PRÉFACE XI
En 1896, j'ai entrepris de tirer des papiers de Choudieu le livre que j'apporte aujourd'hui et j'ai dû pour cela aller me fixer à Angers pendant quelques mois. A lire mon auteur qui, à soixante-dix ans passés, s*était mis en tête d'écrire Thistoire après y avoir contribué en fait, à le chercher dans le fatras d'écriture qu'il a laissées, je m'affectionnais à lui; après l'avoir feuilleté dans ses cartons, je le respirais dans la rue, je pensais que sa ville, et son ciel angevin, c'était encore un peu de lui-même. Dans les propos de ses compatriotes je cherchais son esprit et n'y trouvais que des contrastes provinciaux et des qualités effacées.
La ville aux 50.000 âmes inconnues m'était charmante et neuve, éloquente seulement de son passé, de ses pierres sculptées, de ses rues capricieuses, de ses parvis et de ses maisons à colombages. Par les soirs rapides, le soleil poussiéreux et pâle^ parmi des peupliers et des platanes, déclinait sur l'eau, allumant les arches des ponts et grandissant la mâture des berges, et j'aimais les frissons des saulaies