‹ Mémoires et notes de--,représentant du peuble à l'Assemblée législative, à la Convention et aux arméesChapitre 31 sur 87 · MUNICIPALITÉ DE PARIS · texte numérisé non relu

MUNICIPALITÉ DE PARIS

Extrait du registre des dclibtrations du « Conseil général des quarante-huit sections. » Du 2' septembre 1792, l'an premier de la Liberté et premier de

1 Egalité.

Le Procureur de la Commune dit que Verdun ne peut plus résister que huit jours, (ajouté nu crayon). Il demande des forces

Lon demande l'état des citoyens qui ont des armes qui sont tout près à partire: donner une liste des noms pour reporter à /, heures a la Commune destinés à partire après demain.

que les barrières seront à l'instant fermées,

l'on va sonner le tocsin et le canon d'alûrmes va partire à

2 heures, '^ Une proclamation va être faite dans toutes les places,

il faudrait que chaque section puisse fournire 200 armes d'ici à demain midy...

h aire assemblé les sections pour en faire part. (Bibl. nat., niss. n. a. 2y20, fo i4y.)

Tout paraissait assez tranquille le malin du 2 septembre. Deux de mes amis vinrent me proposer une partie de campagne, pour me distraire un peu des travaux presque continuels auxquels nous avions été contraints depuis le lo Août. C'était, si je ne me trompe, un dimanche, jour pendant lequel l'Assemblée suspendait ses travaux ordinaires pour ne s'occuper que d'entendre des pétitions. J'acceptai.

En rentrant le soir à la chute du jour, nous vîmes dans la rue Saint-Martin un grand rassemblement. Je descendis de voiture pour savoir quelle en était la cause.

On me répondit que c'étaient d'anciens gardes du Roi qui avaient été reconnus et qu'on venait d'arrêter. Et je les aperçus étendus morts sur le pavé.

Je m'empressai de quitter ma société pour me rendre de suite à l'Assemblée, oiî je ne trouvai qu'un petit nombre de députés qui, comme moi. venaient d'y arriver. L'un d'eux, l'abbé Audrein,

qui depuis fut nommé évèque du Morbihan à Ouimper et qui a été assassiné par les Chouans, me raconta qu'en venant il avait passé devant la prison de l'Abbaye, qu'un nombreux rassemblement se tenait sur la place, qu'il avait été obligé de prendre une autre route et qu'il paraissait que ce rassemblement se disposait à égorger les prisonniers.

11 m'offrit sa voiture si je voulais m'y transporter parce que, disait-il, je pourrais peut-être avoir quelque influence sur le peuple en ma qualité de membre du comité militaire. .le lui répondis que j'étais prêt à le faire, mais qu'avant de partir je désirais savoir si le comité de sûreté générale et celui de la guerre avaient reçu quelques avis et pris des mesures à ce sujet. N'y ayant trouvé personne, je rejoignis Audrein, qui voulut m'accompagner, ce dont je ne me souciais pas beaucoup, parce qu'il était peu connu, et que sa qualité de prêtre ne le recommandait pas beaucoup. En général, les prêtres étaient mal vus de la multitude. J'eusse préféré un autre compagnon que celui-là ; mais je ne pouvais le refuser sans malhonnêteté. Nous montâmes en voiture.

Arrivés à la place de l'Abbaye, nous trouvâmes les avenues gardées par des hommes armés qui

nous refasèreut le passade. J'insistai en demandant à parler à l'un des chefs. Un officier vint, qui nous parut conuuander un poste de gardenationale, et qui nous demanda nos noms et qualités.

Il ne connaissait point Audrein. « Quant à toi, nie dit-il, tu peux passer, et je te ferai accompagner par deux citoyens; mais ton camarade, que je ne connais pas, doit rester dans la voiture; et puis je crois que tu fais une démarche inutile, si ton intention est de paralyser nos opérations. » Introduit avec mes deux gardes-nationaux dans ce qu'on aj)pelle le préau de la prison, je demandai à parler au commandant. Il n'y en avait point d'autre que celui qui présidait à ces sanglantes exécutions. Après quelques minutes, je le vis venir. C'était un nommé Dufr..., comédien attaché au spectacle de la Montansier. Il ne me donna pas le temps de placer un mot. « Que viens-tu faire ici? me (lit-il. Si tu viens pour arrêter la justice du peuple, je dois te dire que tu ferais de vains elTorls; et que tu courrais même des risques, si tu cherchais à t'y opposer. Le seul conseil que j'aie à te donner, c'est de te retirer le plus proinptement possible. » Il n'y avait rien à répondre. Entouré d'hommes qui ne me paraissaient pas disposés à

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entendre raison, seul et sans moyens, comme sans espoir d'être écouté, je me retirai de ce lieu de flésolalion, le cœur serré par tout ce que j'avais vu. Je rejoignis Audrein et nous rentrâmes tristement au sein de l'Assemblée, impuissante ellemême à arrêter les massacres.

