‹ Mémoires et notes de--,représentant du peuble à l'Assemblée législative, à la Convention et aux arméesChapitre 36 sur 87 · DU FÉDÉRALISME · texte numérisé non relu

DU FÉDÉRALISME

l)ien le français, c'est pour moi du fédéralisme tout j)ur; et ce ([ui résulte encore des mémoires de Barharoux, c'est que les girondins arrêtaient la levée <les impots, que leurs émissaires préparaient des insurrections et excitaient la trahison de Paoli qui à cette époque voulait livrer la Corse aux Ani,dais. Je soutiendrai de plus que ceux qui conspiraient avec Paoli pour livrer la Corse aux ennemis n'étaient pas seulement des fédéralistes, mais des traîtres.

On ne me contestera pas, je l'espère, que Buzot, Guadet, L(.uvet, Brissot, Gorsas, Kerveletian et autres cpii ont formé une armée départementale dans le Calvados n'y 'avaient pas créé un noyau de fédéralisme. En vain a-t-on dit pour leur justilicatioii (pTils ne l'avaient fait que pour leur propredéfense. D'abordc'estunequestion qui peut être controversée que celle de savoir s'il est permis de ])rendre les armes contre sa patrie, même pour sa propre défense. Les montagnards ont pour le moins éprouvé autant de persécutions (pie les girondins, est-ce qu'on en a vu un seul j)iendre les armes contre ses proscripteuis? Ils ont su mourir pour la patrie sans se plaindre, espérant seulement <pi'()n leur rendrait quehpie jour plus de justice. Camille, qui eut aussi à se plaindre des Romains,

248 MEMOIRES DE CHOUDIEL'

oubliant l'ingratitude de ses concitoyens, ne prit pas les armes pour venger ses injures personnelles, mais celle de la patrie. D'ailleurs c'est une * erreur de dire que les girondins n'ont pris les armes que pour se défendre ; c'est en septembre 1792 que les premiers germes du fédéralisme se sont manifestés, c'est dans le courant de septembre 1792 que Barbaroux concertait son plan avec les députés girondins, c'est dans ce même mois que les députés ont écrit à Marseille et à Bordeaux pour former une armée départementale.

La Révellicre-Lépeaux, qui était membre de la même députation que moi, disait à tous ceux qui voulaient l'entendre et dans les réunions particulières de notre députation que la France était trop grande pour former une république unique ; il avait puisé cette morale dans les oeuvres de Rousseau; et, comme il n'avait point encore à cette époque l'amour-propre de croire qu'il serait un jour appelé à gouverner la France, sa petite ambition se bornait alors à rêver de très petites républiques 'dont il avait plus d'espoir de devenir le chef. Il avait formé une espèce de triumvirat, entre lui, Buzot et Kcrvclegan, où il avait choisi pour sa part les départements de la rive gauche de la Loire

DU FEDERALISME 249'

qui ont composé depuis ce qu'on a désigné sous le nom de Vendée (i). Buzot s'était réservé la Normandie et Kervele^an la Bretag'ne;el c'est pour l'exécution de ce plan que ces deux derniers ont soulevé le Calvados et les déparlements voisins.

Peu de temps avant le 3i mai 179^, les erirondins envoyèrent des députés qui leur étaient dé-

(1) Ce n'csl pas sans surprise que j'ai lu, dans la Biojraphie des contemporains réditrée par ^I. Rabbe, l'article consacré à La Révellière-Lépoaux. On cite de lui un fraurmenl de discours fort remarqué, dit-on, qu'il aurait prononcé après l'arrestation du Roi à Varennes : « Dans un pays d'une étendue telle qucla France, les liens du gouvernement doivent être plus serrés qu'à Glaris ou à Appenzel, sans quoi l'état serait abandonné ans horreurs de l'anarchie. pour passer ensuite sous la domination de quelques intrigants; aussi je ne crains pas d'affirmer, moi qui n'ai pas un penchant bien décidé pour les cours, que le jour où la France cessera d'avoir un roi, elle j)erdra son repos et sa liberté ».

