AFFAIRE DE NANCY 4G
liciers qu'ils relenaient prisonniers la reddition de leurs comptes : ils demandaient 27.000 francs à compte sur les 227.000 qu'ils prétendaient leur être dûs. Ceux de Mestrede-Camp, qui retenaient aussi leurs officiers prisonniers, demandèrent également une somme considérable qu'il fallut payer comptant. Ces réclamations étaient sans doute exaspérées mais le décret dont je viens de parler n'autorisait-il pas (à la date de la rébellion) la réclamation de ces militaires. n n'y avait que la forme qui était blâmable. La prudence exigeait peut-être qu'on ne parlAt pas par avance de ce décret, et qu'il ne fût rendu public qu'au moment de l'arri. vée d'un inspecteur. On eût évité par là de grands malheurs.
Les officiers dressérenl procès-verbal de ce qui venait de se passer et l'envoyèrent au ministre de la guerre, M. de la Tour-du-Pin.
J^s soldats de leur côté envoyèrent des députés à Paris, que le ministre de la guerre fit conduire à la Force aussitôt après leur arrivée. C'était le moyen de causer une plus grande fermentation parmi la garnison de Nancy, qui mettait déjà en délibération l'arrestation des officiers, lorsqu'ar rivèrent deux de ces soldats que le ministre de la guerre, mieux avisé, avait fait mettre en liberté et qu'il renvoyait à Nancy avec mission d'inviter la garnison, de la part de l'Assemblée nationale, à rentrer dans le devoir, en lui annonçant qu'un inspecteur-général allait se rendre dans cette ville pour faire droit à leur demande, s'il y avait lieu. Effectivement, M. le lieutenant-général Malscigne,chargé de celte mission, arriva bientôt à Nancy. Cet officier, qui était d'une sévérité inflexible, ne convenait point à une pareille mission. 11 commença par le régiment de Châteauvieux, dont il repoussa toutes les plaintes sans en excepter une seule; de violents murmures et même des menaces accueillirent sa décision ; suivi de près par les Suisses, au sortir de leur caserne, jusqu'à Thôtel du gouverneur, il eut l'imprudence de tirer son épée et de blesser un de ces militaires. Aussitôt les Suisses crièrent aux armes et environnèrent l'hôtel du gouverneur pour en arracher le générai Malseigne.
Heureusement, les autres régiments déclarèrent qu'ils ne
souffriraient pas qu*on attentât à la personne du général et qu'ils le prenaient sous leur sauvegarde Cependant la municipalité de Nancy, craignant pour les jours de cet ofHcier, rinvita h quitter la ville. C'était un mauvais conseil, car tout pouvait encore s'arranger, si cet officier eût mis plus de modération et plus de confiance dans sa conduite. En fuyant il excita le ressentiment des deux régiments qui Tavaienl pris sous leur sauvegarde et qui s*ofFensèrent du peu de confiance qu'il leur témoignait; ils accusèrent le général La Noue d'avoir favorisé sa fuite et le mirent lui-même ea arrestation. Quelques cavaliers de Mestre- de-Camp se lancèrent à la poursuite du général Malseigne et ne s'arrêtèrent qu'aux portes de Lunéville.
Le £çénéral Malseigne commit une autre faute en arrivant à Lunéville : il fit monter à cheval les carabiniers dont il avait été quelque temps auparavant major et, se mettant à leur tète, il leur ordonna de sabrer les cavaliers de Mestrcde-Camp dont plusieurs furent blessés; mais le plus grand nombre des carabiniers, révoltés de cet ordre violent, refusèrent d'obéir, arrêtèrent le général lui-même, et le conduisirent prisonnier à Nancy.
Le général Bouille, qui commandait les trois évéchés, avait reçu du ministre de la guerre l'ordre de réunir à Metz une force suffisante pour faire rentrer dans l'ordre les trois régiments révoltés. Il marcha sur Nancy, à la tête de 8.000 hommes. Arrivé aux portes de la ville, il reçut une députation envoyée par le département et la municipalité pour l'inviter à différer l'attaque, mais il ne voulut rien accorder avant que les deux généraux arrêtés fussent mis en liberté, promettant cependant qu'en cas de prompte soumission il adoucirait la sévérité des ordres dont il était |K>rteur. Les deux généraux furent ramenés aux avant-postes avec une escorte de Mestre-de-Camp. Tout aurait été tei^miné par ce premier acte de soumission, si Bouille n'en eût pas exigé un second : il ordonna au régiment du Roi de se rendre sur-le champ à Verdun; le même ordre fut donné pour une autre destination au régiment de Mestre-deCamp. Le régiment de Chàleauvieux refusa formellement d^obéir.