Je crois devoir placer ici une notice sur le personnag-e qui présidait à l'Abbaye :

— Le sieur Dufr... jouait d'après nature les rôles de tyran au théâtre de M"'' Montansier, et je l'ai vu remplir, avec quelque succès, dans la tragédie de Charles IX, le rôle du cardinal de Guise bénissant les poig-nards dans la nuit de la Saint-Barthélémy.

Peu de temps après les massacres de septembre, il fut nommé adjudant-çénéral dans la division que commandait à Lille le g-énéral Lavalette, qu'il ne faut pas confondre avec celui dont la vie fut sauvée par son épouse courageuse, en i8i5.

Il fit graver une guillotine sur le cachet de l'état-major. Destitué quelque temps après pour ce seul fait, qui n'était pas du patriotisme, il ne fut réintégré dans ses fonctions qu'en l'an VII, époque à laquelle j'étais chef de la première division du ministère de la guerre. Il s'adressa à moi pour ob-

tenir le remplacement de chevaux qui lui avaient été enlevés lors de sa destitution. Je ne crus pas devoir me refuser à en faire la proposition au ministre (Bernadotte), parce que sa demande était juste. Quelques jours après, il se présenta dans mes bureaux nous réclamer la décision du ministre ((ui lui était favorable. Pendant que je faisais expédier le bon nécessaire pour les prendre au dépôt, il déclamait dans mon cabinet contre le système de la Terreur, ainsi que les g-ens du bon ton le faisaient alors et le font encore aujourd'hui.

— Il vous sied moins qu'à tout autre, lui dis je, de parler de terreur devant moi. Vous croyez donc que j'ai oublié le rôle infâme que vous jouiez à l'Abbaye dans la nuit du 2 septembre. On devrait du moins savoir se taire ({uand on a présidé à de pareils massacres. Et vous osez parler de la Terreur! Je vous prie de cesser vos déclamations, et, si vous paraissez de nouveau dans mes bureaux, veuillez vous abstenir de semblables discours. M. Fleury qui remplissait les fonctions de sous-chef au bureau des remontes, était présent à cet entretien et s'en souvient encore.

Cet officier (Dufr...) a été employé par les Bourbons, sous la Restauration, comme t,^énéral de briij'-ade dans la ville de Nantes, où il s'est

lOt) MÉMOIRES DE CHOUDIEU

montré rennemi le plus prononcé de tous ceux (jui professaient des principes libéraux.

De pareils instruments convenaient parfaitement à ceux qui détruisaient toutes les libertés conquises par la Révolution (i).

En rentrant à l'Assemblée je la trouvai occupée du soin de nommer des commissaires qu'elle autorisa à se transporter dans les prisons, pour arrêter, s'il était possible, l'effusion du sang-. Mais ils ne furent pas plus heureux que je ne l'avais été à l'Abbaye, et ils ne furent pas écoutés. Ces commissaires étaient MM. Dusaulx, Isnard, Bazire. François de Xeufcliâteau et Lequinio.

Quelques instants après on donna lecture d'une lettre de l'abbé Siccard qui instruisait l'Assemblée de la position critique dans laquelle il se trouvait, et qui réclamait sa protection. Un membre rappela

(i) Le créDcral Daiiican, successivement terroriste et rovaliste, ou ])Cut-Ltre les deux en mùme temps, commandait au i3 vendémiaire les sections insurtrées. Dans un pamphlet publié à Londroen 1796, /es Brijands démasqués, il jiarle du bataillon sacrr des terroristes qui lui fut oppose par Barras avec l'artillerie de Bonaparte :

« On y remarquait le général Dufraise, jadis pitoyable histrion; il avait été à Lille le complice du marquis La Valette; ses yeux etincelaient; il avait le pistolet à la ceinture et se reportait aux temps heureux où il lit i^raver sur son cachet une çuilloline. »

C'est donc Dufraise qu'il faut lire dans le récit de Choudieu.

(Xote de fÉd.)

Li:S JOURNÉES DE SEPTEMBRE 191

que notre collègue Jouneau, qui depuis quelques jours était détenu à l'^Vbbaye par suite de la ([uerelle qu'il avait eue avec Grangeneuve, courait les mêmes riscpies que l'abbé Siccard et qu'il n'y avait pas de temps à perdre pour les sauver tous les deux. L'Assemblée confia cette mission à Ciliabot, dont la voix seule fut plus puissante que ne l'avait été celle des commissaires qui l'avaient précédé, car il parvint à se faire écouter. « Et j'avais à peine fini de parler, dit-il en ramenant les dt'ux prisonniers, que déjà ils étaient rendus à la liberté aux acclamations plusieurs fois répétées de : Vire r Assemblée nationale, inveiit les dignes manda la ires du peuple !

