LES FEMMES DE LA HÉVOLUTION
Paris, 5 novembre i833.
Vous m'avez demandé, Monsieur, qu'elle était mon opinion sur l'influence que les femmes avaient exercée sur la Révolution. Mon opinion est qu'elles en ont eu beaucoup sur le
(i) L'Assemblée constituante a posé des principes qui lui survivront longtemps; cependant, malgré tout mon respect pour elle, je ne puis m abstenir de lui faire un reproche grave, c'est de s'èlre bornée à déclarer en principe la responsabilité des ministres, et de n'avoir pas dit en quoi consistait cette responsabilité. Depuis quarante années nous luttons contre les envahissements du pouvoir exécutif sans obtenir justice : l'opinion grandit tous les jours et les ministres font tout ce qu'ils peuvent pour la faire marcher en arrière. Si cet état de choses dure encore longtemps, la grande nation qui a dicté des lois à toute l'Europe sera bienti)t réduite à en recevoir à son tour de la main même du pape ou d'un transfuge français (a), qui vient jusque dans Paris lui présenter les volontés de son nouveau maître comme des ordres auxquels il faut se soumettre. A quel degré d'avachissement nos ministres ont-ils donc fait descendrela France?Et il n'y a point encore de loi sur la responsabilité!
(a} M. Pozzo di Bori?o, acluHlement amhasitadeur de Bussie, ëmicra en 471)9 arec Paoli, entra au service de l'Angleterre, puis h celui de la Russie. lAote de r Auteur.)
parti royalîsle dont elles ont exalté les passions, et auquel par conséquent elles ont fait commettre beaucoup de sottises, mais qu'elles n'en ont eu que très peu sur le parti républicain, si ce n*est sur quelques hommes faibles qui n*onl jamais fig>uré parmi les hommes de 1792, 98 et 94, qui avaient trop de caractère pour se laisser influencer.
Voici le nom des femmes qui^à ma connaissance, ont pris une part plus ou moins active dans nos affaires politiques. J'y joins une notice sur chacune d'elles.
Dans la haute société : Marie-Antoinette, la comtesse Jules de Polignac, la comtesse de Montesson, la marquise de Genlis, la comtesse de Buffon, les deux comtesses de Béfort, la marquise de Condorcet, la baronne de Staël, les dames de Lameth et Mathieu -Dumas, Pimpératrice José<phi ne.
Dans la société bourgeoise : Madame Roland y Mademoiselle de Kéralio (femme Robert), Madame Camille Desmoulins, Mademoiselle Théroigpne de Méricourt, Mademoiselle Lacombe.
Afarie^Antoineite : Tout le monde sait que la Reine était le chef de ce qu'on appelait le comité autrichien, qui se composait des ministres Bertrand de Molle ville, de Breteuil et Montmorin, du maréchal de Broglîe, du général de Bouille et de tout ce que la cour comptait d'ennemis de la Révolution. C'est dans ce conciliabule que se discutaient tous les plans d'attaque contre l'Assemblée nationale et contre la r.ommunc de Paris. Louis XVI, qui n'était pas aussi faible qu'on a voulu le faire croire, non seulement ne se laissait pas entièrement diriger par la Reine, qui cependant avait une grande influence sur lui, mais il la soutenait, au contraire, de tout son pouvoir, excepté dans les mesures audacieuses et énergiques qui lui étaient proposées par elle parce qu'il manquait de courage ; il n'était que perfide et méchant, ainsi que la prouvé l'empoisonnement du serrurier Gamain qui l'avait aidé dans la construction de l'armoire de fer, et dont il craignait ^indiscrétion.
La comtesse Jules de Polignac: Cette dame était la con-
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(ideofe de la Reine ; c*est chez elle que le comle d'Artois a organisé l'émîjç^rnlion, en y préludant par des orgies auxquelles la Reine n'était pas étrangère. Ces deux femmes ont fait plus de mal que toutes les autres ensemble.