Je puis au contraire affirmer qu'à celte époque-là Révellière- Lépeaux nous écrivit à Delaunay l'ainé et à moi, pour nous inviter à provoquer une adresse de nos concitoyens demandant à l'Assemblée constituante la déchéance du Roi et l'établissement de la République. Delaunay, qui présidait alors la société populaire séante en l'église de Saint-Aubin, donna lecture de celte lettre à la société populaire.

Ce fait est connu de ceux de nos concitoyens qui existent encore. Voir le registre de la Société (a).

Je lis dans le même volume (page i4i4) que M. Thibaudeau mourut à Prague en 182'!. Je puis attester le contraire, car, au moment oii j'écris, M. Thibaudeau est comme moi, depuis le mois de janvier i835, membre de la commission ofticieuse des condamnés politiques sous la Restauration, chargé de discuter leurs intérêts près la commission du gouvernement dont le général Gérard est président. Ou'on ajoute maintenant quelque croyance aux biotrrajihies ! — [Papiers de l' Auteur).

{a) \-e registre de la Société des amis de la Conslilulion est aux arctiives municipales d'.-vngers. (A*, de ï'Ed.)

voués dans les dépailemcnts de FOuest. Dclaiinay d'Ançers, le jeune, f[ui avait été procureur-général-syndic du département deMaine-et-Loire,nous arri\a avec Dandenac le 'jeune à Saumuroùce dernier avait exercé les fonctions de membre du district ; ils avaient mission secrète de fédéraliser l'armée ; mais, surveillés de près par Bourbotte, Richard et moi, ils n'osèrent rien entreprendre. Ils étaient encore à Saumur le 9 juin lorsque nous fumes oblig"és d'évacuer la ville. Ils ne prirent aucune part à la bataille, (juoique nous leur eussions offert des chevaux pour marcher avec nous à la tête de l'armée. Ils disparurent aux premiers coups de fusil et entraînèrent avec eux quelques fuyards (jui,dès le commencement du combat, avaient crié : Sauuc qui ])eut'. Ils les dirigèrent sur la route d'Angers bien (pi'ils eussent été prévenus qu'en cas d'échec la retiaite se ferait par Tours. Arrivés à Angers, ces deuxdéputés ordonnèrent aux troupes et aux corps administratifs d'évacuer la ville et, an lieu devenirnous icjoimlre àTours pai" la loule du Mans (pii était la plus courte et qui n'avait rien à craiiiflre des Vendéens, puisque ceux-ci se dirigeaient sur Nantes par la rive droite de la Loire, ils Hreut leur retraite sur Laval par la route de Chàteau-Gonlier, mettant entre eux et nous une

DU FEDERALISME i'-'>^

distance de plus de quarante lieues. Ils avaient leurs raisons pour açir ainsi : ils savaient (jue des (It'putés de Bordeaux venaient d'arriver à Laval et ils prenaient cette route poui" se concerter avec eux et avec les administrateurs de la Mayenne à Tetlet de procurer des secours aux iiisur^t'S de la Normandie. Mais la déconfiture de l'armée de Wimptïen déconcerta leurs projets ultérieurs, et ils lettiurnèrent en toute hâte à Paris, sans Jious instruire de ce cpi'ils étaient devenus.

Après la déroute de Saumur, nous arri\àmes à Tours, le lo juin au matin, Bourbotte, Richard et moi avecl'état-major. Mes deuxcollèyi'ues me chargèrent de me rendre à Niort auprès de Biron, qui commandait une armée nondjreuse et qui n'avait poin! encore été attarpié. Ma mission consistait à in\i*.er ce général à sortir de son inaction |)our faire une diversion qui pourrait arrêter les Vendéens et les empêcher de marcher sur Tours ou sur r;iiinon. Biron me fit de belles promesses et n'en tint aucune.

