‹ Mémoires et notes de--,représentant du peuble à l'Assemblée législative, à la Convention et aux arméesChapitre 13 sur 87 · AU DEBUT DE LA RÉVOLUTION · texte numérisé non relu

AU DEBUT DE LA RÉVOLUTION

niinislre qu'il rappelait, mais l'homme nécessaire, le seul (jui pouvait, par sa popularité, lui procurer de l'aryent et dont on se débarrasserait dès qu'on pourrait se passer de lui, et la preuve de ce que j'avance, c'est que celui ci ne prit aucune part aux affaires d'administration générale, ainsi qu'on peut s'en convaincre par le compte-rendu des j)rem:ères séances des Etats-généraux.

Le Roi ne partageait point les opinions de INI. Xecker relativement à la double représentation du Tiers et ne fut pas de bonne foi en l'accordant, car c'était la rendre illusoire que de n'accorder pas en même temps le vote par tète. Le gouvernement n'avait aucun plan fixe et vivait en quelque sorte au jour le jour; il se conduisait à peu près comme un homme dans son tort qui se met en colère. Au milieu de ce désordre et de l'ignorance complète de l'administration, on ne peut s'étonner que la France ait songé à se sauver elle-même. D'ailleurs depuis longtemps le Roi ne servait plus que les passions de la Cour.

Dans quelques provinces, et notamment en Bretagne, la noblesse, qui avait lutté avec tant d'éclat contre la tyrannie ministérielle, voulut re- [)lacer le tiers-ét:U sous la sienne, et son opposition à ce fiue le nombre des députés de cet ordre

fût doublé excita des scènes saiig-lantes dans la ville de Rennes.

La jeunesse prit les armes et appela à son secours la jeunesse des villes voisines : Nantes, Ang-ers et plusieurs autres villes y envoyèrent des détachements armés qui eurent bientôt rétabli l'ordre, car les nobles qui n'avaient mis en avant que leurs domestiques ou des gens à leurs gages donnèrent prudemment l'ordie de la retraite. Par suite de cette écliaulTourée, il s'établit une espèce d'alliance entre la jeunessede Jiretagne et d'Anjou qui, par leurs députés respectifs, formèrent Tannée suivante une fédération dans la ville de Pontivy. Cette assemblée fut présidée par un député breton, le vice-président fut un député ang^evin. Le président fut le général Moreau, devenu depuis beaucoup trop célèbre ; je fus choisi pour vice-président, honneur que l'on voulut fa're à la députalion d'Anjou.

On doit croire que celte jeunesse, composée de tout ce qu'il y avait de plus ardent dans les principales villes des deux provinces, prit des arrêtés d'une grande vigueur; ils furent ju^^rés séditieux p:ir M. Joly de Fleury, procureur-général au parlement de Paris, qui les honora d'un réquisitoire par suite duquel ils furent condimnés à être

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l)rùlés par la iiiaiii du bourreau sur les marches du Palais de justice. Le même jour, un journal ( i) rédigé par celui qui devait devenir l'illustre auteur des Ruines et du Voi/ar/e de Syrieel d'Egypte, Vohiey (2), obtint également les honneurs de l'aulo-da-fé, quoi(iue la Bretag-ne, où le prétendu délit avait été commis, ne fut pas du ressort du parlement de Paris. — On ne brûle plus aujourd'hui les écrits, mais on emprisonne les auteurs et on les rançonne pour leur imposer silence. Dans tous les temps les eouvernements ont eu à leur dispo- .sition des Jettries, des Ballard, des Marchangies et autres (pic je m'abstiens de nommer.

Dans jiresque toutes les villes, la mesure ([ui accordait au tiers-état une double représentation fut accueillie avec enlhousiasine. M. Achille Roche,

(\) La Sentinelle du peuple.

(?) Yolncy est né le 3 février 1757 à Craon, petite ville du département de la Mayenne. Son nom de famille était Chassebeuf. L'éditeur Adolphe Bossanc^e prétend que ce nom était ridicule et que, lui ayant causé beaucoup dedcsai^réments, son père le nomma Bois^irais. Le fait est que Volney, qui entra au collège d'Anirers a 1 ài^e d'environ 12 ans, ne nous a jamais été connu que sous le nom de Chassebeuf et que nous le nommions encore ainsi à son retour d'Egypte. 11 est vrai qu'il nous pria de lui donn<T dorénavant celui de Volney, non qu'il répudiai le nom de ses pères, mais parce f|ue celui de Volney l'ayant fait connaître dans la republique des lettres, il attachait de l'importance à le conserver, {Papiers de i Auteur.]

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pour donner une idée de l'opinion qui se manifestait partout à cette époque, avance dans son « Histoire de France» que les femmes d'Angers prirent un arrêté aux termes duquel elles offraient de s'enrôler avec leurs fils, leurs frères et leurs époux pour soutenir la cause du peuple contre la noblesse.

J'io-nore où M. Roche a pris cette information, mais j'étais alors à Angers, et il n'est point à ma connaissance qu'une semblable détermination ait été prise. Je conviens que dans beaucoup d'autres circonstances les femmes de cette ville ont donné de grandes preuves de courage et de dévouement, mais je ne crois pas nécessaire à leur gloire d'v ajouter des faits imaginaires. Il suffit de rappeler ce qu'elles ont fait pour juger ce qu'elles feraient encore si les circonstances l'exigeaient de nouveau. On les a vues, lors du siège d'Angers dirigé par Charles d'Autichamp, à la tète d'une armée nombreuse deVendécns, accourir en grand nombre sur les remparts, y porter des vivres aux courageux ctoyens qui les défendaient et leur prodiguer des s3cours de toute espèce, au milieu des balles et des boulets qui pleuvaient. Je me plais à leur rendre cette justice : bonnes épouses, bonn-is mères, elles o:it encore prouvé (pi'elles étaient bonnes citoyen-

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