Dans le premier moment de sa délivrance, l'abbé Siccard fit publiquement des remerciements à Chabot, mais il oublia bientôt qu'il lui devait la vie. Il paraît qu'il est des hommes pour lesquels la reconnaissance est un fardeau trop pesant, car on lit, à la page 128 des Mémoires (|ue l'abbé Siccard a fait inqnimer plus tard, le passage suivant : « M. Lafond-Ladebat, qui ne pouvait rien par lui-même, s'était transporté chez Chabot, pour lui peindre la situation où j'étais et le peu de tem[)S qui restait pour me sauver. Ce qu'il n'eût jamais demandé à ce monstre pour lui-

d92 MÉMOIRES DE CHOUDIEU

même, il le demanda pour son ami (i). »

Quelques écrivains ont prétendu que la proclamation de la municipalité de Paris, placardée le 2 septembre au matin, avait provoqué les massacres de la fin de la journée. Une pareille accusation ne m'étonne point de la part de ceux qui attendaient avecimpatience l'arrivée des Prussiens. Mais cette proclamation n'avait d'autre but que d'exciter le zèle de ceux qu'elle appelait à la défense de la patrie; et il est impossible d'y trouver une seule expression qui sig-nifie autrechose.il est égal(-ment impossible de trouver dans les discours de Danton une provocation à l'assassinat.

Pour moi, qui, l'un des premiers, demandai la

(i) En opposition à ce qu'il a écrit de Chabot je citerai un passage de la lettre que l'abbé Siccard adressait à l'Assemblée le 2 septembre :

« Permettez, Monsieur le président, que je confle à l'Assemblée nationale le témoignage de ma reconnaissance pour donner à une action si généreuse (celle de Thorloi^er Monnot) la plus grande publicité. Une nation chez laquelle des citoyens tels que celui à qui je dois la vie ne sont pas rares doit être invincible. Raconter de pareils actes d'héroïsme c'est remplir un devoir. Les sentir sans pouvoir communiquer l'admiration qu'ils excitent et ne jamais les oublier, c'est l'état de mon âme, plus satisfait de vivre avec de pareils citoyens que d'avoir échappé à la mort.

« Signé : Siccard. >

Je comprends les sentiments qu'exprime dans sa lettre l'abbé Siccard, si, comme il l'a dit, un citoyen s'est placé entre lui et ceux qui voulaient l'égorger. Aussi bien aurait-il pu être juste envers Chabot à qui il devait sa liberté. Mais Chabot était un ]trétre marié et l'abbé Siccard un prêtre dissident : inde irœ.

(N. de l'A.)

ilissolutioii de celte municipalité, lorsque je croyais (ju'elle voulait s'emparer de tous les pouvoirs, je dois aussi être des premiers à lui rendre la justice qu'elle mérite, et je ne crains pas d'affirmer, parce que telle est ma conviction, que c'est par sou énergie et par son dévouement qu'elle a préservé la France de l'invasion étrangère. Je dirai même que l'Assemblée nationale, toute vig-oureuse qu'elle fût, aurait eu beaucoup de peine à ins[)irer le même enthousiasme, parce (ju'elle renfermait dans son sein une minorité qui [taralysait souvent les mesures énergiques qu'elle voulait prendre et parce celte minorité inspirait une juste défiance à la po- [)ulation de Paris.

D'autres historiens ont beaucoup exagéré le nombre des victimes dans ces fatale journées, ,1e suis loin d'atténuer l'horreurdecertainsfaits, mais la vérité suffit. Le tableau est assez noir sans qu'on ait besoin de le charger.

M. de Saint-Méard, dans une relation intitulée Mon agonie de 38 heures, porte le nombre des victimes à 12.847 dans les différentes prisons de Paris. Le sieur Peltier, qui ne trouve pas encore cechiffresuffisant, leporle à sixmille dans la seule prison de Bicèlre et, [)Our etnhcllii' à sa manière, il ajoute qu'on y employa toutes sortes de moyens

de destruclioii cl ([ue les piques, les sabres, les fusils ne suffisant pas, on eut recours aux canons à mitraille, de sorte que tous les prisonniers, même les aliénés, furent tués. Je ne crois pas que de pareils récits méritent une autre réfutation que leur exaifération évidente. Un autre écrivain royaliste. M, l'abbé de Montgaillard, en a du reste fait justice. Voici ce qu'il a dit dans son Histoire de Franee, tome III, pag-e 207:

c( D'après les indications conservées, on a la presque certitude que les prisons ne contenaient pas moins de 0.000 individus et que seulement trt»!s ou quatre cents ont été sauvés. Comme si ce n'était pas assez de ce nombre de victimes, des folliculaires, qui se proclament amis delà royauté, par exemple un nonuné Peltier, ne rougiront pas de ["exagérer; ils affirmeront que le carnage a duré huit nuits et huit jours consécutifs à Bicétre, etc. (i I... »

M. Dulaure est le seul écrivain qui, dans ses Estjuisses, ail répété, aprèsM.Lacretelle. le conte absurde que M"<= de Sombreuil n'obtint la grâce de son pure (ju'à la condition de boiro un verre de

(i) M. Morlimer-Ternau.x [Ilist. de la Terreur), n'a pas dépassé le chiffre de i3G8 viclimes pour les huit prisons de Paris. Les autres slatisti lues documcntccs sont encore iufcrieurcs. (A', de CÉd.)