A\aiit de (piitlt'rXiort, je crus devoir' me rcndr'e a la Société ])opirlaire j)Our" conriaft re l'esprit <prr la dirigeait. J'y trouvai tleux commissaires de la (lironde récemment arrivés de Bordeaux et qui iirvitaieiit ouvertement les habitants et même les

252 MEMOIRES DE CIIOUDIEU

soldats à formel' mio année départementale, s'occu- ])aiit fort peu de savoir s'il y avait des rebelles à combattre dans la Vendée. Ils furent fort mal accueillis et ils trouvèrent de vigoureux adversaires dans deux jeunes volontaires d'un bataillon de la Gironde, les deux frères Faucher, qui tous deux sont depuis devenus généraux et ont péri en 1816, à Bordeaux, victimes des fureurs du vieux général de Viomesnil, l'ini des plus féroces agents de la Restauration. Je parlerai d'eux lorsque je rendrai compte de la guerre de la Vendée. Le député Tliibaudeau était présent comme moi à cette séance.

En sortant de la Société populaire de Niort, je donnai l'ordre d'anèter ces émissaires, mais il paraît que l'officier de gendarmerie n'osa pas les arrêter avant d'avoir consulté Biron,qui s'y opposa. J'ai su depuis que ce général était le complice des fédéralistes et qu'avant de venir prendre le commandement de l'armée il s'était airèté quelques jours à Bordeaux pour se concerter avec les administrateurs girondins. Ce grief est un de ceux qui lui furent reprochés lors de sa mise en jugement.

A la firï du mois de juin 179.3, les administrateurs du déparlement de la \'ienne ayan' été dénonc«''s C(^niine f»''(l(''ralistes, le comité de Salut public nous ddiina mission, à Richard et à moi, de

DU FÉDÉRALISME 2o3

iK.iis rendre ù Poitiers [)our examiner leur coiuluile. Ne connaissant personne dans cette ville nous crûmes pouvoir nous adresser au piocureur-^éncialsvndic, (pii était le i)ère de notre collègue Tliibaudeau, et qui nous inspirait à ce titre quehpie confiance. En etlet, il nous dévoila toute Tintrii^ue, nous dénonça ses propres coUèt-ues et nous fournit la preuve de leur complicité avec les administrateurs delà (iironde en nous comniuiii(piant les registres sur lesquels ils avaient eu l'imprudence d'apposer leur signature, mais sur lesquels ne se trouvait [tas la sienne. Nous nous hornàmcs à destituer ces adminislialeurs (i) et nous conservâmes en fonction le procureur-général-syndic (jue nous crûmes iiuiocenl, parce qu'il fut i>lus perfide ([ue ses complices.

(i) L'original de cet arrêté du 12 septembre 1798 est à la bibliothèque de Poitiers. Extrait :

« Les représentants du peuple près l'armée des Côtes de la Rochelle actuellement à Poitiers, en vertu du décret de la Convention nationale du 2 septembre ;

« Après avoir jtris les renseignements les plus étendus sur la conduite des citoyens composant les autorites constituées de lu vi le de Poitiers et avoir examiné les mémoires justificatifs cpii leur ont été adressés ;

« Considérant que i)lusieurs de ces citoyens leur ont eto dénoncés par la Société populaire et par un -rand nombre de citoyens comme professant des principes contre-révolutionnaires en favorisant par une coupable faiblesse les ennemis de la liberté ;

aOue c'est à ces individus qu'il faut attribuer l'engourdissement dj p'euple et l'état déplorable de req)ril public à Poitiers ; qu'il est constant qu'ils ont répandu dans le département de la \ lenne des semences de f.déralisme et qu'ils ont fait;o;is leurs efforts pour faire prévaloir ce système si funeste à la republi pie ;

254 MÉMOIRES DE CHÛCDIEU

Peu de temps après, le comité de Saint public ie(;nt de nouvelles dénouciations contre le procureur 'riiihaudeauetcharn-ea le député Ins^rand, qui était de Poitiers, de véritier l'accusation. Il y parvint par le moven d'habitants (jui, le connaissant plus intimement (pi'ils ne nous connaissaient, Richard et moi, eurent assez de confiance en lui pour lui dévoiler toute la trame et la perfidie du procureurjiénéral-svndic. L;^ rléputé Ini^rand ordonna alors l'arrestaticni de celui-ci en même temps (jue celle des autres administrateurs girondins.

