‹ Mémoires et notes de--,représentant du peuble à l'Assemblée législative, à la Convention et aux arméesChapitre 29 sur 87 · AUX PREMIERS BRUITS DE L'INVASION · texte numérisé non relu

AUX PREMIERS BRUITS DE L'INVASION

A cette époque, les Prussiens avaient franchi la frontière.

Le 20 août Longwy fut investi; le 21, la ville fut bombardée; le 24, elle capitulait.

Le 3o août^ l'armée ennemie arriva devant Verdun.

Le premier septembre, un courrier nous apportait de Verdun une lettre du conseil défensif de la ville datée du 3i août à l'adresse de l'Assemblée nationale. Il était de plus chargé pour moi d'une lettre de Beaurepaire,le plus ancien des chefs des trois bataillons qui se trouvaient dans la place, et qui, comme tel, avait pris le commandement de Verdun. Cette lettre, que je lus à la tribune, se terminait par ces mots que la suite des événements ne devait que trop justifier :

« Vous pouvez assurer l'Assemblée nationale que lorsijue Verdun sera pris Beaurcpaire sera mort (i). »

(1) Beaurcpaire clait un vieux soldat parvenu au i^rade d'officier

Al'X PREMIERS BRUITS DE LINVASION 18!

Dans la nuit du r'au 2 septembre, un nouveau courrier m'avait été adressé de Verdun, c'était un jeune volontaire du bataillon de Maine-et-Loire (|ui était parvenu à traverser l'armée prussienne à l'aided'un cheval vigoureux. II était chargé de donner verbalement des détails au comité militaire et au conseil exécutif sur la situation critique où se trouvait la place de Verdun.

Comme l'assemblée était en permanence, il vint m'y trouver et je convoquai de suite le comité midans le seul réçimeiii de carabiniers qui existât alors. N'espérant aucun avancement dans ce corps il avait obtenu sa retraite. le grade de capitaine et la croix de Saint-Louis. Il venait de rentrer dans sa famille lorsqu'on forma le 1" bataillon de Maine-et-Loire dont je faisais partie.

Mes camarades voulaient me nommer leur commandant ; mais je leur fis observer que je n'avais pas l'expérience nécessaire pour les faire manœuvrer devant l'ennemi et ils nommèrent Beaurepaire, que je leur avais désigné comme le plus capable. Celui-ci se rendit avec beaucoup de peine à mes instances réitérées. On lui donna Lemoine pour commandant en second (i) et pour adjudant-major Oelaaje. — Tous les deux sont devenus généraux. — Le même jour j'étais nommé député à laprcjuière Législative. Depuis ce moment j'avais entrelenu une correspondance suivie avec Beaurepaire. Peu de temps avant que Verdun fût investi, il m'écrivait ces mots, dont je ne soupronnais par le véritable sens :

a Nous sommes serrés de près par l'ennemi, mais vous pouvez assurer à l'Assemblée nationale (juc lorsque Verdun sera pris Beaurepaire sera mort. »

Cette lettre me fut apportée par un jeune volontaire, nommé Desmazières, qui, à l'aide d'un bon cheval, avait eu l'audace de traverser le corps d'émigrés français que commandait le comte d'Autichamp, frère du marquis d'.Vutichamp, alors chef d'état-major g;énéral de l'armée de Condé. [Papiers de l'Auteur.)

(Il En 18.16, le général Lemoine a rédigé un « mémoire » sur la mort de Beaurepaire. Ce mémoire est aux archives de la Guerre.

(A', de l Éd.)

litaire qui, après avoir écouté ce jeune homme, me charijea de le conduire auprès des membres du conseil exécutif qui était aussi eu permanence.

Ce fut à la suite des déterminations qui furent prises à ce comité ([ue Danton se rendit avec moi à l'Assemblée nationale, et qu'il y déploya toute l'énergie dont il était capable. Xon, jamais il ne m'a paru plus beau, quoique la nature ne l'eût pas favorisé sous ce rapport, mais il avait une belle âme, un grand caractère, et un courage capable de surmonter tous les obstacles. Je voudrais transcrire ici tout ce qu'il a dit pour exciter l'enthousiasme. Mais comment rendre l'efFet que son discours produisit sur l'Assemblée tout entière? Il nous sembla voir en lui un tribun du peuple haranguant les Romains sur la place publique pour les exciter à voler à la défense de la patrie. Et telle fut l'impression qu'il produisit sur moi, que j'en conserve encore le souvenir vivace après plus de quarante années.

Après avoir exposé la situation critique dans laquelle nous nous trouvions, il ajouta: « Législateurs, ce n'est que par de grandes mesures que la patrie peut être sauvée, ce n'est point assez de faire entendre le canon d'alarme, c'est au pas de charge que tous les Français doivent se précipiter

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