DU FÉDÉRALISME
Après avoir fait coiiiiaîlre les éléments dont se composaientla Gironde et la Montag^ne, j'arrive tout naturellement à j)ailer du fédéralisme que les Girondins voulaient établir et dont l'existence est encore contestée par leurs nombreux partisans.
Lié d'amitié avec plusieurs d'entre eux tels que Ver^niaud, Ducos, Barbaroux, Delaunay d'Angers (l'aîné), Hérault-de-Séchelles, je ne puis pas être compté au nonil)re de leurs persécuteurs ; j'étais d'ailleurs absent lors des événements du 3i mai (1793); et je puis par conséquent parler d'eux avec inq)artialité. — J'étais alors commissaire de la Convention, et c'est dans les départements de l'Ouest, voisins de la Gironde et du Calvados, (pie j'ai acquis la preuve de l'organisation du fédéralisme dont les chefs principaux se sont fait connaître d'une manière qui nepeut plus laisser aucun doute.
J'ai lu avec surprise dans un journal très répan-
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du (i), et ([iii jouit d'une ré[)utati()u justement méritée, un article intitulé : Il ri ij a jamais eude fédéralistes en France. nuel(|ue estime ([ue j'aie pour ses rédacteurs, dont plus (|ue (iui('()n([ue je sais apprécitM- les talents et le courag-e, et ([ui avant et depuis les journées de juillet ont rendu tant de services à la cause de la liberté, je ne puis me dispenser de relever cette assertion que je considère comme erronée, et ([ue je prouverai telle. Je suis loin d'accuser les intentions des rétlacteurs : leur ])onne toi ne peut être suspecte, mais ils sont trop jeunes pour avoir pu jua;-er par eux-mémesles événements. Ils pardonneront donc à un vieillard témoin des choses dont ils parlent de combattre une opinion (|ui ne peut être réellement la leur, mais (pii a pu les séduire, parce (pie la jeunesse est naturellement enthousiaste de tous ceux qui dans nos assend^lées nationales ont développé un beau talent. A leur tour, je l'espère, ces jeunes ^ens, lorsfpi'ils seront appelés par la confiance de leuis concitovens monlreront ce dont ils sont ca[)ables. Mais c'est [)oui-iuoi une raison de plus de d('iruire des illusions (pii me paraissent tlan^ereuses. Je suis fàclit' ([ue ces jeunes écrivains avec lescpiels je
(1) Le Xalional.
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suis presque toujours craccor»! lorsrju'ils n'abordent que des questions de principes, aient avancé, dans leur feuille du 1 3 janvier i833, « qu'il n'v a jamais eu de parti fédéraliste, et que c'est aujourd'hui une lâcheté gratuite (W^n accuser les girondins, lorsqu'on ne parta2:e i)as les passions qui animèrent contre eux les montagnards, et qu'on n'a pas comme ces derniers l'excuse de ces dangers entraînants qui proscrivent sur le simple soupçon ». Je suis éijalement fâché de les entendre « mettre au défi de tirer des nondM-eux documents girondins publics ou confidentiels, seulement dix lignes qui puissent justifier cette accusation que la passion des chefs montaynards, et le peu de lumière du plus grand nondjre des hommes de ce parti, dirigea si obstinément contre l'illustre Gironde ». J'accepte ce défi, et comme la (jnestiou du fédéralisme est assez yrave pour mériter un examen sérieux, je la discuterai sans craindre, je le répète, d'être accusé de partau^er les passions de ceux qui ont proscrit les (iiroiidins.
Je n'approuve point en effet les proscriptions dont ceux-ci ont été victimes. Je n'ai jamais été d'avis qu'il fût permis de [)rosciiit' des liommes i>o\ir leurs opinions bonnes ou niau\aises, car, à mon
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avis, les opinions no [xMivcnt jamais èd-e criininelles, surtoiU l(»rsqu'elles sont mises en avant [)ar (les représentants du peuple dont ledevoii- est de faire connaître toute leur pensée. Mais la question (pie j'examine ici n'est pas de savoir s'ils ont eu tort ou raison, mais seulement de savoir si le fédéralisme a réellement existé.
Je commencei'ai par faire observer cpie ce n'est pas la Montayne qui a porté l'accusation de fédérahsmc contre les girondins, mais que c'est ro[iinion puljlique, et qu'ils se sont démasqués eux-mêmes par des actes patents, par des correspondances qu'ils ont avoué eux-mêmes et par les nombreux émissaires qu'ils ont envoyés dans les départements pour lesai'mer contre Paiis. Je ferai observer en outre qu'ils ont trouvé des défenseurs dans celle même Montaigne qui n'était pas aussi dépourvue de sens que les ennemis de la Révolution ont cherché à le faire croire. Cambon, Thuriol et Barrère lui-même n'onl-ils pas [uis leur défense à l'époque du 3i mai, tandis que leurs meilleurs amis gardaient le silence (i)? Dailleurs il y axait assez
(i) On connaît le mol de Barrère, rapporté dans ses Mcinoires : « Il faut fcdcraliser la France : vous n'aurez pas sans cela de vcri» laijje iiberlé. » [\. de l'Ecl.)
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d'Iiommes instruits parmi ceux qui siégeaient à la Montagne, pour signaler aux autres les dangers qui pouvaient résulter par la suite pour euxmêmes d'une semblable proscription. Si quelques monta£;-nards ont pris part à ce déplorable événement, ce sont ceux que j'ai sig-nalés comme des renéccats, ceux qui ont diri§-é toutes les scènes sani,dantes qui décimèrent la Convention nationale.
Après ces premières observations, je passe à l'examen des faits.
LefilsdeBarbarouxa fait imiirimer les mémoires de son père qui contiennent (pai^e 38j un entretien que celui-ci dit avoir eu avec Roland et dans lequel ils examinèrent différentes propositions de résistance. Si, dans ce plan de campagne tracé de la main de Barbaroux lui-même, on ne veut pas trouver un projet de fédéralisme, on y trouvera du moins un j)lan de çuerre civile, ce tpii, selon moi, est à peu près la même chose. On lit dans le même livre, une note des éditeurs portant ([ne Barbaroux retournant à Marseille après le loAoùt dit « que, si Paris continuait sa tyrannie sur les provinces, il fallait former une république du Midi».
Si ce n'est pas là du fédéralisme, il faut cliani^er la signification de ce mot car, si je comprends