Aussitôt que le député Thibaudeau eut a])pris l'arrestation de son père, il s'en plai^-iiit à la Convention et demanda sa mise en liberté. Il motiva cette demande sur ce ([ue son père était si peu te-

Arrclent ce qui suit :

Les ciioyeas M /ntauU, président ; Rulaud et Texier, membres du directoire, et Drissard, aJmiiiistrateurs du département de la Vienne ; le citoyen Moreau, i>rucureur-syndic du district ; les citoyens C/iauveau, T/ton-an, Loindé et Fradin, officiers municipaux ; Piorry jeune et Barref, notables ; Conneau. procureur de la commune ; Uera, commissaire national, sont destitués de leurs fonctions.

> En conséquence, ils cesseront de les exercer à partir de la notification du présent arrêté.

o Le citoyen Conneau dit Desfontaines sera mis en étal d'arrestation comme suspect d'intellijences avec les rebelles de la Vendée, les scellés seront apposés sur ses papiers.

(i Le comité révolutionnaire est chargé de prendre des informations sur la conduite du citoyen Conneau, relativement à ses liaisons avec le nomme Folleville, connu chez les rebelles sous la dénomination d'éué(jue d'Agra et autres contre-révolution iiaircs; il en sera rendu compte aux représentants du peuple. <■ Sisrné : ritimt Cuoiuieu tx Ricu.vu». «

DU FEDÉRALISML: 23;>

(It-ralisle ([u'il avait ilciioiicé les t'édéialisles de son (lépaitenient.

M. TliilKuidcau fils reconnaissait alors l'existence tin fédéralisme. 11 ne pent davantage le nier aiijourd'hni. Comme moi il a été témoin à Niort des [»roj>ositions des connnissaires girondins. M. ïhibandean fils est encore plein de vie. Je ne crains pas d'être démenti par Ini parce ([ne je le crois homme dlionnenr ( i).

Si, après ce ([uc je viens de diie, il se Ironve encore rjnelques incrédnles qni persistent à nier l'existence du fédéralisme, il n'entie pas dans mon plan de les convertir. J'ai seulement voulu présen-

(i) Thibaudeau avait répondu par avance. On lit en effet dans ses Mémoires (t. 1, p. 38} :

a Avait-il existé un projet d'établir en France un gouvernement fcdéralif ? On ne pouvait l'avouer lorscju'on en faisait un crime. Depuis, je ne saclie pas que personne en ait réclamé l'honneur. Cependant on ne peut se dissimuler que de fait les actes et les discours tendaient au fédéralisme.

o On avait ouvertement menacé Paris de transférer dans une autre ville le sièije de la rcprésenlaiion nationale, et il est j)robab!e que si l'on eût réussi à réunir à IJourçes des commissaires des départements, on ne s'en serait pas tenu ù cette translation. Il se fût formé une seconde Convention naliouale. Alors il en eût résulté plus que le fédéralisme, et l'on eût vu l'existence de deux représentations ennemies, la division de toute la France et une g'uerre civile générale (jui eut atteint juscju'à l'armée. Elle eût pu, pour un instant, embarrasser la Convention et favoriser les armes élrani^eres ; mais l'issue de cette lutte n'ciU pas été douteuse, l.e peu[)le était déchaîné, rien n'eût résisté à son irruption, et la terreur n'en n'eût (jue plus sûrement moissonné après la victoire tout ce qui eût échappé au combat.

