AFFAIRE DE NANCY
On a dit que les sociétés populaires avaient désorganisé les armées en apprenant aux soldats à desobéir à leurs chefs.
Il se peut que ces sociétés leur aient fait connaître leurs droits et leur aient appris qu'en devenant soldats ils n'avaient pas cessé d'être citoyens ; mais l'insurrection de la garnison
(i) Onaeveut voir que rexagcratioa desclubs et des assemblées révolutionnaires, on passe sous silence les menées contre-rcvolulionaaires de la Cour, de rémit^ration el des puissances étrangères. Si la Cour eût été victorieuse au lo AoQl ou délivrée au mois de septembre par les baïonnettes étrangères, croit-on qu'elle eût été plus clémente que la Convention nationale? Elle aurait exercé des vengeances qu'on eût appelées des exemples nécessaires et d'utiles sévérités. Les partis qui triomphent ne deviennent sanguinai' res que pour conserver le champ de bataille. Si la Cour eût exterminé la Convention, la Convention ne pouvait exister sans détruire la royauté, c'est un fait que personne ne peut contester. Ou a beaucoup parlé delà terreur et de la loi des suspects et personne n*a dit que toutes les mesures acerbes avaient été provoquées par rinsolent manifeste de Brunswick et les mcnacs étrangères. [Pa piers de l'AuUur.)
de Nancy tient à d'autres causes ; elle a eu sa source dans la cupidité des chefs de corps et dans le brigandage qu*exer^ çaient sur la modique paye du soldat les officiers subalternes. Ce brigandage était tellement connu que TÂssemblée constituante décréta, le 6 août 1790, que les soldats qui auraient des réclamations à faire contre Tadminislration de leurs officiers depuis six ans étaient autorisés à les faire valoir devant un inspecteur qui serait nommé à cet effet. Mais déjà il était trop tard. Soit que le ministère ne fût pasdisposé à désigner ces inspecteurs» soit que ces inspecteurs eux-mêmes fussent peu disposés à accueillir ces plaintes, quelques régiments se déterminèrent à se faire justice euxmêmes; ce fut sans doute un tort de leur part, mais celui qui souffre depuis longtemps n'a pas la patience d'attendre toujours ; de ce nombre furent quatre bataillon? du régiment du Roi, deux bataillons du régiment suisse de Châteauvieux et le régiment de Mestre-de-Camp-Cavalier, qui composaient la garnison de Nancy.
La fédération des gardes-nationales du département devait avoir lieu à Nancy avec une grande solennité. Les officiers de ces régiments, pour empêcher leurs soldats de fraterniniser avec les citoyens, refusèrent de les y conduire avec curs drapeaux. Les soldats^ mécontents de cette détermination, les y contraignirent. Après ce premier pas^ un second acte d'insubordination se manifesta dans le régiment du Roi : un grenadier ayant été envoyé en prison par le gouverneur pour faute de discipline, les grenadiers refusèrent de l'y conduire, et ne voulurent plus depuis ce moment pre ndre les ordres des officiers, qui furent tous consignés dans leurs appartements et sommés de comparaître devant un comité que formèrent les soldats, pour y rendre compte des sommes dont ils avaient disposé depuis vingt ans. Les soldats exigeaient provisoirement cent cinquante mille francs acompte sur quinze cent mille francs qu'ils prétendaient leur avoir élc volés sur leur décompte de l'habillement et de 1 équipement. Ils s^emparèrent à main armée de la caisse et la partagèrent entre eux.
Les soldats de Châteauvieux exigèrent aussi de leurs of*