LKS JOURNÉES DE SEITEMBRE 195

sang-. Aucun de ceux qui ont échapj)é aux massacres des 2 et 3 septembre n'a parlé de ce fait ; il convient donc de laisser le triste honneur de cette invention à l'imag^ination dérég-lée d'un homme qui plus d'une fois en a imposé au lecteur dans son Histoire de France, et je ne crains pas de lui appliquer cet axiome de notre droit public: semel mendax, seniper mendax.

Que M. Lacretelle se permette de semblables épisodes, cela ne doit surprendre personne, mais que M. Dulaure s'en fasse l'écho, c'est ce que j'ai peine à comprendre. Les massacres de Septembre ne sont déjà que trop réels sans supposer des crimes qui n'ont jamais existé et qui ne tendent qu'à rendre odieux toutcecpii tient à laRévolution (i).

(i) On sait que l'imajjination un peu sadique de notre Miclieict national n'a point repoussé tout à fait ce trait. M. Mortimer-Ternaux l'a repris sur la foi d'une lettre tardive de M. de Villciuine le fils de M"' de Sombreuil morte en iSaS. M. Granicr de Cassa gnac a cite cette lettre dans son Histoire des Journées de sep/einbre, t. II, p. 22G.

La part dune imas^ination déjà romantique est visible dans le récit que M. de Villclume dit tenir de sa mère « qui n'aimait pas à parler de ces tristes et affreux temps ». On y lit que le verre de saii^' que M"« de Sombreuil but « sans hésiter » sortait de la li'lc de M. de Saint-Mart, un ami de sa famille, qu'il était mélan-'é de f vin et de poudre >. ; ot il y est dil en outre que, dans sa lulte contre les bourreaux de son père. M'" de Sombreuil /u/ blessée trois fois. L'inexactitude est ici tlajyrante, car, si le verre de san" pouvait, i la rii^ueur, avoir été bu sans témoins disposes à en lemoii^ner, les blessures devaient rester et les contemporains et amis de M"« de Sombreuil, tous ceux qui ont célébré justement son dévouement jusque dans l'Assembkc nationale, n'eussent pas manqué d'insister sur ces détails sensibles.

1% MÉMOIRES DE CHOUDFEU

Le»'0uvé,dans son Eloge des femmes, di célébré eu jolis vers le dévouement des demoiselles Cazolte et de Sombieuil, exposant leur vie pour sauver celle de leur père, mais il n'a point porté l'exaçéralion permise aux poètes jusqu'à dire qu'elles avaient bu un verre de sang- afin de l'obtenir.

Au surplus, voici le jugement que l'abbé de Montçaillard porte sur M. Lacretelle, le jeuin' (tome III, page 242): « Lacretelle jeune, gazetier historien, qui fut le flatteur des gouvernements révolutionnaires ou usurpateurs, aussi longtemps qu'ils letinrent le pouvoir, et qui devint leur ennemi aussitôt qu'ils le perdirent... »

Si j'ai cité contradictoirement des écrivains rovalisles ouse disant tels, cen'estquedansl'intérèt

On peut donc penser, sans mettre en cause la bonne foi de M. de Villelumc, que M''* de Sombreuil a fini par croire à «sa léçcnrle ■> citée pour la première fois en 1801 par Lcgouvc dans les noies annexées au Mérite des femmes. 11 n'en est pas question dans le poème où l'on peut lire au contraire des vers comme ceux-ci :

« Faut-il qu'au meurtre en vain son père ait échappé! « Des brigands l'ont absous, des juges l'ont frappé !

On peut donc croire que Legouvé ii^norait lui-même l'histoire du verre de sang' quand il composa son poème. Le Irai! dut lui Otre conté un soir que son élève, la laide M"' Duchenois, récitait ses vers « en quelque soirée charmante ».

Sur le registre de r.Vbbaye, on lit eu regard du nom de Sombreuil : Jugé par le peuple et mis en liberté. (.V. de l'Éd.).

LES JOUKNKLS DE SEPTEMBRE l'jT

de la vérité. Je me sépare entièrement de M. l'abl)é de Monlgaillard lorsqu'il dil, à la pag^e 208 du volume eilé plus haut : « Ce qui ajoute réellement à l'horreur des massacres de septembre, c'est <|ue les exécuteurs allaient, les jours suivants, loucher à la caisse de la Commune le salaire qui leur avait été promis ; et, comme pour braver toute ignominie, les ordonnateurs du massacre eu conserveront les j)reuves : on trouvera longtemps après, dans le dépôt de la comptabilité du conseil de la Commune, des bons signés Tallien, Méliéi.'. »

Quand on avance des faits comme celui-là, il faudrait du moins les appuyer sur quelque chose. Je sais (jue Tallien etMéhée ont été accusés de ce chef par quelques folliculaires, comme les appelle M. de Monlgaillard, et même par desmembresde la Convention, mais ceux qui l'ont fait ontété constamment démentis. Il y a assez de reproches à faire à ces deux individus (Tallien et Méhée) sans inventer contre eux des iii\raisemblances.