« Si les girondins n'étaient pas fédéralistes par princi|pe, ils

2o6 MÉMOIRES DE CHOUDIEU

1er quelques faits à ceux qui recherchent la vérité. Pour moi, je suis convaincu que les girondins étaient fédéralistes. Avaient-ils raison? avaient-ils tort ? — C'est une autre question.

l'étaient par ambition, par amour-propre, et par nécessité, car ils sentaient que Paris serait leur tombeau.

« D'un autre côté les çrandes villes telles que Lyon, Bordeaux, Marseille. Rouen, Rennes, Caen, étaient humiliées du jouç insupportable de la capitale, elles embrassaient avec un orgueil It-çitime l'espoir de s'y soustraire et de devenir chacune un centre dans la république. Des esprits spéculatifs, et des ambitieux souriaient à l'idée des Républiques de la Gironde, du Rhône, des Bouches-du- Rhône, du Calvados, etc.. C'était un rêve séduisant; mais ce n'était qu'un rêve, et le réveil fut terrible et sanglant.

« En théorie le fédéralisme n'était rien moins qu'une absurdité , mais le moment était on ne peut plus mal choisi : la France ayant à se défendre du royalisme et de la coalition, on ne pouvait trop centraliser ses moyens et ses forces. Un fédéralisme produit, non par un accord de toutes les parties, mais par un déchirement violent, eût conduit tout droit à la contre-révolution. C'eût été une question digne de la plus sérieuse attention dans un temps calme, mais il ne se présenta point. Lorsqu'on fit la constitution de l'an III, quoique la tempête révolutionnaire fût sensiblement calmée, les esprits étaient encore trop agités pour qu'on eût osé parler de fédéralisme.

« Dès qu'une institution quelconque menaçait le moins du monde les prérogatives de la capitale, elle était conspuée et rejetce. »

On a (liscLitr N (nullement si la Convention avait le droit de jug-er Lonis XVI. Cette question n'en devait pas faire une. Il est évident que le principal mandat donné par la nation à la Convention était de prononcer sur le soit du Roi, et si ce mandat n'eût porté que le droit de déchéance il eût été ridicule de rt'unii- on elle tous les pouvoirs, car le Roi était déjà déclni |>ar le canon du lo août et pris en quelque sorte les armes à la main.

Les défenseurs mêmes de Louis XVI n'ont point contesté à la Convention le droit de prononcer la déchéance dans le cas où la culpabilité du Roi serait prouvée, et jusqu'à la tin ils ont soutenu son innocence. Aussi se tiouve-t-il encore aujourd'hui des hommes qui le présentent comme le meilleur des rois, le roi juste, le roi martyr; et lorsque les accusations diriij^ées contre lui ne sontplusun problème, puisque ses serviteurs les plus fidèles ont avoué l(.'s faits et en ont même lir<'' \anilt', il est difficile de concevoir comment des assemblées i^ra-

ves ont [)U déclaier (pie le 21 janvier élailunejour-

née funeste ei déplorable (r). HtMireusement ce jugement n'est pas sans appel.

On se tromperait iî-randement si ron'pensail (pie ceux qui ont prononcé ce justement ont voulu seulement flétrir la mémoire des justes de Louis XVI, c'est à la Révolution elle-même et par conséquent à la nation tout entière qui en a soutenu et en soutient encore les principes qu'on a voulu faire le procès. On n'ose pas encore réviser le procès de Louis XVI, mais c'est celui de la Révolution qu'on voudrait commencer; et c'est en d'autres termes soutenir ([u*il est peiinis à un roi perfide d'appeler les armées étrangères sur le territoire de la patrie et d'armer les citoyens les uns contre les autres. La Convention nationale a pensé le contraire et cllf n'a pas cru «pi'il y eût d'inviolabilité pour un jtart'il crime. Le jugement de la Convention nationale appartient maintenant à l'histoire, et la post''rité sera le juijce éqiiitaljje (]iii prononcera entre nous et Louis XVI (2).