La comtesse de Afontesson : Le duc d'Orléans, père de Philippe-Égalité, Tavail épousée en secondes noces. Ce mariage n'ayant point été reconnu par le Roi, le prince ne voulut pas permettre qu'elle repan\t à la cour autrement que comme princesse du sang. C est de celte époque que date la haine de la branche cadette contre la branche aînée, haine qui a beaucoup influé sur la part que Philippe-Égalité a prise à la Révolution. C'est chez la comtesse de Montesson qu'on préparait les moyens d*élever une dynastie nouvelle, non pour Philippe-Kgalité, mais pour son fils aîné, dont on tenait k faire un personnage important auprès de l'armée, en lui attribuant les honneurs de la bataille de Jemmapes. Les principaux directeurs de celte intrigue étaient le comte de Valence et Beurnonville, qui, tous deux, demeuraient chez la comtesse de Montesson.
La marquise de Genlis: Cette dame était l'épouse du marquis de Sillery ; elle émigra de bonne heure en Angleterre avec la demoiselle Paméla, fille naturelle du duc d'Orléans. Elle n'a eu d'influence sur la Révolution que par l'éducation qu'elle a été chargée de donner aux enfants d'Orléans. Elle est connue par des écrits remplis de déclamations contre la Révolution et par des romans. Elle est devenue bigotte dans ses vieux jours.
La comtesse de Baffon : Elle élai«. la maîtresse de Philippe- Egalité; elle demeurait chez le marquis de Sillery, mari de Mme de Genlis; il y avait table ouverte dans cette maison pour tous les députés. Cette dame était jeune, aimable et jolie; et malgré tous ces avantages, quoique secondée par l'ex-consti tuant Voidcl, homme très adroit, elle n'a pas fait beaucoup de prosélytes au parti d'Orléans, mais elle a essayé d'en faire.
Les deux comtesses de Béfori : Ces deux dames étaient au moins aussi jolies que la comtesse de Buffon ; leurs maris étaient émigrés. L'aînée était la maîtresse de Hérault de Séchellcs, qui m'a fait trouver plusieurs fois chez lui avec les deux sœurs, parce qu'il désirait de faire, lui, connaissance avec la plus jeune, qui était d'une rare beauté, mais encore plus adroite qu'elle n'était jolie. Heureusement que je me suis aperçu à temps que les deux dames n'étaient que des intrigantes. Plus tard elles ont été la principale cause de la mort de Hérault de Séchelles et de Simon. Cies deux députés, ayant été envoyés en députation dans le Mont- Blanc, eurent la faiblesse de favoriser la rentrée des deux maris de ces dames : reconnus et arrêtés en passant sur le Pont -Neuf, ceux-ci réclamèrent le témoi<^nage de Hérault de Séchelles et de Simon, qui eurent la faiblesse plus g^randc encore de certifier qu'ils les reconnaissaient pour de boos citoyens, et qui, pour ce fait, ont porlé leur tête sur l'échafaud. On ne commettait pas sans danger de semblables imprudences.
La baronne de Haëlder : Cette dame hollandaise était l'un des agents secrets de la Prusse; elle attirait chez elle déjeunes et jolies personnes; elle ne recevait chez elle que des députés montagnards qui l'ont abandonnée dés qu'ils se sont aperçus de ses liaisons avec l'ambassadeur de Prusse. Cette vieille femme n'avait que le talent de l'intrigue; elle avait organisé avec la dame Robert, dont je parlerai dans un instant, la Société dite Société fraternelle des deajr sexes ; société qui n'a eu qu'une existence éphémère, parce que peu d'hommes ont voulu en faire partie et que les femmes capables d'y porter la parole n'ont pas été assez nonr)> breuses. C'est chez elle que Chabot a connu la Prussienne qu'il a épousée.
La baronne de Staël : Elle était fille de Necker et avait épousé l'ambassadeur de Suède. Sa maison était Icréceptacle de tous les émigrés qui allaient et venaient de Coblentz à Paris, et y étaient en silrcté k cause des fonctions diploma*