‹ Mémoires et notes de ChoudieuChapitre 88 sur 94 · A PROPOS DE LA FUITE DU ROI · texte numérisé non relu

A PROPOS DE LA FUITE DU ROI

A propos de la fuite du Roi, Drouet, le fils du maître de poste de Saintc-Ménehoiild, m'a assuré depuis qu'il n'avait jamais vu le Roi, mais qu'il le reconnut à sa ressemblance

avec FeFfîgie des pièces de monnaie qu'il avait dans sa bourse. N'ayant point de forces à sa disposition, il monta à cheval et, par des chemins de traverse, accompagné d'un ancien camarade^ qui avait été dragon comme lui, ils arrivèrent à Varennes avant la voilure du Roi (i). Leur premier soin fut de donner avis de leur découverte au procureur de la commune nommé Sausse, qui rassembla à l'instant même le plus possible de gardes-nationales, barricada le pont avec des voitures pour empêcher Louis XVI d'aller plus loin.

Lorsque le Roi arriva dans la ville, le procureur de la commune tarda, sous différents prétextes, à viser les passeports pour donner le temps aux gardes-nationaux de se rassembler et lorsqu'il crut avoir des forces suffisantes, il déclara au Roi, qui insistait pour qu'on le laissât continuer sa route, qu'il le reconnaissait et qu'il ne passerait pas outre. Louis XVI, étonné de ne pas trouver les détachements que Bouille avait promis d'échelonner sur la route, descendit de la voiture avec sa famille, espérant ainsi qu'en gagnant du temps il serait délivré par les troupes qu'il attendait.

Il paraît que les mesures avaientété mal prises par Bouille ou que ses ordres avaient été mal exécutés. Les différents chefs de corps auxquels il avait confié cette mission délicale se sont accusés réciproquemment de son inexécution sans qu'on ait pu savoir positivement quelles en ont été les véritables causes ; j'ai seulement entendu dire à Drouet (2)

(i) On rapprochera ce passage de ce que dit Michelet toujours pathétique : « Un ancien dragon, Drouet, fils du niaflre de poste, partit en effet, surveillé, suivi de près, par un cavalier qui comprit son intention, qui Veut tué peat-^lre. ■ {S. de VEdX

(a) M. Emery dit dans sa biographie à l'article Drouet : « Enfernaé dans Maubeuge lorsque celte place fut cernée par le prince de Saxe-Cobourg, Drouet chercha à s'échapper peudaut la nuit H fut pris par les Autrichiens qui furent accusés de l'avoir mis dans une cage de fer à Bruxelles. Ce qui prouve la fausseté de cette accusation, c'est qu'à la faveur d'une secrète intelligeocc avec un meunier nommé Gérard, Drouet sauta par une fenêtre de sa prison. Une fracture au pied le fit arrêter de nouveau. »

Il n'y a pas un mot de vrai dans ce récit. Voici les faits tels que je les tiens de Drouet lui-même, à sa rentrée en France:

Lors du blocus de Maubeuge, Drouet, qui avait été dragon et qui montait bien à cheval, se dévoua pour instruire lui-même la

SUR L'ASSEMBLÉE CONSTirUANTE; 471

que Tarrivée des troupes avait été retardée par les obstacles que leur avaient opposés sur la route les gardes-nationales de plusieurs municipalités, qui avaient considéré comme suspects CCS rassemblements de troupes dont l'arrivée ne leur était pas annoncée ; une de ces municipalités refusa même formellement, paraît-il, de laisser passer la troupe, et le commandant ayant ordonné de forcer le passage, les soldats refusèrent d'obéir.