(i) Appartenait il bien aux juges de Nev d'apprécier la justice d'une assemblée telle que la Convenliou. Quand le trénéral Excelmaiis, dans un mouveineat qui lui fait honneur, a dit en face à cette cour des pairs : Oui, la condnmnalion de Ney est un assassinat, — la noble cour a gardé le silence.

La Convention qui réunissait tous les pouvoirs avait le droit de juger Louis X\'I,tanJis que la cour des pairs n'avait aucun droit à ju'^er le maréciial Ney. Comme maréciial de France il devait être jugé, pour uu fait militaire, par les maréchaux de France. (.V. f/e l'A.)

(a) Giiarles X, pour le moins aussi coupable que Louis XVI, a clé

CONTRE l'ostracisme

De pénibles discussions s'élevèrent dans l'Assemblée. On vit successivement Barbaroux, Rebecqui et Louvct accuser Marat (i) et Robespierre; on vit le ministre Roland les seconder dans leurs violentes attaques contre la Commune de Paris ; enfin, Guadet soutint un système plus désastreux encore en proposant de faire éliminer de la Convention nationale, par les assemblées primaires,

éparçné parce que ses ministres ont été seuls responsables des fameuses ordonnances qu'ils avaient contresitrnées ; Charles X a traversé la France sans dan!,'er,el ce fut la meilleure ^'aranlie donnée a rmviolabilité.Mais cette inviolahilité ne résultait pas d'une constitution que la mitraille de juillet avait renversée. Si le peuple français a pardonne à Charles X, c'est par pure çéncrosile, et il n'en faut pas conclure qu'il n'avait pas le droit de le punir, car aucun article ne portait que le Roi pourrait être exilé. .Mais c'est parce que les temps étaient chan-és et qu'il v avait peu de dançer à le chasser. Cependant s'il eût ete ju-é comme son frère, la France serait aujourd'hui beaucoup plus tranquille qu'elle ne l'est. [Papiers de l' Auteur.)

(i) Nfarat éuit né à Baudry, comté de Neufchàtel, en Suisse Il perdit en bas àçe sou père qui était médecin. Médecin lui-même il publia plusieurs ouvrages que Voltaire honora d'une critique un peu sardoiiique.

La preuve .[u'il n'était pas sans talents c'est qu'avant la Révolution il était médecin des pages d'Artois.

On sait que Marat fut décrété d'accusation sur le rapport de Delaunay cadet (d'An-ers).Si Marat eùtété aussi vindificatif.iu'on qu'on l'a praendu, il ne lui était pas difficile de faire comprendre Delaunay dans la liste de ceux qui furent mis en arrestation au 3i mai. et cependant Delaunay cadet n'a point été proscrit à cette époque non jilus qu'à aucune autre.

Hcbf-rt et Marat n'étaient pas des écrivains fort dann-ercu.'ï et en les persécutant, non pour des faits positifs mais pour des omnions absurdes et ridicules, on leur a donne beaucoup plus d'importance qu'ils n'en auraient eu. Le bon sens du peuple aurait bientôt hni par en faire justice (/'a/jiers de l'Auteur )

260 MÉMOIRES DE CIIOUDIEQ

ceux des membres doiU la présence leur serait importune.

Yerg^niaud, Gians^eneuve et Buzot soutenaient la proposition de la Gironde avec beaucou[) de véhémence.

Une chose remarquable c'est qu'on revoyait toujours les mêmes hommes dans certains rcMes; tout cela paraissait réglé, et les dénonciations partaient toujours du même foyer. Mais la Gironde avait toujours soin de faire précéder ses propositions de quelque décret ambit^u f|iii j»ùt atteindre ceux qu'elle dénonçait et la préserver elle-même du soupçon.

Par exenqjle, (piand Louvel dénonça Robespierre comme prétendant à la dictature, Buzot proposa la j)eine de mort contre quiconque tenterait de rétablii' la royauté ou tout autre pouvoir absolu.

