LA LOI MAHTL\LE A ANGERS
n'était qu'un prétexte dont se servait le clergé non scrmenlé pour troubler la tranquillité publique, en excitant des hommes égarés à demander la iliminution du i)ain, quoitiu'il fût à un très bas prix.
Voici le fait :
Un rassemblement nombreux, composé de « perrayeurs », qui sont les ouvriers des carrières à ardoises qui environnent la ville d'Angers, précédé par des femmes qui travaillent à la filature du chanvre qu'on emploie dans la manufacture de toiles à voiles, se présente un jour de marché à l'une des portes de la ville. La municipahté, qui avait été prévenue d'avance de ce mouvement, avait mis en réquisition la garde nationale. Je commandais un bataillon de volontaires qui depuis a formé le premier bataillon de Maine-et-Loire. On m'avait confié la défense de la porte devant laquelle se [)résentèrent les insurgés. Ils étaient commandés j)ar un vieux sergent invalide, étranger à la ville, et par un autre sergent d'infanterie qui avait des parents dans la ville, mais dont l'arrivée étonna sa famille elle-même, qui ne l'attendait pas.
Le vieux sergent d'invalides, qui paraissait commander en chef, me somma d'avancer pour conférer avec lui. Je lui répondis qu'il pouvait avancer
5<? .MÉMOIRES DE CFIOUDIEU
lui-même, s'il avait quelque proposition à me faire. Il s'avança et m'assura que sa troupe ne venait pas avec des intentions hostiles, mais qu'elle exigeait avant tout que mon bataillon mît bas les armes. Je ne répondis à cette ridicide sommation qu'en le menaçant de le fa-re arrêter s'il ne se retirait. Pendant ce pourparler, j'avais fait prévenir le maire, M. d'Houlières,qui depuis a été mon collèg-ue à l'Assemblée Législative et à la Convention, rpie ma position deviendrait difficile s'il ne me faisait pas soutenir par de la cavalerie, parce que le rassemblement se faisait menaçant et augmentait d'un moment à l'autre, mais que je prenais sur moi de le disperser avec une simple compagnie de cavaliers.
M. d'Houlières fit aussitôt déployer le drapeau rouge sur la tour de la maison commune et vint lui-même, accompagné d'un escadron de Royal- Picardie, proclamer la loi martiale sur la place du Cliamp-de-Mars, où j'avais disposé ma petite troupe en bataille, en face du rassemblement qui ne m'inspirait pas beaucoup d'inquiétude, parce qu'il était mal organisé et sans ordre dans sa marche.
Le maire s'avança seul au milieu des femmes qui faisaient le front du rassemblement et par-