M. de Monlgaillard n'indique point la source de son opinion; mais je crois pouvoir le faire pour lui. On va voir à rpioi se réduisent les pièces compt ibles dont il parle.

J ai lu ddius un oiivragçïnùluU (Jnek/ues-u fis (les

fruits amers de /aRéiw/ution{i), attribué à M^^Ia marquise deFausse-Lendrv,qu'il avait été présente à Bonaparte premier consul un mémoire portant l'énuméralion des sommes payées par la municipalité de Paris pour dépenses depuis le lo août jusqu'au 5 septembre. Ce mémoire était siçné par un nommé Guenot, se disant administrateur des domaines et finances de la Commune de Paris, et contenait notamment l'état des sommes payées dans les premiers jours de septembre. Savoir, entre autres articles, ceux-ci qui semblent plus spécialement affectés :

1» A -M. Tallien pour un coffre-fort destiné à la conservation des objets précieux 3o fr.

2° Pour menues dépenses à l'effet d'ensevelir les

?)0 Pour transport d'effets trouvés sur des individus morts dans les prisons g A

4° Pour transport de cadavres et acheter de la

chaux.. ,/^03

^>o Mandat du 4 septembre pour prix du temps de rcnlèvement des prêtres de Saint-Firmin, pendant deux jours ^3

ù" Pour lenlèvemeal des corps à l'abbaye de Saint-

( iermain 3q

7'' Pour le chargement des cadavres sur les voilures 5o

8° Mandat pour transporter deux commissaires à Bicèlre et à la Salpètrière, pour calmer l'effervescince des citoyens 25

(i) Non pasdanslerécit même deM»» Paysacde Fansse-Lendry, mais dans le recueil des Souvenirs sur ies journées de septembre où il fut réimprimé. (N. de l'Èd.).

Si c'est là ce qu'on appelle la preuve du salaire qui aurait été accordé aux assassins, je ne vois pas (ju'on puisse en faire un crimeàTallien et à Méhée, car je n'v trouve rien qui prouve que ces sommes aient été emplovées à un usaçe répréhensible, et comme aucun autre compte n'a été rendu public sur ces événements, j'en tire la conséquence que M. Lacretelle, qui prétend f[u'il a été accordé 24 francs par jour à chaque assassin, a encore inventé cela.

Au surplus, le mémoire que je viens de rappeler n'a lui-même aucune authenticité ; car il n'est appuyé sur aucune pièce orii^inale, pas même des signatures de Tallien et de Méhée, qu'on prétend en avoir été les ord(jnnateurs, et celui qui a voulu s'en faire un mérite en le présentant au premier consul a la bonhomie de convenir que les originaux ont été brûlés. Il faudrait alors savoir avant tout comment il a pu s'en procurer une copie. D'ailleurs, ce qui me porterait à croire que les originaux n'ont môme jamais existé, c'est que ce compte est établi en francs et que le calcul décimai n'existait point encore à cette épofjue, car ce n'est que sous la Convention nationale qu'il a été présenté et adopté, sur le rapport de Prieur de la Cùte-d'Or.

Enfin, une autre preuve qu'il n'a point été distribué de salaire aux assassins de septembre, c'est que plusieurs personnes échappées aux massacres ont rendu justice à leur désintéressement.

M. de Saint-Méard, dans l'avertissement qui est en tête de son Agonie de 38 heures^ écrit entré autres choses que la principale raison qui l'eng-age à publier son récit est de faire voir que « si le peuple est impétueux et irrésistible lorsqu'il se croit trahi, il ne faut pas pour cela désespérer de sa justice w. M. de Saint-Méard rapporte au long ce qu'il a vu, il déclare que lorsqu'on l'interrogea il s'avoua franc royaliste, sur quoi l'un des juges dit mot pour mot : « Ce n'est pas pour juger les opinions que nous sommes ici. » Quant M. de Saint-Méard eut fini de parler, le président, après avoir ôté son chapeau, dit : « Je ne vois rien <jui doive Jaire suspecter Monsieur, je lui accorde la liberté. Est-ce votre avis? Tous les jug'es répondirent : Oui, oui, cest juste. A peine ces mots divins furent-ils prononcés que tous ceux qui étaient dans le g^uichet m'embrassèrent. » Trois personnes furent chargées d'annoncer cejugement au peuple, trois personnes furent chargées d'accompagner M. de Saint-Méard (i), et, aussitôt

(i) M. Journiac de Saint-Mcard dit texluellemcnl :

