DES CLUBS OU SOCIÉTÉS POPULAIRES
concevoir quelque inquiétude sur ses projets, elle crut se faire oublier en s'établlssant aux Capucins de la rue Saint- Hoooré, mais elle n'y resta pas longtemps tranquille, parce que l'opinion publique la poursuivait partout ; enfin la réunion se fixa à l'hôtel de Massiac où elle n'attira pas beaucoup de prosélytes ; elle se prétendait le parti mitoyen entre la monarchie et la démocratie.
Un jeune écrivain, M. Roche, dit, dans son histoire de France imprimée en 1826, qu'il n'existait que ces deux sociétés rivales. Pour moi, j'en ai connu plusieurs autres, notamment le club de Clichy et le club des Cordeliers; le club de Clichy voulait la monarchie absolue, le club des Cordeliers voulait la République. Certains écrivains n'ont su faire aucune distinction entre ces différentes sociétés, ils ont tout confondu et il n'est point étonnant que dans ces conditions ils ne nous aient donné que des idées très imparfaites de la Révolution.
M. l'abbé Georçel, qui présente rarement les choses sous leur véritable jour, dit, tome II, page .Vjo de son « Histoire» que les députés qui faisaient partie de la société des Jacobins étaient obligés par les statuts de faire serment de porter à F Assemblée nationale toutes les motions adoptées par la Société. J'ai fait partie de la société des Jacobins e je puis affirmer que je n y ai jamais prêté aucun serment et qu'aucun de mes collègues n'eût voulu contracter une semblable obligation. Comment peut-on avancer de pareilles absurdités ?
Les principes des sociétés populaires et leur raison d'être ont toujours été d'assurer les libertés publiques, et celle des opinions étant la première de toutes, comment peut-on supposer qu*on ait pu imposer de pareilles conditions à des hommes qui ont donné tant de preuves d'indépendance ?
Mais il n'est point étonnant que de pareilles suppositions se rencontrent sous la plume de l'historien qui ne craint pas de dire, page 4^3 du même volume, que la Convention nationale n'était composée que de la lie des scélérats. Il est vrai que cet historien a pris pour épigraphe celte maxime de Tacite que l'histoire doit être écrite sine ira et odio.
46 i NOTES SUR LA RÉVOLUTION
Ud autre abbé un peu raoins haineux que l'abbé Georgel, mais qui n*a pas mieux connu que lui Torganisation des sociétés populaires, M. Anquetil, a dit, tome IX, page aSS, dans son « Histoire de France », en parlant de la Société des Jacobins, que les femmes y étaient admises et y exprimaient leurs opinions. Cette assertion n'est pas plus exacte que celle du serment qu'on exigeait des membres de la Société. Il est vrai que le peuple était admis dans les tribunes publiques et, par conséquent, les femmes comme les hommes; mais jamais les femmes n'ont fait partie de la société des Jacobins et jamais elles n'ont été admises k y exprimer leurs opinions. Il paraît que M. Anquetil n'a point assisté aux séances de la société; il la confond sans doute avec un autre club qui existait dans le même local et dans une salle sépa* rée sous la dénomination de Société fraternelle des deux serves. Quant à cette société, non seulement les femmes pouvaient y parler, mais elles y tenaient le premier rang ; on distinguait parmi elles M™" Robert, plus connue sous le nom de Mlle deKéralio, la baronne de Haëlder, Mti« Théroigne, W^^ Lacombe qui, dans les fêtes publiques, représentait ordinairement la déesse de la liberté; peu d'hommes ont cherché à faire partie de cette société et elle n'a pas eu une longue existence^ parce que l'opinion de tous les hommes raisonnables était que ces dames auraient beaucoup mieux fait de s'occuper de leur ménage que de pérorer sur les affaires publiques.
Cest ainsi qu'en cherchant à jeter du ridicule sur une société qui a été le berceau de la liberté, je veux dire la société des Jacobins, on s'est rendu ridicule soi-même. Pourquoi parler de ce qu'on ne sait pas ? pourquoi déna* turer ce que tout le monde sait? Il n'est heureusement pas au pouvoir de quelques écrivains de faire oublier que la société des Jacobins a été un foyer ardent de patriotisme, que c'est dans son sein qu'ont été développés les premiers principes de la souveraineté nationale. Ces sociétés si diverses et si vivantes ont contribué à former Topinion publique qui n'est à craindre que pour le despotisme ; et je ne crains pas d'avancer que sans elïes In France serait