assemblée constituante, une protestation contre les décrets relatifs à la constitution civile du clergé. Ayant fait

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