« Le Prcsidcnl chargea trois personnes d'aller en dépulalion

fjii'il parut dans la rue, l'un d'eux s'écria: Citoyens, voilà celui pour lequel vos juges demandent aide et protection. Tous les speclaleurs applaudirent aux cris de Vive la Nation! Ces trois hommes l'accompagnèrent jusque chez lui. « Le premier mou-

aniioncer au peuple le jugement qu'on venait de rendre... Le président me demanda pourquoi je ne portais pas la croix de Saint- Louis, qu'il savait que j'avais. Je lui répondis que mes camarades prisonniers m'avaient invilé à l'ôter. Il me dit que l'assemblée nationale n'ayant pas défendu encore de la porter, on paraissait suspect en faisant le contraire. Les trois députés renirèrent et me firent mettre mon chapeau sur ma tête ; ils me conduisirent hors du çuichet. Aussitôt que je parus dans la rue l'un d'eux s'écria : Chapeau bas... citoyens, voilà celui pour lequel vos juges demandent aide et secours. — Ces paroles prononcées, le pouvoir e.récutif m'eDleva, placé au milieu de quatre torches, je fus embrassé de tous ceux qui m'entouraient. Tous les spectateurs crièrent : Vive la Nation! Ces lionneurs. auxquels je fus très sensible, me mirent sous la sauvegarde du peuple qui, en applaudissant me laissa passer, suivi des trois députés que le président avait chargé de m'escorter jusque chez moi.

Un d'eux me dit qu'il était maçon, et établi dans le faubourg Saint- Germain ; l'autre, né à Bourges et apprenti perruquier ; le troisième, vêtu de l'uniforme de garde national, me dit qu'il était fédéré.

« Chemin faisant. le maçon me demanda si j'avais peur. Pas plus que vous, lui répondis-je; vous devez vous être aper(;u que je n'ai pas été intimid/' dans le guichet ; je ne tremblerai pas dans la rue. Vous auriez tort d'avoir peur, me dit-il, car actuellement vous êtes sacré pour le peuple, et si quehju'un vous frappait, il périrait sur-le-champ. Je voyais bien que vous n'étiez pas une de CCS chenilles de la liste civile, mais j'ai tremblé pour vous quand vous avez dit que vous étiez officier du roi. Vous rappelez-vous que je vous ai marché sur le pied ? — Oui, mais j'ai cru que c'était un des juges. — C'était parbleu bien moi, je croyais que vous alliez vous fourrer dans le /(n/va, et j'aurais été fâché de vous voir faire mourir ; mais vous vous en êtes bien tiré ; j'en suis bien aise parce que jaime les gens qui ne boudent pas.

« Arrivés dans la rue Saint-Benoit, nous montâmes dans un fiacre qui nous porta chez moi. Le premier mouvement de mon hôte, de mon ami, fut, etc. »

vement de mon hùle, dit-il, de mon ami, en me voyant arriver sain et sauf, fut de leur offrir son portefeuille. Ils le refusèrent et lui dirent en propres termes : Nous ne faisons pas ce métier pour de r argent... Voilà votre ami, il nous a promis un verre d' eau-de-vie, nous le boirons, et nous retournerons à notre poste. »

M. Bertrand de MoUeville qui, en entendant le 2 septembre le canon d'alarme, se persuadait que c'était l'annonce d'une grande victoire et dont toutes lesespérancess'attachaientau succès des armées étrangères, ainsi qu'il le dit, page ii!\ du tome 11 de ses Mémoires, ne peut cependant pas se refuser à rendre hommage au désintéressement de ceux qui sauvèrent son frère à cetteépoque et, quoiqu'il les qualifie d'assassins, je citerai ses propres paroles pour prouver, du moins, que ces hommes-là n'étaient point des hommes d'argent :

« A peine les bourreaux eurent-ils entendu le mot innocent, dit cet historien (page 216, tome II) que ceux dont les bras étaient déjà levés pour l'égorger se précipitèrent au devant de lui avec des transports de joie immodérés et l'accablèrent à plusieurs reprises de leurs horribles caresses... » Puisil ajoute: « 11 leur présenta une poignée d'asgnats de cinquante livres pour leur témoigner sa

reconnaissance, et il les refusèrent en disant que le bonheur de l'avoir sauv»î valait mieux ijue ça. »

M. Weber convient également dans ses Mémoires (ju'il a échappé aux massacres de la Force; mais il ajoute : « En vérité, quand on réllécliit à ce (jue ces brigands appelaient innocent, on rougit d'avoir été trouvé tel par eux. »

Je viens de parler d'un ouvrage intitulé Ouelqiiesnnsdes fruits amers de la Révolution; et n'est pas sans surprise que j'y ai iu, page ~jl\, que l'auteur, unedame,qui convient qu'elle adula vie aunommé Pochet, l'un des justes du tribunal établi à la Force, ajoute, en parlant de Manuel qui s'était porté aux prisons pour arrêter l'effusion du sang: « Manuel eut l'air de désapprouver toutet n'empêcha rien.»

Cependant il se trouve à la pa^-e suivante une note des éditeurs où il est dit r[ue Manuel, s'étant transporté à la Force, à la sollicitation de M. de la Trémouille, fit mettre en liberté M. de Saint- Brice et M"'' de Tourzel. Il est vrai ([uo, tout en rendant compte de ces di.'ux bienfaits, les éditeurs ajoutentque Manuelchercha desdéfaites en ce qui concernait M"" de Tourzel, pour s'excuser de cette belle action et rpi'il ne la fit que malgré lui. Mais où trouver un seul historien de la Révolution qui, même en rap[)ortanl une belle action d'un repu-

blicain, ne cherche pas à en atténuer le mériteenla dénaturant?