Les différents partis se reprochaient de vouloir sauver le Roi, et de vouloir organiser des républi- (|ues fédératives, et c'était la Gironde qui était accusée parcequeBuzot avait pioposé cette i^arde départementale, qui ressemblait beaucoup à une i;arde I>rélorienne, et au moyen de laquelle il espérait transférer à Bourses le sièye de la Convention; mais de son coté la Gironde accusait la Montagne

(le vouloir créer un dictateur, ou de vouloir trausnieltre la couronne à la lauiille d'Orléans.

Buzot n'ignorait pas que son [)arli était accusé de fédéralisme et, pour détourner ce reproche, il se hâta de proposer dans la séance ilu i6 ilécendjre, la peine de mort contre quiconque tenterait de rompre l'unité de la républi([ue. — ('/était toujours la même politique.

Fort de ce décret obtenu qui semblait mettre la Gironde à l'abri du soui)çon, Buzot fit le même jour une seconde proposition qui, en cas de succès, le débarrassait d'un membre de la Convention (pii lui déplaisait, et facilitait les moyens d'en chasser d'autres.

Ce jour-là, le i5 décembre 1792, était un dimanche, et je dimanche était ordinairement consacré à entendre des pétitionnaires à la barre ou la lecture des pétitions qui arrivaient des départements. Comme on renvoyait presque toujours les pétitions à l'e.xamen des comités, il en résultait (pie beaucoup de membres restaient chez eux ce jour-là pour expédier leur correspondance particulière, de sorte que l'assemblée n'était jamais bien nombreuse. Buzot avait donc choisi son temps pour proposer l'expulsion des Bourbons, sans en excepter celui d'entre eux (pii faisait partie de la

262 MÉMOIHES DE CHOUDIEU

représentation nationale et qni n'était plus dans les bonnes grâces des Girondins.

Cette proposition n'était (pi'iinc perfidie concertée, mais elle semblait tont d'abord inspirée d'un sentiment profondément républicain, et quelques montag-nards s'y laissèrent prendre. Elle fut appuyée vivement par Louvet , Lanjninais, Verg-niaud, Henri Larivière, Barrère, etc., et même par Merlin de Tliionvillc.

Buzot prononça un discours :

« En 1788, dit-il, j'ai entendu parler d'un.faction d'Orléans ; en 1789, 90, 91 encore d'une faction d'Orléans ; à présent le nom d'Orléans est un ferment de discorde : Philippe, partez dès aujourd'hui. »

Louvet monta à la tribune et dit :

« Ce n'est pas moi qui viens a[)puyer la proposition de Buzot, c'est l'immortel fondateur de la république romaine, c'est Bnifus dont le discours est tellement applicable à la ciiconstance actuelle qu'on croirait r|ii'il est fait d'anjounniiii ; et il nous cila ra])ostrophe de Bruliis an deniier des Tarquins ; puis il chercha des lappiochemenls «Mitre « la république romaine (pii était dans ses premiers jours et la notre qni venait de naître ». Mais déjà Dnlieni VnMÙi interionqiu en rappelant

le décret qui [)orlait ([ue cette «[uestioa ne serait décidée qu'après le juoement de Louis Capet : (( Président, maintiens ce décret, Louvet ne doit pas être entendu en ce moment ; il ne doit i)as nous écraser du despotisme de son talent. »

Louvet continua cependant.

Son discours, qui était écrit, ainsi que celui de Btrzol, jetés tous les deux à rimiuoviste un jour de pétition, quand tous les fidèles de la Gironde étaient là, prouve suffisamment que leur projet était d'emporter d'endilée une mesure sur la([uelle tout le monde eût pu être d'accord, si elle n'eût pas atteint un représentant du peuple, mesure très dangereuse sous ce rai)port parce (pi'elle créait un

précédent.