SUR l'assemblée constituante

L'Assemblée constituante, avant de se séparer, décida qu'aucun de ses membres ne pourrait faire partie de l'Assemblée législative qui allait la remplacer. Beaucoup de personnes ont blâmé cette mesure et ont pensé qu'elle avait eu tort de confier la consolidation de son ouvrage à une Assemblée nouvelle. Je ne suis pas entièrement de cet avis, et je pense, au contraire, qu'elle a donné non seulement un grand exemple de désintéressement, mais encore que c'est un acte de prudence de sa part parce que déjà des germes de division s'étaient manifestés dans son sein depuis la fuite du Roi, et que ces discusions n'eussent fait qu'augmenter si les dissidents de cette Assemblée, qui déjà avaient essayé de réviser les principaux articles de la constitution, eussent pu faire partie de la nouvelle assemblée ; et il me suffira, pour donnerquelque consistance à cette opinion, de citer l'exemple

Convention delà situation critique dans laquelle se trouvait celle place. Accompagné seulement d un cavalier, il sort de Mèiubeuge au milieu d'une nuit obscure, traverse le camp ennemi, et toutsemblait fav'jriser son audacieuse entreprise, lorsqu'on sonne Talarme. Le se'il obstacle qui se trouve devant lui est un fossé que son compa- (raon de voyage franchit heureusement, mais lui n'a pas le même 'jonheur: son cheval s'abat. Les Autrichiens s'eniparent de Drouel et le mènent au quartier général. Le prince de Cobourg l'accabla d'injures et eut l'indignitéde lui marcher sur le corps.De là Drouet fut conduit et incarcéré à la citadelle d'Olmutz. Il essaya de s'évader àl'aide d'un parachute qu'il avait fabriqué dans sa prison. Malheureusement son entreprise ne réussit pas et il fut précipité dans les fossés de la citadelle où il secassa la cuisse. {Papiers de l'Aateur.)

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de ce qui s'est passé lors de la nomînalioD des députés à la Convention nationale après le lo août.

J avais proposé dans les derniers jours des séances de l'Assemblée législative de suivre l'exerople que nous avait donné TAssemblée constituantle. Le motif qui me déterminait à cette proposition n'était que d'écarter des nouveaux choix les membres du parti de la Gironde, qui, dés le jour même du lo août, avaient cherché à s'emparer du mouvement et à faire croire qu'il avait été dirigé par eux ; comme j'ctaisf sûr du contraire, je prévoyais d'avance les divisions qu'amènerait nécessairement cette prétention qui serait vivement combattue surtout par les nouveaux membres que je prévoyais devoir être choisis dans le département de la Seine où était connue la conduite des Girondins pendant cette journée contre laquelle ils eussent lancé les foudres de leur éloquence, si elle n'eût pas réussi, mais dont ils réclamaient l'honneur, lorsque le danger avait disparu.

Vergniaud, qui était de bonne foi, fut sans s'en douter l'instrument de cette intrigue qui fut concertée d'avance chez Condorcet. On y avait préparé le décret de convocation d'une Convention nationale et le choix du rapporteur tomba sur Vergniaud, non pas seulement parce que c'était le membre le plus éloquent de cette réunion, mais parce qull était en même temps le plus populaire. Combien de fois ne m'a-t-il .pas dit depuis en gémissant sur les malheureuses divisions qui avaient éclaté entre la Gironde et la députation de Paris, que j'avais bien raison de demander qu'aucun de nous ne pût être réélu. En effet, que de malheurs eussent c:è évités, si ma proposition avait adoptée.

11 est vrai que c'est la Gironde qui a jeté le gant. Elle en a été cruellement punie.

L'Assemblée constituante prononça, sur la proposition dn général Lafayette, une amnistie générale pour tout ce qui avait précédé l'acceptation de la Constitution.

Ainsi se termina cette session mémorable qui a doté la France d institutions libérales, je pourrais même dire d'instîtu lions républicaines que les Français s'estimeraient encore

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heureux aujourd'hui de posséder : municipalités, administralion déparicmenlale, choix des magistrats, choix des ministres delà relig:ion.Elleatout laissé à Télection populaire : organisation de la garde-nationale, choix de ceux qui devaient commander par ceux qui devaient obéir, vote de Timpôt par la législature, responsabilité des ministres (i). II n'a manqué à son ouvrage pour être parfait que l'élection libre et temporaire du chef de l'Etat et sa responsabilité, car c'est une anomalie qu'un chef qui peut tout et qui n'est responsable de rien.

Enfin, n'eùt*elle proclamé que la souveraineté du peuple et le droit d'insurrection contre la tyrannie, que ce serait un pas de géant ! Elle a ouvert des voies nouvelles à la civilisation. Puissent nos neveux en profiter mieux que nous !

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