Ces mêmes éditeurs, eu convenant que Manuel sauva la célèbre M'"® de Staël des dangers qu'elle courait à l'Hôtel-de-VilIe, ajoutent encore : « Mais on verra plus bas quelle insensibilité il porta au milieu des massacres. Qui expliquera le cœur de l'homme capable d'avoir des sentiments si contraires ? »

De semblables réflexions ne m'étonnent pas de la part de ces raconteurs d'histoires accoutumés à spéculer sur la calomnie et à la vendre à des libraires assez peu délicats pour la payer. Ici je remarquerai seulement en passant qu'il est peu généreux de remuer les cendres d'hommes qui ont aussi été victimes de la Révolution et de leur supj)oser des intentions autres que celles qui ressorlcnt des faits eux-mêmes, pour expliquer malignement ce qui mériterait quelque gloire.

La conduite de Manui'l tut vraiment courageuse et rare dans ces tristes journées.

Pétion faisait encore partie de la municipalité, mais il n'est pas à ma connaissance qu'il se soit transporté aux prisons pour essayer de rétablir l'ordre. D'ailleurs, il est à croire que ses efforts eussent été aussi impuissants que les nôtres. Je

LES JOURNEES DE SEPTEMBIŒ iOa

dois le dire ici : il semblait que la peur eût paralysé tous les couraij^es et personne n'osait opposer de dig-ue au torrent ; on lui laissait suivre librement son cours, ({u'aucune force humaine n'était capable d'arrêter.

11 est un fait que je tiens d'un témoin oculaire, Duliem, notre collègue, qui dînait le 3 septembre chez Pétion, Ce jour-là, dans la soirée, une troupe encore toute dégouttante de sang- entra dans la salle à manger et le chef delà bande dit à Pétion : (atoyen maire, nous venons prendre tes ordres. — Mes tamis, leur dit Pétion, est-ce que cela linira bientôt ? Il est temps que cela finisse. — M™'" Pétion, se leva et leur versa à boire.

Je ne rapporte pas cela pour <[u'on en tire la conséquence que Pétion dirigeait le mouvement. Je veux seulement dire que ni lui, ni aucun fonctionnaire pul)lic, excepté Manuel, n'eurent le courag-e de s'opposer à ces scènes d'horreur, tant la stupeur était grande.

Il est une calomnie rehuixe an duc d'Orléans sur Ia([uelle je crois devoir ('nieltic mon o[)inion. L'n écrivain nommé Sénart se disant lui-même agent révolutionnaire et (secrétaire du comité de Sûreté générale, c'est-à-dire agent de police, titre

qui n'est pas très respectable à mes yeux, accuse, à la page 34 de ses Mémoires, le duc d'Orléans d'avoir dirig-é les massacres de septembre et particulièrement celui de la princesse de Lamballe, pour se dispenser de lui paver une rente viagère de 5oo.ooo francs qu'il lui devait. D'abord le duc d'Orléans n'a jamais dû payer de rente viagère à la princesse de Lamballe. C'était le duc dePenthièvre,qui s'était engagé, au contrat de mariage de cette princesse, à lui payer non pas une rente viagère de 5oo.ooo francs, mais de 3o.ooo si elle survivait à son mari; et, c^mme le le duc de Penthièvre vivait encore le 2 septembre, ce n'était qu'à lui seul que pouvait être profitable l'extinction de cette rente. Il est vrai que plus lard elle devait profiter à la duchesse d'Orléans, sa fille, mais cette princesse était séparée de biens avec le duc d'Orléans, son mari, par jugement du 2 0 juillet 1792, antérieur par conséquent aux massacres de septembre. Il n'est donc même point vrai de dire que les intérêts du duc d'Orléans étaient engagés dans les journées de septembre. Qu'on ajoute maintenant quelque croyance à ces fahiicanls d'anecdotes bien perfides et bien scandaleuses. Mais (jue peut-on attendre d'un vil agent (le ptdice? On ((ninaîl le mot de ^I. de Sartine à

ceux qui lui reprochaient de n'employer dans sa pjlice que des hommes méprisables : Trouvezmoi un honnête homme qui veuille faire ce mélier-là (i).

Un poètebien connu (2), que personne n'accusera d'être un révolutionnaire, a déjà vengé le duc d'Orléans d'une calomnie aussi peu fondée et en même temps ceux qui ont été accusés non moins injustement d'avoir inspiré les massacres de septembre. « Les véritables auteurs de ces journées, dit-il dans la Némésis, furent les Prussiens et les émig-résqui soulevèrent le peuple à leur approche, le peuple qui fit une justice terrible de leurs partisans et de leurs complices. «

(.)n fait un crime à des hommes énergiques et exaltés des moyens qu'ils employèrent pour pré-

(1) Sénart, dans ses Mémoires publiés par Dumesnil (a) prétend aussi avoir été président d'une commission militaire et révolutionnaire à Tours et correspondant des rej)résentants du peuple à larraec de l'Ouest (page \o). — Je nie ces deux faits. Il prétend aussi, à la même pau;c, avoir été chariré par le Comité de sûreté générale, d'interroger Santerre et d'examiner ses papiers. La preuve et les pièces matérielles de la corruption de Santerre par d'Orléans sont jointes, dit encore Sénart, au procès- verbal et signées de lui. Nouvelles impostures, car le Comilé ne déléguait pas ses fonctions et les exerçait lui-même. D'ailleurs Santerre n'a jamais été arrêté ni interrogé. (.V. de l'A.)

