AUX PREMIERS BRUITS DE L'INVASION
sur l'ennemi. Puisque les satellites des despotes ont osé mettre le pied sur la terre de la liberté, il faut qu'ils y trouvent leur tombeau... Et que nous faut-il pour vaincre? — De l'audace, encore de l'audace et toujours de l'audace 1 »
L'éner«-ie de Danton se communique avec la rapidité de l'éclair à la population tout entière de Paris. Dès la pointe du jour, les murs sont couverts de la proclamation de la Commune appelant aux armes; des échafaudages s'élèvent comme par enchantement sur toutes les places principales, et des officiers municipaux y reçoivent les enrôlements volontaires qui, en quelques heures, sont au nombre de plus de quarante mille. Il faut avoir été témoin de l'enthousiasme qui anima ce jour-là la population de Paris pour s'en faire une idée.
Une nombreuse jeunesse accourait de toutes parts se rang-er sous les drapeaux de la patrie; des hommes mariés, des hommes établis de toutes les classes de la société quittaient ce qu'ils avaient de plus cher, leurs femmes, leurs enfants, leurs biens, pour marcher à la rencontre des hordes étrangères. On eut dit que, nouveaux soldats de Cadmus, ils sortaient des entrailles de la terre.
Cependant l'ordre le plus parfait semblait régner dans Paris, mais ce n'était ((u'un calme in-
*84 iMÉMOIRES DE GHOUDIEU
quiétant. La nouvelle de la capitulation de Verdun n'était point encore connue et ne pouvait l'être encore dans la capitale, mais des bruits sinistres se répandaient déjà sur cet événement et sur l'approche de l'ennemi (i).