Lanjuinais, qui ne prévoyait pas que la mesure proposée contre Pliilippe-É-alité dût lui être appli(iuée quelcines mois plus tard, la soutint avec beaucoup de chaleur. Lanjuinais était un homme .le bien, incapable à mon avis de tremper dans les misérables intriçuesde Buzot, deLouvet eldecpiel- ([ues autres girondins, mais il était irascible à 1 excès cl se défiant de tous ceux ([ui ne partageaient pas ses opinions; dans la circonstance, il se faisait, sans le savoir sans doute, l'écho d'un i)arti pins dan-ereux peut-êliv p(.ur la liberté (lue celui d Ur-

léans qui n'avait aucun appui dans la masse de la nation.

Chabot, Saiut-Jiist, Barrère parlèrent à leur tour.

Je n'étais pas présent à l'Assemblée pendant toute cette discussion, mais un de mes collèg-ues, Pérard, membre de la même députation que moi, vint me prévenir de ce qui se passait et je me rendis aussitôt à mon poste. Chemin faisant, Pérard me mit au courant dece qu'il avait entendu.

xVu moment où nous entrâmes dans la salle la première voix que nous entendîmes fut celle de Verçniaud disant au milieu d'un grand tumulte qu'il était impossible à l'assemblée de souffrirplus longtemps la tyrannie d'une minorité factieuse.

Je demandai la parole. L'Assemblée consultée ne voulut pas m'entendre. Mes amis protestèrent. Un nouveau vacarme recommença.

Le président se couvrait et agitait sa sonnette inutilement, vingt orateurs se bousculaient à la tribune et prenaient la parole sans pouvoir la garder. Dans la salle on criait : A l'Abbaye!

Peu à peu cependant le calme se rétablit. Alors Barrère monta à la tribune et, croyant se faire écouter plus favorablement, il proposa, comme à son ordinaire^ des moyens termes qui ne faisaient

SLR LE PROCÈS DU ROI 2Gb

j)as fortune dans une Assemblée où il y avait d'un côté comme de l'autre des hommes tenant fortement à leur opinon.

« Disting-uez, conclut-il, les représentants qui sont dans la loi commune d'avec ceux (jui sont hors de la loi commune. » Cette distinction n'était qu'un pur sophisme. Barrère ne s'apercevait pas ([u'en proposant de mettre un représentant du peuple hors la loi commune, il s'exposait à y être mis lui-même. Buzot, Veri^-niaud, Lanjuinais, tous ceux qui ont appuyé un pareil paradoxe ont fini par en être victimes à leur tour.

De nouveau, je demandai la parole, et, quoiqu'elle m'eût été refusée par un décret, je finis par l'oh'enir. Entre autres choses je dis à l'Assemblée : « De ([uel droit chasseriez-vous de votre sein un représentant du peuple? Est-ce que ses droits ne sont pas égaux aux vôtres? Vous ne pourriez donc vous ériger en tribunal pour le jug-er qu'en vertu du droit du plus fort, et parce que vous seriez dix contre un. Mais j'admets pour un instant que vous vous attribuiez ce droit contre Philippe-Eg-alité, qui est-ce qui nous g-arantira (|ue vous ne vous l'attribuerez pas contre d'autres, par exemple contre la députation de Paris dont {)lusieurs membres ont déjà été attaqués si violemment à cette

tribune"? Oui nous g-araiiliia que nous autres, membres de la dernière Assemblée, serons à l'abri de votre ostracisme ? Je suis d'autant plus fondé à vous adresser celte question que des apostrophes scandaleuses nous ont empêchés aujourd'hui même d'approcher la tribune, et qu'on est allé jusqu'à nous traiter de scélérats. Souvenez-vous, représentants du peuple, que c'est la minorité de l'Assemblée législative qui vous a amenés ici. »

Je demandais, en terminant an milieu du calme, l'ajournement à deux jours.

L'Assemblée en décida ainsi quant à Philippe- Egalité. Mais deux jours après la discussion reprise n'aboutissait encore qu'au renvoi de la question. Occupée ensuite d'autres intérêts, l'Assemblée oublia momentanément Philippe et sa famille.

Ainsi le parti girondin ne triompha ([u'à moitié.

SIR LE l'ROr.ÈS DU RUI 261

Page 1