{:■•■) Bartliclemy.

(al AIixIs Dumesnil, que M»« Tallien, devenue princesse de Chimay.appellc <• ce rcplile ». (Uns une Itllre à M. Pousrens duke de Biuxelle», 18 juin l^il. (.V. de IE.\

server la France de l'invasion étrangère. Mais que l'on songe au nombre de tètes qui eussent été sacrifiées en expiation du lo Août. Mieux eût valu sans doute, suivant certains moralistes, laisser périr la lihcrlé naissante et (pii avait déjà coûté tant de sacrifices! Cependant les hommes ([ui raisonnent ainsi ont été les témoins des réactions sanglantes qui ont eu lieu en 1790. Que serait-il donc arrivé si les émigrés fussent entrés victorieux en France?

Si les journées de Septembre eussent suivi immédiatement celle du 10 Août, on pourrait dire qu'elles furent la conséquence d'un mouvement impétueux qu'aucune force humaine n'était capable d'arrêter; on pourrait les comparer à l'éruption d'un volcan dont la lave détruit tout sur son passage avant de se précipiter dans la mer; mais, après vingt jours, ce n'était plus que le reste d'un vaste incendie dont le feu couvait encore sous la cendre, et la cendre populaire remuée par des causes extraordinaires a rallumé un second incendie plus terrible que le premier.

On m'accusera peut-être de chercher des excuses à un grand crime. Je n'excuse rien. Mais comment juger froidement des choses qui ont été courues et accomplies dans la fièvre.

LES JOURxNEES DE SEITEMBRE 20'J

La relraile précipitée de Menin et rinaclioii de iiùs armées qu'on attribuait non sans raison à la perfidie du pouvoir exécutif, la redditionde Lona:- \\y livré sans coup férir par la trahison de son commandant, l'insolente proclamation de Brunswick menaç^ant Paris d'une destruction totale si on osait lui résister, la marche a})prochanle d'une armée nombreuse avec son avant-garde d'émiî^rés qui ne dissimulaient pas leurs projets de venij^'ance, tout concourait à porter au dernier degré l'exaspération des habitants de la capitale; et si l'on joint à ces circonstances les bruits vrais ou faux que l'on répandait louchant la capitulation de Verdun et l'intention attribuée aux rovalisles de n'attendre que le moment du départ de la nouvelle armée parisienne pour délivrer les prisonniers politiques et massacrer les femmes et les enfants de ceux (pii allaient combattre, on comprendra peut-être que des hommes, prêts d'ailleurs à sacrifier leur vie à la défense de la patrie, aient conçu l'idée de se débarrasser des ennemis intérieurs avant d'aller combattre l'ennemi du dehors, id:'e sans doute très condamnable, mais qui a reçu son exécution au moment même où elle a été conçue (i ).

(i A[ircs avoir exploité politiquemenl l'horreur des massacres

La ville de Verdun capitula le 2 septembre dans l'après-midi. La nouvelle officielle en parvint dans lajournée du 3 septembre à l'Assemblée nationale (jui était en permanence. Aussitôt que celte nouvelle fut comuie, je fus entouré par plusieurs députés qui, faisant allusion à lalettre dont j'avais donné lecture dans la nuit du premier au deux septembre, me demandèrent ironiquement ce (ju'était devenu le brave Beaurepaire. L'un d'eux, Aubert Dubayet, me dit : « Et ton Beaurepaire, dont lu nous lisais la lettre, et qui nous assurait qu'il n'existerait plus lorsque Verdun serait pris, comment va-t-il? Patience, lui répondis-je, j'attends de ses nouvelles, ne soyez donc pas plus pressé que moi. »

Peu de jours après, Delaage, adjudant major du r"" bataillon de Maine-et-Loire, aujourd'hui lieutenant 4,^énéral en retraite, me remit une copie

(Je septembre, Napoléon eu parlait assez librement en 181O, suivant le texte du Mémorial:

« Ce terrible événement, continuait l'empereur, était dans la force des choses et dans l'esprit des liommes. Point de bouleversement politique sans lureur populaire, point de danger pour le peuple dochainé sans désordreset sans victimes. Les Prussiens entraient; avant de courir à eux. on a voulu faire main basse sur tous leurs auxiliaires dans Paris: peut-être cet euihienient injluatu dans le temps sur le satul de la France. Qui doute que, dans les derniers temps, lors(iue les étrangers approchaient, si ont eût renouvelé de telles horreurs sur leurs amis, ils eussent jamais domino la France. » (.V. de CEd.)

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